‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 14 sur 162 · DES MI · texte numérisé non relu

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des pluies et des rosées, est une sorte de terre végétale qui contient du fer, dont les molécules peuvent se rassembler dans cette terre limoneuse au-dessous de l'eau comme au-dessous de la surface de la terre 5 C'est celte espèce de mine de fer que les minéralogistes ont appelée vera palustris ; elle a les mêmes propriétés et sert au même usage que les autres mines de fer en grains, et son origine primordiale est la même; ce sont les roseaux, les jones et les autres végétaux aquatiques , dont les débris accumulés au fond des marais, y forment les couches de cette terre limoneuse dans laquelle le fer se trouve sous la forme de rouille ; souvent ces mines de marais sont lus épaisses et plus abondantes que les mines terrestres, parce que les couches de terres limoneuses y sont elles-mêmes plus épaisses, par la raison que toutes les plantes qui croissent dans ces eaux, y retombent en pourriture , et qu’il ne s'en fait aucune consommation ; au lieu que sur la terre, l'homme etle feu en détruisent plus que la pourriture.

Je ne puis répéter assez que cette couche de terre végétale qui, couvre la surface du globe, est non-seulement le trésor des richesses de la nature vivante , le dépôt des molécules organiques qui servent à l’entretien des animaux et des végétaux, mais encore le magasin universel des éléments qui entrent dans la composition de la plupart des minéraux : on vient de voir que les bitumes , les charbons de terre, les bols, les ocres, les mines de fer en grains et les pyrites en tirent leur première origine’, et nous prouverons de même que le diamant et plusieurs autres minéraux régulièrement figurés, se forment dans cette même terre ; matrice de tous les êtres.

Comme cette dernière assertion pourrait paraître hasardée, je dois rappeler ici ce que j'ai écrit en 1772 (|), sur la nature du diamant , quelques années avant qu'on eût fait les expériences par lesquelles on a démontré que C’élait une substance inflammable ; je l'avais présumé par l'analogie de sa puissance de réfraction qui , comme celle de toutes les huiles et autres substances inflammables , est proportionnellement beaucoup plus grande que leur densité. Cet indice , comme l'on voit, ne m'avait pas trompé ; puisque, deux ou trois ans après , on a vu des diamants s'enflammer et brüler

(1) Tome 2.

NÉRAU x. 47 au foyer dumiroir ardent. Or > je prétends que le diamant qui prend une figure régu-

à i ctaèdre , est un produit immédiat de Ja terre végétale ; et voici la raison que je Puis en donner d'avance ; en attendant les preuves plus particulières que je réserve pour l’article où je

traiterai de cette brillante Production de

la terre. On sait que les diamants , ainsi que plusieurs auttres pierres Précieuses , ne se trouvent que dans les climats du Midi, et qu'on n'a jamais trouvé de diamants dans le Nord, ni même dans les terres de zônes tempérées; leur formation dépend donc évidemment de l'influence du soleil sur les premières couches de la terre : car la chaleur propre du globe est à trèspeu près la même à une petite profondeur dans tous les climats froids ou chauds : ainsi

ce ne peut ètre que par cette plus grande :

influence du soleil sur les terres des climats méridionaux, que le diamant s’y forme à l'exclusion de tous les autres climats, et comme cette influence agit principalement sur la couche la plus extérieure du globe , c'est-à-dire sur celle de la terre végétale , et qu'elle n’a nulle action sur les couches intérieures , on ne peut attribuer qu'à cette même terre végétale la formation du diamant et des autres pierres précieuses qui ne se trouvent que dans les contrées du Midi :

d'ailleurs l'inspection nous a démontré que la gangue du diamant est une terre rouge semblable à la terre limoneuse : ces considérations seules suffiraient Pour prouver en. général que tous les minéraux qui ne se trouvent que sous les climats les plus chauds , et le diamant en particulier, ne sont formés que par les éléments contenus dans la terre végétale, et combinés avec la lumière et la chaleur que le soleil y verse en plus grande quantité que partout ailleurs.

