‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 49 sur 162 · SEL MARIN ET SEL GEMME · texte numérisé non relu

SEL MARIN ET SEL GEMME

L'eau de la mer contient une grande quan.

tité d’acide et d’alkali, puisque le sel qu'on en retire en la faisant évaporer , est composé des deux; elle est aussi imprégnée de bitume , et c'est ce qui fait Evs est en 30

saline et amère ; or le bitume est comos d'anids et d'huile; et d'ailleurs la décomposition de tous les corps organisés dont la mer est peuplée, produit une immense quantité d'huile : l'eau marine contient donc non-seulement les acides et les alkalis > Inais encore les huiles et toutes les matières qui peuvent, provenir de la décomposition des corps, à l'exception de celles que «ces substances prennent par la putréfaction à l'air libre ; encore se forme-t-il à la surface de la mer , par l'action de l'acide aérien, des matières assez semblables à celles qui sont produites sur la terre par la décomposition des

animaux et des végélaux.

La formation du sel marin n'a pu s'opérér qu'après la production de l'acide-et de l'alkali, puisqu'ils en sont les substances constituantes ; l'acide aérien a été formé dès les premiers temps, après l'établissement de

l'atmosphère , Par le simple mélange de Fair et du feu ; mais l'alkali n'a été produit que 7 réa subséquent par la décompos isé , per PE Bar Organisés, L'eau de la mer même acidule salée par l'uni alkalis et 1

pris de l'amertume par le

tous les célacées , Poissons et amphibies ; dont la substance est > Comme l'on sait , plus huileuse que celle des animaux terrestres.

Et cette salure , cette amertume lt cette huile de l'eau de la mer n'ont pu qu'augmenter avec le temps, parce que tous les fleuves qui arrivent à ce grand réceptacle des eaux, sont eux-mêmes chargés. de parties salines, bitumineuses et huileuses que la terre leur fournit , et que toutes ces matières étant plus fixes et moins volatiles que

l'eau , l'évaporation ne les enlève pas ; leur

quantité ne peut donc qu'augmenter , tandis que celle de l’eau reste toujours la mème, “

. L e Li + sie et en Sibérie (3). On en tronve aussi en Allemagne , dans les envions de Hall près de Saltzbourg (4), dans quelques provinces de

puisque les eaux courantes sur la terre ramèuent à la mer tout ce que les vapeurs poussées par les vents lui enlèvent.

On doit encore ajouter à ces causes de l'augmentation de la salure des mers, la quantité considérable de sel que les eaux qui filtrent dans l'intérieur de la terre dissoivenñt et détachent des masses purement salines, qui se trouvent en plusieurs lieux , et jusqu'à d’assez grandes profondeurs ; on a donné le nom de sel gemine à ce sel fossile:

il est absolument de la même nature que celui qui se tire de l’eau de la mer par l’évaporation ; il se trouve sous une forme solide, concrète et cristallisée en amas immenses , dans plusieurs régions du globe, et notamment en Pologne (1), en Hongie (2), en Rus-

(1) Les mines de sel de Wieliczka,dit M. Guettard, sont, sans contredit, un des beaux ouvrages de Ja nature , on ne peut voir qu'avec une espèce d'admiration ces masses énormes de sel renfermées dans le sein de la terre... | ae

Quiconque a vu une carrière de pierre à plâtre

ile à celles des environs de Paris, peut aisément se former l'idée des mines de sel de Wieliczka... Les grands bancs de sel, de même que les grands bancs de pierres , se trouvent dans le fond de ces mines; ils sont surmontés de bancs beancoup moins considérables, et ceux-ci sont ‘ de dits de différentes terres ou de sable dans l'ordre suivant:

1° Un banc de sable À grains fins, arrondis eu forme d'œufs blancs ou jaunâtres , et quelquefois rougeñtlres :

20 Plusieurs lits de glaise ou argile dont la couleur ordinaire est un jaune-rouille-de-fer, ou bien un grès plus ou moins formé, quelquefois verdôtre; elles sont aussi plus ou moins mélées de sable ou de petits graviers. (Mémoires de l'Académie des sciences , an-

née 1762, pag. 493 el suivä)

(2) Près de Ja ville d'Épériès » Sé trouve une mine de sel quia cent quatre-vingts hrasses de profondeur: les veines de sel sont larges, on en tire des morceaux qui pèsent jusqu'à deux milliers. La couleur de ce sel est grise, mais élant broyé il est blanc ; il est composé de parties pointues. La même mine donne un autre sel composé de quarrés et de tables ; et un troisième qui paraît composé de plusieurs branches.

