PARTIE EXPÉRIMENTALE
gelées que le bois + non-seulement parce que , étant à l'extérieur de l'arbre, il est plus” 3 é au froid, mañisencore parce qu'il contient plus de séve , et que les fibres sont plus tendres et plus délicates que.celles du bois. Tout cela paraît d’abord souffrir peu de difficulté , cependant on pourrait objecter l'observation rapportée dans l'Histoire de l'Académie , année 1710, par laquelle il paraît qu'en 1709 les jeunes arbres ont mieux supporté le grand froid que les vieux arbres ; mais comme le fait que nous venons de rapporter est certain, il faut bien qu’il ÿ ait quelque différence entre les parties organiques, les vaisseaux, les fibres , les vésicules , etc. , de l’aubier des vieux arbres et de celui des jeunes : elles seront peut-être plus souples, plus capables de prêter dans ceux-ci que dans les vieux, de telle sorte qu'une force qui sera capable de faire rompre les unes, ne fera que dilater les autres. Au reste, comme ce sont là des choses que les yeux ne peuvent apercevoir, et dont l'esprit reste peu satis-
fait, nous passerons plus légèrement sur ces . j
conjectures , et no ous contenterons des faits que nous ien observés. Cet aubier a donc beaucoup. souffert de la gelée , c'est une chose incontestable, mais a-t-il été entièrement désorganisé ? il por it l'être sans qu'il s'en fût suivi la mort de l'arbre ;
pourvu que l'écorce fût restée saine, la vé-
gétation aurait pu continuer. Ou voit tous les jours des saules et des ormes qui ne subsistent que par leur écorce ; et la même chose s'est vue long-temps à la pépinière du Roule sur un oranger qui n'a péri que depuis quelques années. .
- Mais nous ne croyons pas que le faux aubier dont nous parlons soit mort; il m'a toujours paru être dans un état bien différent de l’aubier qu’on trouve dans les arbres qui sont attaqués de la gélivure entrelardée , et dont nous parlerons dans un moment ; il a aussitparu de même à M. de Buffon, lorsqu'il,en a fait faire des soliveaux et des cubes , pour les expériences que nous avons rapportées ; et d’ailleurs s’il eût été désorganisé, comme il s'étend sur toute la circonférence des arbres, il aurait interrompu le mouvement latéral de la séve , et le bois du ceutre qui se serait trouvé recouvert par cette enveloppe d'aubier mort , n'aurait pas pu végéter, il serait mort aussi, et se serait altéré, ce qui n'est pas arrivé, comme le prouve l'expérience de M? de Buffon, que je pourrais confirmer par plusieurs que j'ai exé-
cutées avec soin, mais dont je ne parlerai Pas pour le présent , parce qu'elles ont été faites dans d'autres vues ; cependant on ne CONÇOIL pas aisément comment cet aubier a pu être altéré au point de ne pouvoir se convertir en bois, et que bien loin qu'il soit mort, il ait même été en état de fournir de la séve aux couches ligneuses qui se sont formées par-dessus dans un état de perfection qu'on peut comparer au bois des arbres qui n’ont souffert aucun accident. Il faut bien cependant que la chose se soit passée ainsi , et que le grand hiver ait causé une maladie incurable à cet aubier; car s'il était mort aussi-bien que l'écorce qui le recouvre , i n'est pas douteux que l'arbre aurait péri en-
tièrement; c'est ce qui est arrivé en [709 à
plusieurs arbres dont l'écorce s’est détachée, qui par un reste de séve qui était dans leur tronc, ont poussé au printemps, mais qui sont morts d'épuisement avant l'automne, faute de recevoir assez de nourriture pour subsister, ECS L Nous LA trouvé de ces faux aubiers qui étaient plus épais d'un côté que d’un autre , ce qui s'accorde à merveille avec l’état le plus ordinaire de l’aubier. Nous en avons aussi trouvé de très-minces ; apparemment qu'il n'y ayait eu que quelques couches d’aubier d’endommagées. Tous ces faux aubiers ne sont pas de la même couleur, et n’ont pas souflert une altération égale, ils ne sont pas aussi mauvais les uns que les autres, et cela s'accorde X merveille avec ce que nous avons dit plus haut, Enfin nous avons fait fouiller au pied de quelques-uns de ces arbres; pour voir si ce même défaut existait aussi dans les racines , mais nous les avons trouvées trèssaines, ainsi il ést probable que la terre quiles recouvrait les avait garanties da grand froid. Voilà donc un effet des plus fâcheux des gelées d'hiver, qui, pour être renfermé dans l'intérieur des arbres, n'en est pas moins à craindre , puisqu'il rend les arbres qui en sont attaqués , presque inutiles pour toutes sortes d'ouvrages; mais outre cela il est très-: fréquent , et on à toutes les peines du monde à trouver quelques arbres qui en soient totalementexempts; cependant on doit conclure, des observations que nous venons de- rapporter, que tous les arbres dont le bois ne suit pas une nuance réglée depuis le centre où il doit être d’une couleur plus foncée jusqu’auprès de l'aubier, où la couleur s'éclaircit un peu , doivent être soupçonnés de quelques défauts, et même être entièrement
rebutés pour les ouvrages de conséquence, si la différence est considérable. Disons maintenant un mot de cet autre défaut que nous ayons appelé la gélivure entrelardée.
