‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 12 sur 304 · OP NT TM ES US, "VOIS DT 1/10 +4 À 0 US TS OT TT ER · texte numérisé non relu

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‘conder » détruire sans édi er, tout user san:

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et ie peuples civilisés à contenir aujourd’hui : ils 6

du midi ? Jetez les yeux. sur les annales de tous les peuples, vous y compterez vingt siècles de désolation pour quelques années de paix etde repos.

Il a fallu six cents siècles à la nature pour construire ses grands ouvrages, pour attiédir la terre, pour en faconner la surface et arriver à un état tranquille : combien n'en faudra-t-il pas pour que les hommes arrivent äu même point et cessent de s'inquiéter, de s’agiter et de s'entre-détruire ? Quand reconnaitront-ils que la jouissance paisible des terres de leur patrie suffit à leur bonheur ? Quand seront-ils assez sages pour rabattre de leurs prétentions, pour renoncer à des dominations imaginaires, à des possessions éloignées , souvent ruineuses , ou du moins plus à charge qu'utsles ? L'empire de l'Espagne, aussi étendu que celui de læFrance en Europe, et dix fois plus grand en Amérique, est-il dix fois plus puissant? l’est-il même autant que si cette fière et grande nation se fût bornée à tirer de son heureuse terre tous les biens qu’elle pouvait lui fournir ?

Les Anglais, ce peuple si sensé, si profondément pensant , n'ont-ils pas fait une grande faute en étendant trop loin les limites de leurs colonies? Les anciens me paraissent avoir eu des idées plus saines de ces établissements ; ils ne projetaient des émigrations

- que quand leur population les surchargeait,

et que leurs terres et leur commerce ne suf-

t > peser sur le globe fisaient. plus à leurs besoins. Les invasions sans soulager Ja terre amer sans | à fé des barbares qu'on regarde avec horreur,

n'ont-elles pas eu des causes encore plus

santes lorsqu'ils se sont trouvés trop errés dans des terres ingrates, froides et dénuées , et en même temps voisines d’autres terres cultivées, fécondes, et couvertes de tous les biens qui leur manquaient? Mais aussi que de sang ont coûté ces funestes con-

où se trouvaient autrefois tous les biens de

+ | + l'espèce humaine, qu’ensuite sont venus tous débordements d'animaux à face humaine F2 toujours venant du nord , ravager les terres

(1) Voyez le discuurs qui a pour titre : de La Na-

ture , première vue,

s . | ”, Le | t à D + ; LIL) , À.

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ses maux. Combien n'a-t.on pas vu de ces

naîtront le prix de la paix et du bonheur

tranquille ; qu'ils en feront le seul objet de

leur ambition ;'que les princes dédaigneront

la fausse “actes pins > €t mépri-

seront la petite vani ceux qui, pour jouer un rôle, les excitent à de grands mouvements. :

Supposons donc le monde en paix, et voyons de plus près. combien la puissance de l'homme pourrait influer sur celle de la nature. Rien ne paraît plus difficile , pour ne pas dire impossible ; que de s'opposer au refroidissement successif de la terre, et de réchauffer la température d'un climat ; cependant l'homme le peut faire et l'a fait.

Paris et Québec sont à peu près sous la Spo

même latitude et à la même élévation sur le globe : Paris serait donc aussi froid que Québec , si la France et toutes les contrées qui l’avoisinent étaient aussi dépourvues d'hommes, aussi couvertes de bois, aussi baignées par les eaux que le sont les terres voisines du Canada. Assainir, défricher et peupler un pays, c'est lui rendre de la chaleur pour plusieurs milliers d'années, et ceci prévient la seule objection raisonnable que l’on puisse faire contre mon opinion, ou, pour mieux dire , contre le fait réel du refroidissement de la terre.