Le sel de cette mine est de plusieurs couleurs , celui qui est mélé avec la terre en conserve un peu Ja couleur : on en voit d'autres morceaux bien eristallisés , qui ont une légère couleur bleue, et le comic de Rothall en avait, en 1670, un morceau d'un trèsbeau jaune ; il y en a des morceaux si durs qu'on leur donne la figure que l'on veut cependant ces morceaux dé sel s'humectent bientôt dans les cahinets, et sion les met dsns une étuve, ils perdent leur transparence. { ction académique, partie étrangère , tom. 2, pages 211, 212 et suiv.)

(3) M. Pallas observedanfla télation de ses Voyages qu'il y a une immense quantité dé sel dans l'empire de Russie ; il suffirait , selon Jüt,"'en exploïter les riches salines pour cesser de tirer de l'étranger celte denrée de première nécessité. Les laës%alés sont surtout très-communs dans le gouvernement d'Orem-

| ak le pwys des Baskirs, etc. ; il Y en a parmi des Kirguis, un très-curieux , dont les eaux sont salées d'un côté et douces de l'autre, La du lac d'Indéri est couverte U'une glace de sel assez forte, pour qu'on puisse traverser ce lac sans Île moindre danger, et celte denrée y est assez abondaute pour fournir à la consommation de tout l'empire , si des communicalions eu facilitaient le transport duns les autres provinces ; elle serait alors aussi commune dans les marchés que les besoins en sont mullipliés. (Extrait dela Gazette de France, du lundi 17 janvier 1774, article Pétersbourg.) 1 y a dans le désert entre le Volga et l'Oural, à quatre-vingts werstes de Yenatayevska, une vaste carrière de sel fossile très-pur : les Kalmouks appellent cet € it Tschaptschatschi ; cette mine de sel est peut-être : capable d'en fournir autant que celle d'Iletzk danse gouvernement d'Orembourg , d'où l'on tire cinq cent mille pouds de sel par an. (Extrait du Discours de M. Guldenstaed , sur les productions de la Russie, Pétersbourg, 1776 , pages 55 et suiv.)

Une montagne d'où l'on tire du sel en Sibérie , est À trente werstes à lorient des sources salées , et comme elles , sur le rivage droit du Kaptendei ; elle a trente Lrasses de hauteur, et de l'orient à l'occident deux cent dix brasses. de longueur. Depuis le pied jusqu'aux deux tiers de la hauteur, elle est composée de cristaux cubiques de sel assez gros, où l’on ne trouve pas le moindre mélange de terre ou d'autre matière hétérogène. La montagne est couverte à son sommel , d’une terre glaise rougeâtre , d'où l'on tire un talc blanc de la plus belle espèce , et elle est fort rapide du côté de la rivière : le sel de la source est précisément de même qualité que celui de la montagne, et Ja nature ne saurait produire uu meilleur sel de cuisine. (Histoire générale des Voyages, lom. 18, pag. 282.) — 11 y a quatorze salines sur la rive droite du Kawda en Sibérie; ces solines out deux sources d'eau salée qui produisent du sel fort blanc cristallin; mais comme l'eau est faible, il Jui faut trois fois vingt-quatre heures pour se réduire en sel. (Idem , ibidem, pag. 469.) . |

(4) Eo Allemagne, il y a des mines de sel dans une monlagne appelée le Diremberg, près de Hall ou Hallein, sur la Salza, à quatre licues de Saltzhourg..…. On entre d'abord dans une galerie étroite, par laquelle on marche l'espace d'un quart de lieue entre des capaux couverts ; dans l'un coule de l'eau douce, dans l'autre de l'eau salée, qu'un tuyau de bois conduit jusqu'à Hall : au bout de cette galerie on descend un puits de trente pieds de profondeur... Ensuite on

1 Espagne (1), et spécialement en Catalogne, où lon voit près de la ville de Cardone une hit Lisa bobis, 3 dre, rh — is dun dl 08 “g l'arcourt des galeries semblables à la première , et l'on arrive à un second puits , puis à un troisième el À un quatrième, que l'on descend comme le premier: ces puits forment les différents étages de la mine, elle peut avoir douze cent soixante pieds de profondeur ,et huit mille cinquante de longueur , à en juger par les proportions d’une machine de bois qui représente ces mines , et qu'on montre dans ces soulerrains.

