‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 127 sur 304 · PARTIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTALE

jusqu'alors. On trou

fois à l'épreuve du plus grand feu , j'ai vu que le fer perd de son poids et de sa force d'autant plus qu'on le chauffe plus souvent et plus long-temps; sa substance se décompose, sa qualité s'altère, et & dé nère en une espèce deymi tière poreuse , légère ; sorte de chaux par la :

application du feu :

est d'une autre espèce; et, quoique vulgairement on croie quelle mâchefer ne provient et même ne peut provenir que du fer, j'ai la preuve du contraire. Le màchefer est ; à la vérité, une matière produite par le feu; mais, pour le former , il n'est pas nécessaire d'employer du fer ni aucun autre métal ; avec du bois et du charbon brûlé et poussé à un feu violent, on obtiendra du màchefer en assez grande quantité ; et si l'on prétend que ce mâchefer ne vient que du fer contenu dans

le bois ( parce que tous les végétaux en con-

tiennent plus ou moins ) ; je demande pourquoi l'on ne peut pas en tirer du fer même une plus grande quantité qu'on n'en tire du bois, dont la substance est si différente de celle du fer. Dès que ce fait me fut connu par l'expérience , il me fournit l'intelligence d'un autre fait qui m'avait paru inexplicable dans les terres élevées , et surtout dans les forêts où il n'y a ni rivières ni ruisseaux, et où par conséquent il n’y à jamais ëu de forges, non plus qu'aucun indice de volcans ou de feux souterrains ; on trouve, dis-je, souvent de gros blocs de mâchefer que deux hommes auraient peine à enlever : j'en ai vu pour la première fois en 1745, à Montigny-l'Encoupe, dans les forêts de M. de Trudaine; j'en ai fait chercher et trouvé depuis dans nos bois de Bourgogne , qui sont encore plus éloignés de l'eau que ceux de Montigny; on en a trouvé en plusieurs endroits : les petits morceaux m'ont paru provenir de quelques fourneaux de“harbon qu'on aura laissés brûler; mais les gros ne peuvent venir que d'un incendie dans la forêt, lorsqu'elle était en pleine venue, et que les arbres y étaient assez grands et assez voisins pour produire un feu très-violent et très-long-temps nourri.

Le mâchefer, qu'on peut regarder x ur un résidu de la combustion du bois , contient du fer ; et l'on verra dans un autre Mémoire les expériences que j'ai faites , pa ren naître par ce résidu la quantité de fer qui entre dans la composition des végétaux, Et cette terre morte, ou cette chaux; dans la-

. prochant ses parties trop divisées par le feu, la force du vent, soit en cha

quelle le fer se réduit par la trop longue ac- néanmoins tirer parti, en mêlant ces erassés tion du feu, ne m'a pas paru contenir plus broyées et en petite quantité avec lan de fer que le mâchefer du bois ; ee qui semble que l'on jette au fourneau. J'ai l’expérien e prouver que le fer est, comme le bois, une qu’en mêlant un sixième de ces crasses al matière combustible , que le feu peut égale- cinq sixièmes de mine épurée par m « ment dévorer en l'appliquant seulement plus bles, la fonte ne change pas sensib ement violemment et plus long-temps. Pline dit, de qualité; mais, si l’on en met dayant: ge avec grande raison : Ferrum accensum igni, ele devient plus cassante , sans né nmoi nisi duretur ictibus , corrumpitur (1). On en changer de couleur ni de grain. Mais 4 sera persuadé si l'on observe dans une forge mines sont moins épurées , ces crasses gät la première loupe que l’on tire de la gueuse : absolument la fonte , parce qu'étant dé cette loupe estun morceau de fer fondu pour trés-aigre et très -cassante par elle-méê la seconde fois, et qui n’a pas encore été ellele devient encore plus par cette addliti forgé , c'est-à-dire consolidé par le marteau ; de mauvaise matière ; en sorte que cett " lorsqu'on le tire de la chaufferie , où il vient tique, qui peut devenir utile entre les ma de subir le feu le plus violent, il est rougià d’un habile maitre de l’art, produira da blanc ; il jette non-seûlement des étincelles d’autres maius de si mauvaiseffets , qu'on ardentes , mais il brûle réellement d'une pourra se servir ni des fers hi des fontes flamme très-vive qui consommerait une par- en proviendront. me : tie de sa substance si on tardait trop detemps Il y a néanmoins des moyens , je ne

à porter cette loupe sous le marteau; ce fer pas de changer , mais de corriger ui fi serait, pour ainsi dire, détruit avant que mauvaise qualité de la fonte , et d’adoue d'être formé , il subirait l'effet complet de la la chaufferie Paigreur du fer qui en provi combustion , si le coup du marteau, en rap- Le premier de ces moyens est de dimin

