‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 111 sur 162 · CRISTAL DE ROCHE · texte numérisé non relu

CRISTAL DE ROCHE

Le cristal de roche paraît être l'extrait le plus simple et la stalactite la plus transparente des matières vitreuses ; en le comparant avec le quartz, on reconnait aisément qu'il est de la même essence , tous deux ont la même densité (1) , et sont à très-peu près de la même dureté ; ils résistent également à l’action du feu et à celle des acides; ils ont donc les mêmes proprietés essentielles, quoi. que leur formation soit très-différente ; car le quartz a tous les caractères du verre fondu par le feu ; et le cristal présente évidemment

(1) Le poids du quartz transparent est à celui de l'eau distillée comme 26546, et celui du cristal de roche d'Europe comme 26548 sont à 10000 ; on peut donc assurer que leur densité est la même. (Voyez la Table des pesanteurs spécifiques que M. Brisson , savant physicien, démie des sciences, s'est donné la peine ësant à la balance hydrostatique toutes les erreuses el métalliques.)

ceux d'une stalactite du même verre atténué par les vapeurs humides ou par l’action de l’eau : ses molécules très-ténues, se trouvant en liberté dans le fluide qui les a dissous, se rassemblent par leur affinité à mesure que l'humidité s’évapore ; et comme elles sont simples et similaires, leurs agrégats prennent de la transparence et une figure déterminée. ;

La forme de cristallisation dans cet extrait du quartz , paraît être non-seulement

régulière mais plus constante que dans la

plupart des autres substances cristallisées ; ces cristaux se présentent en prismes à six faces parallélogrammes , surmontées aux deux extrémités par des pyramides à six faces triangulaires. Le cristal de roche , lorsqu'il se forme en liberté , prend cette figure prismatique surmontée aux deux extrémités par des pyramides ; mais il faut pour cela que le suc cristallin qui découle du quartz, trouve

— nt matt et. dé M um dti .

122 HISTOIRE NATUREËLE

un lit hortzontal qui permette au prisme de s'étendre dans ce même sens , et aux deux Pyramides de se former à l'une et à l’autre extrémité (1) : lorsqu'au contraire Je suintement de l'extrait du quartz se fait verticalement ou obliquement contre les voûtes et les parois du quatz ou dans les fentes des rochers, le cristal alors attaché par sa base n'a de libre qu'une de ses extrémités , qui prend toujours la forme de pyramide ; et comme cette seconde position est infiniment plus fréquente que la première, on ne trouve que rarement des cristaux à deux pointes , et très-communément des cristaux en pyramide simple ou en prismes surmontés de cette seule pyramide , parce que la première pyramide ou le prisme, toujours attachés au rocher ; n’ont pas permis à la seconde pyramide de se former à cette extrémité qui sert de base au cristal.

On peut même dire que la forme primitive dun cristal de roche , n’est réellement composée que de deux pyramides opposées par leur base, et que le prisme à six faces qui les sépare, est plutôt accidentel qu’essentiel à cette forme de cristallisation ; car il ya des cristaux qui ne sont composés que de deux pyramides opposées et sans prisme intermédiaire; en sorte que le cristal n'est alors qu'un solide dodécaèdre ; d'ailleurs , la hauteur des pyramides est constante, Landis que la longüeur du prisme est très-variable; ce n'est pas qu'il n'y ait aussi beaucoup de variété dans les faces des pyramides comme dans celles du prisme, et qu'elles ne soient plus étroites ou plus larges, et plus ou moins inclinées , suivant la dimension transversale

de la base bexagone , qui paraît être la sur-

face d'appui sur laquelle se forment les pointes pyramidales. Cette figuration irrégulière ct déformée, cette inégalité entre l'étendue et l'inclinaison respective des faces du cristal, ne doit être attribuée qu'aux obstacles environnants , qui souvent l'empêchent de se former en toute liberté dans un espace assez étenduet assez libre pour qu'il y prenne

‘sa forme naturelle.

