‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 235 sur 304 · PARTIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTALE

quatre ans, était demeuré sans culture, qu'éutour de quelques petits buissons, qui s'y trouvaient fort loin les uns des autres, plusieurs petits chênes avaient paru tout d'un coup, je reconnus bientôt par. mes yeux , que cette plantation appartenait à des geais, qui, en sortant des bois , venaient d'habitude se placer sur ces buissons pour manger leur gland, et.en laissaient tomber la plus grande partie, qu'ils ne se donnaient jamais la peine de ramasser. Dans un térrais que j'ai planté dans la suite , j'ai eu soin d y mettre de petits buissons , les oiseaux s’en som émparés, et ont garni les environs d’une grande quantité de jeunes chênes.

IL faut qu'il y ait déjà du temps qu'on ait

commencé à s'apercevoir du dépérissement.

des bois, puisque autrefois nos rois ont donné des ordres pour leur conservation. La plus utile de ces Ordonnances est celle qui établit , dans les bois des ecclésiastiques et gens de main-morte , la réserve du quart pour croître en futaie ; elle est ancienne et a été donnée , pour la première fois , en 1573, confirmée en 1597 , et cependant demeurée sans exécution jusqu'à l'année 1669. Nous devons souhaiter qu'on ne se relâche point à cet égard ; ces réserves sont un fonds, un bien réel pour l'État, un bien de bonne nature, car elles ne sont pas sujettes aux défauts des baliveaux; rien n’a été mieux imaginé, et on en aurait bien senti les avantages, si, jusqu'à présent, le crédit , plutôt que le besoin n'en eût pas disposé. On préviepdrait cet abus en supprimant l'usage arbitraire des permissions , et en établissant un temps fixe pour la coupe des réserves : ce temps serait plus ou moins long , selon la qualité du terrain , ou plutôt selon la profondeur dusol ’ car cette attention estabsolument RPOÇaQUTe { On pourrait donc en régler les coupes à cinquante ans dans un terrain de deux pieds et demi de profondeur ; à soixante-dix ans dans un terrain de trois pieds et demi, et à cent ans dans un terrain de quatre pieds et demi et au-delà de profondeur. Je donne ces termes d'après les observations que j'ai faites; au moyen d'une tarière haute de cinq pieds, avec laquelle j'ai sondé quantité de terrains, où j'ai examiné en même temps la hauteur,

la grosseur et l'âge des arbres ; cela se trou-

vera assez juste pour les terres fortes et pétrissables. Dans les terres légères et sablonneuses, on pourrait fixer les termes des coupes à quarante ; Soixanteet quatre-vingts ans ; on perdrait à attendre plus longtemps,

et il vaudfait infiniment mieux garder du bois de service dans dés magasins , que de le laisser sur pied dans les forêts , où ilne peut manquer de s'altérer après un certain âge.

Dans quelques provinces maritimes du royaume, comme dans la Bretagne près d'Ancenis, il y a des terrains de communes qui n’ont jamais été cultivés, et qui, sans être en nature de bois , sont couverts d’une infinité de plantes inutiles , comme de fougères , de genêts et de bruyères , mais qui sont en même temps plantés d'une assez grande quantité de chênes isolés. Ces arbres, souvent gâtés par l’abroutissement du bétail, ne s'élèvent pas , ils se courbent, ils se tortillent , et ils portent une mauvaise figure ; dont cependant on tire quelque avantage , car ils peuvent fournir un grand nombre de pièces courbes pour la marine , et, par cette raison ; ils méritent d’être conservés. Cependant on dégrade tous les jours ces espèces de plantations naturelles ; les seigneurs donnent où vendent aux paysans la liberté de couper dans ces communes , et il est à craindre que ces magasins de bois courbes ne soient bientôt épuisés. Cette perte serait considérable , car les bois courbes, de bonne qualité , tels que sont ceux dont je viens de parler , sont fort rares. J'ai cherché les moyens de faire des bois courbes , et j'ai sûr cela des expériences commencées qui pourront réussir, et que je vais rapporter en deux mots. Dans un taillis, j'ai fait couper à différentes hauteurs, savoir, à 2, 4,6, 8, 10 et 12 pieds au-dessus de terre, les tiges de plusieurs jeunes arbres, et, quatre années ensuite, j'ai fait couper le sommet des jeunes branches que ces arbres étêtés ont produites ; la figure de ces arbres est devenue, par cette double opération, si irrégulière , qu'il n’est pas possible de la décrire , et je suis persuadé qu'un jour ils fourniront du bois courbe. Cette facon de courber le bois serait bien plus simple et bien plus aisée à pratiquer, que celle de charger d'un poids, ou d'assujétir par une corde la tête des jeunes arbres , comme quelques gens l'ont proposé (1).

