DU BITUME
Quoique les bitumes se présentent sous différentes formes ou plutôt dans des états différents , tant par leur consistance que par les couleurs, ils n'ont cependant qu'une seule etmème origine primitive, mais ensuite modifiée par des causes secondaires : le naphte, le pétrole, Fasphalte, la poix de montagne , le succin , l'ambre gris , le jayet, le charbon de terre ; tous les bitumes , en un mot , proviennent originairement des huiles animales ou végétales altérées par le mélange des acides ; mais quoique le soufre provienne aussi des substances organisées , on ne doit pas le mettre au nombre des bitumes, parce qu'il ne contient point d'huile, et qu'il west composé que du feu fixe de ces mêmes substances combiné avec l'acide vitriolique. :
Les matières bitumineuses sont ou solides
comme le suscin et le jayet, où liquides comme le pétrole et le naphte , ou visquenses, c'est-à-dire d'une consistance moyenne entre le solide et le liquide, comme l'asphalte et la poix de montagne; les autres substances plus dures, telles que les schistes bitumineux, les charbons de terre , ne
sont que des terres végétales ou limoneuses
plus ou moins imprégnées de bitume.
Le naphte est le bitume liquide le plus coulant, le plus léger , le plus transparent et le plus inflammable, Le pétrole, quoique liquide et coulant , est ordinairement coloré et moins limpide que le naphte : ces deux bitumes ne se durcissent ni ne se coagulent à l'air; ce sont les huiles les plus tenues et les plus volatiles du bitume. L’asphalte que l'on recueille sur l'eau ou dans le sein de la terre, est gras et visqueux dans ce premier
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état; mais bientôt il prend à l'air un certain degré de consistance et de solidité; il en est de même de la poix de montagne qui ne diffère de l'asphalte qu'en ce qu'elle est plus noire et moins tenace.
Le succin qu'on appelle aussi karabé, et plus communément ambre jaune , a d'abord été liquide et a pris sa consistance à l'air, et même à la surface des eaux et dans le sein de la terre : le plus beau sucein esttransparent et de couleur d’or; mais il y en a de plus ou moins opaque ; et de toutes les nuances de couleur du blanc au jaune et jusqu'au brun noirâtre ; il renferme souvent de petits débris de végétaux et des insectes terrestres,
ntla forme est parfaitement conservée (1);
électrique comme la résine végétale, et par l'analyse chimique ; on reconnait qu'il ne contient d'autres matières solides qu'une petite quantité de fer, et qu'il est presque uniquement composé pere … Jean (2).
Et comme l'on sait d’ailleurs qu'aucune substance purement minérale ne contient d'huile , on ne peut guère douter que le succin ne soit un pur résidu des huiles animales ou végétales saisies et pénétrées par les acides , et c'est peut-être à la petite quantité de fer contenue dans ce huiles, qu'il doit sa consistance et ses couleurs plus ou moins jaunes on brunes.
Le succin se trouve plus fréquemment dans la mer que dans le sein de la terre (3) ,
(1) M. Keyéler dit qu'on ne voit dans le succin, que des empreintes de végétaux et d'animaux lerrestres et jamais de poissons. (Bibliothèque raisonnée , 1742. Voyage de Keysler..….……. -) Cependant d'autres auteurs assurent qu'il s'y trouve quelquefois des poissons et des œuts de poissons. (Collection académique, partie étrangère, Lom. 4, pag- 208.) On m'a présenté cette année 1778, un morceau d'environ deux pouces de diamètre, dans l'intérieur duquel il y avait un petit poisson d'environ un pouce de longueur ; mais comme la tranche de ce morceau de succin était un
peu entamée , il m'a paru que c'était de l’ambre ra- -
molli, dans lequel on a eu l'art de renfermer le petit poisson sans le déformer.
(2) De deux livres de succin entièrement brûlé, M. Bourdelin n’a obtenu que dix-huit grains d'une terre brune , ‘sans saveur , saline et contenant un pen de fer. (Voyez les Mémoires de l'Académie royale des sciences.)
(3) Ow trouve du jayet et de l'ambre jaune dans une montagne près de Bugarach, en Languedoc , à douze où treize lieues de la mer, et cette montagne en est séparée par plusieurs autres montagnes: On trouve aussi du suecin dans les fentes de quelques rochers en Provence. (Mémoires de l'Académie des
où il n'y en a que dans quelques endroits et presque toujours en petits morceaux isolés ÿ parmi ceux que la mer rejette, il y en a de différents degrés de consistance , et même il s’en trouvé des morceaux assez mous ; mais aucun observateur ne dit en avoir ré dans l'état d'entière liquidité, et eclui que l'on tire de la terre à toujours un assez grand degré de fermeté.
* L'on ne connait guère d'autre minière dè succin que celle de Prusse , dont M. Neumann à donné une courte description , par | É laquelle il paraît que cette matière se trodÿé à une pelite profondeur dans une térré!
dont la première couche est de sable; la se* conde d argile mêlée de petits cailloux, dé!
la grosseur d’un pouce ; la troisième de terre noire remplie de bois fossiles x demi décomposés et bitumineux , et enfin la quatrième d'un minérai ferrugineux : c'est sous cette espèce de mine de f, M
k er que se trouve le succin par morceaux sépa éd accumulés en tas, te quelquifes +.
On voit que les huiles de la couche de 2 bois ont dû être imprégnées de l'acide con- | tenu dans l'argile de la couche supérieure ; Fe et qui en descendait par la filtration des pags sy rente de l’acide avec Yhuile >
HE ; »à ü bitumineuse cette couche … végétale, qu'ensuiteles parties les plus tenues etles plus pures de ce bitume sont descendues 2 de même sur la couche du minérai ferrugineux ; et qu'en la traversant elles se sont L chargés de quelques particules de fer, et qu enfin c'est du résultat de cette dernière combinaison que s’est formé le succin qui SE trouve au-dessous de la mine de fer ke ‘
Le Jayet diffère du succin , en u'il est opaque et ordinairement Moi CU - 4 est de même nature > Quoique ce derniersait sf
AN - Me a années 1700 et 1703.
icile, le long des côtes d'Agri < 4 Bologne, vers la Marche Pr met 2 s FO rie j à d'assez grandes distances de Ju mer k à en est de | tue de, celui que M. le Marquis de Soft a vu É E tirer dans un endroit du territoire de Dantzic séparé 5 de la mer par de grandes hauteurs. M Ouettard £ l'Académie des sciences, conserve des son per un morceau de succin qui a été trouvé dans le sein de «SD la terre en Pologne, à plus de cent lieues de distance de la mer Baltique, et un autre morceau trouvé | Newburg , à vingt lieues de distance de Dantzic : y en a dans des lieux encore plus éloignés de la mer, en fs Podulie, en Volhinie : le lac Lubien de Posuanieen
rejette souvent, etc. ( Mémoires de l'Académie des sciences, année 1762, pag. 251 et suiv.)
