DE LA PYRITE MARTIALE
JE ne parlerai point ici des pyrites cuivreuses ni des pyrites arsénicales ; les premières ne sont qu'un minerai de cuivre , et les secondes quoique mélées de fer, diffèrent de la pyrite martiale en ce qu'elles ré-
-sistent aux impressions de l'air et de l'humidité , et qu'elles sont même susceptibles de recevoir le plus vif poli : le nom de marcassite , sous lequel ces pyrites arsénicales sont connues , les distingue assez pour qu’on ne puisse les confondre avec la pyrite qu'on appelle martiale, paree qu'elle contient une plus grande quantité de fer que de tout autre métal ou demi-métal, Cette pyrite, quoique très-dure ne peut se polir et ne résiste pas à l'impression même légère des éléments humides ; elle s’eflleurit à l'air, et bientôt se décompose en entier : la décomposition s'en fait par une eflervescence” accompagnée de tant de chaleur , que ces pyrites amoncelées, soit par la main de l'homme , soit par celle de la nature, prennent feu d’elles-mêmes dès qu’elles sont humectées , ce qui démontre qu'il y a dans la pyrite une grande quantité de feu fixe , et comme cette matière du feu ne se manifeste sous une forme solide que quand elle est saisie par l'acide, il faut en conclure que la pyrite renferme également la substance du feu fixe et celle de l’acide; mais comme la pyrite elle-même n'a pas été produite par l'action du feu , elle ne contient point de soufre formé, et ce n’est que par la combustion qu’elle peut en fournir (3) ; ainsi l'on doit se borner à dire que
qe
(1) Histoire du Japon , par Kæmpfer, Appendice, tom. 2, pag. 50.
(2) Voyez l'article de l'Animal-musc, et celui de la Civelte et du Zibet, dans l'Histoire des Quadrupèdes,
(3) On pourra dire que la combustion n'est pas toujours nécessaire pour produire du soufre, puisque les acides séparent le même soufre , tant des pyrites
Tuéorre DE LA renne. 7'ome 111.
les pyrites contiennent les principes dont le soufre se forme par le moyen du feu, etnon .
pas aflirmer qu'elles contiennent du soufre tout formé : ces deux substances, l'une de feu , l'autre d'acide, sont dans la pyrite intimement réunies et liées à une terre , souvent calcaire , qui leur sert de base , et qui toujours contient une plus ou moins grande quantité de fer; ce sont là les seules substances dont la pyrite martiale est composée ; elles concourent par leur mélange et leur union intime à lui donner un assez grand degré de dureté. pour étinceler contre l'acier ; et comme la matière du feu fixe provient des corps organisés , les molécules organiques que cette matière a conservées , tracent dans ce minéral les premiers linéaments de l'organisation en lui donnant une forme régulière, laquelle , sans être déterminée à telle ou telle figure ; est néanmoins toujours achevée régulièrement, en sphères, en ellipses, en prismes , en pyramides , en aiguilles , etc. ; car il y a des pyrites de toutes ces formes différentes , selon que les molécules organiques , contenus dans la matière du feu, ont par leur mouvement , tracé la figure et le plan sur lequel les particules brutes ont été forcées de s'arranger.
