DU MERCURE
Rrex ne ressemble plus à l'étain ou au plomb, dans leur état de fusion, que le mercure dans son état naturel; aussi l'a-t-on regardé comme un métal fluide auquel on a cherché, mais vainement, les moyens de donner de la solidité ; on a seulement trouvé que le froid extrême pouvait le coaguler, sans lui donner une solidité constante, ni même aussi permanente, à beaucoup près, que celle de l'eau glacée ; et par ce rapport unique et singulier, le mercure semble se rapprocher de la nature de l'eau, autant qu'il approche du métal par d’autres pro-
une partie du métal est réduite à l'état de chaux, une autre partie est tenue en dissolution au point de passer par le filtre, elle est précipitée par l'acide nitreux. (Éléments de Chimie, par M. de Morveau, tom.3, pag. 256.)
(1) Nota. M. Bergmann , à qui M. Tungberg a envoyé un morceau de cette mine de Naghiac, s’est assuré qu'il contenait du quartz blanc, une pierre arénaire blanchâtre , se coupant au couteau , faisant effervescence avec les acides , et de la manganèse. La formation de cette mine ne doit donc être regardee que comme accidentelle.
priétés , et notamment par sa densité , la plus grande de toutes après celle de l'or (2); mais il diffère de tout métal ; et même de tout minéral métalique, en ce qu'il n’a nulle tenacité, nulle dureté , nulle solidité, nulle fixité , et il se rapproche encore de l'eau par sa volatilité » Puisque , comme elle, il se volatilise et s'évapore à une médiocre chaleur. Ce liquide minéral est-il doncun métal? ou n'éstil pas une eau qui ressemble aux métaux ; parce qu'elle est chargée des parties les plus denses de la terre, avec lesquelles elle s'est plus intimement unie que dans aucune autre matière ? On sait qu'en général toute fluidité provient de la chaleur, et qu'en particulier le feu agit sur les métaux comme l'eau sur les sels, puisqu'il les liquéfie, et qu'il les tiendrait en uné fluidité constante s'il était TT
(2) La pesanteur spécifique de l'or à 24 curats est de 192581 , et celle du plomb de 113523. La pesanteur spécifique du mercure coulant est de 135681 ,
et celle du cinxbre d'Almadea est de 102185. (Voyez les Tables de M. Brisson.)
toujours au même degré de violente chaleur,
tandis que les sels ne demandent que celui
de la température actuelle pour demeurer liquides ; tous les sels se liquéfiant dans l’eau
comme les métaux dans le feu, la fluidité.
du mercure tient, ce me semble, plus au premier élément qu’au dernier; car le mercure ne se solidifie qu'en se glaçant comme l'eau ; il lui faut même un bien plus grand
degré de. froid, parce qu'il est beaucoup plus dense ; le feu est ici en quantité pres-
que infiniment petite , au lieu que ce même élément ne peut agir sur les-métaux, comme
dissolvant, que quand il leur est appliqué
en quantité grande, en comparaison de ce qu'il en faut au mercure pour demeurer liquide.
De plus, le mercure se séduit en vapeurs par l'effet de la chaleur, à peu près comme l'eau, et ces deux vapeurs sont également incoércibles , même par les résistances les plus fortes ; toutes deux font éclater ou fendre les vaisseaux les plus solides avec explosion ; enfin, le mercure mouille les métaux, comme l’eau mouille les sels ou les terres à proportion des sels qu'elles contiennent ; le mercurene peut-il donc pas être considéré comme une eau dense et pesante, qui ne tient aux métaux que par ce rapport de densité? et cette eau plus dense que tous les liquides connus, n'a-t-elle pas dû se former après la chute des autres eaux etdes matières également volatiles reléguées dans l’atmosphère pendant l'incandescence du globe?