< ngeant Fi ne commençait à lui faire prendrele premier naison de la tuyère, soit entale ntialilé

degré de sa ténacité. On le tire dans cet état mouvement des soufllets ; car, plus on ; et encore tout rouge de dessousle marteau, et le feu, plus le fer devient aigre. Le sec on le reporte au foyér de l’aflinerie , où il se moyen, qui est encore plus efficace . c'est pénètre d’un nouveau feu ; lorsqu'ilest blane jeter ; sur la loupe de fer qui ie on le transporte de même et le plus promp- gueuse, une certaine quantité degraviér tement possible au marteau , sous lequel ilse Caire , ou même de chaux toute faite + consolide et s'étend beaucoup plus que la chaux sert-de fondant aux parties vitrif première fois ; enfin , on remet encore cette que le fer aigre contient en pièce au feu, et on la reporte au marteau, quantité , et le purge de ses impuretés. sous lequel on lachève en entier. C'est ainsi ce sont de petites ressources auxcuelle qu'on travaille tous'les fers communs ; on ne ne faut pas se mettre dans le cas d’avoi leur donne que deux ou tout au plus trois Cours ; ce qui n’arriverait jamais volées de marteau : aussi n'ont-ils pas à beau- vait les procédés que j'ai donnés pou coup près la ténacité qu'ils pourraient ac- de bonne fonte (2). “#S quérir, si on les travaillait moins précipi- Lorsqu'on fait travailler les affineur tamment, La force du marteau non-seulement compte , et qu'on les paie au miiliere comprime les parties du fer trop divisées par font, comme les fondeurs ,; le plus pal le feu > mais en les rapprochant elle chasse qu'ils peuvent dans leur semaine : ts“ les matières étrangères etle purifie en le con- struisent le foyer de leur chau ferie Pt solidant. Le déchet du fer en gueuse est or- manière la plus avantageuse pour A dinairement d’un tiers, dont la plus grande pressent le feu , trouvent que les sou partie se brûle , et le reste coule en fusion donnent jamais assez de vent ; ils tra ot et forme ce qu'on appelle les crasses du fer : moins la loupe , et font ordinaireme ni ces crasses sont plus pesantes que le mâche- deux chaudes ce qui en exigerait au fer du bois , et contiennent encore une assez trois. On ne sera donc jamais sûr d’avoi grande : quantité de fer , qui est , à la vérité , À très-impur et très-aigre, mais dont on peut

si l'on

fer d’une bonne etmême qualité qu'en p

(2) On trouvera cë procédés dans mes sur Ja fusion des mines de fer. \

+ (#) Hist. nat., lib. 34, cap. 15.

4 * les ouvriers au mois ,

et

fin de chaque semaine barres du fer qu'ils livrent , pour recon s'ils ne se

sont pas ou trop pressés ot en bandes plates est toujours plus nerveux que le fer en barreaux : s’i se trouve deux tiers de nerf sur un tiers de grain dans les bandes , on ne trouvera dans les barreaux ÿ quoique faits de même étoffe s qu'environ un tiers de nerf sur deux tiers de grain ; ce qui prouve bien clairement que la plus où moins grande force du fer vient de la différente apation du marteau. S'il frappe plus constamment , plus fréquemment sur un même plan ; comme celui des bandes plates , il en rapproche et en réunit mieux les parties, que s’il frappe esque alternativement sur deux plans différents pour faire les barreaux quarrés : aussi est-il plus difficile de bien souder du barreau que de la bande : et, lorsqu'on veut faire du fer de trerie, qui doit être en barreaux de treize lignes, et d’un fer très-nerveux et assez ductile pour être converti en fil de fer, il faut le travailler plus lentement à l'aflinerie , ne le tirer du feu que quandil est presque fondant , et le faire suer sous le marteau le mieux qu'il est possible , afin de lui donner tout le nérf dont il est susceptible sous cette forme quarrée , qui est la plus ingrate , mais qui paraît nécessaire ici eur qu'il faut ensuite tirer de ces barreaux , qu'on coupe environ à quatre pieds , une verge de dix-huit ou vingt pieds par le moyen du martinet, sous lequel on l'alonge après l'avoir chauffée ; c’est ce qu'on appelle de la verge crénelée : elle est quarrée comme le barreau dont elle provient , et porte sur les quatre faces des enfoncements successifs , qui sont les empreintes profondes de chaque coup du martinet ou petit marteau sous lequel on la travaille. Ce fer doit être de la plus grande ductilité pour passer jusqu'à la plus petite filière; et en même temps, il ne faut pas qu'il soit trop doux, mais assez ferme pour ne pas donner trop de déchet. Ce point est assez difficile à saisir : aussi n'y a-t-il en France que deux ou trois forges dont on puisse tirer ces fers pour les fileries. xd La bonne fonte est à la vérité la base de tout bon fer; mais il arrive souvent que, par de mauvaises pratiques , on gâte ce bon fer, Une de ces mauvaises pratiques , la plus généralement répandue, et qui détruit le plus le nerf et la ténacité du fer , c'est l'usage où sont les ouvriers de presque toutes

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