‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 83 sur 162 · EE · texte numérisé non relu

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(1) Voyez la Table des pesanteurs spécifiques, par M. Brisson.

(2) Selon M. Chardenon, un quintal de plom} donne jusqu’à cent dix livres de chaux ; et de tous les métaux le plomb et l'étain sont ceux qui acquièrent le plus de pesanteur dans Ja calcination. (Mémoires de l'Académie de Dijon, tom. 1, pag. 303 et suiv.)

ment du métal en chaux, et son augment:tion de volume où pesanteur absolue, nc viennent que de Pair qui y est entré, puis qu’on en retire cet air en même quantité , et que rien n'est plus simple-et plus aisé à concevoir que la réduction de cette chaux en métal , puisqu'on peut également démontrer que l'air, ayant plus d’aflinité avec les matières inflammables qu'avec le métal , il Fabandonne dès qu’on lui présente quelqu'une de ces matières, et laisse par conséquent le métal dans l’état où il l'avait trouvé. La réduction de la chaux des métaux n’est donc au vrai qu'une sorte de précipitation aussi aisée à entendre, aussi facile à démontrer que toute autre,

Nous observerons en particulier que le plomb et l'étain sont les deux métaux avec lesquels l'air se fixe et se combine le plus promptement dans leur état de fusion , Mäis que l’étain le retient bien plus puissamment ; la chaux de plomb se réduit beañcoup plus aisément en métal que celle de l'étain par l'addition des matières inflammables; ainsi l'aflinité de l'air s'exerce d'urie manière plus intime avec l'étainqu’avec le plomb.

Si nous comparons encore ces deu métaux par d'autres propriétés, nous trouverons que le plomb approche de l’étain , nonseulement par la facilité qu'il a de se calciner , mais encore par la fusibilité , la mollesse , la couleur , et qu’il n'en diffère qu'en ce que, comme nous venons de le dire, la chaux du plomb est plus aisément réductible , et quoique ces deux chaux soient d’abord de la même couleur grise; la chaux d'étain , par une plus forte calcination , devient blanche et reste blanche , tandis que celle de plomb devient jaune ; puis rouge par une calcination continuée; de plus, celle de l’étain ne se vitrifie que très-diflicilement, au lieu que celle du plomb se change en un vrai verre transparent et pesant, et qui devient au feu si fluide et si actif, qu'il perce les creusets les plus compactes ; ce verre de plomb, dans lequel l'air fixe de sa chaux s’est incorporé, peut encore se réduire facilement en métal coulant, il suflit de le broyer et de le refondre en y ajoutant une matière inflammable , avec laquelle Pair ayant plus d'aflinité qu'avec le plomb, se dégagera en saisissant cette matière inflammable qui l'emporte , et il laissera par conséquent le plomb dans son premier état de métal coulant.

Le plomb peut s'allier avec tous les m£-

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taux, à l'exception du fer ; avec lequel il ne paraît pas qu'il puisse contracter d’union 1ntime (1); cependant on peut les réunir de très-près en faisant auparavant fondre le fer. M. de Morveau a dans son cabinet un culot formé d’acier fondu et de plomb , dans lequel , à la vérité, ces deux métaux ne sont pas alliés, mais simplement adhérents, de si près , que la ligne de séparation n'es presque pas sensible.

La chaux de cuivre et celle du plomb mélangées s’incorporent et se vitrifient toules deux ensemble ; le plomb entraîne le cuivre dans sa vitrification , et il rejette le fer sur les bords de la coupelle ; c'est par celte propriété particulière qu'il purge l'or et l'argent de toute matière métallique étrangère ; personne n’a mieux décrit tout ce qui se passe dans les coupellations que notre savant académicien, M. Sage , dans ses Mémoires sur les Essais.

