DU CHARBON DE TERRE
Nous avons vu , dans l'ordre successif des grands travaux de la nature (2), que les roches vitreuses ont été les premières produites par le feu primitif; qu'ensuite les grès , les argiles et les schistes se sont formés des débris et de la détérioration de ces mêmes roches vitreuses , par l’action des éléments humides, dès les premiers temps après la chute des eaux et leur établissement sur le globe ; qu’alors les coqujllages marins ont pris naissance et se sont multipliés en innombrable quantité , avant et durant la retraite de ces mêmes eaux; que cet abais-
(1) Voyez, tome 2.
(2) Voyez les quatre premières Époques , tom. 1.
sement des mers s'est fait successivement ,
par l'affaissement des cavernes et grandes boursouflures de la terre qui s'étaient formées au moment de sa consolidation , par le premier refroidissement ; qu’ensuile , à mesure que les eaux laissaient en s'abaissant les parties hautes du globe à découvert, ces terrains élevés se couvraient d'arbres et d'autres végétaux, lesquels, abandonnés à la seule nature, ne croissaient et ne se multi-
pliaient que pour périr de vétusté et pourrir |
sur la terre , ou pour être entrainés par les eaux courantes au fond des mers ; qu'enfin ces mêmes végétaux, ainsi que leurs détriments en terreau et en limon , ont formé les
| dépôts en amas ou en veines que nous re-
trouvons aujourd'hui dans le sein de la terre
sous la forine de charbon , nom assez impropre, parce qu'il paraît supposer que cette matière végétale a été attaquée et cuite par le feu, tandis qu'elle n'a subi qu'un plus ou moins grand degré de décomposition par l'humidité , et qu'elle s'est conservée au moyen de son huile convertie par les acides en bitume.
Les débris et résidus de ces immenses forêts et de ce nombre infini de végétaux , nés plusieurs centaines de siècles avant l'homme ;et chaque jour augmentés , multi-
iés sans déperdition , ont couvert la surface de la terre de couches limoneuses, qui de même ont été entrainées par les eaux , et ont formé en mille et mille endroits , des dépôts en masses et des couches d'une très-grande étendue sur Je fond de la mer ancienne ;'et ce sont ces mêmes couches de matière végétale que nous retrouvons aujourd'hui à d'asez grandes profondeurs dans les argiles , les schistes, les grès et autres matières de seconde formation qui ont été également transportées et déposées par les eaux : la formation de ces veines de charbon est done bien postérieure à celle des matières primitives , puisqu'on ne les trouve qu'avec leurs détriments et dans les couches déposées par les eaux , et que jamais on n’a vu une seule veine de ce charbon dans les masses primitives de quartz ou de granit. |
Comme Ja masse entière des couches ou veines de charbon a été roulée, transporte et déposée par les eaux en même temps et de Ja même manière que toutes les autres matières calcaires ou vitreuses réduites en poudre , la substance du charbon se trouve presque toujours mélangée de matières hétérogènes, et selon qu’elle est plus pure , elle devient plus utile et plus propre à la préparation qu’elle doit subir pour pouvoir remplacer comme combustible tous les usages du bois : il y a de ces charbons qui sont si mêlés de poudre de pierre calcaire (1), qu'on ne peut en faire que de la chaux , soit qu’on les brûle en grandes ou en petites masses ; il y en a d'autres qui contiennent unesi grande quantité de grès que leur résidu
(1) A Alaïs et dans plusieurs autres endroits du Languedoc, on fait de la chaux avec le charbon méme, sans autre pierre ni matières calcaires que celles qu'il contient, et aussi sans autre substance combustible que son propre bitume, qui, après s'être consumé , laisse À nu la base calcaire que le charbon contenzit en grande quantité.
après la combustion , n'est qu'ute espèce de sable vitreux : plusieurs autres sont mélangés de matière Pyri ; Mais tous, sans exception , tirent leur ori tales et animales, dont les huiles et les graisses se sont Converties en bitüme (2).