)— Il s'en trouve em
Eu LÉ TS ul NT RO à taf * EF
quelquefois la transparence et.le beau jaune de la topaze ; car malgré cette différence si frappante , les propriétés de l'un et de l'autre sont les mêmes ; tous deux sont électriques, ce qui a fait donner au Jayet le nom d'ambre noir, comme on a donné au succin celui d'ambre jaune. Tous deux brülent de même , seulement l'odeur que rend alors le jayet, est encore plus forte et sa fumée plus épaisse que celle du succin; quoique solide et assez dur , le jayet est fort léger, et on a souvent pris pour du jayet certains bois fossiles noirs, dont la cassure est lisse et luisante, €t Qui paraissent en effet ne différer du vrai Jayet, que parce qu'ils ne répandent aucune odeur bitumineuse en brûlant.
On trouve quelques minières de jayet en France; on en connait une dans la province de Roussillon près de Bugarach (1). M. de
RTE RE LESRE ORE m EE ra EEE RU.” CR
(1) « J'allai, dit M. le Monnier, visiter une mine de » jayet....… Elle ressemble de loin à un tas de char- » bon de terre appliqué contre un rocher fort élevé, » au bas duquel est l'entrée d’une petite caverne dans » laquelle on voit plusieurs veines de jayet qui cou- » rent dans une terre légère , et même dans les fentes » du rocher : cette matière est dure, sèche, légère ; » fragile et irrégulière dans sa figure; si cé n'est qu'on » voit plusieurs cercles concentriques dans ses frag- » ments ; on en trouve aussi quelques morceaux, mais » moins beaux sur le Las qui est À l'entrée de la mine, » parmi une terre noire bilumineuse; celte terre » pourrait être regardée comme une espèce de gayet » impur ; car brûlée sur la pelle , elle répand la même » odeur que le plus beau jayet ; l’un et l'autre brû- » lent difficilement , pétillent un peu en s'échauffant, » et la fumée qu'ils répandent est noire, épaisse, et » d'une odeur de bitume fort désagréable : on tra- » vaille assez proprement cette matière à Bugarach , » on en fait des colliers, des chapelets, etc... En » donnant quelques coups de pioche sur ce tas pour » découvrir quelques morceaux de jayet, j'ai aperçu » des morceaux de véritable succin; la couleur en » était un peu foncée, maïs ils en avaient parfaitement » l'odeur et l'électricité : j'ai trouvé de même en con- » tinuant de fouiller, des bois pétrifiés avec des circon- » stances très-favorables pour appuyer la vérité de » celte transmulation..…..., Le jayet paraît s'insinuer » non-seulement dans les bois pétrifiés, mais encore » dans les pierres jusque dans les moindres fentes ; or » si le jayet qui, dans sa plus grande fluidité, n'est » jamais qu'un bitume liquide , et peut-être une espèce » de pétrole, s'insinue si bien entre les fibres du bois » et les plus petites fentes des autres corps solides, » n'en doit-on pas conclure que cette matière que » nous VOyOns ajourd'hui dure et compacte a été » autrefois très-fluide et que ce n'est, pour ainsi dire, » qu'une espèce d'huile desséchée et durcie par la suc » cession du temps. » ( Observations d'Histoire natnreile, Paris, 1739, pag. 215.)
Gensanne fait mention d'une autre dans le
Gévaudan sur Je penchant de la montagne
près de Vebron (2), et d’une autre près de
Roufhac , diocèse de arbonne, où l’on fai-
sait dans ces derniers temps de jolis ouvrages
de cette matière (3). On à trouvé dans la
glaise, en creusant la montagne de. Saint-
Germain-en-Laye , un morceau de bois fos-
sile, dont M. Fougeroux de Bondaroy a fait
une exacte comparaison avec le jayet. « On
» sait, dit ce savant académicien ; Que la cou-
» leur du jayet est noire , mais que la super-
» ficie de ses lames n'a point ce luisant qu'of-
» fre l’intérieur du morceau dans sa cassure ;
» c'est aussi ce qu'il est aisé de reconnaître » dans le morceau de bois de Saint-Germain.
» Dans l'intérieur d'une fente ou d'un mor= » ceau rompu , ou voit une couleur d'un noir » d'ivoire bien plus brillant que sur la sur- » face du morceau. La dureté du jayet et du
» oo ver est à peu près la même ;
» étant polis ils offrent la: même nuance de
» couleur; tous deux brûlent et donnent de
» la flamme sur les charbons ; le jayet répand » une odeur bitumineuse ou de pétrole , » certains morceaux du boïs en question » donnent une pareille odeur, surtout lors- » qu'ils ne contiennent point de pyrites. Ce » morceau de bois est donc changé en jayet, » et il sert à confirmer le sentiment de ceux » qui croient le jayet produit par des végé- » taux (4). » S
On trouve du très-beau jayet en Angle-
terre dans le comté d’York et en plusieurs endroits de l'Écosse ; il y en à aussi en Allemagne et surtout à Virtemberg. M. Bowles en a trouvé en Espagne près de Peralegos , « dans une montagne où il y a, ditil, des » veines de bois bitumineux , qui ont jusqu'à » un pied d'épaisseur. On voit très-bien que » c'est du bois , parce que l'onen trouve des » morceaux avec leur écorce et leurs fibres » ligneuses, mêlés avec le véritable jayet » dur (5).»
Il me semble que ces faits suffisent: pour qu'on puisse prononcer que le succin et le jayet tirent immédiatement leur origine des végétaux, et qu'ils ne sont composés que
(2) Histoire naturelle du Languedoc, tom, 2, pag. 244.
(3) Idem, ibidem, pag. 189.
(4) Surla montagne de Saint-Germain, par M. Fou. geroux de Bondaroy. ( Mémoires de l'Académie des sciences , année 1769.)
