‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 11 sur 162 · DL · texte numérisé non relu

DL

celle où il tombe lui-même, en rangeant re que Primilives au nombre des roches feuillet roches Sans insister sur cela nou sobserverons Seule ? Mais

schistes spathiques ne diffèrent en effet ‘entre eux que par la plus ou moms grande quantité de matière calcaire qu'ils contiennent. Ceux où la substance argileuse est presque pure, ont le grain semblable à celui du schiste pur ([); mais ceux où la matière calcaire ou spathique abonde , offrent à leur cassure un grain brillant , écailleux avec un tissu fibreux (2), et même montrent distinctement dans leur texture une figuration spathique , en lames rectangulaires , striées ; et c’est dans ce dernier état que quelques auteurs ont donné à leur pierre de corne le nom de horn-blende, et que Vallerius l'a indiquée sous la dénomination de corneus spathosus.

Les schistes spathiques sont en général assez tendres, et le plus dur de ces schistes spathiques ou pierres de corne , est celle'que les Suédois ont appelée trapp (escalier), parce que cette pierre se casse par étage ou plans superposés , comme les marches d’un escalier (3). La pierre de corne commune est

le nom de schiste ne désigna jamais chez les bons naturalistes , aucune pierre feuilletée purement calcaire ou marneuse , et que dans sa véritable acception, il signifia toujours spécialement les pierres argileuses qui se divisent naturellement par feuillets , et qui sont plus ou moins mélangées d'autres substances, mais dont la base est toujours l'argile : or, la pierre de corne n'est en effet qu'une espèce de ces pierres mélangées de parties argileuses et calcaires , et nous croyons devoir la ranger sous une même dénomination avec ces pierres , et ce n’était pas la peine d'inventer un nom sans analogie, pour ne nous rien apprendre de nouveau , el pour désigner une substance qui n’est qu'un schiste mélangé de parties calcaires. En rappelant donc cette pierre au nom générique de schiste, auquel elle doit rester subordonnée, il ne s'agit que de lui assigner une épithète spécifique , qui la classe et la distingue dans son genre ; et comme le nom de spath, malgré les raisons qu’il y aurait de ne l'appliquer qu'à une seule substance, paraît avoir été adopté pour désigner des substances trèsdifférentes , je croirais qu'il serait à propos d'appeler les pretendues pierres de corne, schistes spathiques, puisqu’en effet leur texture offre toujours une cristallisation plus ou moins apparente en forme de spath.

(1) M. de Saussure. Voyage dans les Alpes, tom.1, pag. 69.

(2) Corneus fissilis. (Wallerius, sp. 170. )

(3) « On trouve le trapp dans plusieurs endroits » de la Suède , souvent dans des montagnes de pre- » mière formation, remplissant des veines étroites et » d'une structure si subtile, que ses particules sont » impalpables ; quand il est noir, il sert comme la » pierre de touche, à éprouver l'or et l'argent : il

TnéORIE DE LA TERRE. Z'ome III.

moins dure que le trapp, quelques autres | pierres de corne sont si tendres, qu’elles se laissent entamer avec l'ongle (1). Leur couleur varie entre le gris et le noir; il s'en trouve aussi devertes , de rouges de diverses teintes. Toutes sont fusibles à un degré de feu assez modéré , et donnent en se fondant un verre noir et compacte, Wallerius observe qu’en humectant ces pierres, elles rendent une odeur d'argile , ce fait seul joint à l'inspection , aurait dû les lui faire placér à la suite des pierres argileuses ou des schistes ; et la nature passe en effet par nuances des schistes simples.ou purement argileux , à ces schistes composés, dont ceux qui sont le moins mélangés de parties calcaires, n’of-

» n'y a dans ces montagnes aucuns vestiges de feu » souterrain...

» On en rencontre aussi dans les montagnes par » couches, surtout dans celles d'Ostrogothie; il » porte sur une couche de pierre calcaire pleine d'a- » nimaux marins pétrifiés ; cette dernière couche est » posée sur un lit de pierre sablonneuse , qui est cou- » chée horizontalement sur le granit...

