‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 3)Chapitre 6 sur 20 · la · texte numérisé non relu

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L'observation des phénomènes réguliers donne encore les mêmes résultats. Dans le sommeil, l'on agite le bras, la jambe, ou toute autre partie du corps, suivant le siège des impressions que l'organe sensitif reçoit et combine , suivant le caractère propre des idées qui se forment alors dans le cerveau : et, pendant la veille, dans l'état le plus naturel , on voit des souvenirs lointains retracés par la mémoire, ou des tableaux formés par l'imagination , produire dans certains organes particuliers des mouvements circonscrits , dont la cause agit sans doute exclusivement sur les points du système cérébral avec lesquels ces organes correspondent.

Enfin , les concentrations, soit de la sensibilité, soit du mouvement , dans certains points particuliers de ce système , vers lesquels alors l'irritation générale se dirige spécialement, et va se fixer; leur passage de l'un à l'autre ; les opérations exécutées dans d'autres points que ceux où elles paraissent avoir été conçues, c'est-à-dire, les opérations dont les causes déterminantes, appliquées à ces derniers, produisent dans les premiers leurs plus importants effets : tous ces phénomènes , dis-je , se démontrent encore par les observations les plus simples et par les expériences les plus faciles.

On sait que l'épilepsie idiopathique , ou celle qui tient à l'affection propre du système nerveux, ne se manifeste pas, à beaucoup près, d'une ma-

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nière uniforme , générale et simultanée, dans tous les organes susceptibles de convulsions. Pour l'ordinaire, l'accès commence par un sentiment de malaise à l'orifice supérieur de l'estomac et au diaphragme. Le malade éprouve de la pesanteur de téte, un léger vertige; ses yeux deviennent hagards, et tout à coup il perd la connaissance. Souvent à l'affection de la téte succèdent des frémissements particuliers le long de la moelle épinière et des gros troncs nerveux; à ces frémissements, des impressions plus ou moins vives dans les organes de la génération. La cause des mouvements convulsifs , concentrée d'abord à la région précordiale , se répand de proche en proche , en suivant le trajet des expansions nerveuses dans les organes les plus sensibles ; et l'observateur attentif voit leurs impressions s'appeler, en quelque sorte, et se déterminer mutuellement , jusqu'à ce qu'enfin l'agitation devienne universelle.

Dans d'autres épilepsies , qu'on appelle sympathiques , parce qu'elles dépendent d'une affection locale qui se communique et s'étend par consensus (i), c'est dans le siège même du mal que les accidents se préparent. Par exemple , si le mal est situé dans un nerf de la jambe, duquel la pulpe sentante soit viciée intérieurement, ou comprimée par quelque corps étranger, le malade éprouve d'abord dans le lieu même certai-

(i) Om par communication de sentiment.

nés sensations extraordinaires , ou douloureuses , ou simplement incommodes et fatigantes. Bientôt une autre sensation, qu'il compare à celle d'une vapeur ou d'un air frais, et qu'on nomme, par cette raison en médecine , aura epileptica^ suit le trajet du nerf en remontant vers la tête ; et l'accès commence au moment où Yaura semble pénétrer dans la cavité du crâne.

Au début de certaines fièvres malignes , on remarque également des concentrations, tantôt de sensibilité nerveuse, tantôt de spasme et de contraction musculaire, qui se prolongent pendant plusieurs jours. Elles sont le prélude ou d'un désordre général dans les fonctions de l'organe sensitif , ou de convulsions effrayantes qui , durant le cours de la maladie, se porteront simultanément ou tour à tour sur les différents muscles. Ordinairement c'est à l'estomac , ou dans les organes des sens , que ces écarts de la sensibilité se manifestent ; c'est à la gorge , ou sur les muscles de la mâchoire, que ces spasmes se fixent de préférence : et la gravité des uns et des autres paraît pouvoir se mesurer sur le voisinage de leur siège et de l'origine commune des nerfs.

Dans d'autres cas, au contraire, certains organes sont, pour ainsi dire, le rendez-vous particulier de toutes les affections et de tous les mouvements. L'impression commence par être générale; la convulsion semble n'épargner aucun muscle. Mais bientôt tout se dirige vers la parlie faible, et plus

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les accès durent, ou se répètent fréquemment, plus aussi, par degrés, la concentration devient absolue et rapide. Enfin , les maladies nerveuses nous présentent journellement des désordres subits de Festomac, qui résultent de certaines idées ou de certaines passions : les accès hystériques ou hypocondriaques se terminent assez souvent par une augmentation de sensibilité, ou par des convulsions fixées dans certains organes ; et chez quelques sujets mobiles , le seul effort de l'attention ou de la pensée suffit pour les faire naître.