(5) Histoire naturelle‘ d'Espagne, par M. Bowles , pag. 206 et 207. >
d'huiles végétales devenuesbitumineuses par le mélange des acides ; que ces bitumes ont d'abord été liquides , et qu’ils se sont durcis par leur simple dessèchement , lorsqu'ils ont perdu les parties aqueuses de l'huile et des acides dont ils sont composés. Le bitume qu'on appelle asphalte nous en fournit une nouvelle preuve ; il est d'abord fluide » ensuite mou et visqueux , et enfin il devient dur par la seule dessication.
L’asphalte des Grecs est le même que le bitume des Latins ; on l'a nommé particulièrement bitume de Judée ; parce que les eaux de la mer Morte et les terrains qui l'environnent en fournissent une grande
uantité ; il a beaucoup de propriélés com- |munes avec le succin et le jayet ; il est de la même nature, et il paraît , ainsi que la poix de montagne , le pétrole et le naphte , ne devoir sa liquidité qu'à une distillation des charbons de terre et des bois bitumineux , qui se trouvant voisins de quelque feu souterrain , laissent échapper les parties huileuses les plus légères, de la mème manière à peu près que ces substances bitumineuses donnent leurs huiles dans nos vaisseaux de chimie. Le naphte , le pétrole et le suecin paraissent être les huiles les plus pures que fournisse cette espèce de distillation, et le jayet, la poix de montagne et l'asphalte sont les huiles plus grossières. L'Histoire Sainte nous apprend.que la mer Morte > ou le lac Asphaltique de Judée , était autrefois le territoire de deux villes criminelles qui furent englouties ; on peut donc croire qu il ya eu des feux souterrains » qui agissant avec violence dans ce lieu , ont été les instruments de cet effet ; et ces feux ne sont pas encore entièrement éteints (1); ils opèrent
RE
m'a assuré que le bitume pour lequel ce lac a rt été fameux , s'éleve quelquefois “id fond en grosses bulles ou bouteilles qui dès qu'e es parvieunent à la surface de l'eau et touchent l'air extérieur , crèvent en faisant un grand bruit, accompagné de beaucoup de fumée, comme la poudre fulminante des chimistes , et se dispersent en .divers éclats ; mais cela ne se voit que sur les bords, car vers le milieu l'éruption se manifeste par des colonnes de fumée qui s'élèvent de tomps en temps sur le lac : c'est peut-être à ces sortes d'éruptions qu'on doit attribuer un grand nombre de trous ou de creux qu'on trouve autour de ce lac , et qui ne ne pas mal , comme dit fort bien M. Manudrelle , certains endroits qu'on voit en Angleterre , et qui ont servi autrefois de fourneaux à faire de la chaux ; le bitume en montant ainsi, est vraisemblablement
cette huile liquide, qui par sa légèreté 1 LL
donc la distillation de toutes les matières végétales et bitumineuses qui les avoisinent É et produisent cet asphalte liquide que rs
voit s'élever continuellement à la surface du û lac maudit, dont néanmoins les Arabes les Égyptiens ont su tirer beaucoup d'utilité, … tant pour goudronner leurs bateaux que Pour embaumer leurs parentset leurs oiseaux … sacrés ; ils recueillent sur la surface de l'eau
Cr
surmonte comme nos huiles végétales.
L'asphalte se trouve non-seulement en Judée et en plusieurs autres provinces Œu E Levant J mais encore en Europe et même en France ; J'ai eu occasion d'examiner et mêr e . d'employer l'asphalte de Neufchâtel, il est de la même nature que celui de J udée; enle mêlant avec une petite quantité de poix , D : en compose un maslic avec lequel j'ai f (2 enduire il y a trente-six ans un assez gran, bassin au Jardin dû Roi ; Qui depuis a Jours tenu l'eau, On a'aussi trouvé de F phalte en Alsace, en Languedoc , sur le, territoire d'Alais et dans quelques autres endroits. La description que nous a donnée M. l'abbé de Sauvages de cet asphalte d' lais, ajoute encore une Preuve à ce que j'a Ù dit de $a formation Par une distillation , pen ascensum. « On voit, dit-il, régner auprès Le » Servas, à quelque distance d'Alais, sur » une colline d'une grande étendue , un ban©
dé rocher de marbre qui pose sur la têr e et qui en est couvert ; il est naturellement
blanc, mais cette couleur est si fort alté é
par l'asphalte qui le pénètre , qu'il est rs sa surface supérieure d'un brun clair et ensuile très-foncé à mesure que le bitum > approche du bas du rocher : le terrain! u dessous n'est point pénétré de bitume ; à la réserve des endroits où la tranche du banc est exposée au soleil ; il en découl en été du bitume qui a la couleur et E consistance de Ja poix noire végétale FE en surnage sur une fontaine voisine, dont.
» les eaux ont en conséquence un goût désa- : » gréable.…. PE.
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accompagné de soufre, aussi trouve-t-on l'un l'autre péle-méle répandus sur les bords. Ce ne diffère en rien du soufre ordinaire ; mais le bitu est friable , plus pesant que l'eau, et il rend mauvaise odeur lorsqu'on le frotte ou qu'on le met. sur le feu ; il n’est point violet, comme J'asphalat ne de Dioscoride . mais noir et Jluisant comme du js x (Voyage de M. Shaw » traduit de l'a Haye , 1743, tom. 2, pag. 73 et 74.)
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+ ra 0 fe ss 4 “2 nt 4
» Dans le fond de quelques ravines et au- » dessous du rocher d'asphalte, je vis un » terrain mêlé alternativement de lits de » sable et de lits de charbon de pierre , tous » parallèles à l'horizon (1)." On voit par cet exposé que l'asphalte ne se trouve pas audessous , mais au-dessus des couches ou veines bitumineuses de bois et de charbons fossiles , et que par conséquent il n’a pu s'élever au-dessus que par une distillation produite par la chaleur d'un feu souterrain.