les parties métalliques , terrestres, aqueuses et salines, alors sublimées, ou réduites en vapeurs ; se seront combinées ; et tandis que les matières fixes du globe se vitrifiaient ou se déposaient sous la forme de métal ou de chaux métallique, tandis que l’eau encore pénétrée du feu produisait les acides et les sels , les vapeurs de ces substances métalliques , combinées avec celles de l'eau et des principes acides , n'ont-elles pas pu former cette substance de mercure presque aussi volatile que l’eau , et dense comme le métal ? Cette substance liquide qui se glace comme l'eau, et qui n'en diffère essentiellement que par la densité , n’a-t-elle pas dû se trouver dans l'ordre des combinaisons de la nature , qui a produit non-seulement des métaux et des démi-métaux , mais aussi des terres métalliques et salines , telles que l’arsénic? Or, pour compléter la suite de ses opérations, n'a-t-elle pas dû produire aussi des eaux métalliques , telles que le mercure? L'échelle
prendre le fer pour le premier des demi-métaux, ou le zinc pour le dernier des métaux; et cette échelle se continue : par l'antimoine, le bismuth, et finit par les terres métalliques et par le mercure , qui n’est qu'une substance métallique liquide. ;
On se familiarisera avec l'idée de «cette possibilité, en pesant les considérations que nous venons de présenter, «et en se rappelant que l'eau, dans son essence, doit être regardée comme un sel insipide et fluide ; que la glace, qui n’est que ce même sel rendu solide , le devient d'autant plus , que le froid est plus grand ; que l'eau , dans son état de liquidité , peut acquérir de Ja ‘densité à mesure qu'elle dissout les sels ; que l'eau purgée d'air est incompressible , et dès-lors composée de parties très-solides et très-dures ;
‘que par conséquent elle deviendrait trèsdense, si ces mêmes parties s’unissaient de plus près ; et quoique nous ne connaissions Pas au juste le moyen que la nature a employé pour faire ce rapprochement des parties dans le mercure , nous en voyons «méanmoins assez pour être fondés à présumer que ce minéral fluide est plutôt une eau métallique qu'un vrai métal; de la même manière que l’arsénie, auquel on donne le nom de demi-métal, n'est qu une terre plutôt saline que métallique, et non pas un vrai demimétal.
On pourra me reprocher que j'abuse ici des termes, en disant que le mercure mouille les métaux, puisqu'il ne mouille pas les autres matières ; au lieu que l’eau et les autres liquides mouillent toutes les substances qu'on leur offre , et que par conséquent ils ont seuls la faculté de mouiller ; mais en
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faisant attention à la grande densité du mercure , et à la forte attraction qui unit entre elles ses parties conslituantes , on sentira aisément qu'une eau ; dontles parties s'attireraient aussi fort que celles du mercure, ne mouilierait pas plus que le mercure ; dont les parties ne peuvent se désunir que par la chaleur, ou par une puissance plus forte que celle de leur attraction réciproque , et que dès lors ces mêmes parlies ne peuvent mouiller que l'or , l'argent et les autres substances qui les attirent plus puissamment
qu'elles ne s’attirent entre elles ; on sentira
de même que, si l’eau parait mouiller indifféremment toutes les matières , c'est que, ses parties intégrantes n'ayant qu'une faible adhérence entre elles, tout contact suflit pour les séparer , et plus l'attention étrangère surpassera l'attraction réciproque etmutuelle de ces parties constituantes de l'eau , plus les matières étrangères l'attireront puissamment et se mouilleront profondément.
Le mercure, par sa très-grande fluidité , mouillerait et pénétrerait tous les corps s0lides- de la nature, si la force d'attraction qui s'exerce entre ses parties en proportion de leur dénsité, ne les tenait pour ainsi dire en masse , et ne les empêchait par conséquent de se séparer et de se répandre en molécules assez petites, pour pouvoir entrer dans les pores des substances solides ; la seule différence entre le mercure et l'eau, dans l’action de mouiller, ne vient donc que du plus ou moins de cohérence daus l’agrégation de leurs parties constituantes , et ne consiste qu’en ce que celles de l'eau se séparent les unes des autres bien plus facilement ue celles du mercure.