Tous ceux qui connaissent un peu les bois savent que la gelée du printemps est le fléau

(1) Ces jeunes arbres que j'avais fait étêter en 1734, et dont on avait encore coupé la principale branche en 1737, m'ont fourni, en 1769, plusieurs courbes très-bonnes , et dont je me suis servi pour les roues des marteaux et des soufllets de mes forges.

des taillis; c’est elle qui, dans les endroits bas et dans les petits vallons, supprime continuellement les jeunesrejetons , etempêche le bois de s'élever ; en un mot, elle fait au bois un aussi grand tort qu’à toutes les autres productions de la terre , et si ce tort a jusqu'ici été moins connu, moins sensible, c'est que la jouissance d’un taillis étant éloignée , lepropriétaire y fait moins d'attention, et se console plus aisément de la perte qu'il fait; cependant cette perte n'en est pas moins réelle, puisqu'elle recule son revenu de plusieurs années. J’ai täché de prévenir, autant qu'il est possible, les mauvais eflets de la gelée , en étudiant la façon dont elle agit, et j'ai fait sur cela des expériences qui n'ont appris que la gelée agit bien plus violemment à l'exposition du midi qu’à l’exposition du nord ; qu'elle fait tout périr à l'abri du

vent, tandis qu'elle épargne tout dans les en-.

droitsoù il peut passer librement. Cette observation,;quiest constante, fournitun moyen de préserver de la gelée quelques endroits des taillis, aumoins pendaut les deux ou trois premières années, qui sont le temps critique , et où elle les attaque avec plus d'avantage ;

ce moyen consiste à observer, quand on les

abat, de commencer la coupe du côté du nord; il est aisé d'y obliger les marchands de bois en mettant cette clause dans leur marché, et je me suis déjà très-bien trouvé d’avoir pris cette précaution pour quelques-uns de mes taillis. jé L

Un père de famille, un e arrangé qui se trouve propriétaire d'une quantité un peu considérable de bois taillis, commence par les faire arpenter , borner , diviser et mettre en coupe réglée, il s'imagine que c'est Rà le plus haut point d'économie ; tous les aps il vend le même nombre d’arpents ; de cette façon, ses bois deviennent un revenu annuel ; il se sait bon gré de cette règle, et c'est cette apparence d'ordre qui à fait prendre faveur aux coupes réglées : cependant il s’en faut bien que ce soit là le moyen de tirer de ses taillis tout le profit qu'on en pourrait obtenir; ces coupes réglées ne sont bonnes que pour ceux qui ont des terres éloignées qu'ils ne peuvent visiter ; la coupe réglée de leurs bois est uneespèce de ferme, ils comptent sur le produit, et le reçoivent sans se donner aucun soin : cela doit convenir à grand nombre de gens; mais pour ceux dont l'habitation se trouve fixée à la campagne, et même pour ceux qui y vont passer un certain temps toutes les années , il

leur est facile de mieux ordonner les coupes

de leurs bois taillis. En général on peut assurer que, dans les bons terrains, on gagnera à les attendre, et que, dans les terrains où il n'y a pas de fond, ïl faut les couper fort jeunes ; maïs il serait à souhaiter qu’on pât donner de la précision à cette règle, et déterminer au juste l’âge où l’on doit couper les taillis; cet âge est celui où l'accroissement du bois commence à diminuer. Dans les premières années , le bois croît de plus en plus , c'est-à-dire que la production de la seconde année est plus considérable que celle de la première année ; l'accroissement de la troisième année est plus grand que celui de la seconde; ainsi, l'accroissement du bois augmente jusqu'à un certain âge, après quoi il diminue ; c'est ce point, ce maximum , Qu'il faut saisir pour tirer de som taillis tout l'avantage et tout le profit possible. Mais comment le reconnaître , comment s'assurer de cet instant ? Il n’y a que des expériences faites en grand, des expériences longues et pénibles, des expériences telles que M. de Réaumur les a indiquées, qui puissent nous apprendre l’âge où les bois commencent à croître de moins en moins; ces expériences consistent à couper et peser tous les ans le produit de quelques arpents de bois, pour comparer l'augmentation annuelle , et reconnaître , au bout de plusieurs années , l'âge où elle commence à diminuer.

J'ai fait plusieurs autres remarques sur la

conservation des bois, et sur les changements qu’on devrait faire aux règlements des forêts,

que je supprime comme n'ayant aucun rap port avec des matières de physique : mais je ne dois pas passer sous silence ni cesser de recommander le moyen que j'ai trouvé d'augmenter la force et la solidité du bois de service, et que j'ai rapporté dans le premier article de ce Mémoire ; rien n'est plus simple, car il ne s’agit que d’écorcer les arbres, et les laisser ainsi sécher et mürir sur pied avant que de les abattre. L’aubier devient, par celte opération , aussi dur que le cœur de chêne , il augmente considérablement de.

force et de densité , comme je m'en suis assuré par un grand nombre d'expériences , et les souches de ces arbres écorcés et séchés

sur pied , ne laissent pas que de repousser et

dé reproduire des rejetons ; ainsi il n'y a pas

-le moindre inconvénient à établir cette pra-

tique, qui, en augmentant la force et Ia durée du bois mis en œuvre, doit en diminuer la consommation , et, par conséquent,

Lots. mit

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