Tous les bitumes liquides, c’est-à-dire l'asphalte , la poix de montagne, le pétrole et le naphte , coulent souvent avec l’eau des sources qui se trouvent voisines des couches de bois et de charbon fossiles. A Begrède près d’Anson en Languedoc ; il y à une fontaine qui jette du bitume que l'on recueille à fleur d’eau ; on en recueille de même à Gabian, diocèse de Beziers (2), et cette fontaine de Gabian est fameuse par la quantité de pétrole qu'elle produit ; néanmoins il paraît par un Mémoire de M. Rivière , publié en 1717, et par un autre Mémoire , sans nom d'auteur, imprimé à Béziers en 1752, que cette source bitumineuse a été autrefois - beaucoup plus abondante qu'elle ne l’est aujourd'hui ; car il est dit qu’elle a donné avant 1717, pendant plus de quatre-vingts ans , trente-six quintaux de pétrole par an, tandis qu'en 1752 elle n’en donnait plus que trois où quatre quintaux. Ce pétrole est d'un rouge-brun foncé, son odeur est forte et ‘désagréable ; il s'enflamme très-aisément , et même la vapeur qui s'en élève , lorsqu’o le chauffe, prend feu si l'on approche une chandelle ou toute autre lumière ; à trois pieds de hauteur au-dessus ; l’eau n'éteint pas ce pétrole allumé , et lors même que Lon plonge dans l'eau des mêches bien imbibées de cette huile inflammable , elles continuent de brûler quoique au-dessous de l’eau. Elle ne s’épaissit ni ne se fige par la gelée , comme le font la plupart des huiles végétales, et c'est par cette épreuve qu’on reconnaît si le pétrole est pur ou s’il est mélangé avec quel. qu’une de ces huiles. A Gabian, le pétrole ne sort de la source qu'avec beaucoup d'eau qu'il surnage toujours, car il est beaucoup plus léger, et l'est même plus que l'huile d'olive. « Une seule goutte de ce bitume , dit ES 5 ET ETES (1) Voyez les Mémoires de l'Académie des sciences , année 1746 , pag. 720 et 791.
(2) Histoire naturelle de Languedoc , par M. de Gensanne , tom. 1 , pag. 201 et 274.
THÉORIE DE LA rennes, Z'ome 111.
» M: Rivière, versée sur une eau dormante À » a occupé dans/peu de temps un espace » d'une toise de diamètre tout émaillé des » plus vives couleurs eten s'étendant davan- » tage, il blanchit et enfin disparait ; au » reste , ajoute-t-il , cette huile de pétrole » naturelle est la même que celle qui vient » du succin dans la cornue vers le milieu de » la distillation (3). »
Cependant ce pétrole de Gabianm’est pas comme le prétend l’auteur du Mémoire imprimé à Béziers en 1752, le vrai naphte de Babylone; à la vérité, beaucoup de gens prennent le naphte et le pétrole pour une seule ét même chose; mais le naphte des Grecs , qui ne porte ce nom que parce que c’est la matière inflammable par excellence; est plus pur que l'huile de Gabian ou que toute autre huile terrestre que les Latins ont appelé petroleum | comme huile sortant des rochers avec l'eau qu'elle surnage. Le vrai naphte est beaucoup plus limpide et plus coulant; il a moins de couleur, et prend feu plus subitement à une distance assez grande de la flamme ; si l'on en frotte du bois ou d’autres corps combustibles, ils continueront de brüler quoique plongés dans l'eau (4); au reste le terrain dans lequel se trouve le pétrole de Gabian est environné et peut-être rempli de matières bitaumineuses et de charbon de terre (5).
À une demi lieue de distance de Clermont en Auvergne , il y a une source bitumineuse assez abondante et qui tarit par intervalle : « L'eau de cette source, dit M. le Monier , ” a une amertume insupportable ; la surface » de l’eau est couverte d’une couche mince » de bitume qu'on prendrait pour de l'huile, » et qui venant à s'épaissir par la chaleur de » l'air, ressemble en quelque façon à de la » poix.... En examinant la nature des terres » qui environnent celte fontaine , et en par- » courant une petite butte qui n’en est pas » fort éloignée , j'ai aperçu da bitume noir » qui découlaitd'entre les fentes des rochers, » il se sèche à mesure qu'il reste à l’air, et » j'en ai ramassé environ une demi-livre :
» il est sec, dur et cassant, et s’enflamme » aisément , il exhale une fumée noire fort » épaisse , et l'odeur qu'il répand ressemble » à celle de l'asphalte ; je suis persuadé que » par la distillation on en retirerait du pé- (3) Mémoire de M. Rivière , pag. 6.
(4) Boerhaave, Elementa Chimiæ, tom, 1 pag. 191. (5) Mémoire sur le Pétrole, Béziers » 1752.
hé". à nés .) sé Ce,
» trole (1).» Ce bitame liquide de Clermont ; est, comme l'on voit, moins pur que celui de Gabian ; et depuis le naphte que je regarde comme le bitume le mieux distillé par la nature, au pétrole, à l'asphalte, à la poix de montagne , au succin , au jayetet au charbon de terre, on trouve toutes les nuances et tous les degrès d'une plus ou moins grande pureté dans ces matières qui sont toutes de même nature. :
« En Auvergne, dit M. Guettard , les mon- » ticules qui contiennent le plus de bitume , » sont ceux du Puy-de-Pège (P oix), et du » Puy-de-Crouelles ; celui de Pège se divise » en deux têtes ,dont la plus haute peut avoir douze ou quinze pieds, le bitume ÿ coule en deux ou trois endroits... A côté de ce » monticule se trouve une petite élévation » d'environ trois pieds de hauteur sur quinze » de diamètre; selon M. Ozy, cette éléva- » tion n’est que de bitume qui se dessèche » à mesure qu'il sort de la terre ; la source » est au milieu de cette élévation. Si Fou » creuse en différents endroits autour et des- » sus cette masse de bitume , on ne trouve » aucune apparence de rocher. Le Puy-de- » Crouelles peu éloigné du précédent , peut » avoir trente ou quarante pieds de hauteur; » le bitume y est solide, on en voit des » morceaux durs entre les crevasses des pier- » rés; il en est de même de la partie la plus » élevée du Puy-de-Pège (2). »
do 8 me agente hante (1) Parmi les charbons de terre , il en est qui , à l'odeur près , ressemblent fort à l'asphalte, quant à la pureté et au coup d'œil, comme il en est qui diffèrent peu du jayet ; comme aussi on voit du jayet qu'on pourrait confondre aisément avec l'asphalte et quelques charbons de terre : la matière bitumineuse qui se tire dans le voisinage de Virtemberg , fort ressemblante à du succin, qui n'aurait passé que légèrement au feu et qu’on appelle succin, paraît tenir un milieu entre le charbon de terre et le jayet. (Du Charbon de terre et de ses mines, par M- Morand , pag- 18)... Le charbon que les Anglais appellent
kennel coal , est très-pur et ressemble au jayet , et.
l'on peut-croire que la différence qu'il y a entre les bitumes et les charbons de terre, provient de ce que ceux-ci sont mélés de parties terreuses qui en divisent le bitume et empéchent qu'ils ne puissent, comme les autres bitumes , se liquéfier au feu et s'allumer si promptement , mais aussi le charbon de terre est de toutes les matières de ce genre bitumineux celle qui conserve le feu plus long-temps et plus fortement." Mais au reste, ces matières terreuses ; qui altérent le bitume des charhons de terre, ne sont pas celles qui s’y trouvent en plus grande quantité. (Idem , ibid.)
