‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 13 sur 304 · FAT · texte numérisé non relu

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ce qui lui nuit et faire éclore tout ce qui lui convient. Heureuses les contrées où tous les éléments de la température se trouvent balancés et assez avantageusement combinés pour n'opérer que de bons effets ! Mais en est-il aucune qui, dès son origine , ait eu ce privilége? aucune où la puissance de l'homme n'ait pas secondé celle de la nature, soit en attirant ou détournant les eaux, soit en détruisant les herbes inutiles et les végétaux nuisibles ou superflus , soit en se conciliant les animaux utiles et les multipliant? Sur trois cents espèces d'animaux quadrupèdes et quinze cents espèces d'oiseaux qui peuplent la surface de la terre, l’homme en a choisi dix-neuf ou vingt (1) ; et ces vingt espèces figurent seules plus grandement dans la nature et font plus de bien sur la terre que toutes les autres espèces réunies. Elles figurent plus grandement, parce qu'elles sont dirigées par l'homme, et qu'il les a prodigieusement multipliées : elles opèrent de concert avec lui tout le bien qu'on peut attendre d’une sage administration de forces et de puissance pour la culture de la terre, pour le transport et le commerce de ses productions, pour l'augmentation des subsistances ; en un mot, pour tous les besoins, et même pour les plaisirs du seul maître qui puisse payer leurs services par ses soins. Et dans ce petit nombre d'espèces d’animaux dont l'homme a fait choix , celles de la poule et dé cochon qui sont les plus fécondes , sont aussi les plus généralement réandues, comme si l'aptitude à la plus grande multiplication était accompagnée de cette vigueur de tempérament qui brave tous les inconvéaients. On a trouvé la poule et le cochon dans les parties les moins fréquentées de la terre, à Otahiti et dans les autres îles de tout temps inconnues et les plus éloignées des continents : il semble que ces espèces aient suivi celle de l'homme dans toutes ses migrations.'Dans le continent isolé de l’Amérique méridionale, où nul de nos animaux n’a pu pénétrer , on a trouvé le pécari et la poule sauvage , qui, quoique plus petits et un peu différents du eochon et de la poule de notre continent , doivent néan-

En) a ——

(1) L'éléphant, le chameau , le cheval , l'âne , le bœuf, la brebis , la chèvre ; le cochon, le chien, le chat, le lama, la vigogne, le buflle. Les poules , les oïes, les dindons, les canards, les paons, les faisans, les pigeons.

moins être regardés comme espèces très-voisines, qu’on pourrait de même réduire en domesticité : mais l'homme sauvage n'ayant point d'idée de la société, n'a pas même cherché celle des animaux. Dans toutes les terres de l'Amérique méridionale , les Sauvages n’ont point d'animaux domestiques ; ils détruisent indifféremment les bonnes espèces comme les mauvaises ; ils ne fontchoix d'aucune pour les élever et les multiplier, tandis qu’une seule espèce féconde , comme celle du Aocco (2), qu'ils ont sous la main, leur fournirait sans peine, et seulement avec un peu de soin, plus de subsistances qu'ils ne peuvent s’en procurer par leurs chasses pénibles. 1 Aussi le premier trait de l’homme qui commence à se civiliser , est l'empire qu’il sait prendre sur les animaux ; et ce premier trait de son intelligence devient ensuite le plus grand caractère de sa puissance sur la

nature : car ce n’est qu'après se les être sou-

mis qu'il a , par leur secours, changé la face de la terre, converti les déserts en guérets et les bruyères en épis. En multipliant les espèces utiles d'animaux, l'homme augmente sur la terre la quantité de mouvement et de vie; il anoblit en même temps la suite entière des êtres, et s’anoblit lui-même en transformant le végétal em animal, et tous deux en sa propre ere er se répand ensuite par une nombreuse multiplication :

partout il produit l'abondance, toujours suivie de la grande population; des millions

d'hommes existent dans le même espace

qu'occupaient autrefois deux ou trois cents Sauvages, des milliers d'animaux où il y avait à peine quelques individus ; par lui et pour lui les germes précieux sont les seuls développés , les productions de la classe la plus noble les seules cultivées ; sur l'arbre immense de la fécondité les branches à fruit seules subsistantes et toutes perfectionnées.

Le grain dont l’homme fait son pain n'est point un don de la nature, mais le grand ; l’utile fruit de ses recherches et de son Intelligence dans le premier des arts; nulle part sur la térre on n’a ee | sauvage, et c’est évidemment une herbe perfectiounée par ses soins : il 4 donc fallu reconnaitre et choisir entre mille et mille autres celte herbe précieuse ; il a fallu la

(2) Gros oiseau très-fécond , et dont la chair est aussi bonne que celle du faisar.

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