‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 36 sur 304 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

dés corps , est particulière ; et n’est ni con- .

stanteni permanente, en dépend donc comme un effét particulier dépend d'un effet général; car au contraire, si toute impulsion était détruite , l'attraction subsisterait et n’en agirait pas moins ; tandis que celle-ci venant à cesser , l’autre serait non-seulement sans exercice, mais même sans existence :

c'est done cette différence essentielle qui subordonne l'impulsion à l'attraction dans toute matière brute et purement passive.

Mais cette impulsion qui ne peut ni s’exercer ni se transmettre dans les corps bruts qu’au moyen du ressort, e’est-à-dire du secours de la force d'attraction, dépend encore plus immédiatement , plus généralement , de Ja force qui produit la chaleur : car c'est principalement par le moyen de la chaleur que l'impulsion pénètre dans les corps organisés; c'est par la chaleur qu'ils se forment , croissent et se développent. On peut rapporter à l'attraction seule tous les effets de la matière brute, et à cette même force d'attraction jointe à celle de la chaleur , tous les phénomènes de la matière vive.

J'entends par matière vive, non-seulement tous les êtres qui vivent ou végètent, mais encore toutes les molécules organiques vivantes , dispersées et répandues dans les détriments ou résidus des corps organisés :

je comprends encore dans la matière celle de la lumière , du feu, délac en un mot, toute matière qui nous être active par elle-même. Or cette matièr vive tend toujours du centre à la circonférence , au lieu que la matière brute tend au contraire de la circonférence au centre ; c'est une force expansive qui anime la matière vive, et c’est une force attractive à laquelle obéit la matière brute : quoique les directions de ces deux forces soient diamé.tralement opposées , l’action de chacune ne s'en exerce pas moins ; elles se balancent sans ù + détruire , et de la combinaison de ces deux forces également actives résultent tous les phénomènes de l'univers.

Mais, dira-t-on, vous réduisez toutes les puissances de la nature à deux forces, l'une attractive et l’autre expansive , sans donner la cause ni de l’une ni de l’autre, et vous surbordonnez à toutes geex l'impulsion , qui est la seule force dont la cause nous soit connue et démontrée par le rapport de nos sens : n'est-ce pas abandonner une idée claire, et y substituer deux hypothèses

obscures ?

A cela je répondsque , ne connaissant rien que par comparaison , nous n’aurons jamais d'idée de ce qui produit un effet général , parce que cet effet appartenant à tout, on ne peut dès-lors le comparer à rien. Demander quelle est la cause de la force attractive, c'est exiger qu'on nous dise la raison pour-

quoi toute la matière s'attire. Or ne nous

suflit-il pas de savoir que réellement toute la matière s’attire , et n'est-il pas aisé de concevoir que cet effet étant général , nous n'avons nul moyen de le comparer , et par conséquent nulle espérance d'en connaître jamais la cause ou la raison? Si l'effet , au contraire , était particulier comme celui de l'attraction de l’aimant et du fer , on doitespérer d'en trouver la cause, parce qu’on peut le comparer à d'autres effets partieuliers , ou le ramener à l'effet général. Ceux qui exigent qu'on leur donne la raison d'un effet général , ne connaissent ni l'étendue de la nature ni les limites de l'esprit humain : demander pourquoi la matière est étendue , pesante, impénétrable, sont moins des questions que des propos mal conçus, et auxquels on ne doit aucune réponse. Il en est de même de toute propriété particulière lorsqu'elle est essentielle à la chose: demander, par exemple , pourquoi le rouge est rouge , serait une interrogation puérile à laquelle on ne doit pas répondre. Le philosophe est

de l'enfant lorsqu'il fait de sememandes; et autant on peut les parla curiosité non réfléchie du dernier, autant le premier doit lesrejeter etles exclure de ses idées.

Puis donc que la force d'attraction et la force d'expansion sont deux effets généraux, on ne doit pas nous en demander les causes; il suffit qu'ils soient généraux et tous deux réels, ious deax bien constatés , pour que nous devions les prendre eux-mêmes pour causes des effets particuliers; et l'impulsion est un de ces effets qu’on ne doit pas regarder comme une cause générale cle ou démontrée par le rapport de nos sens ; puisque nous avons prouvé que cette force d'impulsion ne peut exister ni agir qu’au moyen de l'attraction qui ne tombe poli sous cd

.sens. Rien n’est plus évident, disent certains

philososophes , que la communication du mouvement par l'impulsion ; iksaflit qu'un corpsen choque un autre pour que cet effet suive: mais, dans ce sens même , la cause de l'attraction n’est-elle pas encore plus évidente-et bien plus générale, puisqu'il suffit

d'abandonner un corps pour qu’il tombe et prenne du mouvement sans choc? le mouvement appartient donc , dans tous les cas , encore plus à l'attraction qu’à l'impulsion.