(2) Mémoire sur la Minéralogie d'Auvergne ; dans
En Italie, dans les duchés de Modènt;».
Parme et Plaisance , le pétrole est commufÿ le village de Miano, situé à douze mil de Parme, est un des lieux d’où on letire dans certains puits construits de manié un
que cette huile vienne se rassembler dal8 le fond (3). a)
ceux de l'Académie des sciences , année 1759... Des, pierres bitumineuses de l'Auvergne , se trouvent dsns des endroits qui forment une suite de monticults posés dans le même alignement ; peut-être ÿ il ailleurs de sembla bles pierres ; car je sais qu'of
trouvé du bitume sur le one à Charte lière , près de Clermont , et au pied LE montages à l'ouest... Dans le fond des caves des bénéc un de Clermont, où l'on trouve du bitume ; on ram se une terre argileuse d'un brnn foncé recou 10 d'une poussière jaune soufrée : ]a paste du roc où les caves sont creusées est brune , ou brun jaune ou lavée de blanc; le bitume PP pu 22 sen partie : il est séc, noir et brillant ; ser a à Machaut , hauteur qui est à sx. uart L- lieue de Riom ; sur la route de À Si une pe, de
poix dont les paysans se serve nt pour grais à essieux des voitures , VAE Re un de Pont-du-Château , le roc sur lequel est constrtil l'écluse de cet endroit , est d'une pierre argil pi eng a et parsemée de taches noires et rondé qui paraissent bitumineuses. (Du sharbon , ete.)##* (3) « On reucontre 4 Mian a -
0, dit M. oux"
» Bondaroy , plusieurs de és puits D ban » donnés ; mais On n’y compte maintenant que rois » puils qui fournissent du Pétrole blanc , et à qu 14 » distance de ce village, deux au È at
» pétrole roux. tres qui donneul!
- On ; » sans y être conduit ne 3-0 aise hasar | » vingts pieds environ de ivéalies 4 1972 » plus sûr de la présence du sera | PRET : ad
» s'élève du fond de la fouille “ , est à » d'autant plus vivement qu'où pt 7 A ne » grande profondeur , et ut ve SE Sr a
» devient si forte que les ouv = n » faisant les murs du ; riers , en creusant | A3
» une demi-heure, ou pr x; NE » être remplacés par d'autres ,et RE a SR | » évanouis : on creuse donc le puits jusqu'à ee d
» voie sortir le pétrole qui se filtre À ere lest rres » et qui quelquefois sort avec force et par jets ce » ordinairement lorsqu'on est nr il ‘ é » vingls pieds ou environ de profondeur qu’ » tient le pétrole : souvent en creusant le me
» aperçoit quelques filets de pétrole quise 4 dent e » continuant l'ouvrage... Les puits sont sbaïid oh | » l'hiver et dès la fin de l'automne : maïs au » temps les propriétaires envoient vd les deux 0! » trois jours tirer le pétrole avec des seaux, con e » l'on tire de l’eau... L'un des trois puits de À iano » donne le pétrole joint avec l'eau sur laqt Je : e » surnage ; cette eau est claire et limpide et. » salée, … Ie pétrole , au sortir des puits, est un P
ne PS
et en D RE ot OO ., gr
Les sources de naphte et de pétrole sont encore plus communes dans le Lev ses qu'en Italie ; quelques voyageurs assurent qu'on brüle pv per Fe naphte que de chandelles à Bagdad (1). « Sur la route de Schi- » ras à Bender-Congo , à quelques milles de » Benaron vers lorient, on voit , dit Gemelli » Carreri, la montagne de Darap toute de » pierre noire, d'où distille le fameux baume me,
» trouble , parce qu'il est mélé d’une terre légère , et » il ne devient clair que lorsqu'il a déposé cette » substance étrangère au fond des vases dans lesquels » on le conserve... Les environs de Miano , où l'on » tire le pétrole, ne fournissent point de vraie pierre, » la montagne voisine n'est mème composée que » d'une terre verdâtre , compacteset urgileuse.….. » Cette terre, appelée dans le pays cocco , mise sur » des charbons , ne donne point de flammes ; elle se » cuit au feu, et de verdâtre elle y devient rougâtre : » elle se fond et s’amollit dans l'eau et y devient ma- » niable ; elle n'a point un goût décidé sur la langue, » elle ne fleurit point à l'air ; elle fait une vive effer- » vescence avec l'acide nitreux. » Nota. Cette dernière propriété me paraît indiquer que le cocco n’est pas une terre argileuse, mais plutôt une terre limoneuse , mêlée de matière calcaire. « Dans le » lieu appelé Salso-Maggiore , continue M. de Bon- » daroy , et aux environs , à dix lieues de Parme , il » y a des puits d'eau salée qui donnent aussi du pé- » trole d'une couleur rousse très-foncée.... La terre » Miano , mais d'une couleur plus plombée.... Elle » devient beaucoup plus verdâtre dans les lits infé- » rieurs , et c'est de ces derniers lits que sort l'eau » salée avec le pétrole , depuis quatre-vingts jusqu'à » cent cinquante brasses en profondeur. » (Extrait du Mémoire de M. Fougeroux de Bondaroy , sur le pétrole, dans ceux de l’Académie des sciences , année Ÿ/70.) — « A douze milles de Modène, dit » Bernardino Ramasini , du côté de l'Apennin, on » voit un rocher escarpé et stérile au milieu d'un val- » lon, et qui donne naissance à plusieurs sources » d'huile de pétrole : on descend dans ce rocher par » un escalier de vingt-quatre marches , au bas du- » quel on trouve un petit bassin rempli d'une eau » blanchâtre qui sort du rocher, et sur laquelle l'huile » de pétrocle surnage ; il se répand à cent toises à » la ronde une odeur désagréable, ce qui ferait croire » que cette source a subi quelque altération, puisque » François Ariôsle, qui l’a décrite il y a trois siècles, » la vante surtout pour sa bonne odeur. On amasse » l'huile de pétrble deux fois par semaine sur le bas- » sin principal, environ six livres à chaque fois : le » terrain est rempli de feux souterrains qui s'échap- » pent de temps en temps avec vivlegce : quelques » jours avant éruptions , les bestiaux fuient les » pâturages des environs. ». (Collection académique , partie étrangère, tom. 4, pag. 477.) .
