‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 12 sur 162 · DE LA TERRE VÉGÉTALE · texte numérisé non relu

DE LA TERRE VÉGÉTALE

La terre purement brute , la terre élémentaire , n’est que le verre primitif d’abord réduit en poudre et ensuite atténué, ramolli

et converti en argile par l'impression des

» lits de gravier dont l'interposition était visiblement » l'effet de quelques inondations qui avaient inler- » rompu de temps à autres, la stratification de la » mollasse. » ( Note communiquée par M. de Morveau.)

(1) « Le pont de Bellegarde , sur la Valsime ; à » peu de distance de son confluent avec le Rhône.

-» est assis sur un banc de mollasse que les eaux

» avaient creusé de plus de quatre-vingts pieds à l'é- » poque de l'année 1778 ; la comminution lente

plus grossiers et les moins intimes de l'argile et de la matière calcaire , nous sont repré=. sentés par la pierre mollasse et même par Ln.5.> : marne , et nous pouvons aisément concevoir + dans combien de circonstances ces mélanges … de schiste ou d'argile et de substance calcaire, …— plus ou moins grossiers ,ou plus ou moins = intimes , ont dû avoir lieu, puisque les eaux n'ont cessé, tant qu’elles ont couvert le globe, = comme elles ne cessent encore au fond des È mers, de travailler, porter et transporte. =: ces matières , et par conséquent de les mélanger dans tous les lieux où les lits d'argile se sont trouvés voisins des couches calcaires, et où ces dernières n’auraient pas encore re= couvert les premières. 100

Cependant ces éléments ne sont pas les 4 seuls que la nature emploie pour le mélange et l'union de la plupart des mixtes : indé pendamment des détriments vitreux et cal= caires , elle emploie aussi la terre végétale qu’on doit distinguer des terres calcaires où vitreuses , puisqu'elle est produite en grande partie par la décomposition des végétaux et des animaux terrestres, dont les détriments contiennent non-seulement les éléments vins treux et caléaires qui forment la base des par= 1 ties solides de leur corps , mais encore tous les principes actifs des êtres organisés , et surtout une portion de ce feu qui les rendait vivants ou végétants. Ces molécules activés tendent sans cesse à former des combinaisons nouvelles dans la terre végétale; et nousferons voir dans la suite que les plus brillantes comme les plus utiles des productions d& règne minéral, appartiennent à cette tert Se qu'on n’a pas jusqu'ici considérée d'ass@æ près.

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éléments humides ; une autre térre un Re "

moins brute , est la matière calcaire produi

originairement par les dépouilles des coquil- 508 lages, et de même réduite en poudre par les frottements et par le mouvement des eaux ;

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< a’ — —————— "0 » des deux talus avait tellement travaillé sous les cu- e » lées de ce pont, qu'elles se trouvaient en l'air ; il FI » a fallu reconstruire, et les ingénieurs ont eula » précaution dejeter l'arc beaucoup au-delà des deux » bords, laissant , pour ainsi dire, lo part du temps » hors du point de fondation , et ealculant la durée » de cet édifice sur la progression de cette comminu à » tion. » ( Suite de la note communiquée par M. de + Morveau.) :

enfin une troisième terre plus organique que brute, est la terre végétale composée des détriments des végétaux et des animaux terrestres.

Et ces trois terres simples , qui , par la décomposition des matières vitreuses , calcaires et végétales, avaient d’abord pris la forme d'argile, de craie et de limon, se sont ensuite mêlées les unes avec les autres, et ont subi tous les degrés d'atténuation , de figuration et de transformation qui étaient nécessaires pour pouvoir entrer dans la composition des minéraux et dans la structure

organique des végétaux et des animaux.

Les chimistes et les minéralogistes ont tous beaucoup parlé des deux premières terres; ils ont travaillé , décrit, analysé les argiles et les matières calcaires ; ils en ont fait la base de la plupart des corps mixtes ; mais j'avoue que je suis étonné qu'aucun d'eux n'ait traité de la terre végétale ou limoneuse , qui méritait leur attention, du moins autant que les deux autres terres. On a pris le limon pour de l'argile ; cette erreur capitale a donné lieu à de faux jugements, et a produit une infinité de méprises particulières. Je vais donc tacher de démontrer l'origine, et de suivre la formation de la terre limoneuse , comme je l'ai fait pour l'argile ;,on verra que ces deux terres sont d’une différénte nature ; qu'elles n’ont même que très-peu de qualités communes , et qu'enfin ni l'argile, ni la terre calcaire , ne peuvent influer autant que la terre végétale sur la production de la plupart des minéraux de seconde formation.

Mais avant d'exposer en détail les degrés ou progrès successifs, par lesquels les détriments des végétaux et des animaux se convertissent en terre limoneuse , ayant de présenter les productions minérales qui en tirent immédiatement leur origine , il ne sera pas inutile de rappeler ici les notions qu’on doit avoir de la terre considérée comme l’un des quatre éléments. Dans ce sens, on peut dire que l'élément de la terre entre comme partie essentielle dans la composition de tous les corps ; non-seulement elle se trouve toujours dans tous en plus ou moins grande quantité, mais par son union avec les trois autres éléments , elle prend toutes les formes possibles ; elle se liquéfie, se pétrifie, se métallise, se resserre, s'étend, se sublime, se volatilise et s'organise suivant les différents mélanges et les degrés d'activité, de résistance et d’aflinité de ces mêmes principes élémentaires.

De même , si l'on ne considère la terre en général que par ses caractères les plus aisés à saisir, elle nous paraîtra , comme on la définit en chimie , une matière sèche, opa- FE insipide , friable qui ne s'enflamme point, que l'eau pénètre , étend et rend ductile , qui s'y délaie et ne. se dissout pas comme le sel. Mais ces caractères généraux , sont, ainsi que toutes les définitions ,; plus abstraits que réels ; étant trop absolus , ils ue sont ni relatifs, ni par conséquent appliquables à la chose réelle ; aussi ne peuventils appartenir qu'à une terre qu'on supposerait être parfaitement pure, ou tout au plus mêlée d'une très-petite quantité d’autres substancesnon comprises dans la définition.