La pyrite est donc un minéral de figure régulière et de seconde formation , et qui n’a pu exister avant la naissance des animaux et des végétaux ; c'est un produit de leurs dé-
-triments, plus immédiat que le soufre qui ,-
quoiqu'il tire sa première origine de ces mêmes détriments des corps organisés, a
que des compositions artificielles dans lesquelles on a fait entrer le soufre tout formé ; mais cette action des acides n'est-elle pas une sorte de combustion , puisqu'ils n’agissent que par le feu qu'ils contiennent,
Méanmoins passé par l'état de pyrite, et n’est devenu soufre que par l’efferveseence
-ou la combustion : or l'acide en se mêlant
avec les huiles grossières des végétaux , les convertit en bitume, et saisissant de même les parties subtiles du feu fixe que ces builes renfermaient , il en compose les pyrites
en s’unissant à Ja matière ferrugineuse qui
lui est plus analogue qu'aucune autre s par l’aflinité qu'a le fer avec ces deux principes du soufre; aussi les pyrites se trouvent-elles sur toute la surface de la terre jusqu'à la profondeur où sont parvenus les détriments des corps organisés , et la matière pyriteuse n’est nulle part plus abondante que dans les endroits qui en contiennent les détriments , comme dans les mines de charbon de terre, dans les conches de bois fossile, et même dans l'argile , parce qu’elle renferme les débris des coquillages et tous les premiers détriments de la nature vivante au fond des mers. On trouve de même des pyrites sous la terre végétale dans les matières calcaires , et dans toutes celles où l’eau pluviale peut déposer la terre limoneuse et les autres détriments des corps organisés.
La force d’affinité qui s'exerce entre les parties constituantes des pyrites est si grande,
que chaque pyrite a sa sphère particulière
d'attraction ; elles se forment ordinairement en petits morceaux séparés, et on ne les trouve que rarement en grands bancs ni en veines continues (1), mais seulement en pe-
tits lits, sans être réunies ensemble, quoi-
qu’à peu près contigués, et à peu de distance les unes des autres : et lorsque cette matière pyriteuse se trouve trop mélangée , trop impure pour pouvoir se réunir en masse régulière , elle reste disséminée dans les matières brutes, telles que le schiste ou la pierre calcaire, dans lesquels elle semble
exercer encore sa grande force d'attraction ;
car elle leur donne un degré de dureté qu'aucun autre mélange ne pourrait leur communiquer; les grès mème qui se trouvent pénétrés de la matière pyrileuse , sont communément plus durs que les autres ; le charbon pyriteux est aussi le plus dur de
RE EEE Né
(1) 11 y a dans le comté d’Alais, en Languedoc , une masse de pyrites de quelques lieues d'étendue , sur laquelle on a établi deux manufactures de vitriol : il y a aussi près de Saint-Dizier, en Champagne, un banc de pyrites martiales dont on ne connaît pas l'étendue, et ces pyrites en masses continues sont posées sur un banc de grès.
tous les charbons de terre ; mais cette dureté communiquée par la pyrite ne subsiste qu'à - 2 tant que ces matières, durcies par son mé»
lange , sont à l’abri de l’action des éléments” humides ; car ces pierres calcaires , ces grès. et ces schistes si durs, parce qu'ils s0ht Pyriteux, perdent à. l'air en assez peu de temps , non- seulement leur dureté ;, m en même leur consistance. | L
Le feu fixe, d’abord éontenu dans les cofP:
organisés ; à été pendant leur décomposil ion saisi par l’acide, et tous deux réunis # matière ferrugineuse , ont formé des es martiales en très-grande quantité, dès le temps de la naissance et de la première mort des animaux et des Végétaux : c'est à cet le époque presque aussi ancienne que cel : de la naissance des coquillages à La
e il fau orter le temps de la format les pouc de la terre Végétale et du charbon de terre , et aussi les amas de pyrites qui fait » en s'échauffant d'elles-mêmies le premier foyer des volcans : toutes ces matièr combustibles sont ment de leurs feux
= soufre qu'ils exhalent, Et comme
leur vétusté, | : tale accumulée per dant ces premiers Âges ost immense ; ai es dans tous les lié
| > Sans compte doivent être re Pter les charbons
dans son b u 50 huile, de : aume où 50 Paca. cat bitume Par le mélange le
Le bitume et la matièr i r | nent donc également di êure ann prenaer en est l'huile, et ]a Déni la su?
