DU CUIVRE
Dr la même manière et dans le même temps que les roches primordiales de fer se sont réduites en rouille , par l'impression des éléments humides , les masses du cuivre primitif se sont décomposées en vert-de-gris qui est la rouille de ce métal, et qui, comme celle du fer, a été transportée par les gt et disséminée sur la terre ou accumulée en quelques endroits, où elle a formé des mines qui se sont de même déposées par alluvion , et ont ensuite produit les minérais cuivreux de seconde et de troisième formation ; mais le cuivre natif ou de première origine a été formé comme l'or x. ke dans les fentes perpendiculaires des montagnes quartzeuses, etilse trouve, soit en morceaux de métal massif, soit en veines ou filons mélangés d'autres métaux. Il a été liquéfié ou sublimé par le feu, et il ne faut pas confondre ce cuivre natif de première formation avec le cuivre en stalactites, en grappes ou filets, que nos chimistes ont également appelés cuivres natifs (1), parce qu'ils se trouvent purs dans le sien de la terre; ces derniers cuivres sont au contraire de troisième et peut-être de qualrième formation ; la plupart proviennent d’une cémentation naturelle qui s’est faite par l'intermède du fer auquel le cuivre décomposé s'est attaché après avoir été dissous par les sels de la terre. Ce cuivre rétabli dans son état de métal par la cémentation , aussi bien que le cuivre primitif qui subsiste encore en masses métalliques , s’est offert le premier à la recherche des hommes : et, comme ce métal est moins difficile à fondre que le fer, il a été employé long-temps auparavant pour fabriquer les armes et les instruments d'agriculture. Nos premiers pères ont donc usé, consommé les premiers cuivres de l’ancienne nature; c’est, ce me semble, par cette rai-
et deux gros de mercure, dans l'eau-forte précipitée, onélend cette dissolution par cinq onces d'eau distillée, on verse le mélange daus une petite cucurbite de verre , dans laquelle on a mis auparavant six gros d'amalgame d'argent, en consistance de beurre, et on place le vaisseaux dans un endroit tranquille , à l'abri de toute commotion ; au bout de quelques heures , il s'élève, de la masse d'amalgame , un buisson métallique avec de belles ramifications. (Éléments de Chimie, par M. de Morveau, tom 3, pag-434 et 435.)
(1) Lettres de M, Demeste au docteur Bernard , tom. 2, pag. 455.
son ; que nous ne trouvons presque plus de ce cuivre primitif dans notre Europe non plus qu'en Asie; il a été consommé par l'usage qu'en ont fait les habitants de ces deux parties du monde très-anciennement peuplées et policées , au lieu qu’en Afrique, et surtout dans le continent de l'Amérique , où les hommes sont plus nouveaux et n'ont jamais été bien civilisés, on trouve encore au- Jourd'hui des blocs énormes de cuivre en masse qui n'a besoin que d'une première fusion pour donner un métal pur, tandis que tout le cuivre minéralisé et qui se présente sous Ja forme de pyrites, demande de grands travaux, plusieurs feux de grillage, et même plusieurs fontes avant qu'on puisse le réduire en bon métal: cependant ce cuivre minéralisé est presque le seul que l’on trouve aujourd'hui en Europe; le cuivre primitif a été épuisé, et, s'il en reste encore, ce n’est que dans l'intérieur des montagnes où nous n'avons pu fouiller,
tandis qu'en Amérique il se présente à nu, non-seulement sur les montagnes, mais Jus-
que dans les plaines et les lacs > comme on le verra dans l'énumération que nous ferons des mines de ce métal, et de leur état actuel dans les différentes parties du monde.
Le cuivre primitif était donc du métal Presque pur, incrusté comme l'or et l'argent dans les fentes du quartz, ou mêlé comme le fer primitif dans les masses vitreuses ; et ce métal a été déposé par fusion ou par sublimation dans les fentes perpendiculaires du globe dès le temps de sa consolidation ; l'action de ce premier feu en a fondu.et sublimé la matière , et l'a incorporée dans les rochers vitreux; tous les autres états dans lesquels se présente le cuivre, sont postérieurs à ce premier état, et les minérais mêlés de pyrites, n'ont été produits, comme les pyrites elles-mêmes , que par l'intermède des éléments humides : le cuivre primitif attaqué par l'eau, par les acides, les sels, ct même par les huiles des végétanx décomposés, a changé de forme; il à été altéré, minéralisé, détérioré , et il a subi un si graud nombre de transformations, qu'à peine pourrons-nous le suivre dans toutes ses dégradations et décompositions.