Ily a donc beaucoup de char de terre trop impurs ; pour pouvoir être Préparés et substitués aux mêmes usages que le charbon de bois ; celui qu’on pourrait appeler pur,
(2) M. de Gensanne distingue cinq espèces de charbon de terre ; qui sont , 1° la houille; 20 le charbon de terre cubique , qu'on appelle aussi carré ; 30 la charbon à faceltes ou ardoisé; 4° le charbon jayet; 5° le bois fossile. (Nota. Je dois observer que M. de Gensanne est le seul des minéralogistes , qui ait présenté cette division des charbons de terre ,; dans laquelle le bois fossile ne doit pas être compris lant qu'il n'est pas bitumineux .
La houille est une terre noire, bitumineuse et combustible ; elle se trouve toujours fort près de la surfoce de la terre et voisine des véritables veines de
ties constiluantes disposées par cubes arrangés les uns contre Jes autres, de sorte qu'en les Pilant, méme très-menues, ces mêmes parties conservent toujours une configuration cubique : il est fort luisant à la vue; il s'en trouve qui représente les plus belles couleurs de l'iris, qui ne sont que l'effet d'une légère efllorescence de soufre. ..,. Le charbon À faceltes ou ardoisé ne diffère du charbon cubique que par la configuration de ses parties constituantes ,et qu'en ce qu'il est plus sujet que le précédent à renfermer des grains de pyrites qui détériorent sa qualité : on distingue à la vue simple , qu'il est composé de petites lames entassées les unes sur les autres, dont l'ensemble forme de petits corps irréguliers , rangés les uns À côté des autres... Le charbon jayet est une substance bitumineuse plus ou moins compacte , lisse et fort luisante; il est plus pesant que les charbons précédenis ; sa dureté est fort variable : il yen a qui est si dur, qu'il prend un assez beau poli, et qu'on le taille comme les pierres ; on en fait dans bien des endroits des boutous d'habits, des colliers et d'autres menus ouvrages de cette espèce. Il
en a d'autre qui est si mou qu’on le pelote dans la main, et toutes ces différences ne viennent que du plus ou du moins de substance huileuse que ce fossile renferme ; car il est bon de remarquer qu'il n’est point de charbon de terre , de quelque espèce qu'il soit, qui ne conlienne une portion plus ou moins considérable d’une huile connue suus le nom de pétrole ou d'asphalte. (Histoire Naturelle du Laugüe-
doc, par M. de Gensanne , tome 1, page 49 et suiv.) .
— Nota. Le jayet n'est pas, comme le dit M. de Gensanne , plus pesant que les charbons de terre : il est au contraire plus léger ; car les charbons de terre ordinaires ne surnagent point dans l'eau , au lieu que le jayet y surnage, et c'est même par cette propriété qu'on peut le distinguer du charbon.
gine des matières végé-
tem”
ne serait , pour ainsi dire, que du bitume comme le ja yet qui me paraît faire la nuance entre les bitumes et le charbon de terre ; mais, dans les meilleurs charbons , il se trouve toujours quelques-unes des matières ren nous venons de parler ;, et qu'il est difficile d'en séparer ; la qualité du charbon est souvent détériorée par l'eflorescence des pyrites martiales occasionée par l'humidité de la terre : comme cette efflorescence ne se fait point sans mouvement et sans chaleur, c'est toujours aux, dépens du charbon, parce que souvent cette chaleur le pénètre , le consume et le dessèche.
Et lorsqu'on lui fait subir une demi-combustion semblable à celle du bois qu'on cuit en charbon, l'on ne fait que lui enlever et convertir en vapeurs de soufre les parties pyriteuses , qui souvent y sont trop abondantes.
Mais avant de parler de la préparation et des usages infiniment utiles de ce charbon , il faut d'abord en considérer la substance - dans son état de nature : il me paraît certain , comme je viens de le dire , que la matière qui en fait le fond est entièrement végétale. F'ai cité (1) kes faits par lesquels il est prouvé qu'au-dessus du toit et dans la couverture de la tête de toules les veines de charbon , il se trouve des bois fossiles et d'autres végétaux dont l'organisation est encore reconnaissable , et que souvent même on y rencontre des couches de bois à demi charbonifié (2); on renconnait les vestiges
(1) Voyez les Époques de la Nature, tomes 1 et 2.