nee du feu fixe » l'an et l'autre saisis PE l'acide ; la différence essentielle entre bitume et la pyrite martiale consiste en que la pyrite ne contient Point d'huile, m CE du feu fixe, de l'acide et du fer : é nc verrons que le fer a la plus Ard inité avec le feu äxe et l'acide Agé avons déjà démontré que ce métal coiteists en assez grande quantité dans tous les corps orgañi sés , se réunit en grains et se régénère dan 8 la terre végétale dont il fait partie co: st tuante ; ce sont donc ces mêmes parties ere 7 rugineuses disséminées dans la terre végéta » que la pyrite s'approprie dans sa formations en les dénaturant au point que , quoiqu à contenant .une grande quantité de fer, la
pyrite ne peut être mise au nombre des mines de fer, dont les plus pauvres donnent plus de métal que les pyrites les plus riches ne peuvent en rendre, surtout dans les travaux en grand, parce qu'elles brülent plus qu’elles ne fondent ; et que pour en tirer le fer , il faudrait les griller plusieurs fois , ce qui serait aussi long que dispendieux » et ne donnerait pas encore une aussi bonne fonte que les vraies mines de fer:
La matière pyriteuse, contenue dans la couche universelle de la terre végétale , est elquefois divisée en parties si tenues , u’elle pénètre avec l'eau, non - seulement dans les joints des pierres calcaires, mais même à travers leur masse, et que se rassemblant ensuite dans quelque cavité , elle y forme | he massives. M. de Lassoñe en cite exemple dans les carrières Compiègne (l), et je puis confirmer cet par plusieurs autres semblables; j'ai vu dans les derniers bancs de plusieurs carrières de pierre et de marbre , des pyrites en petites masses et en grand nombre, la plupart plates et arrondies, d'autres anguleuses, d’autres à peu près sphériques , etc. ; J'ai vu qu’au-dessous de ce dernier banc de pierre calcaire, qui était situé sous les autres, à plus de cinquante pieds de profondeur, et qui it immédiatement sur la glaise , il s'était formé un petit lit de pyrites aplaues , entre la pierre et la glaise : j'en ai vu de même dans l'argile à d'assez grandes profondeurs, et j'ai suivi dans cette argile , la trace de la terre végétale avec laquelle la matière pyriteuse était descendue par la filtration des eaux. L'origine des pyrites martiales en quelque lieu qu’elles se trouvent me parait donc bien constatée ; elle proviennent , dans la terre végétale , des détriments des corps organisés lorsqu'ils se rencontrent avec l'acide , et elles se trouvent partout où ces détriments ont été transportés anciennement par les eaux de la mer, ou infiltrés CE . (1) Les rocs dé pierre qui se trouvent fort avant dans la terre, aux environs de Compiègne , avaient, pour la plupart, des cavilés dont quelques-unes avaient jusqu'à un demi-pied de diamètre et plus. Dans ces cavités, on remarquait de petits mamelons ou protubérances adhérentes aux parois, qui s'étaient formés en manière de stalactites; mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est une pyrite qui s'était formée dans une de ces cavités par un guhr pyriteux ; filtré à travers le tissu même du bloc de pierre. (Mémoires de l'Académie des sciences , année 1771 , page 86.)
dans des temps pluviales (2).
Comme les pyrites ont un poids presque égal à celui d'un métal, iles ont aussi le luisant métallique > Qu’enfin elles se trouvent quelquefois dans lesterrains voisins des mines de fer, on les a souvent prises pour de vraies mines; Cependant il est très-aisé de ne s'y pas méprendre , même à la première inspection, car elles sont toutes d'une figure décidée, quoique irrégulière et souvent différente ; d'ailleurs , on ne les trouve guère mêlées en quantité avec la mine de fer en grains; s’il s'en rencontre dans les mines de fer en grandes masses , elles s’y sont formées comme dans les bancs de pierre , par la filtration des eaux : elles sont aussi plus dures que les mines de fer , et lorsqu'on les mêle au fourneau, elles les dénaturent et les brûlent au lieu de les faire fondre. Elles ne sont pas disposées comme les mines de fer, en amas ou en couches , mais toujours dispersées, où du moins séparées les unes des autres , même dans les petits lits où elles sont le plus contigués.