Or cette terre idéale n'existe nulle part , et tout ce que nous pouvons faire pour nous rapprocher de la réalité, c'est de distinguer les terres les moins composées de celles qui sont les plus mélangées. Sous ce point de vue plus vrai, plus clair et plus réel qu'aucun autre , nous regarderons l'argile , la craie et le limon , comme les terres les plus simples de la nature , quoique aucune des trois ne soit parfaitement simple ; et nous comprendrons dans les terres composées , non-seulement celles qui sont mêlées de ces premières matières , mais encore celles qui sont mélangées de substances hétérogènes, telles que les sables, les sels, les bitumes , etc. ; et toute terre qui ne contient qu’une très petite quantité de ces substances étrangères, conserve à peu près toutes ses qualités spécifiques et ses propriétés naturelles : mais si le mélange hétérogène domine, elle perd ces mêmes propriétés ; elle en acquiert de nouvelles toujours analogues à la nature du mélange , et devient alors terre combustible ou réfractaire, terre minérale ou métallique , etc. , suivant les différentes combinaisons des substances qui sont entrées dans sa composition. | . Ce sont en effet ces différents mélanges qui rendent les terres pesantes ou légères , poreuses ou compactes, molles ou dures, rudes où douces au toucher ; leurs couleurs viennent aussi des parties minérales ou métalliques qu’elles renferment ; leur. saveur douce , âcre ou astringente , provient des sels; et leur odeur agréable ou fétide, est due aux particules aromatiques , huileuses et salines dont elles sont pénétrées.

De plus , il y a beaucoup de terres qui s’imbibent d’eau facilement ; il y en a d’autres sur lesquelles l'eau ne fait que glisser ;

ily ena de grasses, de tenaces, de trèsductiles , et d'autres dont les parties n’ont point d'adhésion , et semblent approcher de la nature du sable ou de la cendre ; elles ont chacune différentes propriétés et servent à différents usages : les terres argileuses les plus ductiles , lorsqu'elles sont fort chargées d'acide, servent au dégraissage des laines ; les terres bitumineuses et végétales , telles que les tourbes et les charbons de terre , sont d'une utilité presque aussi grande que le bois ; les terres calcaires et ferrugineuses s’'emploient dans plusieurs arts , et notamment dans la peinture ; plusieurs autres terres servent à polir les métaux, etc. Leurs usages sont aussi multipliés que leurs propriétés sont variées ; et de même dans les différentes espèces de nos terres cultivées , nous trouverons que telle terre est plus propre qu’une autre à la production de telles ou telles plantes ; qu’une terre stérile par ellemême , peut fertiliser d’autres terres par son mélange ; que celles qui sont les moins propres à la végétation , sont ordinairement les plus utiles pour les arts , etc.

Il y a , eomme Von voit, une grande diversité dans les térres composées ; et il se trouve aussi quelques différences dans les trois terres que nous regardons comme simples ; l'argile , la craie et la terre végétale ; cette dernière terre se présente même dans deux états très-différents ; le premier sous la forme de terreau, qui est le détriment immédiat des animaux et des végétaux, et le second sous la forme de limon , qui est le dernier résidu de leur entière décomposition : ce limon , comme l'argile et la craie , n'est jamais parfaitement pur ; et ces trois terres , quoique les plus simples de toutes, sont presque toujours mêlées de particules hétérogènes et du dépôt des poussières de toute nature répandues dans l'air et dans l'eau.

Sur la grande couche d'argile qui enveloppe le globe , et sur les bancs calcaires auxquels cette même argile sert de base , s'étend la couché universelle de la terre végétale , qui recouvre la surface entière des continents terrestres, et cette même terre west peut-être pas en moindre quantité sur le fond de la mer , où les eaux des fleuves la transportent et.la déposent de tous les temps et continuellement , sans compter celle qui doit également se former des détriments de tous les animaux et végétaux marins. Mais pour ne parler ici que de ce qui est sous nos yeux, nous verrons que cette couche de

terre , productrice et féconde , est toujours plus épaisse dans les lieux abandonnés à la seule nature que dans les pays habités , parce que cette terre étant le produit des détriments des végétaux et des animaux , sa quantité ne peut qu'augmenter partout où l’homme et le feu, son ministre de destruction , n'anéantissent pas les êtres vivants et végétants. Dans ces terres indépendantes de nous, et où la nature seule règne , rien n’est détruit ni consommé d’ayance ; chaque individu vit son âge ; les bois , au lieu d’être abattus au bout de quelques années , s'élèvent en futaies et ne tombent de vétusté que dans la suite des siècles , pendant lesquels , leurs feuilles, leurs menus branchages , et tous leurs déchets annuels et superflus , forment à leur pied des couches de terreau , qui bientôt se convertit en terre végétale , dont la quantité devient ensuite bien plus considérable par la chute de ces mêmes arbres trop âgés. Ainsi d'année en année, et bien plus encore de siècle en siècle , ces dépôts de terre végétale se sont augmentés partout où rien ne s’opposait à leur accumulation.