En sciant horizontalement des pieds d’arbres, on apercoit quelquefois un morceau d’aubier mort et d’écorce desséchée, qui sont entièrement recouverts par le bois vif. Cet aubier mort occupe à peu près le quart de la circonférence dans l'endroit du tone où il se trouve ; il est quelquefois plus brun que le bon bois, et d'autres fois presque blanchâtre. Ce défaut se trouve plus fréquemment sur les coteaux exposés an midi, que partout ailleurs. Enfin par la profondeur où cet aubier se lrouve, dans le trone, il parait dans beaucoup d'arbres avoir péri en 1709, et nous croyons qu'il est dans tous une suite de grandes gelées d'hiver, qui ont fait entièrement périr une portion d'aubier et d'écorce , qui ont ensuite été recouverts parde nouveau bois, et cet aubier mort'se trouve presque toujours à l'exposition du , midi, parce que le soleil venant à fondre la glace de ce côté, il en résulte une humidité qui regèle de nouveau et sitôt après que le
soleil a disparu, ce qui forme un verglas qui; ts comme l’on sait, cause un préjudice considé-
rable aux arbres. Ce défaut n'occupe pas 0r- ‘ dinairement toute la longueur du tronc, de :
sorte que nous avons vu des pièces équarries qui paraissaient très-saines , et que l’on n’a’ reconnues attaquées de cette gélivure que / quand on les a eu réfendues , pour en faire 4 des planches ou desmembrières. Si onleseüt employées de toute leur grosseur, on les 54 rait crues exemptes de tous défauts: On ton-
coit cependant combien un tel vice dans leur Li .
intérieur doit diminuer leur force ét précipiter leur dépérissement. RM 2 EU -. Nous ayons dit encore que les fortes ge-
Jées d'hiver faisaient quelquefois fendre les
arbres suivant la direction de leurs fibres ‘ ét même avec bruit; ainisi il nous reste à rapporter les observations que nous avons pu faire sur cet accident. És”
On trouve dans les forêts des arbres qui’, ayant été fendus suivant la direction de * leurs fibres ; sont marqués d’une arète qui est formée par la cicatrice qui a recouvert ces gerçures qui restent dans l'intérieur de ces arbres sans se réunir, parce que , comme nous Le prouverons dans uné autre occasion, :
il ne se forme jamais de réunion dans les fibres ligneuses sitôt qu’elles ont été séparées où rompues. Tous les ouvriers regardent d
tant appris de . : Fort he ss 4 2 des végétaux ; page 19, que ce”
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toutes cel fentes comme l'effet des gelées d'hiver, c'est pourquoi ils appellent des gélivures, toutes les gerçures qu'ils aperçoivent dans les arbres. Il n'est pas douteux que la séve qui augmente de volume lorsqu'elle vient à geler, comme font toutes les liqueurs
aqueuses, peut produire plusieurs de. ces gerçures; mais nous Croyons qu'il y en à aussi qui sont indépendantes de la gelée, et qui sont occasionées par une trop grande abondance de séve. +:
Quoi qu'il en soit, nous avons trouvé de ces défectuosités dans tous les terroirs et à toutes les expositions , mais plus fréquemment qu'ailleurs dans les terroirs humides, et aux expositions du nord et du couchant ; peut-être cela vient-il dans un cas de ce que ie froid est plus violent à ces expositions , et, dans l’autre, de ce que les arbres qui sont dans les terroirs. NES ont. le 1issu de leurs fibres ligneuses plus aible et plus rare , et de ce que leur séve est plus abondante et plus aqueuse que dans les terroirs secs , ce qui fait que l'effet de la raréfaction des liqueurs par la gelée est plus.