Quant à la communication sympathique des affections d'un organe à l'autre , en ne parlant , comme nous le faisons ici, que de celles dont les causes agissent directement dans le sein même de l'organe sensitif, les exemples se présentent en foule tous les jours au praticien observateur : les livres de médecine en sont remplis. Ainsi, quelques lésions du cerveau causent des inflammations et des suppurations dans le foie , comme quelques lésions du foie causent réciproquement , mais suivant des lois qui ne se rapportent pas à notre objet, et l'inflammation et l'abcès du cerveau. Ainsi, dans les rêves suffocants, dits cauchemars (je parle encore uniquement de ceux qui ne tiennent point à des embarras de l'estomac ou de la circulation, mais à des dispositions nerveuses particulières); dans les cauchemars, dis-je, l'observation nous annonce et nous fait reconnaître quelquefois ou des sensations ou des mou-

vements qui commencent dans une partie, et vont se terminer clans une autre , ou qui passent de la première à la seconde, sans qu'on puisse en trouver la cause dans les sympathies organiques connues. Ces transitions dépendent évidemment de déterminations conçues dans le sein même du système nerveux.

Un fait général met cette proposition hors de doute, et la présente dans tout son jour.

Les gens de lettres , les penseurs , les artistes , en un mot , tous les hommes dont les nerfs et le cerveau reçoivent beaucoup d'impressions , ou combinent beaucoup d'idées, sont très -sujets à des pertes nocturnes, très- énervantes pour eux. Cet accident se lie presque toujours à des rêves , et quelquefois ces rêves prennent le caractère du cauchemar , avant de produire leur dernier effet. J'ai traité plusieurs malades de ce genre; car il n'est pas rare que leur état devienne une vraie maladie. J'en ai rencontré deux chez lesquels l'événement était précédé par un rêve long et détaillé; ils voyaient une femme, ils l'entendaient approcher de leur lit, ils la sentaient s'appuyer du poids de tout son corps sur leur poitrine , et c'était après avoir essuyé pendant plusieurs minutes les angoisses d'un véritable cauchemar, que , les organes de la génération se trouvant excités par la présence de cet objet imaginaire, la catastrophe du rêve amenait ordinairement la fin du sommeil. Plusieurs autres médecins ont observé

le même fait avec peu de variétés dans les circonstances.

La conclusion qui peut s'en tirer est sans doute remarquable; mais elle ne résulte pas, au reste, moins nettement de tous les actes de la mémoire ou de l'imagination , dont le simpressions originelles appartiennent à un organe tandis que les déterminations paraissent ne réagir passagèrement sur lui que pour se diriger entièrement vers un autre.

Mais revenons un moment sur la suite de nos propositions , et résumons-les en peu de mots.

Le système cérébral a la faculté de se mettre en action par lui-même , c'est-à-dire , de recevoir des impressions , d'exécuter des mouvements , et de déterminer des mouvements analogues dans les autres organes , en vertu de causes dont l'action s'exerce dans son sein, et s'applique directement à quelque point de sa pulpe interne.

Dans ces circonstances , les impressions ressenties généralement par tout le système nerveux peuvent se concentrer dans une de ses parties : les impressions reçues par une de ses parties peuvent tantôt devenir générales et mettre en jeu tout le système , tantôt passer par voie de sympathie d'un point à l'autre , et produire leurs auniers effets ailleurs que dans le siège où réside la cause , ou dans le lieu de son application.

Toutes ces propriétés du système nerveux sont inhérentes à sa nature, ou à son existence elle-

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même , dans l'état de vie. Il faut les connaître , il faut en avoir des idées précises pour bien concevoir le mécanisme de ses fonctions ; et Ton ne doit pas craindre de peser sur toutes les observations qui peuvent éclaircir tant d^admirables phénomènes.

Ainsi donc, suivant l'expression de Sydenham, il y a dans l'homme un autre homme intérieur, doué des mêmes facultés, des mêmes affections, susceptible de toutes les déterminations analogues aux phénomènes extérieurs, ou plutôt dont les faits apparents de la vie ne font que manifester au-dehors les dispositions secrètes, et représenter en quelque sorte les opérations. Cet homme intérieur, c'est l'organe cérébral. L'on voit aisément qu'il faut encore ici distinguer les impressions qui lui sont essentiellement et exclusivement propres, de celles qui sont reçues par les différentes parties internes ; et les mouvements conçus dans son sein , de ceux dont il ne fait qu'apercevoir audehors les motifs par ses extrémités sentantes pour envoyer les déterminations qui en résultent aux différents organes moteurs.

Nous remarquons donc clairement trois sortes d'opérations de la sensibilité , que la différence de leurs effets nous force de ne pas confondre : la première se rapporte aux organes des sens; la seconde, aux parties internes, notamment aux viscères des cavités de la poitrine et du bas-ventre (et nous rangeons avec ces derniers les organes de la

génération); la troisième, à l'organe cérébral luimême, abstraction faite des impressions qui lui sont transmises par ses extrémités sentantes , soit internes, soit externes.

