‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 3)Chapitre 15 sur 20 · XII · texte numérisé non relu

XII

En parlant de cet intervalle qui sépare chez la femme la première éruption des règles et leur cessation définitive , intervalle qui forme le temps

(i) Les sujets faibles et très -sensibles ont aussi besoin d'une grande réserve dans l'usage des plaisirs ded'amour; et malheureusement elle leur est bien plus difficile.

SUR LE CARA.CTÈRE DES IDlîES.

le plus précieux de son existence , on pourrait juger nécessaire d'entrer dans quelques détails touchant les effets moraux de la grossesse et de la lactation. Entre la mère et le fœtus renfermé dans son sein , entre la nourrice et l'enfant qn'elle allaite, il s'établit des rapports qui méritent particulièrement d'être observés. Dans l'une et dans l'autre circonstance, la nature des deux êtres associés paraît , en quelque sorte , identifiée et confondue; elle l'est cependant beaucoup moins dans la seconde circonstance que dans la première. Mais, de ces deux genres, ou plutôt de ces deux degrés de sympathie, car ils appartiennent à la même source (i), l'on voit également naître des séries de sentiments et d'habitudes qui ne peuvent être imputés qu'à l'influence des organes de la génération. Au reste, cette question de physiologie morale, pour être traitée complètement, exigerait beaucoup plus d'étendue qu'il ne nous est permis de lui en donner ici. Mais nous voyons les effets, nous en assignons les causes avec certitude : cela nous suffit ; et nous pouvons négliger, dans ce moment, la recherche des moyens par lesquels ces causes exercent leur action.

(i) Plusieurs nourrices m'ont avoué que l'enfant, en les tétant, leur faisait éprouver une vive impression de plaisir, partagée à un certain degré par les organes de la génération. D'autres femmes m'ont dit aussi que souvent les joies ou les peines maternelles étaient chez elles accompagnées d'un état d'orgasme do la matrice.

35o INFLUENCE DES SEXES

IjG temps de la cessation des règles est, sai doute , une époque importante dans la vie d femmes. Quand lin être vivant perd la faculté • d'engendrer, il entre dans une existence tout individuelle , bornée à la durée probable de sa propre vie. Auparavant, il coexistait, pour ainsi dire, avec toute la suite des générations; il appartenait à tous les temps futurs comme à tous les temps passés. Un changement si important ne' se fait pas sans qu'il en survienne en même temps beaucoup d'autres dans les dispositions générales et dans les affections intérieures du sujet. Or, il n'est pas douteux que nous ne devions les rap-;porter tous également à l'état des parties de l'économie animale, dans lesquelles a lieu le changement primitif, dont les autres ne sont que des conséquences.

On peut comparer la révolution qui se fait alors dans le cours du sang chez la femme à celle que nous avons fait observer chez l'homme ( Mémoire sur les âges) vers l'époque où le flux hémorroïdal se transforme en gravelle, en goutte, en dispositions apoplectiques, etc. Plusieurs mé-decins ont regardé le flux liémorroïdal comme une espèce de menstruation ; l'observation confirme , en effet , quelques-uns des rapports qu'ils ont indiqués. On peut même noter un nouveau point de ressemblance entre les deux sexes, rela-*^ ; tivement à ces évacuations critiques; je veux parler de l'espèce de seconde jeunesse, ou turges-.

SUR LE CARACTÈRE DES IDÉES. 35 f

cence de tempérament , dont nous avons fait mention dans le même Mémoire , et qui correspond à l'époque où les viscères hypocondriaques se dégorgent, du moins momentanément, par l'effet de certaines circonstances climatériques. Ce phénomène se marque chez la femme , par des symptômes encore plus frappants, au moment de la suppression des règles. Mais il ne faut pas ici, sans doute , le rapporter aux mêmes causes. L'utérus, ses dépendances, et d'autres organes adjacents, sont alors dans un travail particulier : leur sensibilité , portée au dernier terme d'excitation , réagit avec une force proportionnelle sur tout le système , et notamment sur le cerveau. De là, des idées que les empreintes de l'âge , presque toujours trop évidentes , rendent si souvent hors de .saison ; de là , des sentiments plus passionnés , qu'une beauté qui s'efface transforme ti'op de fois en véritables malheurs. Sur ce point, comme sur quelques autres , les femmes ont été traitées sévèrement par la nature. L'homme n'a pas, à beaucoup près, autant qu'elle, à se plaindre des désirs ou des affections qu'une période un peu tardive de l'âge renouvelle en lui, puisqu'il lui reste encore ordinairement quelques moyens de les faire partager.