Lorsqu'elles se trouvent amoncelées dans le sein de la terre , et que l'humidité peut arriver à leur amas, elles produisent les feux souterrains dont les grands effets nous sont représentés par les volcaus , et les moindres effets, par la chaleur des eaux thermales ,
Plus modernes par les eaux
(2) Dans la chaîne des collines d'Alais, M. l'abbé de Sauvages a observé une grande quantité de pyrites. « Elles sont, dit-il , principalement composées » d'une matière inflammable , d’an acide vitriolique , » et d'une terre vitrifiable et métallique qui leur » donne une si grande dureté , qu'on en tire des étin- » celles avec le fusil lorsque la terre métallique est : » ferrugineuse. |
» Cette matière dissoute qui forme les pyriles, a » suivi dans nos rochers des routes pareilles à celles » des sucs pierreux ordinaires :
» lo Elle a pénétré intimement Jes pores de la » pierre , et quoiqu'on ne l'y distingne pas loujours » dans les cassures, on ne peut pas douter de sa pré- » sence par l'odeur que donnent les pierres qu'on à » fait calciner à demi.
» 2° Elle s’est épanchée et cristallisée dans des vei- » nes qu'on prendrait pour de petits sillons métalli- » ques.
» Lorsque le suc pyriteux & été plus abondant, et » qu'il a rencontré des cavités ou des fentes assez lar- » ges pour n'y point être géné, il s'est répandu » comme les'sues pierreux dans ces fentes , il s'y est » cristallisé d'une façon régulière. » (Voyez les Mémoires de l'Académie des sciences, année 1746, pag. 732 jusqu’à 740.)
et par les sources de bitume fluide que cette chaleur élève par distillation.
La pyrite qui parait n'être qu’une matière ingrate et même nuisible, est néanmoins l'un des principaux instruments dont se sert la nature pour reproduire le plus noble de tous ses éléments, elle a renfermé dans cette matière vile le plus précieux de ses trésors, ce feu fixe, ce feu sacré qu'elle avait départi aux êtres organisés, tant par l’émis-
DES MATIÈRES
Sous le nom de matières volcaniques, je n'entends pas comprendre toutes les matières rejetées par l'explosion des volcans, mais seulement celles qui ont été produi.
tes ou dénaturées par l'action de leurs
feux : un volcan dans une grande éruption , annoncée par les mouvements convulsifs de la terre, soulève, détache et lance au
. loin les rochers, les sables , les terres , toutes les masses en un mot qui. s'opposent à l'exercice de ses forces : rien me peut résister à l'élément terrible dont il est animé :
l'océan de feu qui lui sert de base , agite et fait trembler la terre avant de l'entr'ouvrir ; les résistances qu'on croirait invincibles, sont forcées de livrer passage à ses flots enflammés ; ils enlèvent avec eux les bancs entiers ou en débris des pierres les plus dures, les plus pesantes, comme les couches de terre les plus légères; et projetant le tout sans ordre et sans distinction , chaque volcan forme au-dessus ou autour de sa montagne , des collines de décombres de ces mêmes matières , qui faisaient auparavant la partie la plus solide et le massif de sa base.
On retrouve dans ces amas immenses de matières projetées , les mêmes sortes de pierres vitreuses ou calcaires, les mêmes sables et terres dont les unes n'ayant été que déplacées et lancées sont demeurées intactes, et n'ont reçu aucune atteinte de l'action du
feu ; d’autres qui en ont été sensiblement
altérées , ét d'autres enfin qui ont subi une si forte impression du feu , et souffert un si grand changement, qu'elles ont pour ainsi dire été transformées , etsemblent avoir pris une nature nouvelle et différente de celle de toutes les matières qui existaient auparavant.
Aussi avons - nous cru devoir distinguer dans la matière purement brute deux états différents, et en faire deux classes sépa-
sion de la Jumière du soleil que par la ch - Le
ses, les blanches arsénicales , les galé:
leur douce, de la terre.