De ce qui précède et de ce que nous avons déjà fait observer dans le dernier Mémoire, on peut conclure facilement que les nerfs et le cerveau ne sont point des organes purement passifs; que leurs fonctions supposent , au contraire, une continuelle activité qui dure autant que la vie. La nature de ces fonctions , et la manière dont elles s'exécutent, suffiraient pour le prouver : d'ailleurs, la connaissance physiologique de ces organes, c'est-à-dire, celle de leur structure et des mouvements par lesquels ils se nourrissent et reproduisent sans cesse la cause immédiate de la sensibilité , le démontre avec une évidence que l'œil peut saisir. Et de célèbres médecins ont fait voir en outre que le sommeil lui-même , cet état de repos où les organes des sens ne reçoivent plus d'impressions, où le système sensitif tout entier semble vouloir se dérober à celles qui ne sont pas indispensables pour le maintien de la vie , où la pensée enfin est le plus souvent tout-à-fait suspendue ; ces médecins, dis-je, ont fait voir que le sommeil n'est point une fonction passive, et que, pour le produire, l'organe cérébral entre dans une véritable action.

Ces différentes vérités , qui sont , en quelque sorte, l'énonciation directe des phénomènes bien

l86 IIISTOIKE

VUS, jettent à leur tour beaucoup de lumière sur les phénomènes. Elles aident à concevoir ces extases, dont l'effet est de concentrer la sensibilité, la pensée et la vie dans les foyers nerveux ; elles rendent raison des songes , particulièrement de ceux qui ne sont pas le produit d'impressions reçues par les extrémités sentantes ; elles expliquent d'une manière plus satisfaisante ces délires, tantôt partiels, tantôt généraux, qui non-seulement changent les relations morales de l'homme avec le monde extérieur , mais qui modifient encore si puissamment la manière dont nos facultés purement organiques sont affectées dans ces nouvelles relations. C'est également ici qu'il faut rapporter certains états particuliers qui, faisant taire une grande partie des impressions extérieures, rendent percevables d'autres impressions internes qui, dans l'état ordinaire, échappent à la conscience de l'individu ; ces fausses associations d'idées, qui brouillent tout en rapprochant des objets sans, relation véritable entre eux; enfin, ces dispositions si communes , même chez les penseurs, lesquelles font trop souvent confondre les notions distinctes et directes qui viennent des choses par les sens , avec les impressions qui naissent en même temps ou par suite dans le cerveau, confusion qui bientôt en rend les images entièrement méconnaissables , si l'on n'a pas l'habitude de les ramener sans cesse à leur source. Avec un peu de réflexion , tout cela doit s'enten-

dre et s'expliquer assez de soi-même, et je crois imitile d'entrer dans aucun détail à cet égard. , J'observerai seulement que si la puissance de l'imagination est plus étendue; si sa réaction sur certains organes, par exemple, sur ceux de la génération, est plus complète pendant le sommeil que durant la veille, la raison en est très-simple; on peut la trouver ici sans difficulté : en effet , pendant la veille il arrive toujours au cerveau quelques impressions externes qui modifient plus ou moins ses opérations propres, et rectifient à certain degré les erreurs de l'imagination : au lieu que dans le sommeil tout se passe à l'intérieur; les impressions internes deviennent par conséquent plus vives ou plus dominantes; les illusions sont entières , et les déterminations qui s'y lient ne rencontrent aucun obstacle dans des impressions contraires reçues par les sens.

Les points ci-dessus, encore une fois, me paraissent suffisamment éclaircis : poursuivons notre marche.

Pour entrer en action, pour la communiquer facilement et sans trouble aux différents organes, le système cérébral doit se trouver dans certains états sur lesquels l'observation peut encore fournir quelques lumières. Soit que les impressions lui viennent de ses extrémités sentantes externes et

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internes, soit que, leurs causes agissant dans luimême, les opérations qu'elles excitent lui soient plus spécialement propres , la condition de son intégrité doit paraître la plus indispensable. Mais on n'a pas encore bien établi en quoi consiste l'intégrité du cerveau, de la moelle épinière, du système nerveux en général. Il est certain qu'on peut retrancher des portions considérables de ce système, sans léser les fonctions sensitives de ce qui reste intact , sans porter de désordre apparent dans les opérations intellectuelles. Les organes dont le concours n'est pas indispensable au maintien de la vie sont fréquemment amputés avec leurs nerfs; des portions considérables du cerveau lui-même sont consumées par différentes maladies, sont enlevées par divers accidents , ou par des opérations nécessaires , sans que la sensibilité générale, les fonctions les plus délicates de la vie, et les facultés de l'esprit, en reçoivent aucune atteinte. Il est vrai que ce qui se passe de cette manière, sans inconvénient chez tel individu, peut devenir grave, et quelquefois entièrement funeste, chez tel autre, et que les parties à l'exacte conservation desquelles la nature attache celle de la vie , ou de ses plus importantes fonctions, ne sont pas à beaucoup près les mêmes dans tous les sujets. Mais l'expérience n'en démontre pas moins, elle démontre même mieux, qu'à l'exception de ces organes, qui ne peuvent cesser d'agir sans que la vie elle - même cesse , il est extrêmement difficile