(2) Outre les impressions des plantes assez communes dans le toit de ces mines,-on rencontre fréquemment dans leur voisinage ou dans les fouilles qu'entraine leur exploitation, des portions de bois, et même des arbres entiers:
M. l'abbé de Sauvages fait mention , dans les Mém. de l'Académie des sciences (année 1743 , pag. 413), de fragments de bois pierreux fortement incrustés du côté de l'écorce , d'un ou deux pouces de charbon de terre, dans lequel s'était faite cette pétrification.
Il est très-ordinaire de trouver au dessus des mines de houille, du bois qui n’est point du tout décomposé, mais à mesure qu'on le trouve enfoui plus profondément , il est sensiblement plus altéré.
A Bull, près de Cologne et de Bonn, M. de Bury, fameux houilleur de Liége, cn faisant fouiller dans un vallon , trouva une espèce de terre houille, qui n'était autre chose que du bois qui avait été couvert par une montagne de terre,
1 y a plusieurs mines dans lesquelles on ne peut méconnaître des troncs et des branches d'arbres qui ont conservéleur texture fibreuse , compacte, comme on en’trouve à Querfurt, dont la couleur est d'un
des végétaux non-seulement dañs la substance du charbon , mais encore dans les :
terres et les schistes dont ils sont environnés : il est donc évident que tous les charbons de terre tirent leur origine du détriment des végétaux.
De même , on ne peut pas nier que le charbon de terre ne contienne du bitume , puisqu'il en répand l'odeur et l'épaisse famée au moment qu’on le brûle ; or le bitume n'étant que de l'huile végétale ou de la graisse animale imprégnée d'acide , la substance entière du charbon de terre n’est donc formée que de la réunion des débris solides et de l'huile liquide des végétaux, qui se sont ensuite durcis par le mélange des acides. Cette vérité, fondée sur ces, faits particuliers ; se prouve encore par le principe général qu'aucune substance dans la nature n’est combustible.
qu'en raison de la quantité de matière végé-
tale ou animale qu'elle contient, puisque
avant la naissance des animaux et des végétaux , la terre entière a non-seulement été brûlée , mais fondue et liquéfiée par le feu; |
en sorte que toute matière purement brute ne peut brüler une seconde fois.
Et l'on aurait tort de confondre ici le
soufre avec les bitumes , par la raison qu'ils se trouvent souvent ensemble dans le chat:
amer memes ne EE
brun-jaunâtre. M. Darcet a vu dans la mine de ES. V torcastle, un tronc de la grosseur d'un mât de peut
vaisseau qui était implanté dans l'argile , tout-à-fait À
l'extrémité et hors de la mine; la partie supérieure
était du vrai charbon de terre absolument sem}jable
à celui de la mine, tandis que la partie de dessous | de ce même tronc était encore du bois, et ne saulait :
pas en éclat comme celle du dessus; maiselle se dait, et la hache y était retenue comme elle à
coutume de s'arrêter dans le bois, r
Outre ces troncs d'arbres épars , ces débris de bois , il est des endroits, où l'on ne connaît pas de mines | de charbon deterre, et où l'on rencontre , à un@ grande profondeur, des amas de bois fossiles , dispo- A. + sés par banes séparés les uns des autres par des lits terreux , et qui présentent en tout des soupçons rai /
sonnables d'un passage de la nature ligneuse à celle de la houille, d'une vraie transmutation de bois en
charbon de terre. (Du Charbon de térre, par M. Mo- 4
rand , pages 5 et 6.)—M. de Gensanne cite lui-même quelques mines de charbon de terre dont les têtes sont composées de bois fossiles, « Nous avons trouvé,
» dit-il, près le moulin de Puziols (diocèse de Nar=
» bonne), deux veines de charbon de terre, dont les » têtes renferment beaucoup de bois fossiles sembla- » bles à ceux de Cazarets, près de Saint-Jean-de- L Coucules, diocèse de Montpellier. » (Histoire Na= turelle du Languedoc, 1. 2, pag. 177.)