(1) Voyage de Thévenot, Paris, 1664, tom, 2, .pag- 118.
» MOMIE qui; S'épaississant à l'air, prend Monet noirâtre ; quoiqu'il y ait » beaucoup d'autres baumes en Perse, celuicia la plus grande réputation, la montagne est gardée par ordre du roi; tous les ans les visirs de Geaxoux, de Schiras et de Lar, vont ensemble ramasser la momie qui coule et tombe daus une conque où elle se coagulé ; ils l’'envoient au roi sous leur cachet pour éviter toute trom- » perie, parce que ce baume est éprouvé ét » très-estimé en Arabie et en Europe, et » qu'on n'en tire pas plus de quarante on- » ces par chaque année (2).» Je ne cite ce passage tout au long que pour rapporter à un bitume , ce prétendu baume des momi
nous ayons au Cabinet du roi les deux b
les d’or remplies de ce baume-momie ou mumia , que l'ambassadeur de Perse apporta et présenta à Louis XIV ; ce baume n'est que du bitume , et le présent n'avait de mérite que dans l'esprit de ceux qui l'ont offert (3). Chardin parle de ce baume-momie(4), etil le reconnait pour un bitume; ikdit qu’outre les momies ou corps desséchés qu'on trouve en Perse dans la province de Corassan , il y a une autre sorte de momie ou bitume précieux qui distille des rochers, et qu'il y a deux mines ou deux sources de ce bitume ; l'une dans la Caramanie déserte au pays de Lar, et que c'est le meilleur pour les fractures , blessures , etc. ; l'autre dans le pays de Corassan. Il ajoute que ces miues sont gardéeset fermées; qu’on ne les ouvre qu'une fois l'an en présence d'officiers de la pro-
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(2) Voyage autour du monde, Paris, 1719, tom. 2, pag. 274.
(3; Sa Majesté Louis XIV fit demander à l'ambassa. deur du roi de Perse, 1° le nom de cette drogue , 2° à quoi elle est propre, 3° si elle guérit les maladies tant internes qu'externes , 4° si c'est une drogue simple ou composée: l'ambassadeur répondit, 1° que cette drogue se nomme en persan »70mia ; 2° qu'elle est spécifique pour les fractures des os, et généralement pour toutes les blessures; 30 qu’elle est employée pour. les maladies internes et externes; qu'elle guérit les ulcères internes et externes , et fait sortir le fer qui pourrait étre resté dans les blessures 4° que cette drogue est simple ét naturelle; qu'elle distille d'un rocher dans la province de Dezar , qui est une des plus méridionales de la Perse; enfin qu'on peut s'en servir en l'appliquant sur les blessures, ou en la faisant fondre dans le beurre où dans l'huile. Nota. Cette notice était joïnte aux deux boîtes qui renferment cette drogue.
(4) Le nom de momie On munia en persan, vient de moum qui signifie cire, gomme , unguent.
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vince, et que la plus grande partie de ce bitume précieux est envoyée au trésor du roi.
Il me paraît plus que vraisemblable que ces propriétés spécifiques attribuées par les Persans à leur baume-momie , sont communes à tous les bitumes de même consistance, et particulièrement à celui que nous aPpelons poix de montagne ; et comme on vient de le voir, ce n’est pas seulement en Perse que l'on trouve de bitumes de cette sorte , mais dans plusieurs endroits de l'Europe et même en Franee , et peut-être dans tous les pays du monde (L); de la même manière que l’asphalte ou bitume de Judée s'est trouvé non-seulement sur la mer Morte, mais r d'autres lacs et dans d'autres terres trèstes de la Judée. On voit en quelques endroits de la mer de Marmara, et particulièrement près d'Héraclée , une matière bitumineuse qui flotte sur l'eau en forme de filets que les nautoniers grecs ramassent avec soin , et que bien des gens prennent pour une sorte de pétrole ; cependant elle
n'en a ni l'odeur ni le goût, ni la consi-
stance ; ses filets sont fermes et solides, et approchent plus en odeur et en consistance du bitume de Judée (2). | Dans la Thébaïdé , du côté de l'est, on trouve une montagne appelée Gebel-el-Moël ou Montagne-de-l'Huile , à cause qu'elle fournit beaucoup d'huile de pétrole (3). Olearius et Tavernier font mention du pétrole qui se trouve aux environs de la mer Caspienne ; ce dernier voaygeur dit « qu’au couchant » de cette mer un peu au-dessus de Chamack, » il y a une roche qui s’avance sur le rivage, » de läquelle distille une huile claire comme » de l’eau , jusque-là que des gens s’y sont » trompés et ont cru d'en pouvoir boire; elle » s'épaissit peu à peu, et au bout de neuf » ou dix jours elle devient grasse comme de » l'huile d'olives , gardant toujours sa blan- » cheur.. Il y a trois ou quatre grandes ro- » ches forts hautes assez près de là qui dis-
» tillent aussi la même liqueur , mais elle
res
(1) MM. Pering et Browal donnent la description d'une substance grasse, que l'on tire d'un lac de Finlande , près de Maskoter , que ces physiciens n'hésitent pas à mettre dans le genre des bitumes. (Mémoires de l'Académie de Suède , tom. 3, année 1743.)
(2) Description de l'Archipel ; par Dapper , Amsterdam , 1703 pag. 497.
(3) Voyage en Egypte, par Granger , Paris , 1745, pag. 202,
PARENT + : : mn.