de déterminer le degré où les lésions doivent inévitablement produire tel effet connu. Le cerveau le cervelet lui-même, et les dépendances de l'un et de l'autre, ne font plus aujourd'hui d'exception on peut l'affirmer d'après des observations et des expériences très -sûres); et, quoique leurs maladies vives et subites, surtout lorsqu'elles portent sur le point central , qui forme plus particulièrement l'origine commune des nerfs , deviennent assez constamment fatales , beaucoup d'exemples ont appris que dans les cas moins caractérisés, dans les maladies plus lentes, on ne peut former de pronostic certain touchant la vie ou la mort, la perte ou la conservation des facultés sensitives et intellectuelles.

Nous disons cependant que la pensée exige l'intégrité du cerveau , parce que sans cerveau l'on ne pense point, et que ses maladies apportent des altérations analogues et proportionnelles dans les opérations de l'esprit. Mais j'avoue ingénument que je suis hors d'état d'établir avec exactitude en quoi consiste cette intégrité.

L'intime organisation de la pulpe cérébrale nous est encore assez mal connue; il ne paraît même pas que nos instruments actuels puissent nous y procurer beaucoup de nouvelles découvertes. Nous avons, je crois, épuisé ce que peut l'emploi du microscope, et l'art des injections. Si l'on veut pousser plus loin l'anatomie humaine en général', et celle du système nerveux en particulier, il faut

imaginer d'autres méthodes, d'autres instruments. Aussi , les conditions organiques sans lesquelles ce système remplit mal , ou ne remplit point ses fonctions, sont au moins très -difficiles à déterminer : mais l'observation des maladies et l'ouverture des cadavres ont fourni quelques considérations utiles, qui se lient d'ailleurs très-bien avec les phénomènes ordinaires de la sensibilité. Je vais rapprocher ces différents résultats.

Dans l'état naturel du cerveau l'on s'aperçoit facilement que sa couleur, sa consistance et le volume des vaisseaux qui l'embrassent, ou qui se plongent dans ses divisions, ont été déterminés et réglés par la nature. L'on ne peut douter qu'il n'y ait un rapport direct entre ces circonstances et la manière dont s'opèrent les fonctions de la sensibilité; car, si les unes changent, les autres sont modifiées dans la même proportion. Quand la pulpe est plus ou moins ferme qu'elle ne doit l'être ; quand elle est plus ou moins colorée ; quand ses vaisseaux se trouvent dans un état d'affaissement, ou d'excessive dilatation; quand les fluides qu'ils contiennent ont t^op de consistance ou de ténuité, sont inertes ou acrimonieux, les fonctions sensitives ne s'exercent plus suivant l'ordre établi.

Tantôt on trouve le cerveau dans un état de mollesse particulière : il est abreuvé de sérosités, ou de matières lymphatiques et gélatineuses; sa couleur est ternie ; il est un peu jaunâtre ; ses vaisseaux , presque affaissés , offrent à peine dans

leurs troncs principaux quelques vestiges d'un sang pâle et appauvri. Tantôt la masse cérébrale est, au contraire, d'une consistance plus ferme que dans l'état naturel : sa pulpe a quelque chose de sec, elle est presque friable au toucher; souvent alors ses vaisseaux sont injectés d'un sang vif et vermeil , quelquefois d'un sang épais, noirâtre, et comme poisseux. Quelquefois aussi l'œil y reconnaît les traces d'une véritable inflammation : c'està-dire que , non -seulement les artères et les veines sont dessinées vivement, les unes en pourpre, les autres en bleu plus rougeâtre qu'à l'ordinaire , mais c[ue les membranes blanches et la pulpe elle-même sont tachées en différents points d'un nuage sanglant. Enfin , nous avons déjà remarqué dans le premier Mémoire, que la pulpe pouvait être d'une consistance fort inégale, ferme et sèche dans un point, molle et humide dans un autre ; et qu'il s'y formait assez fréquemment des corps étrangers de divers genres, des ossifications, des noyaux pierreux, des cartilages, des squirrhes, etc.

Telles sont en général les dispositions organiques du cerveau, dont l'anatomie médicale a fourni les exemples et les preuves. Or, la comparaison de beaucoup de cadavres a mis en état de rapporter ces divers phénomènes aux dispositions sensitives qui leur correspondent pendant la vie.

Mais l'observation de l'homme sain et malade nous fournit d'autres faits géne-raux , qui , sans

pouvoir se lier avec la même évidence à des états organiques bien constants du système cérébral, n'en doivent pas moins être considérés comme exprimant les lois principales suivant lesquelles s'exécutent ses fonctions.