Je renvoie aux articles suivants ce q!
nous avons à dire, tant au sujet des mal= Cassites , que sur les pyrites jaunes cuivres
dont jouit en propre le glob U
Ce 4 i
de plomb , et en général sur les miné rai métalliques, dont la plupart ne sont € pyrites plus ou
ins mêlées de métal. Le VOLCANIQUES. |
rées (1) ; la première com osée prod + immédiats du feu primitifs et la per: : des produits secondaires de ces foyers par rs de la nature dans lesquels vaalic
tit comme elle Opérait d da
r général de la vitrification du glo et ses travaux s'exercent sur un p grand nombre de substances , et sont F variés dans les volcans qu'ils +7 uy l'être dans le feu primitif, sb sil tes les matières de-seconde formation:n'efi ; latent pas encore; les argiles , la pierre calcaire, la terre végétale n'ayant: té pro duiles que postérieurement par l'intermiède de l'eau ; au lieu que le feu des wol an agit sur toutes les substances Ras es (
pe
les eaux, sub stance isces sur les masses brutes ; en ons les #
[Pr
observations » Qui, dans ces dei»
neuse miné Àes volcans actuellement D re vole "il éteints ; mais avec ces lumières acquis > et réunies , Je ne me flatte pas de donne ei la liste entière de toutes les matières Pr duites par feurs feux, et encore mo0in5 6 Pouvoir présenter le tableau fidèle et c08 plet des opérations qui s’exécutent dans €€S Se AN souterraines , tant pour la destri c = on des substan i x la ubstances anciennes que pour gi
(1) Voyez le premier article de ‘cette ‘hi cé re x " Minéraux. ‘ :
production ou la composition des matières nouvelles, RÈ Lee
Je crois avoir bien compris; €t Jai tâché de faire entendre (1), comment se fait la vitrification des laves dans les monceaux immenses de terres brûlées , de cendres et d'autres matières ardentes projetées par explosion dans les éruptions du volcan j com- . ment la lave jaillit en s'ouvrant des issues au bas de ces monceaux; comment elle roule en torrents , Ou se répand comme un déluge de feu , portant partout la dévastation et la mort ; comment cette même lave gonflée par son feu intérieur , éclate à sa surface, et jaillit de nouveau pour former des éminences élevées au-dessus de son niveau ; comment enfin précipitant son cours du haut des de la mer, elle forme ces colonnes de te qui, par leur renflementet leur effort réciproque , prennent une prismatique , à plus oumoins de pans suivant les différentes résistances , etce., ces phénomènes généraux me paraissent clairement expliqués ; et quoique la plupart des effets plus particuliers en dépendent , combien n’y at-il pas encore de choses importantes à observer sur la différente qualité de ces mêmes laves et basaltes , sur la nature des matières dont ils sont composés , sur les propriétés de celles qui résultent de leur dé-
ition ! Ces recherches supposent des études pénibles et suivies ; à peine sont-elles commencées : c'est pour ainsi dire une carrière nouvelle trop vaste pour qu’un seul homme puisse la parcourir tout entière , mais dans laquelle on jugera que nous avons fait quelques pas , si l'on réunit ce que j'en ai dit précédemment à ce que je vais y ajouter (2).
Il était déjà difficile de reconnaître dans les premières matières celles qui ont été produites par le feu primitif, et celles quin’ont été formées que par l'intermède de l’eau ; à plus forte raison aurons-nous peine à distinguer celles qui étant également des produits du feu , ne diffèrent les unes des autres qu'en ce que les premières n'ont été qu'une fois liquéfiées ou sublimées , et que les dernières ont subi une seconde et peut-être une iroisième action du feu. En prenant donc en RE 0 Nb" Ju UE,
(1) Voyez le tom, ] , article des Laves et des Basaltes.
