‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 254 sur 304 · QUE PRODUISENT SUR LES · texte numérisé non relu

QUE PRODUISENT SUR LES

Er .

ah sieurs grands arbres plus vigoureux poussèrent au printemps presque sur toutes leurs branches , et ne parurent pas en avoir beaucoup souffert. Nous ferons cependant remarquer dans la suite les dommages réels et irréparables que cet hiyer leur a causés.

Une gelée qui nous prive des chove les plus nécessaires à la vie , qui : périr entièrement plusieurs espèces d'arbres utiles et n'en laisse presque aucun qui ne se ressente de sa rigueur, est certainement des plus redoutables ; ainsi, nous avons tout à craindre des grandes gelées qui viennent pendant l'hiver, et qui nous réduiraient aux dernières extrémités , si nous en ressentions plus souvent les effets ; mais héureusement on ne peut citer que deux à trois hivers qui, comme celui de l'année 1709, aient produit une calamité si générale.

Les plus grands désordres que causent jamais les gelées du printemps, ne portent pas à beaucoup près sur des choses aussi essentielles , quoiqu’elles endommagent les grains , et principalement le seigle lorsqu'il est nouvellement épié et en lait; on n’a jamais vu que cela ait produit de grandes disettes, elles n’affectent pas les parties les plus solides des arbres , leur tronc ni leurs branches , mais elles détruisent totalement leurs productions , et nous privent de récoltes de vins’et de fruits, et par la suppression des nouveaux bourgeons elles causent un dommage considérable aux forêts.

Ainsi , quoiqu'il y ait quelques exemples que la gelée d'hiver nous ait réduits à manquer de pain, et à être privés pendant plusieurs années d'une infinité de choses utiles que nous fournissent les végétaux , le dommage que causent les gelées du printemps nous devient encore plus’ important , parce qu'elles nous affligent beaucoup plus fréquemment ; car comme il arrive presque tous

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les ans quelques gelées en cette saison , il est rare qu’elles ne diminuent nos revenus.

A ne considérer que les effets de la gelée, même très-superficiellement, on aperçoit déjà que ceux que produisent les fortes gelées d'hiver, sont très-différents de ceux qui sont occasionés par les gelées du printemps, puisque les unes attaquent le corps mème et les parties les plus solides des arbres, au lieu que les autres détruisent simplement leurs productions ; et s'opposent à leurs accroissements. C'est ce qui sera plus amplement prouvé dans la suite de ce Mémoire.

Mais nous ferons voir en même temps qu’elles agissent dans des circonstances bien différentes , et que ce ne sont pas toujours les terroirs , les expositions et les situations où l’on remarque que les gelées d'hiver ont produit de plus grands désordres , qui souffrent le plus des gelées du printemps.

On conçoit bien que nous n'avons pas pu

arvenir à faire cette distinction des effets de

la gelée , qu'en rassemblant beaucoup d'observations, qui rempliront la plus grande partie de ce Mémoire. Mais seraient-elles simplement curieuses , et n’auraient-elles d'utilité que pour ceux qui voudraient rechercher la cause physique de la gelée? Nous espérons de plus qu’elles seront profitables à l'agriculture, et que si elles ne nous mettent pas à portée de nous garantir entièrement des torts que nous fait la gelée, elles nous donneront des moyens pour en parer une partie : c'est ce que nous aurons soin de faire sentir, à mesure que nos observations nous en fourniront l’occasion. Il faut donc en donner le détail, que nous commencerons par ce qui regarde les grandes gelées d'hiver, nous parlerons ensuite des gelées du printemps.

Nous ne pouvons pas raisonner avec autant de certitude des gelées d'hiver que de celles du printemps, parce que, comme nous avons déjà dit, on est assez heureux pour n'éprouver que rarement leurs tristes effets. La plupart des arbresétant, dans cette saison, dépouillés de fleurs , de fruits et de feuilles , ont ordinairement leurs bourgeons endurcis et en état de supporter des gelées assez fortes, à moins que l'été précédent n’ait été frais ; car en ce cas les bourgeons n'étant pas parvenus à ce d’gré de maturité que les jardiniers appellent aoûtés, ils sont hors d’état de résister aux plus médiocres gelées d'hiver; mais ce n'est pas l'ordinaire , et le plus souvent les bourgeons mürissent avant

. l'hiver, et les arbres supportent les rigueurs

de cette saison sans en être endommagés , à moins qu'il ne vienne des froids excessifs , joints à des circonstances ficheuses , dont nous parlerons dans la suite.