Les cristaux grands et petits sont ordi-

(1) On trouve de petits cristaux à deux points dans quelques cailloux creux ; ils ne sont point attachés par leur base, comme les autres, à Ja surface intérieure du caillou , ils en sont séparés et on les entend même ballotter dans cette cavilé en secouant le caillou.

nairement tous figurés de même, et ren ne démontre mieux que leur forme essentielle est celle d’une ou deux pyramides à six faces, que les aiguilles du cristal naissant dans les cailloux creux, elles sont d'abord si petites qu’on ne les aperçoit qu’à le et: dans cet état de primeur , elles n’of que leur pointe pyramidale , qui se ci en grandissant toujours dans les portions ; néanmoins l'accroisse.

cette matière brute ne se fait que pa position et non par intussusception, ou par nutrition comme dans les êtres organisés $ car la première pyramide n’est point un germe qui puisse se développer et s'étendre Proportionnellement dans toutes ses dimensions extérieures et intérieures par la nutrition, c'est seulement une base figurée sur laquelle s'appliquent de tous côtés les parties similaires, sans en Pénétrer ni développer la masse ; et ces Parties constituantes du cristal étani des lames Presque infiniment minces et de figure triangulaire > leur agrégat conserve cette même figure triangulaire dans la PorUon pyramidale ; or , quatre de ces lames triangulaires en s’unissant par la tranche , forment un Œuarré , et six formeront un hexagone ; ainsi la portion prismatique à six faces d composée de lames triangulaires comme la Partie pyramidale.

Quoique la substance du continue et assez semblable verre blanc , et quoi guer à l'œil la form

r juxta-

cristal paraisse à celle du beau

se reconnaissent dans le cristal de roche , non-seulement facilité de l'entamer, mais encore par la double réfraction qui s'exerce constamment dans le sens du fil, et qui n'a pas lieu dans le sens du contre-fil; ce dernier sens est celui dans lequel les lames forment continuité et ne peuvent se séparer tandis que le premier sens est telui dans lequel ces mêmes lames se séparent le plus facilemeut ; elles sont donc réunies de si près dans le sens du contre-fil, qu’elles forment une substance homogèné et continue , t du fil elles laissent e L

dans le sens n intervalle

e la base de cristal , est

par la plus ou moins grande

rempli d'une matière de densité différente qui produit la seconde réfraction.

Et ce qui prouve que cet intervalle entre les lames n'est pas vide, et qu il est rempli d'une substance un peu moins dense que

ss lames, c'est que les images proles deux réfractions ne diffèrent eu par leur grandeur et leur intensité de Ê longueur du spectre solaire est 19 dans la première réfraction, et 18 dans la seconde ; il en est de même de la largeur de l'image, et il en est encore de

© même de l'intensité des couleurs qui se trou-

vent affaiblies dans la même Proportion ; quelque pure que nous paraisse donc Ja substance du cristal, elle n’est pas absolument homogène ni d’égale densité dans toutes ses

arties. La lumière différemment réfractée semble le démontrer , d'autant que nous verrons ; En traitant des spaths calcaires ; qu'ils ont non-seulement une double, mais une triple, quadruple, etc. , réfraction, selon qu'ils sont plus ou moins mélangés de substances de densité différente.

Un autre fail par lequel on peut encore prouver que le cristal est composé de deux matières de différente densité , c'est que ses surfaces polies avec le plus grand soin ne laissent pas de présenter des sillons, c’està-dire des éminences et des profondeurs alternatives dans toute l'étendue de leur superficie ; or , la partie creuse de ces sillons est certainement composée d’une matière moins dure que la partie haute, puisqu'elle a moins résisté au frottement (1); il y a donc dans le cristal de roche alternativemeut des couches contiguës de différente dureté ; dont Vane a été moins usée que l’autre par le même frottement , puisque alternativement les unes de ces couches sont plus élevées à et les autres plus basses sur la même surface polie.

Mais de quelle nature est cette matière moins dense et moins dure des tranches alternatives du cristal? comme il n'est guère

(1) M. l'abbé de Rochon a démontré celte inégalité

de dureté dans les tranches du cristal de‘roche, en.

mettant sur la surface polie de ce cristal un verre objectif d'un long foyer. Si la surface du cristal était parfaitement plane et.sans sillons , les anneaux colorés produitspar ce moyen seraient réguliers , comme ils le sont quand on met un objectif sur un autre verre plan et poli, mais les anneaux colorés sont Loujours irréguliers sur al le mieux poli, qui ne peut provenir alités de sa surface.

possible de la recueillir séparément ; l'un de nos savants académiciens , M. l'abbé de Rochon , m'a dit qu'ayant réduit du cristal de roche en poudre très-fine par le seul

frottement d'un morceau de cristal contre” un autre morceau, cette poudre s'est trouvée :

contenir une portion assez considérable de {er attirable à l’aimant. Ce fait m'a paru singulier, et demande au moins d’être confirmé et vérifié sur plusieurs cristaux , car il se pourrait que ceux qui se forment dans les cailloux et autres matières où le quartz est mêlé avec des substances ferrugineuses , ou même avec des matières vitreuses colorées par le fer , en continssent une petite quantité ; mais je doute que les cristaux qui sortent du quartz pur , en soient mêlés ni même imprégnés , ou bien le quartz même contiendrait aussi une certaine quantité de fer , ce que j'ai bien de la peine à croire, quoique la chose ne soit pas impossible ; puisque le fer a été formé presque en même temps que les verres primitifs, et qu'il s'est mêlé avec les Jaspes, les feld-spaths , les schorls, et même avec lés quartz dont quelques-uns sont colorés de jaune ou de rougeûtre.