Nous avons dit qu'il n’y a rien de combustible*dans la nature , que ce qui provient des êtres Organisés, nous pouvons ayancer de même qu'il n'y a rien de régulièrement figuré dans la matière , que ce qui a été travaillé par les molécules organiques, soit avant , soit après la naïssance de ces mêmes êtres ‘organisés : c'est par la grande quantité de

ces molécules organiques contenues dans la terre végétale , que se fait la production de tous les végétaux et l'entretien des animaux, leur développement , leur accroissement ne s'opèrent que parla susception de ces mêmes molécules qui pénètrent aisément toutes les

substances ductiles ; mais lorsque ces molécules actives ne rencontrent que des matières dures et trop résistantes, elles ne peuvent les pénétrer , et tracent seulement à leur superficie les premiers linéaments de l'organisation qui forment les traits de leur figuration.

Mais revenons à la terre végétale prise en masse, et considérée comme la première couche qui enveloppe le globe. Il n'y a que très-peu d'endroits sur la terre qui ne sotent pas converts de cette terre; les sables brülants de l'Afrique et de l'Arabie, les sommets nus des montagnes composées de quartz ou de granit, les régions polaires, telles que Spitzberg et Sandwich , sont les seules terres où la végétation ne peut exercer sa puissance , les seules qui soient dénuées de cette couche de terre végétale , qui fait la couverture et produit la parure du globe. « Les ro- » ches pelées et stériles de la terre de Sand- » wich, dit M. Forster, ne paraissent pas » couvertes du moindre grain de terreau, » et on n'y remarque aucune trace de végé- » tation... Dans la baie de Possession , nous avons vu deux rochers où la nature commence son grand travailde la végétation (L); elle a déjà formé une légère enveloppe de sol au sommet des rochers, mais son ouvrage avance si lentement, qu'il n'y a encore que deux plantes, un gramen et une espèce de pimprenelle... A la Terrede-Feu, vers l'ouest, et à la Terre-des- États, dans les cavités et les crevasses des piles énormes de rochers qui composent ces terres , il se conserve un peu d’'humidité , et le frottement continuel des morceaux de roc détachés , précipités le long des flancs de ces masses grossières, produisent de petites particules d'une espèce de sable; là, dans une eau stagnante, croissent peu à peu quelques plantes du genre des algues, dont les graines y ont été portées par les oiseaux; ces plantes créent à la‘fin de chaque saison des ato- » mes de terreau qui s’accroit d'une année » à l'autre ; les oiseaux, la mer et le vent, » apportent d’une île voisine sur cecommen- » cement de terreau , les graines de quel- »

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ques-unes des plantes à mousse qui y végètent durant la belle saison ; quoique ces ES D ER Re.

(1) C'est plutôt que le travail de la nature expire Sur ces extrémités polaires ensevelies déjà par les progrès du refroidissement , et qui sont à jamais perdues pour la nature vivante.

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de tous les moyens possibles pour donner à la terre les germes de sa fécoud

la couvrir de ce terreau ou terre végétale.

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du second Voyage de Cook , tom. 5,

plantes ne soient pas véritablement 14e mousses, elles leur ressemblent beauco , € Toutes, ou du moins la plus grande p° w croissent d'une manière analogue à cés. 8 gions , et propre à former du terreau pt du sol sur les rochers stériles. A nés que ces plantes s'élèvent , elles se rép4:

dent en tige et en branches qui se tien n° aussi près l’une de l’autre que cela est des sible ; elles dispersent ainsi de nouve te 5 graines , et enfin elles couvrent un Jay.»

canton ; les fibres , les racines , les tuÿs ?,

etles feuilles les plus inférieures , tombent peu à peu en putréfaction, produisent Ne" espèce de tourbe ou de gazon , qui i Pc

siblement se convertit en terreau et a sol ; le tissu serré de ces plantes , empêehé! l'humidité qui est au-dessous de s'éva p:

rer ; fournit ainsi à la nutrition de la be tie supérieure , et revêt à la longue ty

Que

l’espace d’une verdure constante. Je Le puis pas oublier, ajoute ce naturalige voyageur, la manière particulière dont croit une espèce de gramen dans l'ile Nouvel-An près de la Terre-des-États +:

la Géorgie australe, Ce gramen est pêr} 4 tuel, et il affronte les hivers les plus fro da il vient toujours en touffes X:

quelque distance l'un de l'autre: chae année les bourgeons prennent sl mS velle tête, et élargissent le panache jus F ce qu'il ait quatre ou cinq pieds dé haute qu'il soit deux où troiïs fois plus large a sommet qu’au pied. Les feuilles et les de ce gramen sont fortes et souvent dé trois à quatre pieds de long. Les phoque etles pinguins se réfugient sous px: Mas:

ct comme ils sortent souvent de la 1 tout mouillés, ils rendent si sales Lg boueux les sentiers entre les pana Re qu'un homme ne peut y marcher qu'e sautant de la cime d'une touffe x l'autre!