sensible et d'autant plus en état de désunir les fibr es Jigneuses ; qu elles y apportent
. moins de résistance. +,
Ce raisonnement parait être confirmé par une autre observation, c’est que les arbres résineux, comme le sapin, sont rarement endommagés par les grandes gelées ; ce qui peut venir de ce que leur séve est résineuse; car on sait que les huiles ne gèlent pas par= faitement , et qu'au lieu d'augmenter de volume à la gelée, comme l'eau , clés /en diminuent lorsqu'elles se figent (1). %
Au reste ; nous ayons sclé plusieurs é- ‘bres attaqués de cette maladie, et nous avons presque toujours trouvé ; sous. la cicatrice
‘G) M “Halles, c UE eur. ui mous a (1) M. Has ss
sur la végétation, dit dans son
es plantes ’ irent le moins, qui résisus < mieux afro) I des hivers, parce qu'elles éhai besoin pour se conserver, que d’une urès-petit équantité de nourriture. Il prouve dans le-même endroit, que les plantes qui conservent leurs feuilles pendant 1 his ver, sont celles qui transpirent le moins ; cependant on sait que l'oranger, Je myrte , et encore plus le jusmin d'Arabie, etc. sônt très-sensibles À la Gelée, quoique ‘ces arbres conservent leurs. feuilles pendant l'hiVer ; il faut donc avoir recours à une autre cause pour expliquer pourquoi certains ärbres, qui ne se dépouillent pas pendant l'hiver, supportent si bien, les plis fortes geléès.
proéminentedontnous avons parlé, un dépôt de séve ou du bois pourri, ne se distingue de ce qu'on, appelle dans les forêts des abreuvoirs où des gouttières que parce que ces défauts , qui viennent d'une altération des fibres lignetises qui s’est produite intérieurement , n’a occasioné aucune cicatrice qui change la forme extérieure des arbres, au lieu que les gélivures qui viennent d’une gerçure qui s'est ensuite recouverte par une cicatrice , forment une arête ou une
éminence en forme de corde qui annonce le
vice intérieur. ras
Les grandes gelées d'hiver produisent sans doute bien d’autres dommages aux arbres , et nous avons encore remarqué plusieurs défauts que nous pourrions leur attribuer avec beaucoup devraisemblance ; mais comme mous n'avons pas pu nous en convaincre pleinement , nous n’ajouterons rien à ce que nous venons de dire, et nôuspasseroris aux observations que nous avons-faites sur les effets des gelées du printemps , après avoir dit un mot des avantages des différentes expositions par rapport à la gelée ; car cette question est trop intéressante à l'agriculture, pour ne pas essayer de l'éclaireir kd’autant que les auteurs se trouvent dans des oppositions de sentiments plus capables dé faire naître des doutes, que d'augmenter nos con.
naissances ; les uns prétendent qué la gelée se fait sentir plus vivement à l'exposition du nord, les autres voulant que ce soit celle du midi ou du couchant; et tous ces avis ne sont fondés sur aucune observation. Nous sentons cependant bien ce qui a pu partager = | les sentiments, el c'est ce qui nous a mis à portée de les concilier. Mais avant que de rapporter les observations et les expériences qui nôus-y ont conduits, ilest bon de
donner une idée plus exacte de la question.
Iln'est pas douteuxque c’est à l'exposition du nord qu'il fait le plus grand froid ; elle est à l’äbri du soleil, qui peut seul, dans les grandes gelées, tempérer larigueur du froid ; d'ailleurs elle est exposée au vent de nord, de nord-est et de nord-ouest, qui sont les plus froids de tous, non-seulement à en Juger par les effets que ces vents produisent sur nous, mais encore par la liqueur des thermomètres dont la décision est bien plus certaine.
Aussi voyons-nous le long de nos espaliers, que la terre est souvent gelée et endurcie toute la journée au nord, pendant qu’elle est meuble , et qu’on la peut labourer au midi.