Selon votre système , me dira-t-on ; toute la terre doit être plus froide aujourd'hui qu’elle ne l'était il y a deux mille ans ; or, la tradition semble nous prouver le contraire. Les Gaules et la Germanie nourrissaient des élans, des loups-cerviers, des ours,et d’autres animaux qui se sont retirés depuis dans les pays septentrionaux : cette progression est bien différente de celle que

leurs , l'histoire nous apprend que tous les ans la rivière de la Seine était ordinairement glacée pendant une partie de l'hiver :

ces faits ne paraissent-ils pas être directement opposés au prétendu refroidissement du globe? Ils le seraient, je l'avoue, si la France et l'Allemagne d'aujourd'hui étaient ses à la Gaule et à la Germanie ; si l'on n'eût pas abattu les forêts , desséché les marais, contenu les torrents, dirigé les fleuves et défriché toutes les terres trop couvertes et surchargées des débris mêmes de leurs productions. Mais ne doit-on pas considérer que la déperdition de la chaleur du globe se fait d’une manière insensib ;qu'il a fallu soixante-seize mille ans pour j'attiédir au point de la température actuelle , ét que , dans soixante-seize autres mille ans, il ne sera pas encore assez refroidi poyr que la chaleur particulière de la nature vivante y soit anéantie ? Ne faut-il pas comparer THÉORIE DE LA TERRE, Z'ome II.

ensuite à.ce refroidissement si lent le froid prompt et subit qui nous arrive des régions de l'air, se rappeler qu'il n'y a néanmoins qu'un ge y de différence entre le plus grand”chaud de nos étés et le plus grand froid de nos hivers, et l’on sentira déjà que les causes extérieures influent beaucoup plus que la cause intérieure sur la température de chaque climat, etque, dans tous ceux où le froid de la région supérieure de l’air est attiré par l'humidité ou ussé par des vents qui le rabattent vers la surface de la terre, les effets de ces causes particulières l’emportent de beaucoup sur le produit de la cause générale? Nous pouvons en donner un exemple qui ne laissera aueun doute sur ce sujet, et qui prévient en même temps toute objection de cette espèce. | |

Dans l'immense étendue des terres de la Guyane , qui ne sont que des forêts épaisses où le soleil peut à peine pénétrer, où les eaux répandues occupent de grands espaces, où les fleuves , très-voisins les uns des autres, ne sont ni contenus ni dirigés , où il

— pleut continuellement pendant huit mois de

l'année , l'on a commencé seulement depuis un siècle à défricher autour de Cayenne un très-petit canton de ces s forêts; etdéjà la différence de tem : dans cette petite étendue de terrai s, est si sensible, qu'on y éprouve trop de chaleur , même pendan la nuit, tandis que dans tou-

tes les autres têrres couvertes de bois il fait «vous leur supposez du nord au midi. D'ail-

assez froid la nuit pour qu'on soit forcé d'allumer du feu. IL en est de mème de la quantité et de la continuité des pluies : elles cesseut plus tôt et commencent plus tard à Cayenne que dans l'intérieur des terres; elles ussi moins abondantes et

continues. Il y a quatre mois de sécheresse absolue à Cayenne ; au lieu que; dans l'intérieur du a saison sèche ne dure que

trois mois , et encore y pleut-il tous les js par un orage assez violent, qu’on 1 : le grain du midi , parce que e’est vers ke milieu

du jour que cet orage se fornie : de plus; il ne tonne presque jamais à Cayeumetandis que les tonnerres sont violents ès-fréquents dans l'intérieur du pays ; où + ges sont noirs , épais et très-bas. Ces faits

qui sont certains, ne démontrent-ils pas qu'on ferait cesser ces pluies continuelles de huit mois, et qu'on augmenterait prodigieusement la chaleur dans toute-cette contrée ; si l’on détruisait les forts qui la ti ;

si l'on y resserrait les eaux en dirigeant les fleuves , et si la culture de la terre, qui suppose le mouvement et le grand nombre des animaux et des hommes, chassait l'humidité froide et superflue , que le nombre infiniment trop grand des végétaux attire, entretient et répand ?