fen- à di 5
bon de terre ; le soufre ne provient que de la combustion des pyrites formées ellesmêmes de l'acide et du feu fixe contenus dans les substances organisées ; au lieu que les bitumes ne sont que leurs huiles Srossières imprégnées d'acide : aussi les bitumes ne contiennent point de soufre et les soufres ne contiennent point de bitume : ces deux combinaisons opposées dans des matières qui , toutes deux proviennent du détriment des corps organisés , indiquent assez que les moyens employés par la nature pour les former sont diflérents l'un de l’autre, puisque ces deux produits ne se réunissent ni ne se rencontrent ensemble, En effet le soufre est formé par l’action du feu, et Je bitume par celle de l'acide sur l'huile ; le soufre se produit par la combinaison du feu fixe (1), contenu dans les substances organisées lorsqu'il est saisi par l'acide vitriolique : les bitumes, au contraire, ne sont que les huiles mêmes des végétaux décomposés par l'eau et mêlés avec les acides ; aussi l'odeur du soufre et celle du bitume sont-elles très-différentes dans la combustion ; et l’un des plus grands défauts que puisse avoir le charbon deterre ,
surtout pour les usages de la métallurgie , ‘
c'est d'être trop mêlé de matière pyriteuse , parce que dans la combustion, les pyrites donnent une grande quantité de soufre :
l'excellente qualité du charbon vient au contraire de la pureté-de la matière végétale et de l'intimité de son union avec le bitume (2) ; néanmoins les charbons trop bitu-
(1) Si l'on objecte qu'il se produit du soufre nonseulement par le feu , mais sans feu, et par ce quel'on appelle la voie humide, comme dans les voieriés et les fosses d'aisances, je répondrai que ce passage ou changement ne se fait que par une effervescence accompagnée d'une chaleur qui fait ici le même effet que le feu.
(2) « Les charbons de terre brülent d'autaut plus » long-temps qu'ils prennent difficilement le feu ; ils » se consüment d'autant plus promptement qu'ils » s'enflamment plus aisément; ces circonstances sont » plus où moins marquées, selon que les charbons » sont purs, bitumineux et compactes ; ainsi celui
» qui s'allume difficilement en donnant une belle -
» flamme, claire et brillante , comme fait le charbon » de bois , est réputé de la meilleure espèce. ..., Si » au contraire le charbon de terre se décompose ou » se désunit facilement, s'il se consume aussi aisément » qu'il prend flamme , il est d'une qualité inférieure.
» Une des propriétés du charbon de terre, est de » s'étendre en s’enflammant comme l'huile, le suif L » la cire, la poix , le soufre , le bois et autres matiè- » res inflammables : on doit en général juger avanta- » geusement d'un charbon, qui au feu se déforme
eme io Peu de chaleur et donnent une
mie trop passagère, et il paraît Ja parfaite qualité de ébarbôn vient de dp faite union du bitume avec la base terreuse , qui ne permet que successivement les pro-
grès et le développement du feu
» d'abord en se grillant, et qui âcquiert ensuite de la » solidité ; les uns , et ce sunt les meilleurs » Comnie
» Ja houille grasse , le charbon dit maréer Din. » bent, se liquéfient plus ou moins en brûlant comme » Ja poix ,. se gonflent, se collent ensemble dans les » vaisseaux fermés ; ils se réduisent entièrement en » liquescence. On remarque que cette espèce ne se » dissout, ni dans l'eau, ni dans les huiles, ni dans » l'esprit-de-vin, Les autres enfin s'embrasent sans » donner ces phénomènes. » Nota. 1] serait à désirer que M. Morand eût indiqué où se trouvent ces charbons qui se réduisent entièrement en liquescence
dans les vaisseaux fermés; nous n'en connaïssons
Point de cette espèce : j'observerai de plus qu'il n'y a point de charbon de terre que l'esprit-de-vin n'allaque plus ou moins. d
» Le charbon de terre est encore de bonne espèce » quand il donne peu de fumée ou de » qu'il répand est noire ; quand son exhalai » plutôt résineuse que sulfureuse, et qu’elle n'est point » incommode. : :
» Toules ces circonstances , tant dans la manière » dont il brûle que dans les phénomènes fésultants » au feu surtout, dépendent , comme de raison , de » la qualité plus ou moins bitumineuse , ou plus ou » moins pyriteuse du charbon.