La première et la plus simple de toutes les décompositions du cuivre, est sa con-
version en vert-de-gris ou verdet; l'humidité de l'air ou le plus léger acide suffisent pour produire cette rouille verte; ainsi dès les premiers temps , après la chute des eaux, toutes les surfaces des blocs du cuivre primitif ou des roches vitreuses dans lesquelles il était incorporé et fondu , auront plus ou moins subi cette altération ; la rouille verte aura coulé avec les eaux , et se sera disséminée sur la terre , ou déposée dans les fentes et cavités où nous trouvons le cuivre sous cette forme de verdet. L'eau , en s'infiltrant dans les mines de cuivre, en détache des arties métalliques ; elle les divise en particules si ténues que souvent elles sont invisibles , et qu’on ne les peut reconnaitre qu'au mauvais goût et aux effets encore plus mauvais de ces eaux cuivreuses ; qui toutes découlent des endroits où gisent les mines de ce métal, et communément elles sont d'autant plus chargées de parties métalliques, qu’elles en sont plus voisines : ce cuivre dissous par les sels de la serre et des eaux , pénètre les matières qu'il rencontre ; il se réunit au fer par cémentation , il se combine avec tous les sels acides et alkalins ; et, se mêlant aussi ayec les autres substances métalliques , il se présente sous “mille formes différentes, dont nous ne pourrons indiquer que les variétés les plus constantes.
Dans ses mines primordiales, le cuivre est donc sous sa forme propre de métal natif, comne l'or et l'argent vierge; néanmoins il n’est jamais aussi pur dans son état de nature qu'il le devient après avoir été rafliné
ar notre art; dans cet état primitif il contient ordinairement une petite quantité de ces deux premiers métaux; ils paraissent tous trois avoir été fondus ensemble ou sublimés presque en même temps dans les fentes de la roche du globe; mais de plus, le cuivre a été incorporé et mêlé, comme le fer primitif, avec la matière vitreuse : or l'on sait que le cuivre exige plus de feu que l'or et l'argent pour entrer en fusion , et que le fer en exige encore plus que le cuivre; ainsi ce métal tient entre les trois autres le milieu dans l'ordre de la fusion primitive , puisqu'il se présente d’abord comme l'or et l'argent, sous la forme de métal fondu, et encore comme le fer, sous la forme d'une pierre métallique. Ces pierres cuivreuses sont communément teintes ou tachées de vert ou de bleu, la seule humidité de l'air ou de la térre donne aux particules cuivreuses cette
couleur verdâtre, et la plus petite quantité d'alkali volatil la eg en era ee ces masses Cuivreuses qui sont teintes outachées de vert ou de bleu, ont déjà été attaquées par les éléments ou par les vapeurs alkalines.
Les mines de cuivre tenant argent , sont bien plus communes que celles qui contiennent de l'or ; et comme le cuivreestplus léger que l’argent , on a observé que damsles mines mêlées de ces deux métaux, la quantité d'argent augmente à mesure que Fon descend ; en sorte que le fond du filon donne plus d'argent que de cuivre , et quelquefois même ne donne que de l'argent (1), tandis que dans sa partie supérieure il n'avait offert que du cuivre.
En général, les mines primordiales de cuivre sont assez souvent voisines de celles d’or et d'argent, et toutes sont situées dans les montagnes vitreuses produites par le feu primitif; mais les mines cuivreuses de seconde formation et qui proviennent du détriment des premières , gisent dans les montagnes schisteuses , formées comme les autres montagnes à couches, par le mouvement et le dépôt des eaux. Ces mines secondaires ne sont pas aussi riches que les premières :
elles sont toujours mélangées de pyrites et d’une grande quantité d'autres matières hétérogènes (2).
Les mines de troisième formation gisent,
(1) Le cuivre se forme près de l'or et de l'argent , dans des pierres minérales de différentes couleurs , quoique toujours marquées de bleu et de vert. En suivant les veines de cuivre pur , on rencontre quelquefois de riches échantillons d'or très-fin ; mais il est plus ordinaire de trouver de l'argent : quand on aperçoit quelque échantillon d'argent sur la superficie des veines de cuivre , le fond a coutume d'être riche en argent... La superficie de la mine d'Ostologué au pays de Lipès, était de cuivre pur ; mais à mesure qu'on creusait elle se transformait en argent , jusqu'à devenir argent pur. (Métallurgie d'Alphonse Barba, tom. 1, pag. 107.)