Les galeries aboutissent à des chambres ; c'est dans ces chambres qu’on ramasse le sel, qui en quelque sorte , végète sur les murs en y formant différents dessins, tels à peu près que ceux qu'on voit sur les vitres lorsqu'il gèle. La hauteur de ces chambres est d'environ six pieds ; leur étendue est differente et leur forme irrégulière : la plus grande a neuf cent dix pieds delongueur sur trois cent quatrevingt-cinq de largeur; l'étendue de ces chambres, qui se soutiennent sans appui, est une des choses les plus extraordinaires de ces mines. (M. Gucttard , Mémoires de l'Académie des sciences, année 1763, pag. 203 et suiv.)

(1) Près de Villena , à quelques lieues d'Alicante, il ÿ a un marais d’où l'on tire le sel pour la consommalion des villages voisins ; et à quatre lieues de là , une montagne isolée , toute de sel gemme , couvert seulement d'une couche de plâtre de diférentes couleurs...

Il y a beaucoup de salines dans Ja juridiction de Mingrauilla ; on travaille à quelques-unes et non aux autres : le’ sel gemme qu'on en tire est excellent , parce que cette espèce est toujours plus salée que

celle qui se fait par évaporation , y ayant moins d'eau . dans sa cristallisation...

À une demi-lieue de là , on descend un peu pour entrer dans un terrain de plâtre où sont quelques collines... Au bas de la couverture de plâtre , il y aun banc de sel gemme dont on ne sait point Ja profondeur , parce que quand les excavations passent trois cents pieds , il en coûte beaucoup pour tirer le sel, et que quelquefois le terrain s'enfonce ou se remplit d'eau; alors on creuse de nouveaux puits ; car tout l'endroit est une masse énorme de sel, mélé en certaines places avec un peu de terre de plâtre, et dans d'autres, pur et rougeâtre , et le plus souvent eritallin... Dans la mine de Cardona, au contraire, il n'y a point de plâtre, et cependant le sel en est si dur et si bien cristallisé , que l'on en fait des statues, de petits autels et des meubles curieux. Celui de Mingranillæ est dur aussi, mais moins que celui de Cardona, parce qu'il se casse, comme quelques spaths fragiles... Cette mine a dû étre couverte anciennement d'une épaisseur de plus de huit cents pieds de matières étrangères, que les eaux ont peu à peu entraînées dans les lieux les plus bas... | Dans une montagne où est le village de Valliera , où trouve une mine de sel gemme qui paraît hors de terre; du côté de l'entrée, et à environ vingt pas en dedans, ou voit que le sel, qui est blanc et abondant,

montagne entière de sel (2) : en d'autres endroits les amas de sel gemme forment des

bancs d’une très-grande épaisseur- sur une

étendue de deux ou trois lieues en longueur et d’une largeur indéterminée , comme on l'a observé dans la mine de Wieliczka en Pologne , qui est la plus célèbre de toutes celles du Nord. x

. Les bancs de sel y sont surmontés de plusieurs lits de glaises, mêlés, comme les autres glaises, d’un peu de sable et de débris

a pénétré dans les couches de plâtre. Cette mine peut sr environ quatre cents pas de longueur , et différentes galeries latérales en ont plus de quatre-vingts, soutenues par des piliers de sel qui la font ressembler à une église gothique : le sel suit la direction de la colline en penchant un Peu au nord, comme les veines du plâtre; ce sel n’a qu'environ cinq pieds de haut... . paraît sn da différentes couches de plâtre et e margue ( marne ), pour se pl

qu'il reste cependant Ca de agree A gr"

Au bout de la Principale galerie... on voit que‘a bande de sel descend jusqu'au valon, et passe à la colline qui est vis-à-vis... La voûte de cette mine est de plâtre... Ensuite il y a deux pouces de sel blanc , ser be rm quelques filons de terre saline ;

a trois doi

pierre, È une bande dent rem

de terre ; ensuite nne autre bande bleue suivie de deux Pouces de sel ; après quoi il y #

des bandes allernatives de terre et de sel cristallin

jusqu’au lit de la mine qui

au vallon el montant pi De re CT

= bandes de terre sont d'un bleu obseur, et les Hits e sel sont de couleur blanche : cette mine est très-