Ainsi ce minéral , fluide comme l’eau, se glacant comme elle par le froid, se réduisant comme elle en vapeurs par le chaud , mouil- Jantes métaux comme elle mouille les sels et les terres , pénétrant même la substance des huiles et des graisses , et entrant avec elles dans le corps des animaux, comme l'eau entre dans les végétaux , a de plus avec elle un rapport qui suppose quelque chose de commun dans leur essence ; c'est de répandre comme l’eau une vapeur qu’on peut regarder comme humide; c'est par cette vapeur que le mercure blanchit et pénètre l'or sans le toucher , comme l'humidité de l’eau répandue dans l'air pénètre les sels : tout concourt donc, ce me semble , à prouver que le mercure n'est point un vrai métal , ni même un demi-métal; mais une eau chargée des
parties les plus, denses de la terre ; comme les demi-métaux ne sont que des terres chargées, de même, d'autres parties denses et pesantes qui les rapprochent de la nature des métaux.
Après avoir exposé les rapports que le mercure peut avoir avec l'eau, nous devons aussi présenter ceux qu'il a réellement avec les métaux ; ilen a la densité , l'opacité , le brillant métallique , il peut de mème être dissous par les acides, précipité parles alkalis ; comme eux, il ne contracte aucuneunion avec les matières terreuses, et comme eux encore, il en contracte avec les autres métaux; et si l'on veut qu'il soit métal, on pourrait même le regarder comme un troisième métal parfait , puisqu'il est presque aussi inaltérable que l'or et l'argent, par les impressions des éléments humides. Ces propriétés relatives et communes le rapprochent donc encore plus de la nature du métal qu'elles ne l’éloignent de celle de l’eau , et je ne puis blèmer les alchimistes, qui , voyant
toutes ces propriétés dans un liquide, l'ont .
regardé comme l'eau des métaux , et particulièrement comme la base de l'or et de F'argent, dont il approche par sa densité, et auxquels il s’unit avec un empressement qui tient du magnétisme , et encore parce qu’il n’a, comme l'or et l'argent , ni odeur ni saveur : enfin , on n'est pas encore bien assuré que ce liquide si dense n'entre pas comme principe dans la composition des métaux , el qu'on ne puisse le retirer d’aucun minéral métallique, Recherchons donc ;.
sans préjugé , quelle peut être l'essence de cè minéral amphibie , qui participe de la nature du métal et de celle de l'eau ; rassemblons les principaux faits que la nature nous présenie , ei ceux que l’art nous a fait découvrir sur ses différentes propriétés, avant de nous arrêter à notre opinion.
Mais ces faits paraissent d'abord innombrables ; aucune matière n'a été plus essayées plus maniée, plus combinée ; les alchimistes surtout, persuadés que le mercure ou la terre mercurielle était la base des métaux, et voyant qu'il avait la plus grande aflinité avec l'or et l'argent, ont fait des travaux immenses pour tâcher de le fixer , de le convertir , de l’extraire; ils l'ont cherché non-seulement dans les métaux et minéraux , mais dans toutes les substances et jusque dans les plantes; ils ont voulu ennoblir, par son moyen , les métaux imparfaits , et quoiqu'ils aient presque toujours manqué le but de leurs recher-
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ches , ils n’ont pas laissé de faire plusieurs découvertes intéressantes. Leur objel principal n'était pas absolument chimérique ; Mais peut-être moralement impossible à atteindre; car rien ne s'oppose à l'idée de la transmutetion ou de l'ennoblissement des métaux, que le peu de puissance de notre art, en comparaison des forces de Ja hatune$ et puisqu'elle peut convertir les éléments sn at-elle pas pu, ne pourrait-elle pas encore transmuer les substances métalliques ? Les chimistes ont cru , pour l'honneur du nom , devoir rejeter toutes les idées des alchimistes ; ils ont même dédaigné d'étudier et de suivre leurs procédés ; ils ont cependant adopté leur langue , leurs caractères, et même quelques-unes des obscuxités de leurs principes; le phlogistique, si ce n’est pas le feu fixe animé par l'air; le minéralisateur , si ce n'est pas encore le feu contenu dans les pyrites et dans les acides, me paraissent aussi précaires que la terre mercurielle et l'eau des métaux : nous croyons devoir rejeter également tout ce qui n'existe pas comme tout ce qui ne s'entend pas, c’està-dire tout ce dont on ne peut avoir une idée nette; nous tâcherons donc , en faisant l'histoire dusmercure , d'en écarter les fables autant que les chimères.