Pour que les impressions soient reçues, ou agissent convenablement, il faut qu'elles aient une certaine vivacité déterminée; qu'elles se portent de la circonférence au centre , pour produire le sentiment, et reviennent ensuite du centre à la circonférence, pour produire le mouvement; le tout avec une vélocité moyenne : il faut que le sentiment ne soit point émoussé, point languissant, mais qu'il ne soit point trop vif et tumultueux ; que le mouvement le suive avec la vitesse de l'éclair , mais qu'il ne soit point inquiet et précipité. Si les impressions sont faibles , vagues , traînantes , les déterminations se forment avec lenteur, et d'une manière incomplète. Si les impressions sont excessivement profondes , dominantes ou rapides, les déterminations prennent divers caractères nouveaux, plus ou moins analogues, qui peuvent les dénaturer également.

On voit, par exemple, des hommes dont les pensées et les volontés ne semblent naître qu'après coup, et manquent essentiellement du degré d'énergie et d'activité convenable. On en voit d'autres , au contraire, qui s'efforcent vainement de secouer certaines impressions dominantes, et qui manifestent dans leurs idées , comme dans leurs

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penchants , une tournure exclusive et opiniâtre. On en voit qui , démêlant avec peine une foule de choses qu'ils sentent à la fois , ne se donnent pas le temps d'en comparer les éléments divers, et dont en conséquence toutes les habitudes pren nent un caractère de précipitation qu'ils ne paraissent pas les maîtres de modérer.

Sans doute il existe des rapports directs entre la manière dont le sentiment se forme, et celle dont le mouvement se détermine : la proposition , présentée ainsi d'une manière générale, ne souffre point d'objection. Mais, comme on rencontre ici des faits qui semblent au premier coup d'œil entièrement contradictoires , il faut commencer par bien éclaircir les circonstances qui les caractérisent , si l'on veut arriver à des résultats complets et satisfaisants.

Un sentiment obscur et faible produit des mouvements incertains et sans énergie : mais il ne s'ensuit pas que les organes moteurs soient toujours alors dans un état de faiblesse radicale. D'autre part, quoiqu'un sentiment vif produise des mouvements prompts et forts, du moins relativement ^ il ne s'ensuit pas non plus que ces mêmes organes aient alors un grande force réelle. Il n'y a pas de doute que les forces motrices sont entretenues par l'influence des forces sensitives; et quand celles-ci s'éteignent ou cessent d'agir, celles-là s'éteignent également , ou languissent et s'affaissent. Mais pour que la sensibilité soit une source de vie et d'ac- 3. i3

lion , il faut qu'elle s'exerce d'une manière régulière, et suivant l'ordre de la nature. Des impressions troj3 vives et trop multipliées altèrent, usent, ou appauvrissent singulièrement l'énergie musculaire. Les hommes très-sensibles sont faibles en général; non que leur sensibilité tienne toujours à la faiblesse de leurs organes, mais parce que le principe même des mouvements , la cause nerveuse qui les détermine , employée avec excès dans cette réaction que nous avons dit être nécessaire pour sentir, ne saurait s'appliquer à celle qui l'est plus évidemment encore pour exécuter les mouvements.

Chez ces hommes donc, les mouvements sont vifs et précipités ; mais ils n'ont pas une énergie stable. La précipitation devient telle quelquefois, qu'ils vivent dans un état continuel de mobilité. Sensibles à toutes les impressions, ils obéissent à toutes en même temps; et, comme elles se multiplient sans terme et sans relâche, ils paraissent ne savoir à laquelle entendre. J'ai vu des femmes vaporeuses, et même quelques hommes hypocondriaques , surtout de ceux dont l'état tient à l'abus des plaisirs de l'amour, qui tressaillaient au moindre bruit, que le moindre mouvement exécuté devant eux mettait dans une véritable agitation. Chez Mesmer , quelques-unes des femmes éminemment nerveuses, dont son baquet était le rendez-vous, semblaient dans l'impossibilité de voir faire un gesle sans en être émues. Les mé-

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decins hollandais et anglais nous ont conservé l'histoire d'un homme si mobile , qu'il se sentait forcé de répéter tous les mouvements et toutes les attitudes dont il était témoin : si alors on l'empêchait d'obéir à cette impulsion, soit en saisissant ses membres , soit en lui faisant prendre des attitudes contraires, il éprouvait une angoisse insupportable. Ici , comme on voit, la faculté d'imitation se trouve portée jusqu'au degré de la maladie : et , quoique cette faculté soit la principale source de notre perfectionnement, il est aisé de sentir que lorsqu'elle passe certaines limites , elle rend incapable de réfléchir, et même de former une volonté.