Quoi qu'il en soit , la lumière qui pénètre tous les corps.transparents , et en sort après avoir subi des réfractions et des dispersions, est l'instrument le plus délié, le sealpel le plus fin par lequel.nous puissions scruter l'intérieur des substances qui la recoivent et la transmettent; et comme cet instrument ne s'applique point aux matières opaques , nous pouvons mieux juger de la composition intérieure des substances transparentes que de la texture confuse des matières opaques où tout est mélangé, confondu sans apparence d'ordre ni de régularité , soit dans la Position , soit dans la figure des parties intégrantes qui sont souvent différentes ou différemment posées , Sans qu'on puisse le reconnaître autrement que par leurs différents extraits lorsqu'ils prennent de la transparence , c'est-à-dire de l'ordre dans la position de leurs parties similaires , et de l'homogénéité par leur réunion sans mélange.

C'est dans les cavités et les fentes de tous les quartz purs ou mélangés que le cristal se forme , soit par l’exsudation de leur vapeur humide , soit par le suintement de l’eau qui les a pénétrés ; les granites , les quartz mixtes , les cailloux et toutes les matières vitreuses de seconde formation , produisent des cristaux de couleurs différentes ; il y en

a de rouges, de jaunes et de bleus, aux-

soù | HISTOIRE NATURELLE

quels on à donné les noms ce rubis , de topaze et de saphir, aussi improprement que l'on applique le nom de diamant aux cristaux blanes qui se trouvent à Alençon .

à Bristolet dans d’autres lieux où ces cristaux blancs ont été déposés après avoir été roulés et entraînés par les eaux. Les améthystes violettes et pourprées qu'on met au nombre des pierres précieuses, ne sont néanmoins que des cristaux teints de ces belles couleurs; on trouve les premiers en Auvergne , en Bohême , etc, , et les seconds en Catalogne.

Les topazes , dites occidentales , et que l'on trouve en Bohème , en Suisse et dans d’autres contrées de l'Europe ; ne sont de même que des cristaux jaunes : Y'hyacinthe , dite de Compostelle , est un cristal d'un jaune plus rougeâtre. Les pierres auxquelles on donne le nom d'aigues marines occidentales ,

et qui se trouvent en plusieurs endroits de,

l'Europe , et même en France , ne sont de même que des cristaux teints d’un vert bleuâtre ou d’un bleu verdâtre : on rencontre aussi des cristaux verts en Dauphiné , et d’autres bruns et même noirs; ces derniers sont entièrement obscurs; et toutes ces couleurs proviennent des parties métalliques dont ces cristaux sont imprégnés ; particulièrement de celles du fer contenu dans les granites et les quartz mixtes ou colorés, dont ces stalactites quartzeuses tirent leur origine,

De tous les cristaux blancs , celui de

Madagascar est le plus beau et le plus également transpareut dans toutes ses parties ; il est un peu plus dur que nos cristaux d’Europe , dans lesquels néanmoins on remarque aussi quelque différence pour la dureté ; mais nous ne connaissons ce très-beau cristal de Madagascar qu'en masses arrondies et de plusieurs pouces de diamètre ; celui qui nous est venu du même pays, et qui est en prisme à double pointe, n'est pas aussi beau et ressemble plus à nos cristaux d'Europe, dans lesquels la transparence n'est pas aussi limpide , et qui souvent sont nuageux, et présentent tous les degrés de la transparence plus ou moins nette dans les cristaux blancs, jusqu'à la pleine opacité dans les cristaux bruns et noirs.

Lorsque l'on compare les petites aiguilles naissantes du cristal, qu'on aperçoit à peine dans les cailloux creux, avec les grosses quilles qui se forment dans les cavités des rochers quartzeux et.graniteux (1), on ne