Cette première réductioh étant faite , il serait peut-être possible d'en faire une seconde,

l'expansion à celle de l’attractionz; en sorte que toutes les forces de la matière dépendraient d’une seule force primitive : du moins cette idée me paraîtrait bien digne de la sublime simplicité du plan sur lequel opère la nature. Or, ne pouvons-nous pas concevoir que cette attraction se change en répulsion toutes les fois que les corps s’approchent d'assez près pour éprouver un frottement ou

‘un choc des uns ce les autres ? L'impéné.

trabilité, qu'on ne doit pas regarder comme une force, mais comme une résistance essentielle à la matière, ne permettant pas que deux corps puissentüccuper le même espace, que doit-il arriver lorsque deux molécules ; qui s’attirent d'autant plus Puissamment qu’elles spApehent de plus près, viennent tout à coup à se heurter? Cette résistance invincible de l'impénétrabilité ne devientelle pas'alors une force active, ou plutôt réactive , qui, dans Je contaët, repousse les Corps avec autant de vitesse yqu'ils en avaient acquis au moment de se Fée, 27 et dés-lors la force expansive ne sera point une force particulière opposée à la force attractive )

mais un effet qui en dérive , et qui se. ifeste toutes les fois que les corps se ch ent

ou frottent les uns contre les autres.

J'avoue qu’il faut supposer dans chaque molécule de matière, dans chaque atome quelconque ; un ressort parfait, pour concevoir clairement comment spère ce changement de l'attraction en répulsion ; mais cela même nous est assez indiqué par les faits :

plus la matière s’atténue et plus elle prend du ressort; la terre et l’eau , qui en sont les agrégrats les plus grossiers, ont moins de rss que l'air; et le feu, qui est le plus subtil des éléments, est aussi celui qui a le plus de force expansive : les plus petites molécules de la matière , les plus petits atomes que nous €onnaissions sont ceux de la lumière ; et l’on sait qu’ils sont parfaitement élastiques, puisque l'angle sous lequel la lumière se réfléchit est toujours égal à celui sous lequel elle arrive : nous pouvons donc en inférer que toutes les parties constitutives de la matière en général sont à ressort parfait, et que ce ressort produit tous les effets

ct de ramener la puissance même de*

de la force expansive, toutes les fois que les corps se heurtent ou se frottent en se rencontrant dans des directions opposées.

L'expérience me paraît parfaitement d’accord aveé ces idées : nous ne connaissons d'autres moyens de produire du feu que par le choc ou le frottement des corps ÿ car le feu que nous produisons par la réunion des rayons de la lumière, ou par l'application du feu déjà produit à des matières combustibles, n’a-til pas néanmoins la même origine à laquelle il faudra toujours remonter , puisqu’en supposant l’homme sans miroirs ardents et sans feu actuel , il n’aura d’autres moyens,de produire le feu qu’en frottant ou choquaïñit des corps solides les uns contre les autres (LE) ?

La force expansive pourrait donc bien n’être, dans le réel, que la réaction de la force attractive; réaction qui s'opère toutes les fois que les molécules primitives de la matière , toujours attirées les unes par les autres , arrivent à se toucher immédiatement : car, dès-lors il 2 qu'elles soient repoussées avec autant de vitesse qu’elles en avaient acquis en direction contraire au moment du contact (2), et lorsque ces molé-

(1) Le feu que produit quelquefois la fermentation des herbes entassées , celui qui se manifeste dans les effervescences, ne sont pas une exception qu'on puisse

pposer , puisque celte production du feu par la ni et par l’effervescence dépend , comme toute autre, de l'action ou du choc des parties de la matière les unes contre les autres.

(2) I est certain, me dira-t-on, que les molécules rejailliront après le contact , parce que leur vitesse à ee point , et qui leur est rendue par le ressort , est la somme des vitesses acquises dans tous lé moments précédents, par l'effet'continuel de l'attraction, et par conséquent doit l'emporter sur l'effort instantané de l'attraction dans le seul moment du contact, Mais ne sera-t-elle pas continuellement relardée, et enfin détruite, lorsqu'il y aura équilibre entre la somme des efforts de l'attraction avant le contact , et la somme des eflorts de l'attraction après ontact ? Comme cette question pourrait faire nat es doutes ou laisser quelques nuages sur cet objet qui, par Jui-même , est difficile à saisir, je vais tâcher d'y satisfaire en m'expliquant encore plus clairement. Je suppose deux molécu 0%, pour rendre l'image plus sensible, deux grosses masses de matière , telles que la June et la terre , toutes deux douées d'un ressort parfait dans toutes les parties de leur intérieur : qu'arriverait-il à ces deux masses isolées de toute autre matière, si tout leur mouvement progressif était tout à coup arrété, et qu’il ne restât à chacune d'elles que leur force d'attraction réciproque ? Il est clair que dans cette supposition la lune et la terre se pré-

cules sont absolument li toute cohérence, et qu'elles n’obéissent qu'au seul mouvement produit par leur attraction ; cette vitesse acquise est immense dans le point du contact. La chaleur, la lumière, le feu , qui sont les grands effets de la force expansive, seront produits toutes les fois qu’artificiellement ou naturellement les corps seront divisés en partie très-petites , et qu'ils se rencontreront dans des directions opposées; etJa chaleur sera d’autant plus sensible, Ja lumière d'autant plus vive, le feu d'autant plus violent, que les molécules se seront précipitées les unes contre les autres avec plus de vitesse par leur force dattraction mutuelle.