élevée eu égard À la mer: per on monte toujours pour y Lots que depuis Bayonne

d'Espagne , par M. Si moutagne de sel, di: one est siluée au pied d'une

t culairement du côté me Presque coupée perpendi-

sel solide de quatre ou cinq po à pieds de haut , sans raies ni ic , ni couches, = ns sers de plâtre aux environs; elle à une eue de circuit... On ignore la prof. d qui pour l'ordinaire est blanc ; L en + pe:

rouge... d'autre d'un bleu clair; mais ces couleurs disparaissent lorsque le sel est 6

état il est blanc... sde

La superficie de la montagne est grande les pluies ne font Pas diminuer le sel ! la coule au pied est néanmoins salée , et quand il pleut, la salaison augmente et fait mourir le poisson; mais ce mauvais effet ne s'étend pas à plus de trois lieués ; après quoi le poisson se porte aussi bien qu'ailleurs. (Histoire naturelle d'Espagne, par M. Bowles, pes: 410 et suiv.) Les anciens ont parlé de ces montagnes de sel de l'Espagne : « Est, dit Aulu-Gelle, in his regionibus ( Hispaniæ }, mons ex sale mero magnus ; quantüm demas, tantüm adereseit. » ( Aulu - Gelle, liv. 2, chap. 22, ex Catone, )

cependant rivière qui

ollines qui sont vis-à-vis ;

de coquilles et autres productions marines.

L’argile ou glaise contient l'acide , et les corps marins contiennent l’alkali ; on pourrait donc imaginer qu'ils ont fourni l'alkali nécessaire pour former avec l'acide ce sel fossile; mais lorsqu'on jette les yeux sur l'épaisseur énorme de ces bancs de sel, on voit que quand même la glaise et les corps marins qu’elle renferme se seraient entièrement dépouillés de leur acide et de leur alkali, ils n'auraient pu produire que les dernières couches superficielles de ces bancs , dont l'épaisseur étonne encore plus que leur étendue ; il me semble donc que pour concevoir la formation de ces masses immenses de sel pur, il faut avoir recours à une cause plus puissante et plus ancienne que celle de la stillation des eaux et de la dissolution des sels contenus dans les terres qui surmontent ces salines ; elles ont commencé par être des marais salants, où l’eau de la mer en stagnation a produit successivement les couches de sel qui composent ces bancs, et qui se sont déposées les unes sur les autres à mesure qu'elles se formaient par l'évaporation des eaux qui arrivaient pour remplacer les premières, et qui laissaient de même déposer leur sel après l'évaporation ; en sorte que dans le temps où la chaleur du globe était beaucoup plus grande qu’elle ne l'est aujourd'hui , le sel a dû $e former bien plus promptement et plus abondamment qu’il ne se forme dans nos marais salants ; aussi ce sel gemme est-il communément plus solide et plus pur que celui que nous obtenons en fai.

sant évaporer les eaux salées; il a retenu moins d'eau dans sa cristallisation ; il attire moins l'humidité de l'air et ne se dissout qu'avec beaucoup de temps dans l'eau > à moins qu'on n’aide la dissolution par le secours de la chaleur.

On vient de voir par les notes précédentes, que ces grands amas de sel gemme se trouvent tous ;, ou sous des couches de glaises et de marne, où sous des bancs de plàtre , c'est-à-dire , sous des matières déposées et transportées par les eaux , et que par conséquent la formation de ces amas de sel est à peu près contemporaine aux dernières alluvions des eaux , dont les dépôts sont en effet les glaises mêlées de craie et les plâtres , matières dont la substance est analogue à celle du sel marin, puisqu'elles contiennênt en même temps l'acide et l'alkali qui font l'essence de sa Composition ; cependant je le répète , ce ne sont pas les parties salines con-

tenues dans ces bancs argileux , marneux et plâtreux, qui seules ont pu produire ces énormes dépôts de sel gemme , quand même ces bancs de terre auraient été de huit cents pieds plus épais, comme le dit M. Bowles ; et ce ne peut être que par des alternatives d’alluvion et de dessèchement , et par une évaporation prompte, que ces grandes masses de sel ont pu s’accumuler.