Comme tout mouvement, toute action, produit de la chaleur , et que tous les êtres doués du mouvement progressif sont euxmêmes autant de petits foyers de chaleur, c'est de la proportion du nombre des hommes et des animaux à celui des végétaux , que dépend (toutes choses égales d’ailleurs) la température locale de chaque terre en particulier; les premiers répandent de la chaleur, les seconds ne produisent que de l'humidité froide. L'usage habituel que l'homme fait du feu ajoute beauccup à cette température artificielle dans tous les lieux où il habite en nombre. A Paris, dans les grands froids, les thermomètres , au faubourg Saint-Honoré , marquent 2 ou 3 degrés de froid de plus qu'au faubourg Saint-Marceau ; parce que le vent du nord se tempère en passant sur les cheminées de cette grande ville. Une seule forêt de plus où de moins dans un pays suflit pour en changer la température : tant que les arbres sont sur pied ils attirent le froid; ils diminuent par leur ombrage la chaleur du soleil ; ils produisent des vapeurs humides qui forment des nuages et retombent en pluie d'autant plus froide qu’elle descend de plus haut : et si ces forêts sont abandonnées à la seule nature, ces mêmes arbres, tombés de vétusté , pourrissent froidement sur la terre , tandis qu'entre les mains de l'homme , ils servent d’aliment à l'élément du feu , et deviennent lesçauses secondaires de toute chaleur particulière.

Dass les pays de prairies , avant la récolte des herbes , on a toujours des rosées abon-

dantes, et très-souvent de petites pluies :

qui cessent dès que ces herbes sont levées :

ces petites pluies deviendraient donc plus abondantes et ne cesseraient Pas, si nos prairies , comme les savanes de l'Amérique, étaienttoujours couvertes d’une même quantité d'herbes, qui , loin de diminuer ,ne peut

‘augmenter par l’engrais de toutes celles qui se dessèchent et pourrissent sur la terre.

Je donnerais aisément plusieurs autres <xemples (1), qui tous concourent à démontrer que l’homme peut modifier les in-

fl) Voyez ci-a s notes justificatives des faits. Fa J

fluences du climat qu’il habite , et en fixer, pour ainsi dire , la température au point qui lui convient : et, ce qu'il y a de singulier, c’est qu'il lui serait plus difficile de refroidir la terre que de la réchauffer; maître de l'élément du feu qu’il peut augmenter et pro- Pager à son gré , ilne l’est pas de l'élément du froid , qu’il ne peut saisir ni communiquer.

Le principe du froid n’est pas même une substance réelle, mais une simple privation ou plutôt une diminution de chaleur; diminution qui doit être très-grande dans les hautes régions de l'air , et qui l’est assez à une lieue de distance de la terre Pour y convertir en grêle et en neige les vapeurs aqueuses; car les émanations dela chaleur propre du globe suivent la même loi que toutes les autres quantités ou qualités physiques qui partent d’un centre commun ; et leur intensité décroissant en raison inverse du Œuarré de Ja distance, il paraît certain qu'il fait quatre fois plus froid à deux lieues qu'à une lieue de hauteur dans notre atmosphère, en prenant chaque point de la surface de la terre pour centre. D'autre part , la chaleur intérieure du globe est constante dans toutesles saisons à 10 degrés æu-dessus de la congélation : ainsi tout froid plus grand , ou plutôt toute chaleur moindrede 10 degrés , ne peut arriver sur la terre que par la chute des maüières refroidies dans la région : supérieure

de l'air, où les effets de cette chaleur pro-

pre du globe diminuent d'autant plus qu’on s'élève plus haut. Or, la puissance de l'homme

ne s'étend pas si loin ; il ne peut faire des-e

cendre le froid comme il fait monterle chaud ; il n’a d'autre moyen pour se garantir de la trop grande ardeur du soleil, que de créer de l'ombre ; mais il est bien plus aisé d'abattre des forêts à la Guyane Pour en réchauffer la terre humide , que d'en planter en Arabie pour en rafraichir les sables arides : cependant une seule forêt dans le milieu de ces déserts brülants suffirait pour les tempérer , pour y amener les eaux du ciel s pour rendre à la terre tous les principes de la fécondité , et par conséquent pour y faire jouir l’homme de toutes les douceurs d’un climat tempéré.

C’est de la différence de température que dépend la plus ou moins grande énergie de Ja nature; l'accroissement , le développe ment et la production même de tous les êtres organisés ne sont que des effets particuliers de cette cause générale : ainsi l'homme, en la modifiant, peut en même temps détruire

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