, 4 Quand après cela il succède une forte ge-
-lée pendant la nuit, il est clair qu'il doit
faire bien plus froid dans l'endroit où il y a déjà de la glace, que dans celui où la terre aura été échauffée par le soleil; c’est aussi pour cela que, même dans les pays chauds, on trouve encore de la neige à l'exposition du nord sur les revers des hautes montagnes ; d'ailleurs la liqueur du thermomètre se tient toujours plus bas à l'exposition du nord qu'à celle du midi , ainsi il est incontestable qu'il y fait plus froid et qu'il y gèle plus fort.
En faut-il davantage pour faire conclure que la gelée doit faire plus de désordre à cette exposition qu'à celle du midi ? et onse confirmera dans ce sentiment par l'observation que nous avons faite de la gélivure simple , que nous avons trouvée en plus grande quantité à cette exposition qu’à toutes les autres. ;
Effectivement, il est sûr que tous les accidents qui dépendront uniquement de la grande force de la gelée , tels que celui dont nous venons de parler, se trouveront plus fréquemment à l'exposition du nord que partout ailleurs. Mais est-ce toujours la grande force de la gelée qui endommage les arbres, et n’y at-il pas des accidents particuliers qui font qu'une gelée médiocre leur cause beaucoup plus de préjudice que ne font les gelées beaucoup plus violentes, quand elles arrivent dans des circonstances heureuses ?
Nous en avons déjà donné un exemple en parlant de la gélivure entrelardée qui est produite par le verglas, ét qui se trouve plus fréquemment à l'exposition du midi qu'à toutes les autres , et l'on se souvient bien encore qu’une partie des désordres qu'a produits l'hiver de 1709, doit être attribuée à un faux dégel qui fut suivi d’une gelée encore plus forte que celle qui l'avait précédée; mais les observations que nous ayons
faites sur les effets des gelées du printemps,
nous fournissent beaucoup d'exemples pareils, qui prouvent incontestablement que ce n'est pas aux expositions où il gèle le plus fort , et où il fait le plus grand froid , que la gelée fait le plus de tort aux végétaux ; nous en allons donner le détail qui va rendre sensible la proposition générale que nous venons d'avancer, et nous commencerons par une expérience que M. de Buffon à fait exé-
situé dans un lieu sec, sur un terfain plat, bien découvertet environné de tous côtés de terres labourables. Il a laissé dans ce même bois plusieurs petits bouquets quarrés sans les abattre, et qui étaient orientés de facon que chaque face regardait exactement le midi, le nord, le levant et le couchant. Après avoir bien fait nettoyer la coupe , il a observé ayec soin au printemps l'accroissement du jeune bourgeon, principalement autour des bouquets réservés ; au 20 avril , il avañt poussé sensiblement dans les endroits exposés au midi, et qui, par conséquent , étaient à l'abri du vent du nord par les bouquets ; c’est done en cet endroit que les bourgeons poussèrent les premiers et parurent les plus vigoureux. Ceux qui étaient à l'exposition du levant Parurent ensuite, puis ceux de l'exposition du couchant, et enfin ceux de l'exposition du nord. | Le 28 avril , la gelée se fit sentir très-vivementle matin, par un vent du nord , le ciel étant fort serein et l'air fort sec, surtout de= puis trois Jours. Ls Il alla voir en quel état étaient les bourgeons autour des bouquets , et il les trouva gâtés et absolument noircis dans tous les endroits qui étaient exposés au midi et x Vabri du vent du nord , au lieu que ceux qui étaient exposés au vent froid du nord qui
soufllait encore, n'étaient que légèrement |
endommagés , et il.fit la même observation autour de tous les bouquets qu'il avait
fait réserver. A l'égard des expositioris du taient ce jour-
levant et du couchant , elles € là à peu près également endommagées.
Les 14, 15 et 22 mai, qu’il gel e ment par les vents de nord et de nord-nord-
était à l'abri du vent par les b
ouest, il observa pareillement que tout ce qui
très-endommägé , tandis que ce qui avaitété |
a assez Vive |
exposé au vent avait très-peu souffert. Celté, +
expérience nous paraît décisive , et fait voir plus fort aux endroits.
que, quoiqu'il gèle exposés au vent du nord qu'aux autres, la gelée y fait cependant moins de tort aux végétaux. - à —