On a observé que le plomb et l’étain mèlés ensemble se calcinent plus promptement et plus profondément que l'un ou l'autre ne se calcine seul; c'est de cette chaux, mipartie d'étain et de plomb , que se fait l'émail blanc des faïences communes; et e’est avec le verre de Fr a seul qu’on vernit les poteries de terre encore plus communes.

Le plomb semble approcher de l'argent par quelques propriétés; non-seulement il lui est presque toujours uni dans ses mines, mais lors même qu'il est pur et dans son état de métal , il présente les mêmes phénomènes dans ses dissolutions par les acides : il forme, comme l'argent , avec l'acide nitreux, un sel plus caustique que les sels des autres métaux.

Le plomb a aussi de l’afinité avec le mercure; ils s'amalgament facilement, et ils forment. ensemble des cristaux; cet amalgame de plomb a la propriété singulière de décrépiter très-vivement sur le feu.

(1) Ce métal s'unit assez facilement avec tous les métaux , exceplé le fer, avec lequel il refuse opiniâtrément tout alliage ; son affinité avec l'argent et son antipaihie avec le fer est si grande, que si l'on fait fondre dans du plomb de l'argent allié avec ua peu de fer, le plomb s'empare anssitôt de l'argent , mais rejette le fer qui vient nager à sa surface, (Dictionnaîre de Chimie , par M. Macquer , article Plomb.) — Nota. observerai qu'il est douteux que le fer s'allie réellement avec l'argent , il ne s’unit avec ce métal que comme l'acier s'unit avec le plomb par une forte adhésion , mais sans mélange intime.

L'ordre des aflinités du plomb avec les autres métaux, suivant M. Geller, est l'argent, l'or , l’étain , le cuivre; cette grande affinité de l'argent et du plomb , que l’art nous démontre , est bien indiquée par la nature ; car l'on trouve l'argent uni au plomb dans toutes les mines de première comme de dernière formation; ce sont les poudres des mines primitives de l'argent, qui se sont unies ‘et mêlées avec la chaux de plomb , et ont formé les galènes ou premiers minérais de ce métal ; mais les affinités du plomb avec l'or , l'étain et le cuivre, que l’art nous a fait reconnaître, ne se manifestent que par de légers indices dans le sein de la terre ; ce n'est point avec ces métaux que le plomb s'y combine ; mais c’est avec les sels ,ei surtout avec les acides qu’il prend des formes différentes : la galène ; qu’on doit regarder comme le plomb de première formation , n'est qu'une espèce de pyriie composée de chaux de plomb ; et de l'acide uni à la substance du feu fixe. L'air et les sels de la terre ont ensuite décomposé ces galènes comme ils décomposent toutes lesautres pyrites ,et c'est de leurs détriments que se sont formées toutes les mines de seconde et de troisième formation ; cette marche de la nature est uniforme ; le feu primitif a fondu , sublimé ou calciné les métaux » après quoi les éléments humides , les sels et surtout les acides, les ont attaqués , corro0dés, dissous + et s’incorporant ayec eux par une union intime , leur ont donné les nouvelles formes sous lesquelles ils se présentent.

Tous les acides minéraux ou végétaux peuvent entamer ou dissoudre le plomb ; les huiles et les graisses agissent aussi sur ce métal en raison des acides qu'elles contiennent; elles l'attaquent surtout dans son état de chaux, et dissolvent la céruse , le minium et la litharge à l’aide d’une médiocre chaleur.

L'acide vitriolique doit être concentré et aidé de Ja chaleur pour dissoudre le plomb réduit en poudre métallique ou en chaux ; et cette dissolution produit un sel qu'on appelle wiriol de plomb. On a remarqué que le minium résiste plus que les autres chaux de plomb à cet acide, qu’il ne se dissout qu'eu partie, et qu'il perd seulement sa belle couleur rouge , et devient d’un brun presque noir (2). Les sels neutres qui contiennent de l'acide vitriolique agissent aussi sur les chaux de plomb ; ils les précipitent de leur dissolu- RSR SARUS PEUR En RE RER

2) Éléments de Chimie, par M. de Morveau , tom, 2, pag: 94.

tion dans l'acide nitreux, et forment avec elles un vitriol de plomb.