Cette couche de terre végétale est plus mince sur les montagnes que dans les vallons et les plaines , parce que les eaux pluviales dépouillent les sommets et les pentes de ces éminences , et entraînent le limon qu’elles ont délayé ; les ruisseaux , les rivières , le charrient et le déposent dans leur lit, où le transportent jusqu’à la mer ; et malgré € déperdition jé ER des LA 2 2e nature vivante , sa force productrice est si grande , que la quantité de ce limon Végétal augmenterait partout » Si nous n’affamions pas la terre par nos jouissances anticipées et presque toujours immodérées. Comparez à cet égard les pays très-anciennement habités avec les contrées nouvellement découvertes :

tout est forêts, terreau , limon dans cellesci ; tout est sable aride ou pierre nue dans les autres. k

Cette couche de terre la plus extérieure du globe , est non-seulement composée des détriments des végétaux et des animaux , mais encore des poussières de l'air et du sédiment de l'eau des pluies et des rosées :

dès lors elle se trouve mêlée des particules calcaires ou vitreuses , dont ces deux é/éments sont toujours plus ou moins chargés ; elle se trouve aussi plus grossièrement mélangée de sable vitreux ou de graviers calcaires dans les contrées cultivées par la main de l'homme; car le soc de la charrue mêle avec cette terre

les fragments qu'il détache de la couche inférieure , et loin de prolonger la durée de sa fécondité , souvent la culture amène la stérilité. On le voit dans ces champs en montagnes ôù la terre eët si mêlée, si couverte de fragments et de débris de pierre , que le laboureur est obligé de les abandonner ; on le voit aussi dans ces terres légères qui portent sur le sable ou la craie , et dont , après quelques années ; la fécondité cesse par la trop grande quantité de ces matières stériles que le labour ÿ mêle : on ne peut leur rendre ni leur conserver de la fertilité qu'en y portant des fumiers et d’autres amendements de matières analogues à leur première nature.

Ainsi cette couche de terre végétale n’est presque nulle part un limon vierge , nimême une terre simple et pure ; elle serait telle si elle ne contenait que les détriments des Corps organisés : mais comme elle recueille en même temps tous les débris de la matière brute , on doit la regarder comme un composé mi-parti de brut et d’organique , qui participe de l'inertie de l'un et de l'activité de l'autre, et qui par cette dernière propriété et par le nombre infini de ses combinaisons , sert non-seulement à l'entretien des animaux et des végétaux , mais produit aussi la plus grande partie des minéraux, et particulièrement les minéraux figurés , comme nous le démontrerons dans la suite par différents exemples. | Mais auparavant il est bon de suivre de près la marche de la nature dans la production et la formation successive de cette terre végétale. D'abord composée des seuls détriments des animaux et des végétaux, elle n'est encore, après un grand nombre d'années, qu'une poussière noirâtre, sèche, trèslégère, sans ductilité, sans cohésion, qui brûle et s'enflamme à peu près comme la tourbe : on peut disiinguer encore dans ce

terreau les fibres ligneuses et les parties soli-

des des végétaux ; mais avec le temps , et par l’action et l’intermède de l'air et de l'eau , ces particules arides de terreau acquièrent de la ductilité et se convertissent en terre limoneuse : je me suis assuré de cette réduction ou transformation par mes propres observations

Je fis sonder en 1734, par plusieurs coups de tarière , un terrain d'environ soixante-dix arpents d'étendue , dont je voulais connaître l'épaisseur de bonne terre, et où j'ai fait une plantation de bois qui a bien réussi ; j'avais divisé ce terrain par arpents, et l'ayant fait

sonder AUX quatre angles de chacun de ces arpents, j'ai retenu la note des différentes épaisseurs de terre, dont la moindre était de

deux pieds, et la plus forte de trois pieds

et demi : j'étais jeune alors, et mo j était de reconnaître au bout ds ain ax td différenceque produirait sur mon bois semé, l'épaisseur plus ou moins grande de cette terre, qui partout était franche et de.-bonne qualité. J'observai par le moyen de ces sondes , que dans toute l'étendue de ce terrain, la composition des lits de terre était à trèspeu près la même , et j'y reconnus clairement le changement successif du terreau en terre limoneuse. Ce terrain est situé dans une plaine au-dessus de nos plus hautés collines de Bourgogne ; il était pour la plus grande partie en friche de temps immémorial , et comme il n’est dominé par aucune éminence, la terre est sans mélange apparent de craie ni d'argile ; elle porte partout sur une couche horizontale de pierre calcaire dure.

Sous le gazon, ou Plutôt sous la vieille mousse qui couvrait la surface de ce terrain, il y avait partout uu petit lit de terre noire et friable, formée du produit des feuilles et des herbes pourries des années précédentes ; la terre du lit suivant n'était que brune et sans adhésion ; mais les lits au-dessous de ces deux premiers , prenaient par degrés de la consistance et une couleur jaunâtre ; €t cela d'autant plus qu'ils s'éloignaient davantage de la superficie du terrain. Le lit le plus bas qui était à trois pieds ou trois pieds et demi de profondeur, était d'un orangé rougeûtre, et la terre en était très-grasse, très-ductile ” et s’attachait à la langue comme un véritable bol (1).

ns

(1) M. Nadault ayant fait quelques expériences sur cette terre limoneuse la plus grasse, m'a communiqué la note suivante; « Cette terre élant très- » ductile et pétrissable , j'en ai, dit-il, formé sans » peine de petits gâteaux qui se sont promptement » imbibés d’eau et renflés, et qui, en se desséchant , » se sont raccourcis selon leurs dimensions; l'eau- » forte avec cette terre n'a produit ni ébullition, ni » effervescence ; elle est tombée au fond de la liqueur » sans s’y dissoudre, comme l'argile la plus pure. » J'en ui mis dans un creuset à un feu de charbon » assez modéré avec de l'argile : celle-ci s’y est dur- » cie à l'ordinaire jusqu'à un certain point ; mais » l'autre au contraire, quoiqu'avec toutes, les quan- » lités apparentes de l'argile, s'est extrêmement ra-

» réfiée, et a perdu beaucoup de son poids ; elle a:

» acquis À la vérité un peu de consistance et de soli- » dité à sa superficie, mais cependant si peu de dureté