» est plus épaisse ettire sur le noir. On trans » porte cette dernière huile dans plusieurs … » provinces’ de la Perse , où le menu peuple « » ne brûle pas autre chose (4). » Léon l'Afri Cain parle dela poix qui se trouve dans que e, ques rochers du mont Atlas et des sources qui sont infectées de ce bitume ; il donne mêmella manière dont les Maures recueillent cett@” poix de montagne qu'ils rendent liquide par
le moyen du feu (5). Ontrouve à Madagaseaf” celte même matière que Flaccour app le de la poix de terre où bitume judaïque 5).
Enfin jusqu’au Japon les bitumes sont nor < seulement connus , mais très-communs ; € se Kæmpfer assure qu'en quelques endroits de ces iles , l'on ne se sert que d'huile bit nie neuse au lieu de chandelle (7). a En Amérique , ces mêmes substances bi x tumineuses ne sont pas rares, Dampier 4.
vu de la poix de montagne en blocs . de quatré livres pesant, sur la côte de Cattha ène la mer Jette ce bitume sur les Rs o8*" neuses de cette côte où il demeure à 866% il dit que cette poix fond au soleil et est plus noire , plus aigre au toucheret plusf rte d odeur que la poix végétale (8). Garcilass0s » qui a écrit l’histoire du Pérou. et qui y était né, pin 4 Pond: qu'anciennement les Péras ens se servaient de bitume pour e eur morts ; ainsi le bitume et m ont été connus de tous les temps , et pr que de tous les peuples policés + C4 Je n'ai rassemblé tous ces exein les ue pour faire voir, que quoique les hi me rs trouvent sous différentes formes dans I sieurs contrées > Néanmoins les bit s Gus sont infiniment Plus rares que 1 ge. ière dont ils tirent leur ori ine 4 si UR une seconde opération, q. ° "<5t 106Pé € Opération de la nature qu peuvent s'en séparer et prendre de la liqti dité ; les charbons de terre les schistes | tumineux , doivent être regardés cb e grandes masses de matières que les feux s 5 terrains mettent en distillation pour fo ee les bitumes liquides qui nagent sur les eat% ou coulent des rochers : comme le bitumes par sa nature onctueuse, s'attache à 40 e
mbaumer leur ême ses usasg
tu à + ré | »
(4) Les six Voyages de Tay P tom, 2 , pag. 307. PS RES ge pe:
(5) Léon l'Africain. Descript. L A secuada, pag. 771. Pie Ds de À (6) Voyage à Madagascar , P . CE (7) Fe du = " As nt res:
1729, tom. 1, pag. 96. ‘388 (8) Voyage de Dampier , Rouen , 1715 , tom. se pag. 491. +
matière et souvent la pénètre , il faut la circonstance particulière dû voisinage d'un feu souterrain, pour qu'il se manifeste dans toute sa pureté ; car il me semble que la na-
ture n'a pas d'autre moyen pour cet effet.
Aucun bitume ne se dissout ui ne se délaie
dans l'eau; ainsi ces eaux qui sourdissent avec du bitume n’ont pu enlever par leur action propre cés particules bitumineuses ; et dès-lors n'est-il pas nécessaire d'attribuer à l’action du feu l’origine de ce bitume coulant, et même à l'action d'un vrai feu et non pas de la température ordinaire de l'intérieur de la terre? car il faut une assez grande chaleur pour que les bitumes se fondent , et il en faut encore une plus grande pour qu’ils se résolvent en naphte et en pétrole ;ettant qu'ils n'éprouvent que la température ordipaire , ils restent durs , soit à l'air, soit dans la terre : ainsi tous les bitumes coulants doivent leur liquidité à des feux souterrains , et ils ne se trouvent que dans les lieux où les couches de terre bitumineuse et les veines de charbon sont voisines de ces feux qui non-seulement en liquéfient le bitume, mais le distillent et en font élever les parties les plus ténues pour former le naphte et les pétroles, lesquels se mêlant ensuite avec des matières moins pures , produisent l’asphalte et la poix de montagne, ou se coagulent en jaget ob CARE Sr : à Nous avons déjà dit que le succin a certainement été liquide, puisqu'on voit dans son intérieur des insectes dont quelques-uns y sont profondément enfoncés ; il faut cependant avouer que jusqu'à présent aucun observateur n’a trouvé le succin dans cet état de liquidité, et c'est probablement parce qu'il ne faut qu'un très-petit temps pour le consolider; ces insectes s'y empêtrent peut-être lorsqu'il distille des rochers et lorsqu'il surnage sur l'eau de la mer, où la chaleur de quelque feu souterrain le sublime en liqueur, comme l'huile de pétrole, l'asphalte et les autres bitumes coulants.
Quoiqu'on trouve en Prusse et en quelques autres endroits, des mines de succin dans le sein de la terre , cette matière est néanmoins plus abondante dans certaines plages de la mer : en Prusse et en Poméranie , la mer Baltique jette sur les côtes une grande quantité de succin, presque toujours en petits morccaux de toutes les nuances de blanc, de jaune, de brun et de différents degrés de Pureté; et à la vue encore plus qu’à l'odeur , on serait tenté de croire que le
succin n’est qu'une résine comme la copale à laquelle il ressemble; mais le succin est également impénétrable à l'eau , aux huiles, et à l'esprit-de-vin, tandis que les résines qui résistent à l'action de l’eau se dissolvent en entier par les huiles , et surtout par l’esprit-de-vin : cette différence suppose donc dans le succin une autre matière que celle des résines , ou du moins une combinaison différente de la même matière ; or on sait que toutes les huiles végétales concrètes sont, ou des gommes qui ne se dissolÿent que dans l'eau , ou des résines qui ne se dissolvent que dans l'esprit-de-vin , ou enôx des gommes-résines qui ne se dissolvent qu'imparfaitement par l’une et par l'autre ; dèslors ne pourtait-on pas présumer, par la grande ressemblance qui se trouve d’ailleurs entre le succin et les résines , que ce n’esten effet qu’une erésine dans laquelle le mélange des parties gommeuses ét résineuses est si intime et en telle proportion, que ni l'eau ni l’esprit-de-vin ne peuvent l’attaquer ; l'exemple des autres gommes-résines que ces deux menstrues n'attaquent qu'imparfaitement , semblent nous l'indiquer.
