‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 178 sur 304 · PARTIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTALE

loupe. Je commençai alors , c'est-à-dire au bout de 98 minutes , à laisser tomber quelques grains de poudre à tirer sur la surface supérieure ; ils s’enflammèrent avec explosion. On continuait de jeter de temps en temps de la poudre sur la loupe, et ce ne fut qu'au bout de 42 minutes de plus qu’elle cessa de faire explosion ; à 43, 44 et 45 minutes la poudre se fondait et fusait sans explosion, en donnant seulementune petite flamme bleue. De là, je crus devoir conclure que l'incandescence à l’intérieur de la loupe n’avait fini qu'alors , c'est-à-dire 42 minutes après celle de la surface , et qu’en tout elle avait duré 140 minutes.

Cette loupe était de figure à peu près ovale ct aplatie sur deux faces parallèles ; son Srand diamètre était dé 13 pouces, et le pe- Ut de 8 pouces ; elle avait aussi, à très-peu près , 8 pouces d'épaisseur partout, et elle Pesait 91 livres 4 onces après avoir été refroidie.

2. Un autre renard, mais plus petit que le premier, tout aussi blanc de flamme et pétillant de feu , au lieu d'être porté sous le marteau , a été mis dans le même lieu obscur , où il n'a cessé de donner de la flamme qu'au bout de 22 minutes ; ensuite il n'a

perdu sa couleur rouge qu'après 43 minutes ; .

ce qui fait 65 minutes pour la durée des deux états d’incandescence à la surface , sur laquelle ayant ensuite jeté des gräins de poudre , ils n’ont cessé de s’enflammer avec explosion qu'au bout de 40 minutes; ce qui fait en tout 105 minutes pour la durée de l'incandescence , tant à l'extérieur qu'à l’intérieur.

Cette loupe était à peu près circulaire , sur 9 pouces de diamètre , et elle avañt-environ 6 pouces d'épaisseur partout ; elle s'est trouvée du poids de 54 livres après son refroidissement.

J'ai observé que la flamme et la couleur rouge suivent la même marche dans leur dégradation ; elles commencent par disparaitre à la surface supérieure de la loupe, tandis qu'elles durent encore aux surfaces latérales, et continuent de paraître assez long-temps autour de la surface inférieure, qui, étant constamment appliquée sur la terre, se refroidit plus lentement que les autres surfa-

i sont exposées à l'air.

“3 x Un nisiÈiie renard , tiré du feu trèsblanc , brûlant et pétillant d'étincelles et de flamme , ayant été porté dans cet état sous le marteau, n’a conservé cette incandescence

enflammée que 6 minutes ; les coups préci-

pités dont il a été frapp pendant ces 6 minutes , ayant comprimé tière, en ont en même temps réprimé la flamme , qui aurait subsisté plus long-temps sans cette opération, par laquelle on en a fait uñe pièce de fer de 12 pouces 4 de longueur ; sur quatre pouces en quarré , qui s’est trouvée peser 48 livres 4 onces aprèsavoir été refroidie. Mais , ayant mis su araram ete pièce encore toute rouge dans le lieu obscur , elle n’a cessé de paraître rouge à sa surface qu'au bout de 46 minutes, y compris les 6 premières. Ayant ensuite fait l'épreuve avec la poudre à tirer, qui n’a cessé de s’enflammer avec explosion que 26 minutes après les 46 , il en résulte que l’incandescence intérieure et totale a duré 72 minutes.

En comparant ensemble ces trois expériences, on peut conclure que la durée de l'incandescence totale est comme celle de la

prise de consistance proportionnelle à l'é-

paisseur de la matière, Car , la première loupe ; qui avait 8 pouces d'épaisseur , a conservé son incandescence pendant 140 minutes : la seconde , qui avait 6 pouces d'épaisseur, l’a conservée pendant 105 minutes ; et la troisième, qui n'avait que 4 pouces , ne l’a conservée que pendant 72 minutes.