Je remarquai dans cette terre jaune plusieurs grains de mine de fer ; ils étaient noirs et durs dans le lit inférieur , et n'étaient que bruns et encore friables dans les lits supérieurs de cette même terre. Il est donc évident que les détriments des animaux et des végétaux, qui d'abord se réduisent en terreau, forment avec le temps et le secours de l'air et de l’eau, la terre jaune ou rougeàtre , qui est la vraie terre limoneuse dont il est ici question ; et ‘de même on ne peut douter que le fer contenu dans les végétaux ne se retrouve: dans cette terre et ne s'y réunisse en grains; et comme cetie terre végétale contient une grande quantité de substance organique ; puisqu'elle n'est produite que par la décomposition des êtres organisés, on ne doit pas être étonné qu'elle ait quelques propriétés communes avec les végétaux : comme eux elle contient des parties volatiles et combustibles ; elle brûle en partie, ou se consume au feu ; elle y diminue de volume, et y perd considérablement de son poids; enfin elle se fond et se vitrifie au même degré de feu auquel l'argile ne fait que se durcir (1). Cette terre limoneuse a encore la propriété de s’imbiber d'eau plus facilement que l'argile, et d'en absorber une plus grande quantité ; et comme elle s'attache fortement à la langue , il paraît que la plupart des bols ne sont que cette même terre aussi pure et aussi atténuée qu'elle peut l'être ; car on trouve ces bols en

EN RARE RE SEE MEET A » qu'elle s'est réduite en poussière entre mes doigts. » J'ai fait ensuite éprouver à cette terre, le degré » de chaleur nécessaire pour la parfaite cuisson de » la brique; les gâteaux se sont alors déformés; ils » ont beaucoup diminué de volume, se-sont durcis » au point de résister au burin; et leur superficie de- » venue noire, au Jieu d'avoir rougi comme l'argile, » s'est émaillée , de sorte que cette Lerre ; en cet état, » approchait déjà de la vitrification; ces même gâ- » teaux , réunis une seconde fois au fourneau et au

» même degré de chaleur , se sont convertis en un » véritable verre d’une couleur obscure , tandis » qu'une semblable cuisson a seulement changé en » bleu foncé la couleur rouge de l'argile, en lui » procurant un peu plus de dureté ; et j'ai en effet » éprouvé qu'il n'y avait qu'un feu de forge qui pût » vitrifier celle-ci. » {Note remise par M. Nadault AM. de Buffon , en 1774.)

(1) «La terre limoneuse que l'on nomme com- » munéhent. Aerbue , parce qu'elle git sous l'herbe » où le-geron., étant appliquée sur le fer que l'on » chauffe au degré de feu pour le souder, se gonfle » et se réduit en un mâche-fer noir, vitreux et s0- » nore. » (Remarque de M. de Crignon.)

pelotes ou en petits lits dans les fentes et cavités, où l’eau, qui a pénétré la couche de terre limoneuse, s'est en même temps chargée des molécules les plus fines de cette même terre, et les a déposées sous celte forme de bol.

On a vu à l’article de l'argile, le détail de la fouille que je fis faire en 1748, pour reconnaître les différentes couches d'un terrain argileux jusqu’à cinquante pieds de profondeur; la première couche de ce terrain était d’une terre limoneuse d’environ trois pieds d'épaisseur. En suivant les travaux de cette fouille, et en observant avec soin les différentes, malières qui en ont été tirées, j'ai reconnu, à n’en pouvoir douter, que cette terre limonense était entrainée par l'infiltration des eaux à de grandes profondeurs dans les joints et les délits des couches inférieures; qui toutes étaient d’argile; j'en ai suivi la trace jusqu’à trente-deux pieds ; la première couche argileuse la plus voisine de la terre limoneuse , était mi-partie d’argile et de limon, marbrée des couleurs de l’un et de l'autre , c'est-à-dire de jaune et de gris d'ardoise; les couches suivantes d’argile étaient moins mélangées, et dans les plus basses , qui étaient aussi les plus compactes et les plus dures, la terre jaune , c'est-à-dire le limon , ne pénétrait que dans les petites fentes perpendiculaires , et quelquefois aussi dans les délits horizontaux des couches de l'argile; cette terre limoneuse incrustait la superficie des glèbes argileuses ; et lorsqu'elle avait pu s’introduire dans l’intérieur de la couche, il s’y trouvait ordinairement des concrétions pyxriteuses, aplaties et de figure orbiculaire, qui se joignaient par une espèce de cordon cylindrique de même substance pyriteuse, etce cordon pyriteux aboutissait toujours à un joint ou à une fente remplie de terre limoneuse ; je fus dès lors persuadé que cette terre contribuait plus que toute autre à la formation des Pyrites martiales , lesquelles, par succession de temps, s'accumulent et forment souvent des lits qu'on peut regarder comme les mines du vitriol ferrugineux.

Mais lorsque les couches de terre végétale se trouvent posées sur des bancs de pierres solides et durés , les stillations des eaux pluviales chargées des molécules de cette terre, étant alors retenues et ne pouvant descendre en ligne droite, serpentent entre les joints et les délits de la pierre , et y déposent cette matière limoneuse ; et comme l’eau s'insinue avec le temps dans les matières pierreuses ,

les parties les plus fines du limon pénètrent avec elle dans tous les pores de la pierre, et Ja colorent souvent de jaune ou de roux ; d’autres fois l’eau chargée de Jimon ne produit dans la pierre que des veines ou des taches. ; : |

D'après ces observations, Je demeurai persuadé que cette terre limoneuse produite par l'entière décomposition des animaux et des végétaux, est la première matrice des mi. nes de fer en grains , et qu’elle fournit aussi la plus grande partie des éléments nécessaires à la formation des pyrites. Les derniers résidus du détriment ultérieur des êtres organisés prennent donc la forme de bol ; de fer en grains et de pyrite; mais lorsqu’au contraire les substances végétlalcs n’ont subi qu'une légère décomposition , et qu'au lieu de se convertir en terreau et ensuite en limon à la surface de la terre, elles se sont accumulées sous les eaux , elles ont alors conservé trés-long-temps leur essence, et s'étant ensuite bituminisées par le mélange de leurs huiles avec l'acide, elles ont formé les tourbes et les charbons de terre.