Ailleurs les oiseaux appelés nigauds sem parent de ces touffes et y font leurs sd :

ce gramen et les éjections des phoc ae des pinguins et des nigauds , donnent best à peu une élévation plus considérable at sol du pays (2). » “ On voit, par ce récit

ou panaches®à

> Que la nature se ser ité, et pour

(2) Voyez les Observations de M. oo e4 4 pag. 30 et suiv.

qui est la base et la matrice de toutes ses productions. Nous avons déjà exposé , à l’article des Volcans (1), comment les laves et toutes les autres matières voleanisées se convertissent avec le temps en terre féconde ; nous avons démontré la conversion du verre primitif en argile par l'intermède de l’eau ; cette argile mélée des détriments des animaux marins , n'a pas été long-temps stérile ; elle a bientôt produitet nourri des plantes , dont la décomposition à commencé de former les couches de terre végétale, qui n'ont pu qu'augmenter partout où ce travail successif de la nature n’a point trouyé d'obstacle ou souffert de déchet,

On a vu ci-devant que l'argile et le limon, ou si l'on veut la terre argileuse et Ja terre limoneuse, sont deux matières fort différentes , surtout si l'on compare l'argile pure au limon pur, l'une ne provenant que du verre primitif décomposé par les éléments humides, et l’autre n'étant au contraire que le résidu ou produit ultérieur de la décomposition des corps organisés; mais dès que les couches extérieures de l'argile ont reçu les bénignes impressions du soleil, elles ont acquis peu à peu tous les principes de la fé-

condité par le mélange des poussières de l'air

et du sédiment des pluies ; et bientôt les argiles couvertes ou mêlées de ces limons terreux , sont devenues presque aussi fécondes que la terre limoneuse; toutes deux sont également spongieuses, grasses, douces au toucher et susceptibles de concoyrir à la végétation par leur ductilité : ces caractères communs sont cause que ni les minéralogistes, ni même les chimistes, ne les ont pas assez distinguées , et que l'on trouve en plusieurs endroits de leurs écrits le nom de terre argileuse, au lieu de celui de terre limoneuse.

Cependant il est très-essentiel de ne les pas confondre et de convenir avec nous que les terres primitives et simples peuvent seréduire . à trois, l'argile, la craie et la terre limoneuse, qui toutes trois diffèrent par leur essence autant que par leur origine.

Et quoique la craie ou terre calcaire puisse être regardée comme une terre animale, puisqu'elle n’a été produite que par les détriments des coquilles, elle est néanmoins plus éloignée que l'argile de la nature de la terre végétale ; car cette terre calcaire ne devient jamais aussi ductile ; ellese refuse long-temps

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(1) Tome 1, voyez article des Laves.

THÉORIE DE LA renre. Z'ome III.

à toute fécondation ; la sécheresse de ses molécules est si grande , et les principes orgamques qu'elle contient sont en si petite quanuté, que par elle-même elle demeurerait stérile à jamais, si le mélange de la terre végétale ou de l'argile me lui € uniquait pas les éléments de la féconc n; nous avons déjà’ eu occasion d'observer que les pays de craie et de pierre calcaire sont beaucoup moins fertiles que ceux d'argile et de cailloux vitreux ; ces mêmes cailloux , loin de nuire à la fécondité, y contribuent en se décomposant ; leur surface blanchit à l'air, et s’exfolie avec le temps en poussière douce et ductile ; et comme cette poussière se trouve en même temps imprégnée du limon des rosées et des pluies, elle forme bientôt une excellente terre végétale, au lieu que la Pierre calcaire , quoique réduite en poudre, ne devient pas ductile , mais demeure aride, et n’acquiert jamais autant d'aflinité que l'argile avec la terre végétale ; il lui faut donc beaucoup plus de temps qu'à l'argile , pour s'atténuer au point de devenir féconde, Au reste , toute terre purement calcaire, et tout sable encore aigre et purement vitreux , sont à peu près également impropres à la végétation, parce que le sable vitreux et la craie ne sont pas encore assez décomposés, et n'ont pas acquis le degré de ductilité nécessaire pour entrer seuls dans la composition des êtres organisés. :