Or, 195 : 140 :: 6: 8, et de même 72 : 140 à peu près ::4:8, en sorte qu'il paraît y avoir même rapport entre les temps qu’entre les épaisseurs.

4. Pour m'assurer encore mieux de ce fait important , j'ai cru devoir répéter l’expérience sur une loupe prise , comme la précédente , a sortir de la chaufferie, On l'a portée tout enflammée sousle martea u, la flamme a cessé au bout de 6 minutes, et, d moment, on a cessé de la battre; on 1 tout de suite dans le même lieu obs , rouge n’a cessé qu'au bout de 39 minutes, qui donne 45 minutes pour les deux états d’incandescence à la surface : ensuite , la

Poudre n’a cessé de s’enflammer avec explo-

sion qu’au bout de 28 minutes ; ainsi, l'in-

Candescence intérieure et totale a duré 73

minutes. Or, cette pièce avait, comme la pré-

cédente, 4 pouces juste d'épaisseur, sur deux

faces en quarré , et 10 pouces Æ de longueur ;

elle pesait 39 livres 4 onces après avoir été efroiïdie.

Cette dernière expérience s'accorde si Parfaitement avec celle qui la précède et avec les deux autres , qu'on ne peut pas dou ter qu'en général la durée de l'incandes-

cence ne soit à très-peu près proportionnelle à l’épaisseur de la masse, et que par conséquent ce grand degré de feu ne suive la même loi que celle de la chaleur médiocre ; en sorte que , dans les globes de même matière, la chaleur ou le feu du plus haut degré , pendant tout le temps de l’incandescence , s'y conservent et y durent précisément en raison leur diamètre. Cette vérité, que je ve cui et démontrer par le fait, se nous indiquer que les causes cachées (causæ latentes ) de Newton, desquelles j'ai parlé dans le premier de ces Mémoires , ne s'opposent que très-peu à la sortie du feu , puisqu'elle se fait de la même manière que si les corps étaient entièrement et parfaitement perméables , et que rien ne s’opposât à son issue. Cependant , on serait porté à croire que plus la même matière est comprimée , plus elle doit retenir de temps le feu ; en sorte que la durée de l’incandescence devrait être alors en plus grande raison que celle des épaisseurs ou des diamètres. J'ai donc essayé Ge reconnaitre cette différence par l'expérience suivante :

%. J'ai fait forger une masse cübique de fer , de 5 pouces 9 lignes de toutes faces ; elle a subi trois chaudes successives ; et l'ayant laissée refroidir, son ‘poids s’est trouvé de 48 livres 9 onces. Après l'avoir pesée, on l'a mise de nouveau au feu de l'aflinerie , où elle n'a été chauffée que jus- ‘qu'au rouge couleur de feu, parce qu'alors

elle commençait à donner un peu de flamme , et qu’en la laissant au feu plus long-temps , le fer aurait brûlé. De là , on l'a pe sons tout de suite dans le même lieu obscur, où j'ai vu qu'elle ne donnait aucune flamme ; ins elle n'a cessé de paraitre rouge out de 52 minutes , et la poudre n’a e s'enflammer à sa surface avec exion que 43 minutes après ; ainsi l'incan- . descence totale a duré 95 minutes. On a pesé cette masse une seconde fois après son entier refroidissement ; elle s’est trouvée peser 48 liv. 1 once ; ainsi elle avait perdu au feu 8 onces de son poids , et elle en aurait perdu davantage si on l’eût chauffée jusqu'au blanc. En comparant cette expérience avec les autres , on voit que , l'épaisseur de la masse étant de 5 pouces À, l'incandescence totale a duré 95 minutes dans cette pièce de fer , comprimée autant qu'il est possible ; et que, dans les premières masses qui n'avaient point été comprimées par le marteau, l'épaisseur étant de 6 pouces, l’incandescence a duré