Il y a en effet une très-grande différence dans la manière dont s'opère la décomposition des végétaux à l'air ou dans l'eau ; tous ceux qui périssent et sont gisants à la surface de la terre, étant alternativement humectés et desséchés, fermentent et perdent par une prompte effervescence la plus grande partie de leurs principes inflammables ; la pourriture succède à cette effervescence, et suivant les degrés de la putréfaction, le végétal se désorganise, se dénature, et cesse d’être combustible dès qu'ilestentièrement pourri :

aussi le terreau et le limon , quoique provenant des végétaux, ne peuvent pas être mis au nombre des matières vraiment combustitibles ; ils se consument ou se fondent au feu plutôt qu'ils ne brûlent ; la plus grande partie de leurs principes inflammables s'étant dissipée par la fermentation, il ne leur reste que la terre, le fer et les autres parties fixes qui étaient entrées dans la composition du végétal. | |

Mais lorsque les végétaux, au lieu de pourrir sur la terre, tombent au fond des eaux ou y sont entrainés, comme cela arrive dans les marais ou sur le fond des mers , où les fleuves amènent et déposent des arbres par milliers, alors toute cette substance végétale conserve pour ainsi dire à jamais sa première essence ; au lieu de perdre ses principes combustibles par une prompte et forte effervescence , elle

THÉORIE DE LA renre. Zome III,

ne subit qu'une fermentation lente. et dont l'efret se borne à la conversion de soul huile en bitume; elle prend donc sous l’eau la forme de tourbe ou de charbon de terre ; tandis qu'à l'air elle n'aurait formé que du terreau et du limon.

La quantité de fer:contenne dans la terre

limoneuse est quelquefois. si considérable ,

qu'on pourrait lui donner le nom de terre ferrugineuse, et même la regarder commé une mine métallique ; mais quoique cette terre limoneuse produise ou plutôt régénère par sécrétion le fer en grains, et que l'origine primordiale de toutes les mines de cette espèce appartienne à cette terre limoneuse, néanmoins les minières de fer en grains dont nous tirons le fer aujourd'hui , ont presque toutes été transportées et amenées par alluvion après avoir été layées par les eaux de la mer, c’est-à-dire séparées de la terre limoneuse où elles s'étaient anciennement formées.

La matière ferrugineuse > Soit en grains , soit en rouille , se trouve presqu'à la superficie de la terre en lits ou couches peu épaisses; il semble donc que ces mines de fer devraient être épuisées dans toutes les contrées habitées, par l'extraction continuelle qu'on en fait depuis tant de siècles (1). Et en Montée dos Sel de sui de

(1) « On peut se faire une idée de la quantité de

» mines de fer qu'on tire de la terre dans le seul » royaume de France , par le calcul suivant :

» Les mines de Dauphiné rendent 40 livres de fonte pour cent livres de mine, -

— De Bretagne, 43 liv.

— De Bourgogne, 30 liv!

— De Champagne, 33 liv.

— De Normandie , 30 liv.

— De Franche-Comté, 36 Liv. > — De Berri, 34 Liv. : +

» Ce produit est le terme moyen dans chacune de » ces provinces : la variété générale est de 16 à 50 » pour cent.

» L'on peut regarder pour terme moyen du pro- » duit des mines de France, 33 pour cent, qui est » aussi le plus général.

» Le poids commun des mines layées et préparées » pour être fondues , est de 115 livres le pied cube.

» Il faut sur ce pied 221 pieds cubes de mine pour » produire un mille de fonte, qui rend communé- » ment 667 livres de fer forgé.

» Il y a en France environ cinq cents fourneaux » de fonderie qui produisent annuellement 300 mil- » lions de fonte, dont +: passe dans le commerce en » fonte moulée ; les = vestans sont convertis en fer ,

» et en produisent 168 millions , qui est le produit

effet le fer pourra bien devenir mpins commun dans la suite des temps, car la quantité qui s’en reproduit dans la terre végétale , ne peut pas à beaucoup près compenser la consommation qui s’en fait chaque jour.

On observe dans ces mines de fer , que les grains sont tous ronds ou un peu oblongs, que leur grosseur est la même dans chaque, mine , et que cependant cette grosseur varie beaucoup d’une minière à une autre : cetle différence dépend de l'épaisseur de la couche de terre végétale, où ces grains de fer se sont anciennement formés, car on voit que plus l'épaisseur de la terre est grande, plus les grains de mine de fer qui s’y forment sont gros , quoique toujours assez petits.

Nous remarquerons aussi que ces terres dans lesquelles se forment les grains de la mine de fer , paraissent être de la même nature que les autres terres limoneuses où cette formation n'a pas lieu; les unes et les autres sont d'abord , dans leurs premières couches noirâtres , arides et sans cohésion ; mais leur couleur noire se change en brun dans les couches inférieures et ensuite en un jaune foncé; là substance de cette terre devient ductile; elle s'imbibe facilement d’eau et s'attache à la langue. Toutes les propriétés de ces terres limoneuses et ferrugineuses sont les mêmes, et la mine de fer en grains ;

» annuel, à peu de chose près , de la fabrication des » forges françaises.

» 300millions de fonte , à raison de 224 pieds cu- » bes de minerai par mille , donnent 7 millions 950 » mille pieds cubes de minerai , équivalent à 36805 » toises et 120 pieds éubès, |

» Or comme le minerai de fer, surtout celui qui » se retire de minières formées par alluvion, telles » que sont celles de la majeure partie de nos pro- » vinces , est mélangé de terre , de sable , de pierres » et de coquilles fossiles , qui sont des matières étran- » gères que l'on en sépare par le lavage ; que ces ma- » tières excèdent deux, trois, et souvent quatre fois » le volume du minerai, qui en est séparé par le » lavage le crible et l'égrapoir, on peut donc tripler » la masse générale du minerai, extrait annuellement » en France des matières, et Ja porter à 110416 toises » cubes , qui est le total de l'extraction annuelle des » mines, non compris les déblais qui les recouvrent.» Note communiquée par M, de Grignon.