(2) Dans les montagnes à couches , le cuivre est ordinairement dans un composé d'ardoise gris , noir ou bleuâtre , dans lequel il y a souvent des pyrites cuivreuses , du vert-de-gris, ou du bleu de cuivre parsemé très-finement..…. Les ardoises cuivreuses , qu'on trouve communément dans les montagnes à couches sont puissantes depuis quelques pouces jusqu’à ua pied et demi, et rarement plus ; elles sont aussi très-pauvres en métal , ne donnent que deux ou trois livres de cuivre par quintal ; mais ce cuivre est très-bon. (Instruction sur les mines , par M. Delius, tom. 1 , pag. 87 et 88.)
comme les secondes, dans les montagnes à couches , et se trouvent non-seulement dans les schistes, ardoises et argiles, mais aussi dans les matières calcaires; elles proviennent du détriment des mines de première et de seconde formation , réduites en poudre , ou dissoutes et incorporées avec de nouvelles matières. Les minéralogistes leur ont donné autant de noms qu'elles leur ont présenté de différences. La chrysocolle ou vert de montagne, qui n'est que du vert-de-gris très-
atténué ; la chrysocolle bleue , qui ne diffère
de la verte que par la couleur, que les alkalis volatils ont fait changer en blen ; on l’appelle aussi azur, lorsqu il est bien intense, et il perd cette belle couleur quand il est exposé à l'air, et reprend peu à peu sa couleur verte , à mesure que l'alkali volatil s'en dégage; il reparait alors, comme dans son premier état, sous la forme de chrysocolle verte, ou sous celle de malachite : il forme aussi des cristaux verts et bleus suivant les circonstances , et l'on prétend même qu'il en produit quelquefois d'aussi rouges et d'aussi transparents que ceux de la mine d'argent rouge : nos chimistes récents en donnent pour exemple les cristaux rouges qu'on a trouvés dans les cavités d'un morceau de métal enfoui depuis plusieurs siècles dans le sein de la terre ; ce morceau est une partie de la jambe d'un cheval de bronze , trouvée à Lyon en 1771; mon savant ami, M. de Morveau, m'a écrit qu'en examinant au microscope les cavités de ce morceau , il y a vu non-seulement des cristaux d’un rouge de rubis , mais aussi d’autres cristaux d'un beau vert d'émeraude et transparents dont on n'a pas parlé, et il me demande qu'est-ce qui a pu produire ces cristaux (1). M. Demeste dit à ce sujet , que l'azur et le vert du cuivre , ainsi que la malachite et les cristaux rouges qui se trouvent dans ce bloc de métal, anciennement enfoui , sont autant de produits des différentes modifications que le cuivre ; en état métallique, a subies dans le sein de la terre (2) ; mais cet
(1) Lettres de M. de Morveau à M. de Buffon, Dijon , le 28 août 1781.
(2) Rien n'est plus propre, dit-il, à démontrer le passage du cuivre natif aux mines secondaires , que la jambe d'un cheval antique de bronze , trouvée dans une fouille faite à Lyon en 1771 : cette jambe, qui avait été dorée, offrait non-seulement de la malachite et de l'azur de cuivre; mais 6n y remarquait aussi plusieurs cavités dont l'intérieur était tapissé de petits cristaux très-éclatants , de mine rouge de cuivre , transparente comme la plus belle mine d'ar-
habile chimiste me parait se tromper, en attribuant au cuivre seul l’origine de ces « pe- » tits cristaux qui sont, dit-il, très-éclatants, » et d’une mine ronge de cuivre transpa- » rente, comme la plus belle mine d'argent » rouge : » car ce morceau de métal n'était pas de cuivre pur, mais de bronze , comme il le dit lui-même , c'est-à-dire de cuivre mêlé d'étain, et dès-lors ces cristaux rouges peuvent être regardés comme des cristaux produits par l’arsénic, qui reste toujours en plus ou moins grande quantité dans ce métal. Le cuivre seul n’a jamais produit que du vert, qui devient bleu quand il éprouve l’action de l’alkali volatil. | M. Demeste dit encore « que l'azur de cuivre ou les fleurs de cuivre bleues , ressemblent aux cristaux d'azur artificiels ; que leur passage à la couleur verte, lorsqu'elles se décomposent , est le même, et qu’elles » ne diffèrentqu'en ce que ces derniers sont » solubles dans l'eau. » Mais je dois observer que néanmoins cette différence est telle qu'on ne peut plus admettre lamème composition, et qu’il ne reste ici qu'une ressemblance de couleur. Or, le vitriol bleu présente la même analogie , et cependant on ne doit pas le confondre avec le bleu d'azur, M.Demeste ajoute, avec toute raison, « que l’alkali volatil est » plus commun qu’on ne croit à la surface et » dans l'intérieur de la terre qu'on trouve ces cristaux d'azur dans les cavités des mines de cuivre décomposées , et que quelquefois ces petits cristaux sont trèséclatants et de l’azur le plus vif ; que cet azur de cuivre prend le nom de bleu de montagne ; lorsqu'ilest mélangé à des matières terreuses qui en affaiblissent la couleur , et qu’enfin le bleu de montagne , comme l'azur, sont également susceptibles de se décomposer en passant lentement à l'état de malachite.……. quela malachite, le vert de cuivre ou fleurs de cuivre vertes, résultent souvent del’altération spontanée de l'azur de cuivre , mais que ce vert est aussi produit par la décomposition du cuivre natif et des mines de cuivre , à la surface desquelles on le rencontre en malachites ou masses plus ou moins considé-
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