» Un charbon qui est en grande partie ou en tota- » lité bitumineux, brûle fort vite en donnant une » odeur de naphte ; celui qui l'est peu ne se soutient » pas facilement en masse quand le feu l'attaque à un » certain degré : il en est qui est d'assez bonne durée, » mais le feu dissipant promptement la portion de » graisse qui y élait alliée, les petites alvéoles ou lo- » ges dans lesquelles elle était renfermée , se désunis- » sent , se séparent par petites parcelles , quelquefois » assez grandes. ... Ces sortes de charbons ne peu- » vent teuir au soufllet , le vent les enlève, et ils sont » très-peu profitables au feu ; d'autres au contraire » qui étaient frfables, sont d'un bon usage, leurs » parties se réunissant el se collant au feu.
» De même que le bitume est dans quelques char- » bons, le seul principe inflammable, il s'en trouve » d'autres qui doivent à la pyrite presque seule leur » inflammabilité .v ( Nota. Je ne sais si cette assertion est bien fondée ; car tous les charbons de terre que nous connaissons donnent du bitume ou ne brülent pas. ) « C'est ainsi que les charbons , selon qu'ils sont » plus ou moins chargés de pyrites, se consument » plus ow moins lentement : celui de Newcastle est » long à se consumer ; mais celui de Suntherland, au » comté de Durham, qui est très-pyriteux , brûle » plus long-temps encore jusqu'à ce qu'il se réduise » en cendres.» (Du Charbon de terre, ete., par M. Morand , pages 1152 et 1153.)
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Orles matières végétales se sont accumulées en masses, en couches , en veines , en filons + ou se sont disposées en petits volumes, suivant les différentes circonstances ; et lorsque ces grandes masses, composées de végélaux et de bitume, se sont trouvées voisines de quelques feux souterrains , elles ont produit, par une espèce de distillation naturelle , les sources de pétrole , d'asphalte et des autres bitumes liquides que l'on voit couler quelquefois à la surface de la terre, mais plus ordinairement à de certaines profondeurs dans son intérieur, et même au fond des lacs (1) et de quelques plages de la mer (2). Ainsi toutes les huiles qu’on appelle terrestres et qu’on regarde vulgairement comme des huiles minérales , sout des bitumes qui tirent leur origine des corps organisés et qui appartiennent encore au règne végétal ou animal; leur inflammabilité, la constance et la durée de leur flamme , la quantité très-pelite de cendres , ou plutôt de matière charbonneuse qu'ils laissent après Ja combustion , démontrent assez que ce ne sont que des huiles plus ou moins dénaturées par les sels de la terre, qui leur donnent en même temps la propriété de se dureir et de faire ciment dans la plupart des matières où ils se trouvent incorporés.
Mais pour nous en tenir à la seule considération du charbon de terre dans son état de nature , nous observerons d'abord qu'on Peut passer par degrés , de la tourbe récente et sans mélange de bitume à des tourbes plus anciennes devenues bitumineuses , du bois charbonifié aux véritables charbons de terre, et que par conséquent on ne peut guère douter , indépendamment des preuves rapportées ci-devant , que ces charbons ne soient de véritables végétaux que le bitume a conservés. Ce qui me fait insister sur ce point, c'est qu'il y a des observateurs qui donnent à ces charbons une toute autre ori-
(1) L'asphalte est en tès-grande quantité dans la mer Morte de Judée , à laquelle on a même douné le nom de Lac Asphaltique; ce bitume s'élève à la surface de l’eau , et les voyageurs ont remarqué dans les plaines voisines de ce lac, plusieurs pierres et mottes de terre bitumineuses. (Voyage de Pietro della Valle, tom. 2, pag. 76.)