Ces rapports alternatifs des forces sensitives et des forces motrices , nous font voir pourquoi dans l'épilepsie et dans la manie furieuse, où les sens externes reçoivent une moindre somme d'impressions , les organes moteurs acquièrent un surcroît souvent inconcevable d'énergie : c'est précisément le cas inverse de ces états de débilité musculaire dont nous venons de parler, et qui dépendent d'une excessive sensibilité. Ces rapports font voir très- ' nettement aussi l'immédiate liaison de la cause qui sent avec la cause qui meut ; et l'on est directement conduit à reconnaître que tous les mouvements ont leurs points d'appui dans le sein du système cérébral , comme toutes les impressions quelconques y vont chercher leurs points de réunion.

Ainsi donc, les forces motrices s'engourdissent et s'éteignent quand la sensibilité, par son influence vivifiante, par son action continuelle et régulière , ne les renouvelle pas : mais elles se dégradent également, elles perdent de leur stabilité , de leur énergie, quand les impressions sont trop vives, trop rapides, trop multipliées. Nous savons, à n'en pouvoir douter , que l'épuisement qui suit les plaisirs de l'amour dépend bien moins des pertes matérielles qui les accompagnent , que des impressions voluptueuses qui leur sont propres. D'autres émotions de plusieurs genres laissent également après elles , lorsqu'elles sont vives ou profondes , un sentiment durable de fatigue dans tout l'organe nerveux : et les efforts de l'imagination, ou de la méditation, qui consistent les uns à recevoir et reproduire, les autres à reproduire et comparer les impressions en l'absence des objets, ne causent pas une moindre lassitude que les plaisirs les plus énervants, ou les travaux manuels les plus pénibles. C'est là principalement ce qui rend le sommeil nécessaire ; car il faut surtout interrompre les sensations : c'est là ce qui le rend plus nécessaire encore peut-être aux penseurs, aux hommes dont le moral est très-dé veloppé, qu'aux hommes de peine, dont les muscles fatigués ont, il est vrai, besoin de repos, mais qui sentant moins et pensant peu, ne s'épuisent point, comme les premiers, par le seid effet de la veille. Les femmes qui reçoivent en général des impressions plus

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multipliées ou plus diverses, et quelques hommes qui se rapprochent d'elles par leur constitution primitive, ou par leurs maladies, ne peuvent également se passer d'un long sommeil. Sa longueur nécessaire peut se mesurer en quelque sorte sur la cj^uantité des sensations , autant et plus que sur celle des mouvements. J'ai connu quelques personnes qui, ne fermant presque pas l'œil depuis plusieurs années , étaient par conséquent dans l'impossibilité de se soustraire entièrement à l'action des objets extérieurs, ou au travail de la mémoire et de l'imagination; mais qui chaque jour éprouvaient, une ou deux fois, une espèce d'engourdissement périodique de quelques heures, pendant lequel elles devenaient à peu près incapables de sentir et de penser.

Une autre considération résulte encore ici de l'examen réfléchi des faits : c'est que l'énergie et la persistance des mouvements se proportionnent à la force et à la durée des sensations. Je dis à leur force et à leur durée, car nous venons de voir que des sensations trop vives, trop rapides, trop multipliées , produisent un effet contraire. Cette considération se lie parfaitement à tout ce qui précède : elle conduit à des vues nouvelles sur le caractère des déterminations, relativement à celui des impressions dont elles naissent, et des organes où ces impressions sont reçues ; elle établit plus nettement encore le rapport véritable des forces sensitives et des forces motrices ; elle peut

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même servir à rendre raison de leurs balancements alternatifs, c'est-à-dire, de ces circonstances où les unes paraissent agir d'autant moins que l'excitation des autres est plus considérable.

Les premiers physiologistes avaient observé déjà que les habitudes du système musculaire , ou moteur , sont dans une espèce d'équilibre singulier avec celles du système nerveux ou sensitif. Une énergie extraordinaire, une ténacité quelquefois merveilleuse dans les mouvements, se trouve unie, chez certains sujets, à une manière de sentir forte, profonde, en quelque sorte ineffaçable. Cette disposition , quand elle est constante et suffisamment prononcée , forme un tempérament à part, ou plutôt diverses nuances de tempérament, qui se rapprochent et se tiennent par ce point commun , la persistance de toutes les habitudes. Mais on peut penser que les impressions ne sont profondes et durables, que parce que les fibres élémentaires des organes sont fortes et tenaces; qu'ainsi, les forces sensitives peuvent se trouver modifiées par l'état des forces motrices, plutôt qu'elles ne les modifient, ou ne les déterminent elles-mêmes. Rien ne paraît, en effet , plus vraisemblable au premier coup d'œil : et comme cette observation seule pourrait établir entre elles une distinction plus évidente, il est assez remarquable que Haller et ses disciples n'aient pas pris la question par ce côté, qui leur offrait des arguments bien plus solides que la plupart de ceux

tloiit ils s'étayent. Il est vrai que de nouveaux laits ne tardent pas à réformer cette première conclusion. Les muscles les plus robustes, comme il suit de ce que nous avons dit plus haut, s'énervent par le seul effet de sensations trop vives ou trop multipliées , reçues par l'individu , toutes choses restant égales d'ailleurs : et lorsque certains accidents changent le caractère des sensations chez les personnes même faibles et languissantes ; lorsque , par exemple , certaines maladies appliquent directement au système nerveux des causes d'impressions fortes, profondes et durables, ou que seulement elles le rendent susceptible de recevoir de semblables impressions du dehors, les muscles les plus débiles acquièrent sur-le-champ la faculté d'exécuter des mouvements d'une énergie et d'une violence qu'on a peine à concevoir (i).