Pour faire mieux entendre cette formation successive, supposons que le sol sur lequel porte la dernière couche saline fût alternativement baigné par les marées , et que pen:dant les six heures de l’alluvion du flux , la Chaleur fût alors assez grande, comme elle l'était en effet, pour causer , dans cet intervalle de six heures , la prompte évaporation de quelques pouces d'épaisseur d’eau, il se sera dès-lors formé sur ce sol une première couche de sel de quelques lignes d'épaisseur , et douze heures après , cette première couche aura été surmontée d'une autre produite par la même cause; en sorte que dans les lieux où la marée s'élevait à une grande hauteur , les amas de sel ont pu prendre presque autant d'épaisseur ; cette cause a certainement produit un tel effet dans plusieurs lieux de la terre, et particulièrement dans ceux où les amas de sel ne sont pas d’une très - grande épaisseur , et quelques-uns de ces amas semblent offrir encore la trace des ondes qui les ont accumulés (1); mais dans les lieux où ces amas sont épais de cinquante

Re PEN NN ER

(1) aux environs de la ville de Northwich , dans le comté de Chester en Angleterre, et dans un terrain plat, on exploite quantité de mines de sel. Le sel en 706 où en masse, s’y trouve à vingt toises de profondeur perpendiculaire , recouvert d’une espèce de schiste noir, et au-dessus d'un sable que l'on voit sur loute la surface. >:

Dans la crainte de rencontrer des sources d'eau qui génersient , ou peut-être détruiraient l'exploitation, on n'a pas approfondi dans la masse de sel audessous de dix toises; de sorte qu’on en ignore absolument l'épaisseur ; on n'a pas méme osé la sonder,

Le sel en roc paraît avoir été déposé par couches ou lits de plusieurs couleurs ; il est généralement d'un rouge foncé, ressemblant à peu près à la couleur du sable qui compose la surface du terrain ; d'antres de différentes nuances , et enfin de celui qui est parfaitement blanc et pur, sans aucun mélange, Mais ce qu'il y a encore de très-particulier, c'est que ces couches de sel sot dans une position qui ferait croire que le dépôt s'en est fait par ondes , comme on voil ceux que la mer fait sur ses côtes, (Voyages métallurgiques , par M. Jars, 10m, 3 « pag. 332.)

et peut-être de cent pieds, comme à Wieliczka en Pologne, et à Cardone en Catalogne , on peut encore supposer très-légitimément une seconde circonstance qui à PA concourir comme cause avec la première:

Cette circonstance s’est trouvée dans les lieux où la mer formait des anses ou des bassins ; dans lesquels son eau stagnante devait s'évaporer presque aussi vite qu'elle se renouvelait , où bien s'évaporait en entier lorsqu'elle ne pouvait être renouvelée (1). On peut se former une idée de ces anciens bassins de la mer et de leur produit eu sel , par les lacs salés que nous connaissons € plusieurs eudroits de la sûrface de la terre; une chaleur double de celle de la température actuelle, causerait en peu de temps l'entière évaporation de Veau, et laisserait au fond toute la masse de sel qu’elle tient en dissolution , et l'épaisseur de ce dépôt salin serait proportionnelle à la quantité d'eau contenue dans le bassin et enlevée par l'évaporation ; en sorte, par exemple, qu’en supposant huit cents brasses ou quatre mille pieds de profondeur au bassin, on aurait au moins cent pieds d'épaisseur de sel après l'évaporation de cette eau qui, comme l'on sait, contient communément un quarantième de sel relativement à son poids ; je dis cent pieds au moins , car ici le volume augmente plus que proportionnellement à la masse; je ne sais si cette augmentation relative a été déterminée par des expériences ; mais je suis persuadé qu'elle ést considérable, tant par la quantité d'eau que le sel retient dans sa cristallisation, que par les watières grasses et terreuses dont l'eau de la mer est toujours chargée , et que l'évaporation ne peut enlever.