(2) Voyez l'article entier des Volcans, tom.1, pag. 276 ; Époques de la nature , ébid., pag. 406, et Additions à la Théorie de la terre’, ébid. , pag. 290.
général toutes les matières rejetées par les volcans, il se trouvera dans leur quantité un certain nombre de substances qui n'ont pas changé de nature ; le quartz, les jaspes et les micas doivent se rencontrer dans les laves , sous leur forme propre ou peu altérée : le feld-spath , le schorl, les porphyres et granits peuvent s'y trouver aussi, mais ayec de plus grandes altérations ;: parce qu'ils sont plus fusibles : les grès.et les argiles s'y présenteront convertis en poudres et en verres ; om y verra les matières calcaires calcinées ; le fer et les autres métaux sublimés en safran , en litharge ; les acides et les alkalis devenus des sels concrets ; les pyrites converties en soufres vifs; les substances organisées végétales ou animales réduites en cendres : et toutes ces matières mélangées à différentes doses ont donné des substances nouvelles ; et qui paraissent d'autant plus éloignées de leur première origine qu'elles ont perdu plus de traits de leur ancienne forme. P. ar-"2
Et si nous ajoutons à ces effets de la force du feu qui , par lui-même consume , disperse et dénature , ceux de la puissance de l'eau qui conserve , rapproche et rétablit, nous trouverons encore dans les matières volcanisées des produits de ce second élément :
les bancs de basalte ou de laves auront leurs stalactites comme les bancs calcaires ou les masses de granits ; on y trouvera de même des concrétions , des incrustations , des cristaux, des spaths , ete. ; un volcan est à cet égard un petit univers; il nous présentera plus de variétés dans le règne minéral , que n'en offre le reste de la terre dont les
parties solides n'ayant souffert que l'action
du premier feu, et ensuite le travail des eaux, ont conservé plus de simplicité : les caractères imprimés par ces deux éléments , quoique difliciles x déméler, se présentent néanmoins avec des traits mieux prononcés ; au lieu que dans les matières volcaniques , la substance , la forme , la consistance , tout jusqu'aux premiers linéaments de la figure , est enveloppé , ou mêlé , ou détruit , et de là vient l'obscurité profonde où se.trouve jusqu'à ce jour, la minéralogie des volcans.
Pour en éclaircir les points principaux, il nous parait nécessaire de rechercher d’abord quelles sont les matières qui peuvent produire et entretenir ce feu, tantôt viclent, tantôt calme et toujours si grand, si con- \tant , si durable qu'il semblé que toutes les substances combustibles de la surface de la
terre, ne sufliraient pas pour alimenter pendant des siècles une seule de ces fournaises dévorantes ; mais si nous nous rappelons ici que tous les végétaux produits pendant plusieurs milliers d'années, ont été entraînés par les eaux et enfouis dans les profondeurs de la terre, où leurs huiles converties en bitumes , les ont conservés ; que toutes les pyrites formées en même temps à la surface de la terre, ont suivi le même cours et ont été déposées dans les profondeurs où les eaux ont entrainé la terre végétale ; qu’enfin la couche entière de cette terre , qui couvrait dans les premiers temps les sommets des montagnes , est descendue avec ces matières combustibles , pour remlir les cavernes qui servent de voûtes aux éminences du globe , on ne sera plus étonné de la quantité et du volume ; ni de la force et de la durée de ces feux souterrains. Les ites humectées par l’eau s’enflamment d’elles-mêmes ; les charbons de terre dont la quantité est encore plus grande que celle des pyrites, les limons bitumineux qui les avoisinent, toutes les terres végétales anciennement enfouies, sont autant de dépôts inépuisables de substances combustibles dont les feux une fois allumés peuvent durer des siècles puisque nous avons des exemples de veines de charbon de ‘terre dont les vapeurs s'étant enflammées , ont communiqué leur feu à la mine entière de ces charbons qui brûlent depuis plusieurs centaines d'années , sans interruption et sans une diminution sensible de leur masse. .
Et l’on ne peut guère douter que les anciens végétaux et toutes les productions résultantes de leur décomposition, n'aient été transportés et déposés par les eaux de la mer, à des profondeurs aussi grandes que celles où se trouvent les foyers des volcans, puisque nous avons des exemples de veines de charbon de terre exploitées à deux mille pieds de profondeur (1), et qu'il est plus que probable qu'on trouverait des charbons de terre et des pyrites enfouis encore plus profondément.