Considérant d'abord le mercure tel que Ja nature nous l'offre, nous voyons qu'il ne se trouve que dans les couches de la terre formées par le dépôt des eaux ; qu'il n'occupe pas, comme les métaux, les fentes perpendiculaires de la roche da globe « qu'il ne git pas dans le quartz, et n'en est même jamais accompagné ; qu il n'est point mêlé dans les minérais des autres métaux ; que sa mine, à laquelle on donne le now de cinabre , n’est point un vrai minérai , mais un composé, par simple juxtaposition , de soufre et de mercure réunis, qui ne se trouve que dans les montagnes à couches, et jamais dans les montagnes primitives ; que par conséquent la formation de ces mines de mercure est postérieure à celle des mines primordiales des métaux , puisqu'elle suppose le soufre déjà formé par la décomposition des pyrites; nous verrons de plus que ce n’est que très-rarement que le mercure se présente dans un état coulant , et que , quoi-
qu'il ait moins d'aflinité que la plupart des métaux avec le soufre , il ne s'est néanmoins incorporé qu'avec les pierres ou les terres qui en sont surchargées ; que jamais il ne leur est assez intimement uni pour n'en pas être aisément séparé , qu'il n'est même entré THÉORIE DE LA TERRE. Z'ome III.
dans ces terres sulfureuses que par une sorLe
d'imbibition ; comme l’eau eutre dans les
autres lerres, etqu'il a dû les pénétrertoutes
les fois qu'il s'est trouvé réduit en vapeurs ;
qu'enfin il ne se trouve qu'en quelques endroits particuliers, où lesoufre s’est lui-même trouvé en grande quantité , et réduit en foie de soufre par des alkalis ou de terres caleaires, qui lui ont donné l’aflinité nécessaire à son union avec le mercure : il ne se trouve en effet, en quantité sensible, que dans ces seuls endroits ; partout ailleurs , il n’est que disséminé en particules si ténues qu’on ne peut les rassembler, ni même les apercevoir que dans quelques circonstances particulières. Tout cela peut se démontrer en com- Parant attentivement les observations et les
faits , et nous allons en .donner les preuves’
dans le même ordre que nous venons de présenter ces assertions.
Des trois grandes mines de mercure, et dont chacune suflirait seule aûx besoins de tout l'univers , deux sont en Europe et une en Amérique ; toutes trois se présentent sous la forme solide de cinabre : la preinière de ces mines est celles d'Idria dans la Carniole (1) ; elle est dans une ardoise noire surmontée de rochers calcaires : la seconde est
celle d'Almaden en Espagne (2), dont les.
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(1) Tdria est une petite ville située dans la Carniole, dans un vallon très-profond, sur les deux bords de la rivière d'Idria » dont elle porte le nom ; elle est entourée de hautes montagnes de pierres calcaires, qui portent sur uw schiste ou ardoise uoire , dans les couches duquel sont les travaux de fameuses mines de mercure ; l'épaisseur de ce schiste pénétré de mercure et de cinabre est d'environ vingt toises d'Idria, et sa largeur ou étendue est de deux jusqu'à trois cents toises ; cette riche couche d'ardoise vario, soit en s'inclinant, soit en se replaçant horizontalement, souveut même à eontre-sens. La profondeur des Principaux puits est de cent onze toises. (F’oyez la description des mines d'Idria, par M. Ferber, publiée en 1774. ) |
(2) Almaden est un bourg de la province de la Manche , qui est euvironné du côté du midi de plusieurs montagnes dépendantes de Ja Sierra Morena ou montagne noire. Ce bourg est situé au sommet d'une montagne, sur le penchant et au pied de laquelle, du côté du midi, il y a cinq ouvertures différentes qui conduisent par des chemins souterrains aux endroits d'où se tire le cinabre. On ne voit point auilehors de cette mine ni de ces terres qui caractérisent par quelque couleur extraordinaire le minéral que l'on trouve dans son sein, ni de ces décombrements qui rendent ordinairement leur entrée diflicile, ou qui exhalent quelque odeur sensible..,, On tire la