En général , on ne peut pas douter que le succin , ainsi que tous les autres bitumes liquides ou concrets , ne doivent leur origine aux huiles animales et végétales imprégnées d'acide; mais comme indépendamment des
huiles , les animaux el végétaux contiennent
des substances gélatineuses et mucilagineuses en grande quantité, il doit se trouver des bitumes uniquement composés d'huile , et d’autres mêlés d'huile et de matière gélatineuse ou mucilagineuse ; des bitumes produits par les seules résines, d'autres par les gommes-résines mélées de plus ou moins d'acides , et c’est à ces diverses combiuaisons des différents résidus des substances animales ou végétales que sont dues les variétés qui se trouvent dans les qualités des bitumes.
Par exemple, l’'ambre gris parait être un bitume qui a conservé les parties le plus odorantes des résines dont le parfum est aromatique; il est dans un état de mollesse et de viscosité dans le fond de la mer auquel il est attaché, et il'a une odeur très-désagréable et tresforte dans cet état de mollesse avant son dessèchement : l'avidité avec laquelle les oiseaux , les poissons et la plupart des animaux terrestres le recherchent et l’avalent , semble indiquer que ce bitume contient aussi une grande quantité de matière gélatineuse et nutritive. Il ne se trouve pas dans le sein
de la terre; c'est dans celui de la mer, et surtout dans les mers méridionales qu'il est en plus grande quantité ; il ne se détache du fond que dans le temps des plus grandes tempêtes , et c’est alors qu'il est jeté sur les rivages : il durcit en se séchant; mais une chaleur médiocre le ramollit plus aisément que les autres bitumes ; il se coagule par le froïd , et n'acquiert jamais autant de fermeté que le succin : cependant par l'analyse chimique , il donne les mêmes résultats et laisse les mêmes résidus ; enfin il ne resterait aucun doute sur la conformité de nature entre cet ambre jaune où succin et l'ambre gris, si ce dernier se trouvait également dans le sein de
© Ja terre et dans la mer ; mais jusqu'à ce jour
il n’y à qu'un seul homme (1) qui ait dit qu'on a trouvé de l'ambre gris dans la terre en Russie : néanmoins co l'on n’a pas d’autres exemples qui puiiiie confirmer ce fait, et que tout l’ambre gris que nous connaissons a été, ou tiré de la mer, ou rejeté par ses flots, on doit présumer que c’est dans la mer seulement que l'huile et la matière gélatineuse dont il est composé, se trouve dans l’état nécessaire à sa formation. En effet, le fond de la mer doit être revêtu d'une très-grande quantité de substance gélatineuse animale, par la dissolution de tous les corps des animanx qui y vivent et périssent (2), et cette matière gélatineuse doit y être tenue dans un état de mollesse et de fraicheur , tandis que cette même matière gélatineuse des animaux terrestres , une fois enfouie dans les couches de la terre, s'est bientôt entièrement dénaturée par le dessèchement ou le mélange qu'elle a subi; ainsi ce n'est que dans le fond de la mer que doit se trouver cette matière dans son état de fraicheur ; elle y est mêlée avec un bitume liquide; et comme la liquidité des bitumes
n'est produite que par la chaieur des feux :
souterrains , c'est aussi dans les mers dont le fond est chaud , comme celles de la Chine
(1) J'ajouterai sans hésiter, dit l'auteur , que la formation de l’ambre gris est la même que celle de l'ambre jaune ou succin, parce que je sais qu'il n'y a pas long-temps qu'on a trouvé en Russie de l'ambre gris en fouillant la terre, (Collection académique , partie étrangère, tom. 4 , pag. 297.)
(2) M. de Montheillard a observé, en travaillant à l'histoire des insectes , qu'il y a plusieurs classes d'animaux et insectes marins, tels que les polypes et autres dont la chair est parfumée , et il est tout naturel que cette matière soit entrée dans la composition de l'amibre gris.
. pensent les naturels d
et du Japon, qu'on trouve l'ambre gris en.
plus grande quantité ; et il paraît encore que c'est à la matière gélatineuse, molle d4hs l'eau et qui prend de la consistance par le dessèchement , que l'ambre gris doit la @l> lesse qu'on lui remarque tant qu'il est dns la mer , et la propriété de se durcir prompt ment en se desséchant à l'air ; tout comme On peut croire que c'est par l’intermède dé la partie gommeuse de sa gomme-résine , qu@le succin peut avoir dans les eaux de la mer #té demi-fluidité. #4
. L'ambre gris, quoique plus précieux que l'ambre jaune, est néanmoins plus abondsf
la quantité que la nature en produit est 4rè considérable > €t on le trouve presque #0 jours en morceaux bien pl 4 du succin (3), et il a 4 ralaue - mois rare s'il ne servait Pas de pâture aux.
maux. Les endroits où la mer le rejette plus grande quantité dans l'ancien” te ati nent, sont les côtes des Indes méréit nales (4), et Particulièrement des iles F h
Mr:
(3) Le capitaine William Keching dit que les MA res lui avaient appris qu'on avait trouvé sur les eô À Monbassa, de Madagoxa, de Pata et de Brave x prodigieuses masses d'ambre gris , dort que L unes pesaient jusqu'À vingt rue eufnu qu'une seule
(Histoire générale
parlent d | ï quante et de cent livres pesant. Con El Re
anciennes Relations des Indes . J'Hi "Étop Des Gaëtan Charpy, ete.) , 1 Histoire d Etiopi
(4) La mer jette à Jolo Ù pe sure à Manille, qu'avant eee t m5 à 5 pris possession de cette île, les Mr ne fa ; pas de cas de l’ambre, et que les pêcheurs s’e vaient pour faire des torches ou lemble al a lesquels ils alläient pêcher pendant la suffi " qu'eux Espagnols, en relevèrent bientôt le pri he La mer apporte l'ambre sur les côtes de 3olo,%* la fin des vents d'ouest ou d'aval; on y en a qu fois trouvé de liquide comme en fusion lequel 2 été ramassé et bénéficié, s'est trouvé tirée Êe bonne qualité : je ne rapporte Point en détail cé e Jolo sur deTa bre... Ce qui est très-siugulier. ra - : qu s’en trouve sur les côtes occidentales de "cet quoique très-petite , puisqu'elle n'a que quatre lieues du nord au sud, pendant qu'on n’en point , ou presque point à Mindanao » Qui est ui très-considérable en comparaison de Jolo, On po rai : peut-être apporter de cette différence la raison sui aute: Jolo se trouve comme au milieu de toutes les autres Îles de ces mers, et dansle canal deces violents et fu ie ax courants qu'on y ressent, et qui sont occasionés * ar le resserrement des mers en ces parages ;et cet