Or chacune de ces matières qui servént d'aliment au feu des volcans, doit laisser, après la combustion , différents résidus, et quelquefois produire des substances nouvelles ; les bitumes en brûlant donneront un résidu charbonneux , et formeront cette en titennt
(1) Voyez dans ce volume, l'article du Charbon de terre , pag. 50 et suiv.
épaisse fumée qui ne paraît enflammée que
dans l'obscurité : cette fumée enveloppe com stamment la tête du volcan , et se répand su® ses flancs en brouillard ténébreux; et lorsque … les bitumes souterrains sont en trop grande » abondance , ils sont projetés au dehors ayant d'être brûlés; nous avons donné des exemples de ces torrents de bitume vomis par les volcans , quelquefois purs et souvent mêlés d'eau. Les pyrites dégagées de leurs … parties fixes et terreuses, se sublimeront sous la forme de soufre , substance nouvelle; qui ne se trouve ni dans les produits da feu primitif ni dans les matières formées Pa les eaux; car le soufre qu’on dit être formé. par la voie humide, ne se produit qu'au moyen d'une forte effervescence dont lt grande chaleur équivaut à l'action du feu le soufre ne pouvait en effet es avant désompostion des êtres organisés et la CONS sion de leurs détriments en pyrites ; PU is.
que sa substance ne contient que l'acide et" le feu qui s’était fixé dans les végétaux 01 animaux , et qu’elle se forme par la combt + tion de ces mêmes pyrites . déjà remplis du feu fixe qu’elles ont tiré des corps org A nisés : le sel ammoniac se
; f et sublimera de même par le bu san les matières végétales ou animales Cox
nues dans la terre limoneuse et particule»
rement dans les terreaux . es cachet de terre, les bois fossiles et FA tourbes fouis mront cette cendre qui sert de fondant pot le vitrification des laves ; les matières calcaires, d'abord calcinées et réduites en pouf sière de chaux, sortiront en tourbillon encore plus épais, et Paraîtront comme di
nuages massifs en se répandant au loià enfin la terre limoneuse ge
les se cuiront, les
€ ee
ve se fondra, les arg s se L Be les autres métaux colerent nits se liquéfieront, et des unes ou ss autrés de ces matières , ou du mélange de tout Pr.
résultera la composition des Javes qui ès lors doivent être aussi différentes entre elle que le sont les matières dont elles s0 te composées. = Et non-seulement ces laves contiené les matières liquéfiées , fondues agl et calcinées par le feu, mais RSR les frag ments de toutes les autres matières qu’ » 21 auront saisies el ramassées en coulant sur ia terre, et qui ne seront que peu ou point de altérées par le feu ; enfin elles renfermerot … encore dans leurs interstices et cavités, 15 nouvelles substances que l'infiltration et 1&
stillation de l'eau aura produites avec le temps en les décomposant, comme elle décompose toutes les autres matières.
La cristallisation qu'on croy me être le caractère le plus sûr de la formation d'une substance par l'intermède de l'eau » n'est plus qu'un indice équivoque depuis qu'on sait qu’elle s’opère par le moyen du feu comme par celui de l'eau; toute matière liquéfiée par la fusion donnera, comme les autres liquides, des cristallisations ; il ne leur faut pour cela que du temps, de l’espace et du repos : les matières volcaniques
ourront donc contenir des cristaux , les uns formés par l’action du feu et les autres par l'infiltration des eaux ; les premiers dans le temps que ces matières étaient encore en fusion , es seconds long-temps a qu'elles ont été refroidies : le feld-spath un exemple de la cristallisation par le primitif, puisqu'on le trouve cristallisé dans les granits qui sont de première formation.