Eu prenant un pied d'épaisseur pour mesure moyenne des mines en grains que l'on exploite en France, on a remué pour cela 662496 toises d'étendue sur un pied d'épaisseur, ce qui fait 736 arpents de 900 toises chacun, et 96 toises de plus de terrain qu'on épuise de minerai chaque année, et pendant un siècle 73610 arpents.. x

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après avoir été broyée et détrempée dans l'eau, semble reprendre les caractères de ces mêmes terres, au point de ne pouvoir dis= tinguer la poudre du minerai , de celle de la terre limoneuse. Le fer décomposé et réduit en rouille, paraît reprendre aussi la forme et les qualités de sa terre matrice. Ainsi la terre ferrugineuse et la terre limoneuse ne diffèrent que par la plus où moins grande quantité de fer qu'elles contiennent , et la mine de fer en grains n'est qu’une sécrétion qui se fait dans cette même terre d'autant plus abondamment , qu'elle contient une plus grande quantité de fer décomposé : on sait que chaque pierre et chaque terre ont leursstalactites particulières et différentes entreelles , et que ces, stalactites coseryent toujours les caractères propres des matières qui les ont produites : la mine de fer en grains est dans ce sens une vraie stalactite de la terre limoneuse ; ce n’est d'abord qu'une concrétion terreuse qui peu à peu prend de la dureté par la seule force de l'aflinité de,ses parties constituantes et qui n’a encore aucune des propriétés essentielles du fer.

Mais comment cette matière minérale peut-elle se séparer de la masse de terre limoneuse , pour se former si régulièrement en grains aussi petits, en aussi grande quantité , et d'une manière si achevée , qu'il ny en a pas un seul qui ne présente à sa surface le brillant métallique ? Je crois pouvoir satisfaire à cette question par les simples faits que m'a fournis l'observation. L'eau pluviale sinfiltre dans la terre végétale , et crible d'abord avec facilité à truvers les premières couches , qui ne sont encore que la poussière aride des parties de végétaux à demi déconaposés ; trouvant ensuite des couches plus denses , l'eau les pénètre aussi, mais avée plus de lenteur , et lorsqu'elle est parvenue au bane de pierre qui sert de base à ces couwches terreuses , elle devient nécessairement stagnante, et ne peut plus s'écouler qu'avee beaucoup de temps ; elle produit alors , par son séjour dans ces terres grasses, une sorte d'effervescence ; l'air qui y était contenu s'en dégage , et forme dans toute l'étendue de la couche une infinité de bulles qui soulèvent et pressent la terre en tous sens, €t Y produisent un égal nombre de petites cavités dans lesquelles la mine @e fer vient se mouler. Ceci n'est point une supposition P caire , mais un fait qu'on peut démontrer paæ une expérience très-aisée à répéter ; en mettant dans un vase transparent une quan

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de terre limoneuse bien détrempée avec de l'eau , et la laissant exposée à l'air dans Len temps chaud , on verra quelques Jours après cette terre en effervescence se boursoufler et produire des bulles d'air, tant à sa partie supérieure que contre les parois du verre qui la contient ; on verra le nombre de ces bulles s'augmenter de jour eu jour , au point que la masse entière de la terre paraît. en être criblée. Et c’est là préciSèment ce qui doit arriver dans es couches des terres limoneuses; Car elles sont alternativement humectées par les eaux pluviales et desséchées selon les saisons. L'eau chargée des molécules ferrugineuses , s'insinue par stillation dans toutes ces petites cavités ; et en s'écoulant , elle y dépose la matière ferrugineuse , dont elle s'était chargée en parcourant les couches supérieures , et elle en remplit ainsi toutes les petites cavités , dont les parois lisses et polies donnent à chaque grain le brillant ou le luisant que présente leur surface.

Si l’on divise ces grains de mine de fer en deux portions de sphère , on reconnaitra qu'ils sont tous composés de plusieurs petites couches concentriques , et que dans les plus gros , il y à souvent une cavité sensible , ordinairement remplie de la même substance ferrugineuse , mais qui n’a pas encore acquis sa solidité , et qui s'écrase aisément comme les grains de mine eux-mêmes , qui commencent à se former dans les premières couches de la terre limoneuse; ainsi dans chaque grain la couche la plus extérieure qui a le brillant métallique , est la plus solide de toutes et la plus métallisée , parce qu'ayant été formée la première , elle a reçu par infiltration et retenu les molécules ferrugineuses les plus pures , et a laissé passer celles qui l’étaient moins pour former la seconde couche du grain, et il en est de même de la troisième et de la quatrième couche, jusqu'an centre qui ne contient que la matière la plus terreuse et la la moins métallique. Les aétites ou géodes ferrugineuses ne sont que de trèsgros grains de mine de fer , dans lesquels on peut voir et suivre plus aisément ce procédé de la nature.

Au reste , cette formation de la mine de fer en grains, qui se fait par sécrélion dans la terre limoneuse , ne doit pas nous induire à penser qu'on puisse attribuer à cette cause la première origine de ce fer , car il existait dans le végétal et l'animal avant leur décomposition ; l'eau ne fait que rassembler les

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molécules du métal et les réunir sous la forme de grains : on sait que les cendres contiennent une grande quantité de particules de fer ; c'est ce même fer contenu dans les végé-

taux , que nous retrouvons en forme de grains

dans les couches de a térre limoneuse. Le mâche-fer qui, comme je J'ai prouvé (1), n'est que le résidu des végétaux brûlés , se convertit presque entièrement en rouille ferrugineuse ; ainsi les végétaux, soit qu'ils soient consumés par le feu où consommés par la pourriture, rendent également à là terre une quantité de fer peut-être beaucoup plus grande que celle qu'ils en ont tirée par leurs racines , puisqu'ils reçoivent autant et plus de nourriture de l’air et de l'eau que de la terre.