L'acide nitreux, loin d'ètre concentré comme Je vitriolique , doit au contraire être affaibli pour bien dissoudre le plomb ; et la dissolution , après l'évaporation , donne des cristaux qui comme tous les autres sels produits par ce même métal ; ont plutôt une sayeur sucrée que saline : au reste, cet acide dissout également le plomb dans son état de métal et dans son état de chaux , c'est-àdire, les céruses, le massicot, le minium et même les mines de plomb blanches , vertes et rouges, etc.

L'acide marin ne dissout le plomb qu'à l’aide d'une forte chaleur ; cette dissolution donne un sel doni les cristaux sont brillants et en petites aiguilles ; cet acide, ainsi que les sels qui en coniiennent, précipitent le plomb de sa dissolution dans l'acide nitreux, et forme un sel métallique auquel les chimistes ont donné le nom de plomb corné, comme ils ont aussi nommé argent corné où lune cornée les cristaux de la dissolution de l'argent par le même acide marin.

Le soufre s’unit aisément avec le plomb par la fusion , et lorsqu'on laisse ce mélange exposé à l'action du feu libre , il se brûle en partie , et le reste qui est calciné forme une espèce de pyrite ou mine de plomb semblable à la galène (1).

Les acides végétaux, et en particulier celui du vinaigre, attaquent et dissolvent le plomb ; c'est en l'exposant à la vapeur du vinaigre qu'on le convertit en chaux blanche, et c'est de cette manière que l’on fait la céruse qui est dans le commerce : cette chaux ou céruse se dissout parfaitement dans le vinaigre concentré; elle y produit même une

ande quantité de cristaux dont la saveur est sucrée (2); on a souvent abusé de cette

(1) Le plomb fondu avec le soufre s’enflamme seul; il reste une poudre noire écailleuse que l’on appelle plomb brülé ; cette matière n'entre en fusion qu'après avoir rougi ; elle produit une masse noire , aigre , disposée à faceites ; c'est une galène ou mine de plomb artificielle. (Eléments de Chimie, par M. de Morveau , tom. 2, pag. 54.)

(2) L'ucide acéteux en vapeurs agit sur le plomb et le réduit en chaux ; si l'on assujettit dans un chapiteau de verre des lames de plomb minces, que l'on adapie ce chapiteau à une cucurbite évasée, daus lagnelle on aura mis du vinaigre , el qu'après avoir luté un récipient, on le disiille au bain de sable pen-

‘dant dix ou douze heures , les lames se couvrent d'une matière blanche que l'on appelle Llanc de

propriété de la céruse et des autres Chaux ou sels de plomb , pour adoucir le vin di triment de la santé de ceux qui le boivent.

Au reste ; l'on ne doit pas regarder la céruse comme une chaux de plomb parfaite, mais comme une matière dans laquelle le plomb n'est qu'à demi dissous ou ealciné par l'acide aérien, et reste encore plutôt dans Vétat métallique que dans l'etat salin; en sorte qu'elle n’est pas soluble dans l'eau comme les sels.

Le plomb se dissout aussi dans l'acide du tartre , à l’aide de la chaleur et d’une longue digestion ; si l’on fait évaporer cette dissolution , elle prend une consistance visqueuse » et donne un sel cristalliséen lames carrées (3): enfin, les acerbes ne laissent pas d’avoir aussi quelque action sur le plomb , car la noix de galle le précipite de sa dissolution dans l'acide nitreux , et la surface de la liqueur se couvre en même temps d'une pellicule à reflets rouges ei verts,

Les alkalis fixeset volatils , non plus que les terres absorbantes , ne font pas des effets bien sensibles sur le plomb dans. quelque état qu’il soit ; néanmoins ils ont avec ce métal une affinité bien pa dans certaines circonstances , par exemple ils le précipitent de sa dissolution dans l'acide marin , sous la forme d’une poudre blanche qui se ternit bieutôt à l'air comme le métal même (4).