= temps nécessaire à Ja prise de consistance

DES MINÉRAUX

105 minutes , et l'épaisseur étant de 8 pouces , elle a duré 140 minutes. Or , 140 : 8 ou 105 : 6 : : 95 : 5 2, au lieu que l'expérience nous donne 52. Les causes cachées, dont la principale est la compression de la ma= tière , et les obstacles qui en résultent pour …

cette différence de 5 ? à 52-; ce qui fait: SOS 22 ou un peu plus d'un tiers sur 2, c'est M dire environ — sur le tout. En sorte que le. si fer bien battu, bien sué, bien compri ROME

ne perd son incandescence qu’en 17

Et ceci parait se confirmer par les expérien. ces 3 et 4, où les masses de fer, ayant été comprimées par une seule volée de” coups de marteau, n’ont perdu leur incandescence qu'au bout de 72 et 73 minutes , au lieu 70 qu'a duré celle des loupes non co mpri=

mées ; ce qui fait 2 £ sur 70 , ou me ou !

de différence produite par cette premi compression. Ainsi, l’on ne doit pas te étonné que la seconde et la troisième CO! reg pression qu'a subies la masse de fer de 4È.

cinquième expérience , qui a été battue pi trois coups de marteau , aient produit = Een de — de différence dans la durée l'incandescence. On peut donc assurer nm général yque la plus forte conpression qu'on puisse dontier à la matière pénétrée dé feu autant qu'elle peut l'être, ne diminue dte d'une seizième partie la durée de son îne Sky descence, et que, dañs la matière qui: 1e

reçoit point de tompression extérieurê:

% The.

durée est précisément en même raison q ie son épaisseur. L Maintenant, pour appliquer au globe la terre le résultat de ces expériences * considèrerons qu'il n'a pu prendre sa fo élevée sous l'équateur , et ii sous pôles , qu'en vertu de la force centrift ; combinée avec celle de la pesanteur; que par conséquent il a dû tourner surëson d'à pendant un petit temps, avant que sa surfa Æ et ait pris sa consistance, et qu'ensuite la m & tière intérieure s'est consolidée dans les mê= mes rapports de temps indiqués par n0s expériences ; en sorte qu'en partant de supposition d’un jour au moins pour Île p

‘dl

sa surface , et en admettant , comme nos € ra RE périences l'indiquent , un temps de 3 minü

une toise, 342 jours pour une lieue, et 490086 jours, ou environ 1342 ans, pour qu'un globe de fonte de fer qui aurait, comme celui de la terre , 1432 lieuesY de

demi-diamètre , eût pris sa consistance jus-

qu'au centre. 4 Et La supposition que je fais ici d’un jour de rotation pour que le globe terrestre ait pu s'élever régulièrement sous l'équateur , et s’abaisser sous les pôles, avant que sa surface ne fût consolidée , me paraît plutôt trop faible que trop forte; car il a peut-être fallu un grand nombre de révolutions de vingt- Quatre heures chacune , sur son axe, pour que la matière fluide se soit solidement établie, et l’on voit bien que , dans ce cas , le PS nécessaire pour la prise de consistance © la matière au centre se trouvera plus 8rand, Pour le réduire autant qu'il est pos- Sible, nous n'avons fait aucune [attention à l'effet de la force centrifuge qui s’oppose à Celui de la réunion des parties, c'est-à-dire à la prise de consistance de la matière en fusion. Nous avons supposé encore , dans la même vue de diminuer le temps , que l'atmosphère de la terre, alors toute en feu , n'était néanmoins pas plus chaude que celle de mon fourneau à quelques pieds de distance où se sont faites les expériences; et c’est en conséquence de ces deux suppositions trop gratuites que nous ne trouvons qie 1312ans pour le temps employé à la consolidation du globe jusqu'au centre. Mais il me paraît certain que cette estimation du temps est de beaucoup trop faible ,par l'observation constante que j'ai faite sur la prise de consistance des gueuses à la tête et à la queue ;

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