C'est ainsi qu'on voit souvent des femmes vaporeuses qui, dans leur état habituel, peuvent à

(i) Ce n'est pas que l'état de l'organe cellulaire et celui de la libre charnue n'influent directement à leur tour sur la sensibilité ; nous aurons plusieurs fois occasion d'en faire la remarque dans les tableaux des âges, des sexes et des tempéraments; mais nous verrons aussi que les dispositions des parties insensibles (*) sont toujoui-s déterminées d'avance par les dispositions primordiales ou accidentelles du système nerveux.

(*) C'est-à-dire, dont la sensibilité ne se manifeste point dans l'élat naturel.

peine se tenir debout, vaincre dans leurs accès convulsifs des .résistances qui seraient au-dessus des forces de plusieurs hommes réunis. C'est ainsi que dans les affections mélancoliques, dans la rage, et surtout dans les maladies maniaques, des hommes faibles et chétifs brisent les plus forts liens , quelquefois de grosses chaînes, qui seraient dans l'état naturel capables de déchirer tous leurs muscles : ce qui, pour le redire en passant, établit une bien grande différence entre les forces mécaniques de la fibre musculaire, et les divers degrés des forces vivantes qui l'animent. C'est encore ainsi que dans toutes les passions énergiques, chaque homme trouve en lui-même une vigueur qu'il ne soupçonnait pas , et devient capable d'exécuter des mouvements dont l'idée seule l'eût effrayé dans des temps plus calmes. Et l'on ne peut pas dire qu'on ne fait alors que reconnaître en soi, que mettre en action des forces existantes, mais assoupies : les observations générales que je viens d'indiquer prouvent qu'il se produit alors véritablement de nouvelles forces par la manière nouvelle dont le système nerveux est affecté. Je fais au reste ici , comme il est aisé de le voir, abstraction des dérangements que les émotions profondes peuvent occasioner dans les fonctions ^es organes réparateurs : dérangements qui, par parenthèse, ne détruisent pas toujours, à beaucoup près, les forces musculaires, ou la cause immédiate des mouvetnents.

Mais nous devons également tenir compte d'une dernière considération, sans laquelle les opérations du système nerveux demeurent enveloppées de beaucoup d'incertitudes : il est surtout nécessaire de ne pas la négliger , si l'on veut se faire des notions exactes du caractère des idées et des déterminations , ou des traces que les unes laissent après elles, et des habitudes dans lesquelles les autres se tranforment.

A mesure que les sensations diminuent ou deviennent plus obscures, on voit souvent les forces musculaires augmenter , et leur exercice acquérir un nouveau degré d'énergie. Les maniaques deviennent quelquefois presque entièrement insensibles aux impressions extérieures ; et c'est alors surtout qu'ils sont capables des plus violents efforts. Les sujets stupides ou bornés, les épileptiques qui, pour l'ordinaire, ont des sensations très -engourdies, en un mot, tous les hommes qui sentent moins que les autres, paraissent avoir généralement des forces musculaires plus considérables. Plusieurs bons observateurs en ont déduit la règle , que ces forces sont en raison inverse de la. sensibilité , et réciproquement. Mais , avec un peu de réflexion, il est aisé de reconnaître qu'il y a quelque confusion dans ce résultat : j'en trouve la preuve dans les faits mêmes qu'on allègue. L'augmentation des forces , chez les épileptiques et chez les maniaques, coïncide, j'en conviens, avec l'affaiblissement, ou même avec l'entière cessation des

impressions extérieures : mais ce n'est pas de cette circonstance qu'elle tire sa source. La pratique de la médecine et l'anatomie médicale nous apprennent qu'elle est due à de puissantes impressions, dont les causes s'appliquent directement au système cérébral, et qui produisent en même temps la stupeur des sens externes. Chez les hommes d'un esprit borné, mais d'ailleurs sains et vigoureux, les impressions d'après lesquelles les déterminations musculaires acquièrent ce degré d'énergie, ont toujours également leur principe immédiat dans le système cérébral, ou dans les autres organes internes. Or, la mesure de l'intelligence se tire de l'étendue et du caractère des notions que nous avons acquises sur les objets environnants; et l'imbécillité sera d'autant plus complète, que les impressions reçues par les organes des sens seront moins vives, moins profondes et moins variées.