Nous ayons cependant trouvé dans les forêts beaucoup d’arbres attaqués de défauts considérables, qui ont certainement été produits par les fortes gelées dont nous venons de parler, et particulièrement par celle de 1709 ; car quoique cette énorme gelée commence à être assez ancienne , elle a produit dans les arbres qu'elle n’a pas entièrement détruits, des défauts qui ne s’effaceront jamais.

- Ces défauts sont, Le des gerces qui suivent

la direction des fibres, et que les gens de

forêts appellent gélivures ; 2,10 2e. Une portion de bois mort renfermée

dans le bon bois, ce que les forestiers à

lent la gélivure entrelardée. Re;

Enfin le double aubier qui est uné €0 = ronne entière de bois imparfait, remplie et recouverte par de bon bois : il faut déta ces défauts , et dire d'où ils,procèdent.:

allons commencer par ce qui eur ble aubier. ee

’ 4 : x L’aubier est, comme l'on sait, une cou-

#$ LL 4 0 tn Du-

ronne ou une ceinture plus ou moins épai .

de bois blanc et imparfait, qui dans presque tous les arbres se distingue aisémentdu is parfait , qu'on appelle le cœur, par la différence de sa couleur et de sa dureté. El se.

trouve imfnédiatement sous l'écorce » et enveloppe le bois parfait, qui dans les arbres sains est à peu près de la même couleur, depuis la circonférence jusqu’au centre ; # rai dans ceux dont nous voulons parler, le bois parfait se trouve séparé par une seconde couronne de bois blanc , én sorte que sur la coupe du tronc d’un de ces arbres, on voit alternativement une couronne d'aubier, puis une de bois parfait, ensuite une pre couronne d’aubier, et enfin un massif de bois parfait. Ce défaut est plus ou moins grand D et plus ou moins commun , selon les différents terrains et les différentes situations ; dans les terres fortes et dans le touffu des forêts , il est plus rare et moins considérable que dans les clairières et dans les terres légères.

À la seule inspection de ces couronnes de bois blanc, que nous appellerons dans la suite le J'aux aubier, on voit qu’elles sont de mauvaise qualité ; cependant pour en être plus certain, M. de Buffon en a fait faire plusieurs petits soliveaux de deux pieds de

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longueur sur neuf à dix lignes d'équarrisut en ayant Pts de de pareils de véritable aubier, il a fait rompre les uns et les autres en les chargeant dans leur milieu ; et ceux de faux aubier opt toujours rompu sous un moindre poids ceux du véritable aubier , quoique ; comme l'on sait, la force de l'aubier soit très-pelite en comparaison de celle du bois formé.

Il a ensuite pris plusieurs morceaux de ces deux espèces d’aubier , il les a pesés dans l'air et ensuite dans l'eau , et il a trouvé que la pesanteur spécifique de l’aubier naturel était toujours plus grande que celle du faux aubier. Il a fait la même expérience avec le bois du centre de ces mêmes arbres, pour le comparer à celui de la couronne qui se trouve entre les deux aubiers, et il a reconnu que la

différence était à peu près cellequi se trouve

paturellement entre la pesanteur du bois du

centre de tous les arbres et celle de la cixconférence ; ainsi tout ce qui est devenu bois

i ans ces arbres défectueux , s'est en à peu près dans l'ordre ordinaire.

ais il n'en est pas de même du faux aubier, isque, comme le prouvent les expériences que nous venons de rapporter, ilest plus faible ; plus tendré et plus léger que le vrai aubier, quoiqu'il ait été formé vingt et vingtcinq ans auparavant; Ce que nous ayons re-

connu en comptant les cercles annuels, tant,

de l’aubier que du bois qui recouvre ce faux aubier ; et cette observation que nous avons répétée sur nombre d'arbres ; Prouve incontestablement que ce défaut est une suite du grand froid de 1709 : car il me faut pas être surpris de trouver toujours quelques couches de moins que le nombre des années qui se sont écoulées depuis 1709 & non-seulement parce qu'on ne peut jamais avoir par le nom bre des couches ligneuses l'âge des arbres qu’à trois ou quatre années près , mais encore parce que les premières couches ligneuses qui se sont formées depuis 1709 , étaient si minces et si confuses, qu'on ne peut les distinguer bien exactement.

- JL est encore sûr que c'est la portion de larbre qui était en aubier dans le temps -de la grande gelée de 1709, qui au lieu de se perfectionner et de,se convertur en bois, est au contraire devenue plus défectueuse ; on n'en peut pas douter après les expériences que M. de. Buffon a faites pour s'assurer de la qualité de ce faux aubier.

D'ailleurs , il est plus naturel de penser que l'aubier doit plus souffrir des grandes MuÉontE LE LA TERRE. Z'ome PS A

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