§. XIIL

Après la cessation des règles , les organes de la génération ne perdent pas tout à coup leur acti-

vité particulière; quelquefois même le travail pé-riodiquepar lequel cette évacuation se reprocJuifit continue pendant fort long- temps. J'ai vu dess femmes qui, dix ou douze ans après,. ressentaient encore chaque mois une pléthore locale et des; pressions à l'utérus , avec divers autres symptômes i dont la menstruation véritable est accompagnée. . Dans ce cas , les changements généraux qui doi- • vent s'ensuivre de la cessation définitive de ce • flux m'ont paru beaucoup moins évidents, et alors la femme reste malheureusement femme à i trop d'égards encore jusque bien avant dans la ; . vieillesse (i).

Mais lorsque le système des organes de la géné-^ • ration , suivant une marche plus conforme à la nature , perd vers ce temps la partie de sensibilité qui se rapporte plus directement à la repror duction de l'espèce, lorsque ses fonctions s'en-, gourdissent par degrés et cessent entièrement eur fin à l'époque convenable, toutes les habitudes de l'économie animale éprouvent certaines modifications qu'il est facile de saisir. La voix devient plus forte ; le léger duvet de la jeunesse acquiert sur le visage une épaisseur, une longueur, une consistance qu'on ne voudrait lui trouver que dans l'homme; les goûts n'ont plus cette tour-

(i) Les mauvaises habitudes de l'imagination prolongent aggravent sans doute beaucoup ces dispositions, si funestes alors au bonheur. ^

mire vive et délicate; les idées prennent une autre direction.

Je ne citerai , relativement à l'état moral, qu'un seul exemple , mais qui me paraît tenir à tout, et, pour ainsi dire, tout expliquer.

Les jeunes filles, même avant que la nubilité se déclare , éprouvent un attrait singulier pour les enfants : elles ne sont jamais plus heureuses que lorsqu'on les charge de veiller sur eux, de les soigner, de leur donner des instructions. Lorsqu'elles n'ont pas d'enfant sous la main , des poupées leur en tiennent lieu. La journée entière se passe à lever ces poupées , à les coucher , à leur distribuer une feinte nourriture , à leur apprendre à parler, en un mot, à les gouverner sur tous les points. Cet attrait, qui se fortifie ensuite considérablement à l'époque de la nubilité , reste toujours le même jusqu'à celle de la cessation des règles. lia destination de la femme paraît ici bien marquée dans ces inclinations. Mais au moment où la nature lui enlève la faculté de concevoir, elle laisse en même temps s'éteindre en elle le penchant sans lequel les soins de mère fussent devenus impossibles. Ce phénomène est surtout remarquable dans les vieilles filles, chez qui l'habitude, ou des sentiments, plus réfléchis, fondés sur les rapports de la parenté ou de l'amitié, ne remplacent pas l'impulsion de l'instinct. Mais, quoique moins remarquable dans les vieilles femmes qui ont eu des enfants, il l'est encore pour des yeux 3. a3

354 INFLUKNCE DES SEXES

attentifs : elles deviennent à peu près ce que sont en général tous les hommes que la paternité, ou certaines habitudes de cœur, peuvent seules modifier à cet égard. Il faut pourtant excepter les grand'mères, aussi-bien que les grand-pères^ dont la tendresse aveugle pour leurs petits-enfants est un sentiment très -composé, qu'on doit analyser avec beaucoup de soin dans toutes ses nuances, et même , il faut le dire , dans tons ses caprices, si l'on veut en bien connaître les véritables sources. Mais, au reste, ce sentiment ne ressemble en rien à l'espèce d'instinct machinal dont nous parlons.

La femme devient donc ordinairement, à la cessation des règles, ce qu'on a vu qu'étaient, après l'âge de puberté, les filles chez lesquelles cet âge ne fait point entrer en action les ovaires et l'utérus. C'est encore un de ces cas où les moyens paraissent se rapporter à la fin d'une manière extrêmement raisonnée : mais c'est toujours, comme nous l'avons fait remarquer ailleurs , parce que la fin et les moyens tiennent également à la même cause, aux lois de l'organisation.

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