» Dans les monts Kinne-kulle, Billigen et Mæs- » bert, cette couche de trapp est ordinairement en » pente; dans ceux de Hunne et de Halleberg , elle » s'élève comme un mur perpendiculaire , de plus de » cent pieds de haut , rempli de fentes , tant horizon- » tales que verticales, qui donnent naissance à des « prismes pour la plupart quadrangulaires : immé- » diatement sous cette couche , on trouve un schiste » noir parallèle à l'horizon , ce qui éloigne toute idée » de regarder le trapp comme le produit d'un incen- » die volcanique. » (Extrait de M. Bergmann , dans le Journal de physique, septembre 1780.) Le même M. Bergmann , dans sa Lettre à M. Troïl ( Lettres sur l'Islande, page 448), s'exprime ainsi : « Dans » toutes les montagnes disposées par couches qui se » lrouvent dans la Vestrogothie, la couche supé- » ricure est de trapp placée sur une ardoise noire ; il » il n’y a nulle apparence que cette matière de trapp » ait jamais été fondue. » Mais quand ensuite cet habile chimiste veut attribuer au basalte la même origine , il se trmope ; car il est certain que le basalte a été fondu , et son idée sur l'identité du trapp et du basalle, foudée sur laressemblance de leurs produits dans l'analyse, ne prouve rien autre chose, sinon que le feu a pu , comme l'eau, envelopper, confondre les mêmes matières. L

Le trapp, suivant M. de Morveau, contient beaucoup de fer; il a tiré quinze par cent de fer,. d'un morceau de trapp qui lui avait été envoyé de Suède par M. Bergmann : celui-ci assure que le trapp se fond au feu sans bouillonnement ; que l'alcali minéral le dissout par la voie sèche avec effervescence , et que le borax le dissout sans effervescence, (Opuscules de M. Bergmann , tome 2 , diss. 25.)

(4) Idem , ibidem, page 70.

frent pas la figuration spathique ; et ne peuvent , de l’aveu des minéralogistes , se distinguer qu'à peine du schiste pur.

Quoique le trapp et les autres pierres de corne ou schistes spathiques, qui ne contiennent qu'une petite quantité de matière valcaire , ne fassent aussi que peu ou point d'effervescence avec les acides, néanmoins en les traitant à chaud avee l'acide nitreux , on en obtient par l'alkali fixe un précipité gélatineux, de même nature que celui que donnent la zéolithe et toutes les autres matieres mélangées de parties vitreuses et de parlies calcaires,

Ce schiste spathique se, trouve en grand volume et en masses très-considérables mêlées parmi les schistes simples : M. de Saussure qui le décrit sous le nom de pierre de corne , Y'a rencontré en plusieurs endroits des Alpes. « À demi-lieue de Chamouni , dit » ce savant professeur , en suivant la rive » droite de l’Arve , la base d’une montagne, » de laquelle sortent plusieurs belles sour- » ces, estune roche de corne mêlée de mica » et de quartz. Ses couches sont à peu près » verticales , souvent brisées et diversement » dirigées (1).» Ce mélange de mica, ce voisinage du quartz, cette violente inclinaïson des masses me paraît s’accorder avec ce que je viens de dire sur l'origine et le temps de la formation de cette pierre mélangée : il faut en effet que ce soit dans le temps où les micas étaient flottants et disséminés sur les lieux où se trouvaient les débris plus ou moins atténués des quartz, et dans des posilions où les masses primitives rompues en différents angles , n’offraient comme parois ou comme bases , que de fortes inclinaisons et des pentes raides ; ee n’est, dis-je, que dans ces positions où les couches de formation secondaire ont pu prendre les grandes inclinaisons des pentes et des faces contre lesquelles on les voit appliquées. En effet, M. de Saussure nous fournit de ces exemples de roches de corne, adossées à des granits (2); mais ne se méprend-il pas lorsqu'il dit que des blocs vu tranches de granit, qui se rencontrent quelquefois enfermés dans ces roches de corne , s'y: sont produits ou introduits postérieurement à la formation de ces mêmes roches ? II me semble que c’est lors de leur formation même , que ces fragments de granit primitif y ont été renfermés , soit

ete

ta Voyage dans les Alpes , tome 1, page 433.