Les observations rapportées ci-dessus , démontrent en effet que les grains de la mine de fer se forment dans la terre végétale par la réunion de toutes les particules ferrugineuses , que l’on sait être contenues dans les détriments des végétaux et des animaux dont cette terre est composée ; mais il faut encore y ajouter tous les débris ét toutes les poudres des fers usés par les frottements dont la quantité est immense ; elles se trouvent disséminées dans cette terre végétale et s'y réunissent de même en grains ; et comme rien n'est perdu dans la nature , ce fer qui se régénère pour ainsi dire sous nos yeux , semblerait devoir augmenter la quantité de celui que nous consommons ; mais ces grains de fer qui sont nouvellement formés dans nos terres végétales , y sont rarement en assez grande quantité pour qu’on puisse les recueillir avec profit ; il faudrait pour cela que la nature , par une seconde opération , eût séparé ces grains de fer du reste de la terre où ils ont été produits, comme elle Fa fait pour l'établissement de nos mines de fer

‘en grains , qui presque toutes ont jadis été

amepées ct déposées par alluvion sur les terrains où nous les trouvons aujourd'hui.

Le fer en lui-même et dans sa première origine , est’une matière qui, comme les autres substances primitives , a été produite par le feu , et se trouve en grandes masses et en roches dans plusieurs parties du globe , et particulièrement dans les pays du Nord (2);

(1) Voyez tome 2.

(2) On connait les grandes roches de fer qui se trouvent en Suède , en Russie et en Sibérie , et quelques voyageurs m'ont assuré que la plus grande partie du haut terraîn de la Laponie n'est, pour ainsi dire, qu'une masse ferrugineuse. |

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PONTS NOTES TNT

c'est du détriment et des exfoliations de ces premières masses ferrugineuses , que proviennent originairement toutes les particules de fer répandues à la surface de la terre , et qui sont entrées dans la composition des végétaux et des animaux. C'est de même par les exudations de ces grandes roches de fer que se sont formées , par l'intermède de l'eau, toutes les mines spathiques de ce métal, qui ne sont que des stalactites de ces masses primordiales : tous les débris des roches primitives ont été dès les premiers temps transportés et déposés avec ceux des

matières vitreuses , dans toute l'étendue de*

la surface et des couches extérieures du globe.

Les premières terres limoneuses ayant été délayées et entrainées par les eaux , ce grand layage aura fait la séparation de tous les grains de fer contenus dans cette terre ; lé mouvement de la mer aura ensuite transporté ces grains avec les matières qui se sont trouvées d'un poids et d’un volume à peu près égal , en sorte qu'après avoir séparé les grains de fer de la terre où ils s'étaient formés , ce même mouvement des eaux les aura mêlés avec d'autres matières qui n’ont aucun rapport à leur formation; aussi ces mines d'alluvion offrent-elles de grandes différences , non-seulement dans leur mélange , mais même dans leur gisement et leur accumulation.

On appelle mines dilatées ou mines en nappes , les minières de fer en grains qui sont étendues sur une grande surface plane, et qui souvent forment des couches qu'on peut suivre très-loin; ces mines sont ordinairement en très-petits grains , et presque toujours mélangées les unes de sable vitreux ou d'argile, les autres de petits graviers calcaires et de débris de coquilles. On nomme mines en rids ou en sacs, celles qui sont accumulées dans les fentes et dans les intervalles qui se trouvent entre les rochers ou les bancs de pierre, et ces mines en nids sont communément plus pures et en grains plus gros que les mines en nappes ; elles sont souvent mêlées de sables vitreux et de petits cailloux ; et , quoique situées dans les fentes des rochers calcaires , elles ne contiennent ni sable calcaire ni coquilles ; leurs grains étant spécifiquement plus pesants que ces matières, n’ont été transportés qu'avec des substances d'égale pesanteur , tels que les petits cailloux, les calcédoines , etc.

Toutes ces mines de fer en grains ont

également été déposées par les eaux de la mer; on les trouve plus souvent et on les découvre plus aisément au-dessus des collines que dans le fond des vallons , parce que l'épaisseur de la terre qui les couvre n'est pas aussi grande ; souvent même les grains de fer se présentent à la surface du terrain , ou se montrent par le labour à quelques pouces de profondeur.

11 résulte de nos observations que la terre végétale ou limoneuse est la première matrice de toutes les mines de fer en grains , et il me semble qu'il en est de même de la pyrite martiale ; ce minéral , quoique de formes variées et différentes , est néanmoins toujours régulièrement figuré ; or, je crois pouvoir avancer que c'est du détriment des substances organisées que la pyrité tire en partie son origine ; car elle se forme ou dans la couche même de la terre végétale, ou dans les dépôts de cette même terre , entre les joints des pierres calcaires et les délits des argiles , où l'eau chargée de particules limoneuses s'est insinuée par infiltration set

.a déposé avec ces particules les éléments

nécessaires à la composition de la pyrite.