De là on doit conclure que toute matière pent devenir lumière, chaleur, feu; qu'il suffit que les molécules d’une substance quelconque se trouvent dans une situation de liberté, c’est-à-dire dans un état de division

assez grande et deséparation telle , qu’elles

issent obéir sans obstacle à la force

qui les attire les unes vers les äntres ; car,

dès qu'elles se rencontréront, elles réagi-

ront les unes contre les autres, et se fuitont

en s’éloignant avec autant de vitesse qu’elles f :

cipiteraient l'une vers l'autre, avec une vitesse qui augmenterait à chaque moment dans la méme raison que diminuerait le quarré de leur En à Lesses me seront donc immenses àu p

contact, ou, si l’on veut, au moment de Jeur ce oc;

et des-lors ces deux corps ,que nous avons supposés à ressort parfail, et libres de tous les autres empé-

chements, c'est-à-dire entièrement isolés , rejailliront chacun , et s'éloïgneront l'un et l'autre dans la direction opposée et avec la même vitesse qu'ils avaient acquise au point du contact ; vitesse qui, quoique diminuée continuellement par leur attraction réciproque, ne laisserait pas de les porter d'abord au même lieu d'où ils sont partis, mais encore infiniment plus loïn, parce que la retardation du mouve-

ment “de ordre inverse de celui de l’accéléra-

tion, € a vitesse acquise au point du choc étant immense” les efforts de l’attraction ne pourront la réduire à zéro qu'à une distance dont le quarré segalement immense; en sorte que si le contact des deux corps qui se le, ils s'éloigneraient Lg : ét c'est

la lumière nflammation des mas l'instant même, elles

rait & < était absolu , et que la dista

choquent fût pr ve J'un de l'autre jus

Jancen x tance, quoique les particales qui se sont converties en In-

mière fussent auparavant très-voisines les unes des

autres.

ÉMIÈRE PARTIE.

en avaient acquis au moment du contact , qu’on doit regarder comme un vrai choc, puisque deux molécules qui s’attirent mutuellement, ne peuvent se rencontrer qu’en direction contraire. Ainsi, la lumi re, la

chaleur et le feu ne sont pas des matières

particulières , des matières différentes de toute autre matière; ce n’est toujours que la même matière qui n’a subi dujéeltéres tion, d’a modification, qu’une grande division de parties, et une direction de mou# vement én sens contraire par l'effet du choc et de la réaction. L:

Ce qui prouve assez évidemment que cette matière du feu et de la lumière n’est pas une substance différente de toute autre matière, c'est qu’elle conserve toutes les qualités essentielles , et même la plupart des attributs de la matière eommune : 1° la lumière, quoique composée de partieules presque infiniment petites, est néanmoins encore divisible, puisqu’avec le prisme on sépare les uns des autres les rayons, ou, pour parler plus clairement, les atomes différemment coloriées ; 2° la lumière, quoique douée en spDer ER d'une qualité tout opposée à celle de la pesanteur , d‘érbus d’une volatilité qu'on croirait lui être éssentielle , est néanmoins pesante com oute autre matière , puisqu'elle fléchit toutes les fois qu’elle passe auprès des autres corps, et qu’elle se trouve

à portée de leur sphère d'attraction ; je dois m ire qu’elle est fort pesante, relati-

ve à son volume qui est d’une petitesse extrème , puisque la vitesse immense avec laquelle la lumière se meut en ligne directe, ne l'empêche pas d'éprouver assez d’attraction près des autres corps, pour que safirection Hinniet LS RS manière très-sensible à nos yeux ; 3° la substance de la lumière n'est pas plus simple que celle de toute autre matièré , puisqu'elle est composée de parties d'inégale pesanteur, que le rayon Muge est beaucoup pi per que le rayon violet , et qu'entre ces extrèmes elle contient une infinité de rayons Intermédiaires, qui approchent plus ve moe de la pesanteur du rayon rouge ou de la

gèreté durayon violet : toutes ces conséquentes dérivent nécessairement des phénomènes de l’inflexion de la lumière et de sa réfraction (1), qui, dans le réelÿn'est qu'une

(1) L'attraction universelle agit sur la lumière : il ne faut, pour s'en convai cre, qu'examiner les cas

extrémes de la réfraction : lorsqu'un rayon dé Iu-

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