(2) Idem, ibid., pag. 534.

qu'ils y soient tombés en se détachant es sommets plus élevés (3), soit que la fox même des flots les y ait entraînés dans Re temps que les eaux charriaient la pâte mokke des argiles mélangées des poudres calcaires, dont est formée la substance des schistes spathiques : car nous sommes bien éloigea&s de croire que ces tranches ou prétenclazs filons de granit se soient produits, comme dit M. de Saussure , par cristallisation et psa æ l'infiltration des eaux; ce ne serait poRæat# alors du véritable granit primitif, mais 2#%€ concrétion secondaire et formée par l'agaæ— tination de sables graniteux (4). Ces deaax formations doivent être soigneusement dis tinguées , et l’on ne peut pas, comme le fait ici ce savant auteur, donner la même 6æ5— gine et le même temps de formation axx me masses primilives et à leurs productions Se condaires ou stalactites ; ceserait bouleverseæ toute ia généalogie des substances du ÈS Rex à minéral. EE I y a aussi des schistes spathiques , daxx s lesquelles le quartz et le feld-spath se trœxx— vent en fragments et en grains dispersés , et comme disséminés dans la substance de 2.

pierre : M. de Saussure en a vu de cette es — pèce dans la même vallée de Chamouni (5 La formation de ces pierres ne me paaitpbas dificile à expliquer, en se rappelant qu'exx tre les détriments des quartz, des granits des autres matières vitreuses primitives eæy —

RE mn OR pee D, LEE mA me, ee eee.

. (3) Nota. L'observation même de M. de Sausares 4 aurait pu le convaincre que la matière de ces an = 7 ches de granit a été amenée par le mouvement

eaux, el qu'elle s'est déposée en même temps = matière de la pierre de corne dans bell es pare. Je est inséré; puisqu'il remarque qu'où elles se P

tent, les couches de la roche de corne s'interro

brusquement , et paraissent s'être inégalement a DT

sées. (Voyage dans les Alpes, tom. 1, pag. 533.) (4) M. de Saussure remarque lui-même dans “4

pierre , de petites fentes reetilignes. . ... qui lui Pa

raissent l'effet d'un commencement de retraite. æ, (5) « Les rochers des Montées ( route de Serv Ode a

» Chamouui ; le long de la rive de l'Arve), con

» nent, outre la pierre de corne, d'autres élém

» des montagnes primitives , tels que le quartz & : :

» feld-spath : dans quelques endroits, la pierre

» corne est dispersée en très-petite quantité, sous 2 » forme d'une poudre grise, dans les interstices L » grains de quartz et de feld-spath , et Jà les roche » sont durs ; ailleurs la pierre de corne ; dé co

» verte, forme des veines suivies ct parallèles | » elles, qui règnent entre les grains de quartz et as en feld-spath ,et là lerocher est plus tendre,» (VOY =

dans les Alpes , tome 1 , page 425.) "

trainées par les eaux, la poudre la plus tenue et la plus décomposée forma les argiles ; et que les sables plus vifs et non décomposés formèrent le grès : or, il a dû se trouver dans cette destruction des matières primitives , de gros sables, qui bientôt furent saisis et aglutinés par la pâte d'argile pure, ou d'argile déja mélangée de substances calcaires (1). Ces gros sables, eu égard à leur pesanteur , n'ont point été charriés loin du lieu de leur origine ; et ce sont en effet ces grains de quartz, de feld-spath et de schorl , qui se trouvent incorporés et empâtés dans la pierre argileuse spathique ; OU pierre de corne , voisine des vrais granits (2). Enfin, il est évident que la formation des schistes spathiqnes et le mélange de substances argileuses et calcaires qui les composent , ainsi que la formation de toutes les autres pierres mixtes , supposent nécessairement la décom-

position des matières simples et primitives

dont elles sont composées; et vouloir conclure (3) de la formation de ces productions secondaires à celle des masses premières, et de ces pierres remplies de sables graniteux aux véritables granits, c’est exactement comme si l’on voulait expliquer la formation des premiers marbres par les brèches, ou celle des jaspes par les poudingues.

(1) M. de Saussure, après avoir parlé d'une pierre composée d'un mélange de quartz et de spath calcaire, et l'avoir improprement appelé granit , ajoute ( page 425 ), que cette matière se trouve par filons dans les montagnes de roche de corne : or, cette stalactite des roches de corne nous fournit une preuve de plus , que ces roches sont composées du mélange des débris des masses vitreuses , et des détriments des substances calcaires.

(2) Nota.C'est à la même origine qu'il faut rapporter cette pierre que M. de Saussure appelle granit veiné ( pag. 118), dénomination qui ne peut étre plausible que dans le langage d’un naturaliste qui parle sans cesse de couches perpendiculaires; ce prétendu granit veiné est composé de lits de graviers graniteux, restéspurs et sans mélange , et stratifiés près du lieu de leur origine ; voisinage que cet observateur regarde comme formant un passage très-important pour conduire à la formation des vrais granits ( page 117 ) : mais ce Passage en apprend sur la formation du granit, à peu près autant que le passage du grès au quartz en pourrait apprendre surl'origine de cette substance primitive.