(1) M. Bertrand rapporte dans son Dictionnaire

peut s'empècher d'admirer dans cette cristallisation la constance et la régularité du travail de la nature qui néanmoins n'agit ici qu’en opérant à la surface , c'est-à-dire dans deux dimensions; la plus grande quille ouaiguille de cristal est de la même forme que la plus petite ; la réunion des lames presque infiniment minces dont il est composé se faisant par la même loi, la forme demeure toujours la même , si rien ne trouble l'arrangement de leur agrégation. Cette méthode de travail est même la seule que la nature emploie pour augmenter le volume des corps bruts, c’est par juxtaposition, et en ajoutant pour ainsi dire, surfaces à surfaces, qu'elle place les lames très-minces dont est composée toute cristallisation, toute agrégation régulière ; elle ne travaille donc que dans deux dimensions , au lieu que dans le développement des êtres organisés, elle agit dans les trois dimensions à-la-fois, puisque le volume et la masse augmentent tous deux, et conservent la même forme et les mêmes proportions, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. L'aiguille naissante d’un cris ne peut grandir et grossir que par des addi- Uons superficielles , et par la superposition de nouvelles lames minces semblables à celles dont la première aiguille est composée; et qui s’arrangent dans le même ordre , en sorte que cette petite aiguille réside dans la plus grosse sans avoir pris la moindre extension , tandis que le germe d’un corps 07, ganisé s’étend en tout sens par la nutrition, et prend de l'augmentation dans toutes ses dimensions et dans sa masse comme dans son volume.

Il est certain que le cristal ne se forme que par l'intermède de l'eau, et l’on peuten donner des preuves évidentes; il y a des cristaux qui contiennent de l’eau, d’autres renferment du mica, du schorl, des particules métalliques, etc; d’ailleurs, le cristal se forme comme lespath calcaire et comme toutes les autres stalactites, il n’en diffère que par sa nature vitreuse et par sa figuration; il présente souvent des apparences de mousses et de végétations dont la plupart néanmoins ne sont pas des substances réelles ; mais de simples fentes ou cavités vides de

universel des fossiles, qu'on a tronvés près de Visbach dans le Hant-Valais , à neuf ou dix lieues de Sion, une quille de cristal, du poids de douze quintaux ;

elle avait sept pieds de ci érence et deux pieds et demi de hauteur.

toute autre matière ( l) : souvent on trouve des cristaux encroûtés , c'est-à-dire dont les surfaces sont chargées de matières élrangères, et surtout de terre ferrugineuse ; mais l'intérieur de ces cristaux n'en est point altéré ,etil n'y a vraiment de cristal ferrugineux que celui qui est coloré, et dans lequel Pre des vapeurs ou des molécules de fer lor s’est formé.

du prisme ou canon de cristal est assez égale dans toute sa longueur ; les dimensions sont beaucoup moins constantes dans les parties pyramidales, et l'on ne trouve que très-rarement des cristaux dont les faces triangulaires des pyramides soient égales ou proportionnelles entre elles, et cette grosseur du prisme semble dépendre des dimensions de la base de la Pyramide, car la pointe sort du rocher la premiére , et la pyramide y est attachée par sa base qui s'en éloigne ensuite à mesure que le prisme se forme et pousse la pointe au dehors.

La densité du cristal de roche n'est pas, à beaucoup près , aussi grande que celle du diamant et des autres pierres précieuses. On peut voir dans la note ci-dessous (2), les rapports de pesanteur des différents cristaux que M. Brisson a soumis à l'épreuve de la balance hydrostatique; cette pesanteur spécifique n’est pas sensiblement augmentée dans les cristaux colorés. Cette table nous démontre aussi que les améthystes , la to-

paze occidentale, la chrysolite et l'aiguemarine ne sont que des cristaux violets , jaunes et verdâtres. M. Brisson donne ensuite la pesähteur respective des différents quartz; ct leurs poids specifiques se trouvent

encore être les mêmes que ceux des cristaux -

de roche , en sorte qu'on ne peut douter que leur substance ne soit de la même essence.

Toutes les matières cristallisées sont composées de petites lames presque infiniment minces, et qui se réunissent par la seule force de leur attraction réciproque dès qu'elles se trouvent en liberté; et ces lames si minces dont on ne doit considérer que la surface plane, peuvent avoir différentes figures dont le triangle est la plus simple.

M. Bourguet avait observé avant nous (3), que les prismes hexagones , ainsi que les pyramides triangulaires du cristal de roche, sont également composées de petites lames triangulaires qu’on peut apercevoir à la loupe à l'extrémité des pyramides , et qui, par leur réunion, forment les grands triangles pyramidaux et même les hexagones prismatiques du cristal; car ces lames trian. gulaires ne se joignent jamais que par la tranche (4), et six de ces triangles , ainsi réunis, forment ‘un hexagone; si l'on observe ces triangles au microscope, ils paraissent évidemment composées d'autres triangles plus petits, et l'on ne peut douter que les parties élémentaires du cristal ne soient

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(1) Voyez le Mémoire lu par M. Daubenton, de l'Académie des sciences , en avril 1782.

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