Le fer se trouve souvent cristallisé dans les
mines primordiales, qui ne sont que des
rochers de pierres ferrugnieuses attirables à l’aimant , et qui ont été formées comme les
autres grandes masses vitreuses par le feu -
primitif; ce même fer se cristallise sous nos yeux par un feu lent et tranquille , il en est de même des autres métaux et de tous les régules métalliques ‘les matières volcaniques pourront donc renfermer ou présenter au dehors, toutes ces substances cristallisées par le feu; ainsi je ne vois rien dans Ja nature, de tout ce qui a été formé par le feu ou par l'eau, qui ne puissé se trouver dans le produit des volcans, et je vois en même temps que leurs feux ayant combiné beaucoup plus de substances que le feu primitif, ils ont donné naissance au soufre et à quelques autres minéraux qui n'existent qu'en vertu de cette seconde action du feu.
Les volcans ont formé des verres de toutes couleurs dont quelques-uns sont d'un beau bleu céleste, et ressemblent à une scorie ferrugineuse (1); d’autres verres aussi fusi-
nt mms
(1) Je vis à Venise, chez M. Morosini, l'agate noire d'Islande (Cronstedt , minéral. $ 295.), et un verre bleu céleste qui ressemblait si fort à une espèce de scorie de fer bleu , que je ne pouvais me persuader que ce fût autre chose ;" mais différents connaisseurs dignes de foi, m'assurèrent unanimement qu'on trouvait en abondance de ces verres bleus et noirs parmi les matières volcaniques du Yéronais , du Vicentin
bles que le feld-spath ; des basaltes ressem-
blants aux Porphyres; des laves vitreuses presque aussi dures que l’agate , et auxquel-
les on a donné, Que très-improprement,
le nom d'a r7, ; -d'auttes
laves qui renferment des grenats blancs, des schorls et des chrysolites, ete. + on trouve
donc un grand nombre de substances an-
ciennes et nouvelles, pures où dénaturées
dans les basaltes, dans les laves ét même
dans la pouzzolane et dans les cendres des
volcans : « Le Monte-Berico près de Vi- » cence , dit M. Ferber , est une colline en- » tièrement formée de certdres de volcan » d'un brun noirâtre, dans lesquelles se » trouve une très-grande quantité de cail- » Joux de calcédoine ou opale ; les uns for-
» mant des druses dont les parois peuvent » avoir l'épaisseur d’un brin de paille ; les »* autres ayant la figure de petits caillonx » elliptiques creux intérieurement, et quel-
» quefois remplis d'eau : la grandeur de ces
» derniers varie depuis le diamètre d’un
» petit pois jusqu’à un demi-pouce.… Ces
» cailloux ressemblent assez aux calcédoines » et aux opales : les boules de calcédoine
» et de zéolite de Féroé et d'Islande, se
» trouvent nichées dans une terre d’un brun
» noirâtre, de la même manière que les
» Cailoux dont il est ici question (2). »
Mais , quoiqu'on trouve dans les produits ou daus les éjections des volcans, presque toutes les matières brutes ou minérales du globe, il ne faut pas s'imaginer que le feu volcanique les ait toutes produites à beaucoup près , et je crois qu’il est toujours possible de distinguer, soit par un examen exact , soit par le rapport des circonstances, une matière produite par le feu secondaire des volcans , de toutes lés autres qui ont été précédemment formées par l’action du feu primitif ou par l’intermède de l’eau. {De la même manière que nous pouvons imiter dans nos fourneaux toutes. les pierres précieu-
et d'Azulano, dans l'État Vénitien. (Lettres de
M. Ferber, pages 33 et 34. ) — Nota. Je dois observer que ces verres bleus, auxquels M. Férber et
M. le baron de Dietrich semblent donner une atten-
tion patticulière, ne la méritent pas , car rien n'est si commun que des verres bleus dans les laitiers de nos fourneaux où l’on fond les mines de fer , ainsi
ces mêmes verres se doivent trouver dans les pro-
duits des volcans. ‘
(2) Lettres de M. Ferber, sur la Minéralogie é pages 24 et 25.