plomb , et qui, broyée avec un tiers ou environ de craie , forme la céruse..…., Pour achever de le saturer, on met le blanc de plomb dans un matras, on verse dessus douze à quinze fois autant de vinaigre distillé ; le mélange prend une saveur sucrée, la substance métallique entre en dissolution , il s'excite beaucoup de chaleur ; on place le matras sur un bain de sable, etlon laisse le tout en digestion pendant un jour. Après avoir décanté la liqueur , on la fait évaporer jusqu'à pellicule , on la place dans un lieu frais , il s'y forme de petits cristaux groupés en aiguilles, on les redissout dans le vinaigre , et on traite de même cette dissolution pour avoir lefsucre de Saturne. (Éléments de Chimie , par M. de Morveau , lom. 3, pag. 28.)

(3) Idem, ibid., pag. 82.

(4) L’alkali caustique n'a presque point d'action sur le plomb , mais il dissout , pendant l'ébullition , une quantité très-sensible de minium qui n'en est pas séparée par le filire , qui se dépose avec le temps dans le flacon , sous forme d’une poudre blanche , et qui est précipitée sur-le-champ par l'eau forte. (Idern, ibid., pag. 28.)

L'alkali volalil caustique digéré sur la limaille de plomb prend dans les premiers jours une couleur légèrement ambrée , qui disparaît ensuite entièrement ;

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En comparant les mines primordiales des six métaux, nous voyons que l'or seul se trouve presque toujours en état de métal dans le sein de la terre; que quoiqu'il n'y soit jamais pur, mais allié de plus ou moins d'argent ou de cuivre , il ne se présente que rarement sous une forme minéralisée, et qu’il recouvre et défend l'argent de toute altération ; on assure cependant que l'or est vraiment minéralisé dans la mine de Naghiac (1), et dans quelques pyrites nouvellement trouvées en Dauphiné ; mais ce métal ne doit néanmoins subir aucun changement, aucune altération , que par des combinaisons qui ne peuvent se trouver que très-rarement dans la nature ; et nous verrons , en traitant de la platine , que l'or qui fait le fonds de sa substance, y est encore plus altéré et presque dénaturé ; ces deux exemples sont les seuls qu’on puisse donner d’un changement d'état dans l'or , et l'on ne doit pas les regarder comme des opérations ordinaires de la nature, mais comme des accidents si rares, qu'ils n'ôtent rien à la vérité du fait général , que l'or se présente partout dans l'état de métal, et seulement plus ou moins divisé et non minéralisé.

L'argent se trouve assez souvent, comme l'or , dans l’état de métal pur; mais il estencore plus souvent mêlé avec le plomb ou minéralisé , c'est-à-dire , altéré par les sels de la terre ; le cuivre résiste beaucoup moins à l'impression des éléments humides , et quoiqu'il se trouve quelquefois en état de métal, il se présente ordinairement sous des formes minéralisées et variées, pour ainsi dire, à l'infini : ces trois métaux, l'or, l'argent et cuivre, sont les seuls qui aient pris dès les premiers temps , et conservé plus ou moins Jusqu'à ce jour leur état métallique; le fer , le plomb et l'étain ne se trouvent nulle part, ei même n’ont jamais été dans cet état métallique ; le feu primitif les a fondus ou calcinés ; le fer par sa fusiqn s'est mêlé à la roche vitreuse ; et le plomb et l'étain, après leur calcination , ont été saisis par l'acide êt réduits en minérais pyriteux, ainsi que les cuivres qui n'ont pas conservé leur état de métal : tous ces métaux ont souvent été mélés les uns avec les autres ; et dans les mines primordiales comme dans. les mines secondaires , on les trouve quelquefois tous réunis ensemble.

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