Quoi qu'il en soit , les vues que je viens de présenter sont suflisantes pour CONCevoir la formation de ces prodigieux dépôts de sel sur lesquels nous croÿ 075$ devoir donner enues détails importants. Voici l'or-

core quelq k dre des différents bancs de terre et de pierre

qu'on trouve avant de parvenir au sel dans

(1) L'été du Groëaland , moins long qu'ailleurs, y

ant assez chaud pour qu'on soit obligé de se

est pourt suriout dans les baies et

dégarnir quand on marche , les vallons où les rayons du soleil se concentrent, les vents de mer y pénètrent. L'eau qui

sans que rochers après

resle dans les bassins et les creux des le flux, s'y coagule an soleil , et s'y eristailise en un trèsbeau sel de la plus grande blancheur, ( Histoire générale des Voyages, tom. 19 ; P#8? 209.

les:inines de Wieliczka : « Le premier lit, » celui qui s'étend jusqu’à l'extérieur de la » mine , est de sable , c'est-à-dire ? un amas » de grains fins arrondis , blancs , jaunâtres » et même rougeâtres. Ce banc de sable est » suivi de plusieurs lits de terre argileusé » plus ou moins colorée ; mais le plus ordi- » mairement ces terres ont la couleur de » rouille-de-fer. Ces lits de terre , à une cer- » taine profondeur , sont séparés par des la- » mes de piérre que leur peu d'épaisseur ; » jointe à leur couleur noirâtre , ferait re- » garder comme des ardoises; ce sont * ren feuilletées…. On descend d’abord ; ans le premier étage par une ‘espèce de puits de huit pieds en quarré , ayant deux » CE pieds de France de profondeur ds, » RE de six cents ,; comme on a voulu le - A y trouve une chapelle taillée » viron Ka du sel, et qui peut avoir el de s pieds de longueur sur vingt q rgeur , et dix-huit de hauteur; » tous les ornements et les images de cette » chspelle sont aussi faits avec du paye [ » si a que neuf cents pieds de profondeur : ren sommet de la mine jusque re 2 € plus profond... Et il est élonr » qu'il < irait da Dee perde » ville souterr Le, PURES » galeries ne; puisqu'il n'y a dans we ww rar quelques petites chambres ces à enfermer les outils des

» ouvriers lorsqu'ils sé x » mine... qu'ils s'en vont le soir de

Pl € » Flus on pénètre profondément dans ces

» salin à ao à ER l'on trouve le sel abondant et » de “aise D vid sr ur “+8 RoOnt ordinairemen : den er d'épaisseur et pr .cnoue; toutes ces couche t d'une : som plus où moins SET SVRG Per » L] . mé

» “1e ke Fit trouvé jusqu’à présent er, re > Aucune production volea : sa u x es que soufre , bitume , charbon

pere » €lC. ; comme il s'en trorfé dans » les salines de Halle , de la hante Saxe et tt » comté de Tyrol. On y trouve beaucoup » coquilles, principalement des bivalves tt

» des madrépores.…..

» Je n'assurerai pas que ces mines aient »

» comme on le dit, trois lieues d’étendue € » tous señs..… Mais il y a lieu de eroire » qu'elles communiquent à celles de Bochnia » (ville à cinq milles au levant de Wie » liczka ), où l'on exploite le même sel ; le » Iravail de Wieliczka à toujours été dirigé

» du côté de Bochnia, et celui de Bochnia » du côté de Wieliczka jusqu” 2, qu'on » se trouva arrêté de part et e par un » lit de terre marneuse, ne contenant pas un » atome desel.. Mais l'administration ayant » dirigé l'exploitation du côté du midi, on

» trouva du sel béaucoup plus pur...

» On détache ce sel de la masse en blocs

» qui ont ordinairement sept à huit pieds » de longueur sur quatre de largeur et deux » d'épaisseur ; on emploie pour cela des » coins de fer, et on opère à peu près de la » manière qu’on le fait dans nos carrières » pour en tirer la pierre de taille. Lorsque » ces gros blocs sont ainsi détachés , on » les divise en trois ou quatre parties dont » on fait des cylindres pour faciliter le trans- »” port... 8 » Les morceaux de sel que l’on trouv » quelquefois dans cette mine de Wieliczka, » se rencontrent par cubes isolés dans les » couches de glaises, sans affecter de marche » régulière ; et quelquefois formant des » bandes de deux à trois pouces d'épaisseur » dans la masse du sel; mais celui qui se » trouve en grain dans la glaisse , est tou- » jours le plus beau , et on conduit presque » tout ce sel blanc dans l'endroit que l'on pelle la chancellerie, qui est un bureau travaillent quatre commis pendant Ja » journée : tout ce qui orne cette chancel- » lerie , comme tables, armoires, etc. , est » en sel... Avec les morceaux de sel blanc » les plus transparents, on travaille de jo- » lis ouvrages qui ont différentes formes » comme des crucifix , des tables , des chai- » ses, des tasses à café , des canons montés » sur leurs affûts, des montres, des sa- » lières, etc. (1). »