(3) «Je ferai voir combien ce genre mixte nous » donne de lumière sur la formation des granits pro- » preiment dits, ou granits en masses.» (Saussure , Voyage dans les Alpes, tome 1, page 427.) Nota. On peut voir d'ici quelle espèce de lumière pourrait résulter d'une analogie si pen fondée.

Après les pierres dans lesquelles une portion de matière calcaire s'est combinée àvec l'argile , la nature nous en offre d'autres où des portions de matière argileuse se sont mêlées et introduites dans les masses calcaires : tels sont plusieurs marbres , comme le vert-campan des Pyrénées, dont les zones vertes sont formées d'un vrai schiste , interposé entre les tranches calcaires rouges qui font le fond de ce marbre mixte; telles sont aussi les pierres de Florence, où le fond du tableau est de substance calcaire pure, ou teinte par un peu de fer , mais dont la partie qui représente des ruines , contient une portion considérable de terre schisteuse (4), à laquelle , suivant toute apparence, est duc cette figuration sous différents angles et diverses coupes , lesquelles sont analogues aux lignes et aux faces angulaires , sous lesquelles on sait que les schistes affectent de se diviser , lorsqu'ils sont mêlés de la matière calcaire.

Ces pierres mixtes, dans lesquelles les veines schisteuses traversent le fond calcaire, ont moins de solidité et de durée que les marbres purs; les portions schisteuses sont plus tendres que le reste de la pierre, et ne résistent pas long-temps aux injures de l'air; c'est par cette raison que le marbre campan, employé dans les jardins de Marly et de Trianon , s'est dégradé en moins d’un siécle. On devrait donc n'employer pour les monuments que des marbres reconnus pour être sans mélange de schistes, ou d’autres matières argileuses qui les rendent susceptibles d’une prompte altération et même d’une destruction entière (5).

: Une autre matière mixte et qui n'est composée que d'argile et de substance calcaire , est celle qu’on appelle à Genève et dans le Lyonnais , mollasse, parce qu’elle, est fort tendre dans sa carrière. Elle s'y trouve en grandes masses (6), eton ne laisse pas de

(4) Voyez la Dissertation que M. Bayen, savant chimiste , » donnée sous le titre d'Examen chimique de différentes pierres.

(5) Voyez la Dissertation citée.

(6) « En 1779, on ouvrit un chemin près de Lyon, » au bord du Rhône, dans une montagne presque » toute de mollasse; la coupe perpendiculaire de » cette montagne présentait une infinité de couches » successives légèrement ondées , d'épaisseurs: diflé- » rentes, dont le tissu plus ou moins serré et les » nuances diversifiées annonçaient bien des dépôts » foumés à différentes époques : j'y ai remarqué des

Ds TT RE ol ES OO CRE, té +: 4 LS

l'employer pour les bâtiments , parce qu’elle se durcit à l'air; mais comme l’eau des pluies et même l'humidité de l'air la pénètrent et la décomposent peu à peu , on doit ne l’employer qu'à couvert; et c'est en effet pour éviter la destruction de ces pierres mollasses, qu'on est dans l'usage , le long du Rhône et à Genève, de faire avancer les toits de cinq à six pieds au-delà des murs extérieurs , afin de les défendre de la pluie (1). Au reste , cette pierre, qui ne peut résister à l’eau, résiste très-bien au feu, et on l'emploie avantageusement à la construction des fourneaux de forges et des foyers de cheminées.

Pour résumer ce que nous venons de dire sur les pierres composées de matières vitreuses et de substance calcaire en grandes masses , et dont nous ne donnerons que ces trois exemples; nous dirons lo que les schistes spathiques ou roches de corne représentent le grand mélange et la combinaison intime qui s'est faite des matières calcaires avec les argiles , lorsqu'elles étaiént toutes deux réduites en poudre , et que ni les unes ni les autres n'avaient encore aucune solidité.

20 Que les mélanges moins intimes, formés par les transports subséquents des eaux, et dans lesquels chacune des matières vitreuses et calcaires , ne sont que mêlées et moins intimement liées, nous sont représentés par ces marbres mixtes et ces pierres dessinées , dans lesquelles la matière schisteuse se reconnaît à des caractères non équivoques , et paraît avoir été ou déposée par entassements successifs, etalternativement avec la matière calcaire, ou introduite en petite quantité dans les scissures et les fentes de ces mêmes matières calcaires. 30 Que les mélanges les

Page 1