Car quels sont en effet les éléments de sa composition ? Du feu fixe , de l'acide et de la terre ferrugineuse ; tous trois intimement réunis par leur affinité, Or cette matière du feu fixe ne vient-elle pas du détriment des corps organisés et des substances inflammables qu'ils contiennent? Le fer se trouve également dans ces mêmes détrimgnts , puisque tous les animaux et végétaux en recèlent , même de leur vivant , une assez Considérable quantité; et comme l'acide vitriolique abonde dans l'argile, on ne doit pas être étonné de voir des pyrites partout où la terre. végétale s’est insinuée dans les argiles, puisque tous les principes de leur composition se trouvent alors réunis. Il est vrai qu'on trouve aussi des pyrites , et quelque fois en grande quantité dans les masses d'argile, où il ne paraît pas que la terre limoneuse ait pénétré ; mais ces mêmes argiles contenant un nombreimmense de coquilles et de débris des végétaux et d'animaux, les Pyrites s'y.

seront formées de même par l'union des principes renfermés dans tous ces corps organisés,

La mine de fer en grains el la pyrite sont donc des produits de la terre végétale, Plusieurs sels se forment de même dans cette terre, par les acides et les alkalis qui peuvent ysaisir des bases différentes, et enfin

les bitumes s’y produisent aussi par le mélange de l'acide avec les huiles végétales ou les graisses animales : et comme cette couche extérieure du globe recoit encore les déchets de tout ce qui sert à l'usage de l'homme , les particules de l'or et de l'argent , et de tous les autres métaux et matières de toute nature qui s'usent par les frottements , on doit par conséquent y trouver une petitequantité d'or ou de tout autre métal.

C'est donc de cette terre , de cette poussière que nous foulons aux pieds , que la nature sait tirer ou régénérer la plupart de ses

duétions en tous genres ; et cela serait-il ossible si cette même terre n'était pas mélangée de tous les principes organiques et actifs qui doivent entrer dans la composition des êtres organisés et des corps figurés.

La terre limoneuse ayant été entrainée par les eaux courantes, et déposéeau fond des mers accompagne souvent les mâtières végétales qui se sont converties en charbon de terre ; elle indique par sa couleur les affleurements extérieurs des veines de ce charbon.

« Nous observerons , dit M. de Gensanne , s que dans tous les endroits où il se trouve des charbons de terre ou d’autres substances bitumineuses , on aperçoit des terres fauves plus ou moins foncées , qui, dans les Cévennes surtout, forment un indice certain du voisinage de ces charbons. Ces terres bien examinées, ne sont autre chose que des roches calcaires , dissoutes par un acide qui leur fait contracter une qualité ferrugineuse , et conséquem- » ment cette couleur ocreuse : lorsque la

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» dissolution de ces pierres est en quelque :

» sorte parfaite, les terres rouges qui en » proviennent, prennent une consistance » argileuse, et forment de véritables bols* » ou des ocres naturelles (1). » J’ayoue que je ne puis être ici du sentiment de cet habile minéralogiste ; ces terres fauves, qui se trouvent toujours dans le voisinage des charbons bons de terre, ne sont que des couches de terre limoneuse ; elles peuvent êtres mélées de matière calcaire, mais elles sont en elles-mêmes le produit de la décomposition des végétaux : le fer qu'elles contenaient se change en rouille par l'humidité ; et le bol, comme je l'ai dit, n'est que la partie la plus fine et la plus atténuée de cette terre limo- EE

(1) Histoire Naturelle du Langupdoc » tom. 1, pag. 189.

neuse, qui n'a de commun avec l'argile ; que d’être , comme elle , ductile et grasse.

De la même manière que la matière végétale plus ou moïns décomposée a été anciennement transporté par les eaux et à formé les veines de charbon , de même la matière ferrugineuse, contenue dans la terre limoneuse , a été transportée, soit dans son état de mine en grains , soit dans celui de rouille : nous venons de parler de ces mines de fer en grains, transportées par alluvion et déposées dans les fentes des rochers calcaires : les rouilles de fer et les ocres ont été transportées et déposées de même par les eaux de la mer. M. le Monnier , premier médecin ordinaire du roi, décrit une mine d'ocre qui se trouve dans le Berri, près de Vierzon, entre deux lits de sable (2). nn (2) « Les herborisations que j'ai faites, dit-il, dans » dans la forêt de Vierzon, m'ont conduit si près » d’une mine d'ocre, que je n'ai pu me dispenser » d'aller l’examiner : on n'en voit pas beaucoup de » cette espèce , et j'ai même ouf dire que c'était la » seule qui fût en France ; elle appartient à un mar- » chand de Tours qui la fait exploiter; elle est située » dans la seigneurie de la Beuvrière, paroisse de » Saint-Georges , à deux lieues de Vierzon , sur les » bords du Cher. Lorsque j'y suis arrivé, les puits » étaient remplis d'eau, à l'exception d'un seul dans » lequel je suis descendu; il est au milieu d'un champ » dont la superficie est un peu sablonneuse , blan- » châtre, sans que la terre soit cependant trop mai- » gre; l'ouverture de ce puits est un carré dont cha- » cun de ses côtés peut avoir une toise et demie ; sa » profondeur est de dix-huit ou vingt toises; ce ne »-sont d'abord que différents lits de , terre commune » et d'un sable rougeâtre : on traverse ensuite un » massif de grès fort Lendre , dont le grain est fin el » se durcit beaucoup à l'air ; cette masse est épaisse » d'environ vingt-quatre pieds; suivent ensuite dif- » férents lits de terre argileuse et de cailloutage ; » enfin vient un banc de sablon très-fin, blane et de » l'épaisseur d'un pied; c'est immédiatement au- » dessous de ce banc de sable que se trouve la pre- » mière veine d'ocre. Cette veine a la même épaisseur » que le banc de sablon ; elle est horizontale autant » que j'en ai pu juger ; et comme on l'aperçoit tout » autour du puits, je n'ai pu décider si elle court du » midi au nord, ou si elle suit une autre direction. » Ce lit d'ocre est suivi par un autre banc de sa- » blon, et celui-ci par une autre veine d'ocre , et le » mineur m'a assuré qu'en creusant davantage on » voit aussi différents lits d'ocre et de sable se succé- » der les uns aux autres; je n’en ai vu que deux lits » de chacun ; parce que le puits où j'ai descendu » était tout nouvellement fait. L'ocre est molle , » grasse et parfaitement homogène : c'est une chose » assez singulière que la nature ait ainsi réuni les » deux contraires , le sable et l'ocre ; savoir la ma-

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