Nous ne pouvons douter qu’il n'y ait en France des mines de sel gemme, puisque nous y connaissons un grand nombre de fontaines salées, et dans nos provinces même les plus éloignées de la mer 3 mais la recherche de ces mines est prohibée, et même l'usage de l'eau qui en découle nous est interdit par une loi fiscale, qui s'oppose au droit si légitime d’userde ce que Ja nature nous offre avec profusion; loi de proseription contre l'aisance de l’homme et la santé des animaux qui, qui comme nous, doivent participer aux bienfaits de la mère com- En de US D ECS RE SP RE EE EEE ER TT LUE + vend

{1) Observations sur les mines de sel gemme de Wieliczka, par M. Bernard, ( Journal de Physique,

\ mois de décembre 1780 , pages 159 et suiv.) THÉORIE DE LA TERRE. Z'ome III.

mune; et qui, faute de multiplient qu’à demi ; loi de malheur , ou

sel, ne vivent et ne se

plutôt sentence de mort contre les générations à venir qui west fondée que sur le mécompte et sur Pi e, puisque le libre usage de cette denrée,, si nécéssaire à l'homme et à tous les êtres vivants , ferait plus de bien et deviendrait plus utile à l'État que le produit de Ja prohibition ÿ. Car il soutiendrait et augmenterait la vi Let santé , la propagation , la multiplication des

hommes et de tous les animaux utiles, La

gabelle fait plus de mal à l'agrifculture que la grêle et la gelée ; les bœufs , les chevaux, les moutons , tous nos premiers aides dans cet art de première nécessité et de réelle utilité, ont eficore plus besoin que nous de ce sel qui leur était offert comme l'assaisonnement de leur insipide herbage , et comme un préservatif contre l'humidité putride dont nous les voyons périr > tristes réflexions , que j'abrége en disant que l'anéantissement d'un bienfait de la nature est un crime dont l’homme ne se fût jamais rendu coupable s’il eût entendu ses véritables intérêts. pe = D

Les mines de sel se présentent dans tous les pays où l'on a la liberté d'en faire usage (2); il yen a tout autant en Asie qu'en Europe, et le despotisme oriental qui nous parait si pesant pour l'humanité , s'est cependant abstenu de peser sur la nature :

le sel est commun en Perse et ne paie aucun droit (3); les salines ysont en grand nombre, eme eme

(2) Nous séjournâmes un jour À Bex (dans le voisinage de Lausaïme en Suisse) , et nous l'employâmes à visiter des salines qui sont dans la montagne ; on y cherche en poussant des galeries dans le sein du rocher, la masse de sel, où une source d'eau prend en Y passant celui qu'elle charrie et qu'on en tire à grands frais : le rocher montre en quelques endroits des veines de ce sel qui font espérer qu'on trouvera cette masse, (Lettres de M.de Luc, ciloyen de Genève , pages 9 et 10.)

(3) Le sel se fait par la nature toute seule, et sans aucun art; le soufre et l'alun se font de même : il y a deux de sel dans le pays , celui des terres et celui des mines ou de roche. Il n’y a rien de plus commun en Perse que le sel ; car d’un côté il n'y a nul droit dessus , et de l'autre vous trouvez des plaines entières , longues de dix lieues et plus, toutes couvertes de sel, et vous en trouvez d'autres qui sont couvertes de soufre et d'alun ; on en passe quantité de cette sorte en voyageant dans la Parthide, dans Ja Perside , dans la Caramanie. [1 y a une plaine de sel proche de Cachan, qu’il faut passer pour aller en Wir. canie, où vous trouvez le selaussi nel et aussi pur qu'il se puisse, Dans la Médie et à Ispañan le sel se tire des

tant à la surface que dans l’intérieur de la terre. On voit aux environs d'Astracan ; une montagne de sel gemme (1), où les habitants du pays, et même les étrangers ; ont‘la hberté d’en prendre autant qu'il leur plaît (2);

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