(2) Flaccour dit avoir vu ventre le cap Vert et le cap de Bonne-Espérance, une espace de mer qui avait une teinture jaune, comme d'une huile ou bitume qui surnageait , et qui, venant à se figer par succession de temps, durcit ainsi que l'ambre jaune ou succin. (Voyage à Madagascar , tom. 1, pag. 337.)
giue : par exemple M. Gennetté prétend que le charbon de terre est produit par uf certain roc ou grès auquel il donne le nom d'agas (3); et M. de Gensanne , l’un de n0$ plus savants minéralogistes, veut que 14 substance de ce charbon ne soit que de l'argile. La première opinion n’est fondée que sur ce que M. Genneté a vu des veines dê charbon sous des bancs de grès ou d'agas»
lesquelles veines paraissent s’augmenter où se régénérer dans les endroits vides dont of a tiré le charbon quelques années aupara” vant : il dit positivement que le roc agas?
est la matrice du charbon (4); que dans Je pays de Liége , la masse de ce roc est à celle du charbon comme 25 sont à 1; en sort® qu'il y a vingt-cinq pieds cubiques de roû pour un pied cube de charbon , et qu'il est étonnant que ces vingt-cinq pieds de ro suffisent pour fournir le suc nécessaire à J& formation du'n pied cube de charbon (5): 51 assure qu'il se reproduit dans ces mêmes veines trente ou quarante ans après qu'elles ont été vidées, et que ce charbon nouvelle … ment produit les remplit dans cemêmeespac® de temps (6). « On voit, ajoutetil, que 8 » houille est formée d'un suc bitumineu* » qui distille du roc, s’y arrange en veines » d'une grande régularité , s'y durcitcommê » la pierre ; et voilà aussi sans doute pouf” » quoi elle se reproduit. Mais pendant mille L. » ans qu'une veine de houille demeure entr® » les bancs de roc qui la soutiennent et la | » couvrent, sans aucun vide, et sans quê
» cette veine augmente en épaisseur, n0® | » plus qu'en long et en large , et encore safS
» qu'elle fasse de dépôt ailleurs, autant qu'o® » sache ; que devient donc le suc bitumi » neux qui , dans quarante ans , peut repro” … » duire et produit en effet une semblable |
ER
(3) » La matrice dans laquelle s'arrangent les vei- } » nes de houille, est une sorte de grès dur come » du fer, dans l'intérieur de la terre , mais qui se » duit en poussière lorsqu'il est exposé à l'air : les » houilleurs nomment cette Pierre agas. » (Gennet + Connaissance des veines de houille, etc., page 2%) Nota. J'ai vu de ces pierres pyriteuses qui sont €" effet très-dures dans l’intérieur de Ja terre, et dont on ne peut percer les bancs qu'à force de poudre, ©t qui se decomposent à l'air; elles se trouvent ass … souvent au-dessus des veines de charbon.
(4) Connaissance des veines de houille, el°: . page 25,
(5) Idem , ibidem.
(3) Idem, page 123.
