‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 234 sur 304 · SUR LA CONSERVATION ET LE RÉTABLISSEMENT DES FORÈTS · texte numérisé non relu

SUR LA CONSERVATION ET LE RÉTABLISSEMENT DES FORÈTS

Le bois, qui était autrefois très-commun en France, maintenant suffit à peine aux usages indispensables , et mous sommes menacés pour l'avenir d'en manquer absolument; ce serait une vraie perte pour l'État, d'être

obligé d’avoirrecours à ses voisins, et de tirer de chez eux à grands frais ce que nos soins, et quelque légère économie peuvent nous procurer. Mais il faut s’y prendre à temps, il faut commencer dès aujourd'hui; car si notre indolence dure, si l'envie pressante que nous avons de jouir continue à augmenter notre indifférence pour la postérité ; enfin si la police des bois n’est pas réformée, il est à craindre que les forêts, cette partie la plus noble du domaine de nos rois, ne deviennent des terres incultes , et que le bois de service, dans lequel consiste une partie des forces maritimes de l'État, ne se trouve consommé et détruit sans espérance prochaine de renouvellement.

Ceux qui sont préposés à la conservation des bois, se plaignent eux-mêmes de leur dépérissement ; mais ce n’est pas assez de se plaindre d’un mal qu’on ressent déjà, et qui ne peut qu'augmenter avec le temps; il en faut chercher le remède, et tout bon citoyen doit donner au public les expériences et les réflexions qu'il peut avoir faites à cet égard. Tel a toujours été le principal objet de l'Académie, l'utilité publique est le but de ses travaux. Ces raisons ont engagé feu M. de Réaumur à nous donner, en 1721, de bonnes remarques sur l’état des bois du royaume. Il pose des faits incontestables , il offre des vues saines , et il indique des expériences qui feront honneur à ceux qui les exécuteront. Engagé par les mêmes motifs, et me trouvant à portée des bois, je les ai observés avec une altention particulière; et enfin, animé par les ordres de M. le comte de Maurepas, j'ai fait plusieurs expériences sur ce sujet. Des vues d'utilité particulière , autant que de curiosité de physicien, m'ont porté à faire exploiter mes bois taillis sous mes yeux; j'ai fait des pépinières d'arbres forestiers, j'ai semé et planté plusieurs cantons de bois, et ayant fait toutes ces épreuves en grand, je suis en état de rendre compte du peu de succès de plusieurs pratiques qui réussissaient en petit, et que les auteurs d'agriculture avaient recommandées. Il en est ici comme de tous les autres arts, le modèle qui réussit le mieux en petit, souvent ne peut s’exécuter en grand.

Tous nos projets sur les bois doivent se réduire à tâcher de conserver ceux qui nous restent, et à renouveler une partie de ceux qué nous avons détruits. Commençons par examiner les movens de conservation, après quoi nous viendrons à ceux de renouvellement.

Les bois de service du royaume consistent dans les forêts qui appartiennent à Sa Majesté, dans les réserves des ecclésiastiques et des gens de main-morte, et enfin dans les baliveaux que l'Ordonnance oblige de laisser dans tous les bois.

On sait, par une expérience déjà trop longue, que le bois des baliveaux n’est pas de bonne qualité et que d’ailleurs ces baliveaux font tort aux taillis. J'ai observé fort souvent les effets de la gelée du printemps dans deux cantons de bois taillis voisins l'un de l’autre. On avait conservé dans l'un tous les baliveaux de quatre coupes successives , dans l'autre , on n'avait conservé que les baliveaux de la dernière coupe ; j'ai reconnu que

la gelée avait fait un si grand tort au taillis.

surchargé de baliveaux, que l’autre taillis l’a devancé de cinq ans sur douze. L'exposition était la même ; j'ai sondé le terrain en différents endroits , il était semblable. Ainsi je ne puis attribuer cette différence qu'à l'ombre et à l'humidité que les baliveaux jetaient sur le taillis, et à l'obstacle qu'ils formaient au dessèchement de cette humi-

dité , en interrompant l’action du vent et du soleil.

Les arbres qui poussent vigoureusement en bois, produisent rarement beaucoup de fruit ; les baliveaux se chargent d’une grande quantité de glands , et annoncent par là leur

faiblesse. On imaginerait que ce gland de-

vrait repeupler et garnir les bois , mais cela

se réduit à bien peu de chose; car de plu-

sieurs millions de ces graines qüi tombent au pied des arbres, à peine en voit-on lever

quelques centaines, et ce petit nombre est

bientôt étouffé par l'ombre continuelle et le manque d'air, ou supprimé par le dégouttement de l'arbre, et par la gelée qui est toujours plus vive près de la surface de la terre, ou enfin détruit par les obstacles que ces jeunes plantes trouvent dans un terrain traversé d’une infinité de racines d'herbes de toute espèce ; on voit , à la vérité, quelques arbres de brin dans les taillis, ces arbres

viennent de graines , car le chêne ne se mule

tiplie pas par rejetons au loin , et ne pousse pas de la racine; mais ces arbres de brin sont ordinairement dans les endroits clairs des bois, loin des gros baliveaux, et sont dus aux mulots où aux oiseaux , qui, en transportant les glands, en sèment une grande quantité. J'ai su mettre à profit ces graines que les oiseaux laissent tomber. J'avais o6b= servé dans un champ qui, depuis trois ow

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