Et comme l’air et l'eau contribuent beaucoup plus que la terre à l'accroissement des végétaux , et que des expériences bien faites nous-ont démontré que dans un arbre, quelque solide qu'il soit, la quantité de terre qu'il a consommée pour son accroissement , ne fait qu'une très-pelite portion de son poids et de son volume, il est nécessaire que la majeure et très-majeure partie de sa masse entière ait été formée par les trois autres éléments , l'air , l'eau et le feu : les particules de la lumière et de la chaleur se sont fixées avec les parties aériennes et aqueuses pen-

dant tout le temps du développement de

toutes les parties du végétal. Le terreau et le limon sont donc produits originairement par ces trois premiers éléments combinés avec une très-pelite portion de terre : aussi la terre végétale contient-elle très-abondamment et très-évidemment tous les principes des quatre éléments réunis aux molécules organiques , et c’est par cette raison qu'elle devient la mère de tous les êtres organisés , et la matrice de tous les corps figurés.

J'ai rapporté (1) des essais sur différentes terres dont j'avais fait remplir de grandes caisses, et dans lesquelles j'ai semé des graines de plusieurs arbres ; ces épreuves suflisent pour démontrer que ni les sables calcaires M : argiles, ni les terreaux trop nouvea i les fumiers, tous pris séparément , ne sont propres à la végétation ; que les graines les plus fortes, telles que les glands, ne poussent que de très-faibles racines dans toutes ces matières où ils ne font que languir et périssent bientôt ; la terre végétale elle-même , lorsqu'elle est réduite en parfait limon et en bol, est alors trop compacte pour que les racines des plantes déli-

cates puissent y pénétrer : la meilleure terre,

après la terre de jardin , est celle qu'on appelle terre franche, qui n'est ni trop massive , ni trop légère, ni trop grasse , ni trop maigre , qui peut admettre l'eau des pluies , sans la laisser trop promptement cribler , et qui néanmoins ne la retient pas assez pour qu'elle s’y croupisse. Maïs c’est un grand art de l’agriculture , que l'histoire naturelle doit renvoyer l'examen particulier des propriétés et qualités des différentes terres soumises à la culture : l'expérience du laboureur donnera souvent des résultats que la vue du naturaliste n'aura pas aperçus.

Dans les pays habités, et surtout dans ceux

où la population est nombreuse ; et où pres-

que toutes les terres sont en culture, la quantité de terre végétale diminue de siècle en siècle, non-sculement parce que les engrais qu’on fournit à la terre ne peuvent

équivaloir à la quantité des productions qu'on en tire, et qu'ordinairement le fermier avide ou le propriétaire passager, plus pressés de jouir que de conserver, effruitent, affament leurs terres en les faisant porter au delà de leurs forces ; mais encore parce que

cette culture donnant d'autant plus de pro- *

duit que la terre est plus travaillée, plus divisée, elle fait qu'en même temps la terre est plus aisément entraînée par les eaux ; ses parties les plus fines et les plus substantielles dissoutes ou délayées, descendent par les ruisseaux dans les rivières , et des rivières dans la mer : chaque orage en été , chaque grande pluie d'hiver, charge toutes les eaux courantes d’un limon jaune, dont la quantité est trop considérable pour que toutes les forces et tous les soins de l'homme puissent jamais en réparer la perte par de nouveaux amendements : cette déperdition est si grande et se renouvelle si souvent, qu'on ne peut même s'empêcher d'être étonné que la stérilité n'arrive pas plus tôt, surtout dans les terrains qui sont en pente sur les coteaux. Les terres qui les couvraient étaient autrefois grasses, et sont déjà devenues maigres à force de culture ; elles le deviendront toujours de plus en plus jusqu’à

ce qu'étant abandonnées à cause de leur sté-

rilité, elles puissent reprendre, sous la forme de friche, les poussières de l'air et des eaux,

le limon des roséés et des pluies, et les au=

tres secours de la nature bienfaisante , qui toujours jravaille à rétablir ce que l'homme ne cesse de détruire. à

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