» veiné? Je ne sais, continue-t-il , s'il est » possible de dévoiler ce mystère (1). »
M. Genneté est peut-être de tous nos mi-
néralogistes celui qui a donné les meilleurs renseignements pour l'exploitation des mines de charbon , et je rends bien volontiers justice au mérite de cet habile homme , qui a joint à une excellente pratique de très-bonnes remarques ; mais sa théorie que je viens d'exposer ne me parait tirée que d'un fait particulier dont il ne fallait pas faire un principe général : il est certain , et je l'ai vu moi-même, qu'il se forme dans quelques circonstances , des charbons nouveaux par la stillation des eaux , de la même manière
u'il se forme de nouvelles pierres , des albâtres et des marbres nouveaux dans tous les endroits vides qui se trouvent au-dessous des matières de même espèce; ainsi dans une veine de charbon, tranchée verticalement el abandonnée depuis du temps , on voit sur les parois et entre les petits lits de l'ancien charbon , une concrétion ordinairement brune et quelquefois blanchâtre , qui n'est qu'une véritable stalactite ou concrétion de la même nature que le charbon dont elle tire son origine par la filtration de l’eau : ces incrustations charbonneuses peuvent augmenter avec le temps , et peut-être remplir dans une longue succession * d'années une fente de quelques pouces, ou si l’on veut de quelques pieds de largeur ; mais pour que cet effet soit produit, il est nécessaire qu'il y ait au-dessus ou autour de la fente ou cavité qui se remplit, une masse de charbon, laquelle, puisse fournir non-seulement le bitume , mais encore les autres parties composantes de ce charbon qui se forme , c’està-dire la partie végétale, sans quoi ce nouveau charbon ne ressemblerait pas à l’autre; et s'il ne découlait que du bitume , Ja stillation ne formerait que du bitume pur et non pas du charbon : or M. Genneté convient et même affirme , que les veines anciennement vidées se remplissent , en quarante ans, de charbon tout semblable à celui qu'elles contenaient, et que cela ne se fait que par le suintement du bitume fourni par lé roc voisin de cette veine ; dès lors il faut qu'il convienne aussi que cette veine ne pourrait par ce moyen être remplie d'autre chose que de bitume et non pas de charbon : il faut de
(1) Connaissance des veines de bouille » etc. , page 124.
se 2]
même qu'il fasse attention à une chose trèsnaturelle et très-possible ; c'est qu'il y a certaines pierres , Agas ou autres, qui nonseulement sont bitumineuses ; mais encore mélangées par lits ou Par filons de vraie matière de charbon , et que très-probablement les veines qu'il dit s'être remplies de nouveau , étaient environnées et couvertes de cette espèce de roche à demi-charbonneuse , et dès lors ce mystère qu'il ne: croit pas possible de dévoiler , est un effet très-simple et très-ordinaire dans la nature. Il me ‘semble qu’il n'est pas nécessaire d'en dire davantage Pour qu'on soit bien convaincu que jamais , ni le grès, ni l’agas , ni aucune autre roche, n'ont été les matrices d'aucun charbon de terre ; à moins qu'ils n’en soient eux-mêmes mélangés en très-grande quantité.
L'opinion de M. de Gensanneest beaucoup mieux appuyée , et ne me paraît s'éloigner de la, vérité que par un point sur lequel il était assez facile de se méprendre ; c’est de regarder l'argile et le limon , ou pour mieux dire la terre argileuse et la terre limoneuse , comme n'étant qu'une seule et même chose.
Le charbon deterre, selon M. de Gensanne, est une terre argileuse, mêlée d'assez de bitume et de soufre pour qu’elle soit com-
bustible : « A la vérité, ditil, ce charbon,
» dans son état naturel, ne contient aucun » soufre formé , mais il en renferme tous les » principes , qui, dans le moment de la com- » bustion, se développent , se combinent » ensemble et font un véritable soufre (2). »
T1 me semble que ce savant auteur n'aurait pas dû faire entrer le soufre dans sa définition du charbon de terre, puisqu'il avoue que le soufre ne se forme que dans sa combustion ; il ne fait donc pas partie réelle de la composition naturelle du charbon , et en effet l'on connait plusieurs de ces charbons qui ne donnent point de soufre à la combustion : ainsi l’on ne doit point compter le soufre dans les matières dont tout charbon de terre est essentiellement composé, ni dire avec M. de Gensanne, qu'on doit regarder les veines de charbon de terre comme de vraies mines de soufre (3). « Et ce qui » prouve évidemment que dans le charbon » pur il n'y à point de soufre formé , c’est » qu’en raflinant le cuivre , le plomb et l'ar-
(2) Histoire Naturelle du Languedoc , par M, de Geusanne , tome 1, page 12.
(3) Idem, page 13.