On peut entrevoir maintenant le but vers lequel nous marchons; et l'on sent, je crois, la sûreté du fil qui nous dirige.

§ IV-

Sortons des mouvements musculaires proprement dits, et revenons aux images que se retrace, et aux déterminations que forme directement le système nerveux. Mais nous avons déjà vu qu'elles sont bien éyidemment produites les unes et les

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autres par des mouvements exécutés dans le sein de ce système : nous pouvons donc rapporter ses opérations immédiates aux mêmes lois qui règlent l'action d'un membre quelconque. Or, que se passe- 1 -il quand un membre se meut? La cause du mouvement lui est transmise par les nerfs; et cette cause se proportionne à des impressions reçues et combinées dans un centre nerveux. En d'autres termes , tout mouvement est précédé d'impressions analogues : ce sont elles qui le déterminent ; et toujours il en garde le caractère. Nous devons retrouver le même ordre de phénomènes dans les opérations propres de l'organe cérébral. Ainsi donc, puisque les faits nous apprennent que les mouvements produits par des causes qui agissent d'une manière immédiate sur le système nerveux lui-même, sont les plus persistants et les plus forts, qu'ils dominent constamment et quelquefois étouffent ou masquent tous les autres, ou plutôt que leurs causes ne paraissent alors pouvoir être distraites, dans l'action qu'elles exercent, par aucun autre genre d'impressions, il est évident aussi que les idées, les déterminations, les souvenirs , les habitudes, lesquelles ne sont elles-mêmes que des souvenirs de déterminations ou d'idées; il est évident, dis -je, que toutes ces opérations doivent devenir essentiellement dominantes, lorsqu'elles dépendent du même genre de causes. Et c'est en effet ce que nous voyons clairement chez les maniaques , chez

les visionnaires, et chez certains mélancoliques qui se rapprochent des uns ou des autres. Les objets extérieurs , les nécessités même les plus pressantes de la vie, ne peuvent souvent les tirer de leurs rêveries accoutumées, et faire diversion à leurs habitudes opiniâtres.

En second lieu, puisque les organes internes sont dans une activité constante, et qu'il se fait entre eux et le centre cérébral un échange continuel d'impressions et de mouvements, les idées, les affections et les habitudes qui dépendent de leurs fonctions, doivent obtenir le second rang | en énergie, en persistance et en ténacité. Tel est i aussi le caractère essentiel des déterminations in- \ stinctives, qui, d'après l'analyse faite dans le pré- ! cèdent Mémoire, tiennent plus particulièrement I au développement successif et aux fonctions propres de ces organes internes; mais dont il ne faut pas, à la vérité, séparer les fonctions directes et le développement de l'organe nerveux lui-même, qui, sans doute, y entrent pour une part consi-* dérable. f,j

Troisièmement, puisque les organes des sens ne sont point dans une activité continuelle , et que chaque jour, pendant le sommeil, ils cessent presque entièrement de recevoir des impressions;puisque d'ailleurs ils ne peuvent en recevoir tous à la fois, et que celles qui se rapportent à l'un, surtout lorsqu'elles sont un peu vives , émoussent ou même absorbent entièrement celles qui se

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rapportent à l'autre; puisqu' enfin ils sont exposés à éprouver de continuelles diversions de la part de différents organes internes : leurs impressions doivent évidemment avoir un degré plus faible de force ou de profondeur; elles doivent laisser des traces moins durables, ou des souvenirs moins familiers. Et maintenant, si l'on peut déterminer quels sont parmi les organes des sens ceux auxquels les causes extérieures s'appliquent avec le plus d'énergie ou de persistance , il ne sera peutêtre pas difficile de classer les idées ou les habitudes qu'elles produisent, relativement au degré de mémoire particulier à chacun de ces organes. En outre, s'il est vrai, comme semble l'indiquer l'observation la plus attentive des phénomènes, que , par la nature de leurs fonctions , les organes des sens se rapprochent plus ou moins de l'organe immédiat de la pensée; leurs extrémités nerveuses étant inégalement modifiées dans leur manière de sentir, suivant la structure de leurs gaines et les dispositions des parties non sensibles qui les recouvrent ou les environnent , nous aurons encore un moyen de classer les diverses idées, déterminations, habitudes, etc.; nous pourrons assigner plus nettement la cause de leurs différences.

Quelques anthropologistes disent que les opérations de certains sens sont plus près de l'état spirituel que celles des autres; que les premiers semblent plus appartenir kXesprity tandis que les

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seconds tiennent plus à la matière organisée. Il est facile de voir que si ces écrivains avaient eu quelque idée claire dans la téte en s'exprimant ainsi, c'eût été celle que je viens d'énoncer en d'autres termes ; et je n'ai pas besoin de dire pourquoi j'écarte ceux dont ils se sont servis.

Les nerfs ne paraissent différer entre eux ni par leur substance , ni par leur structure. La pulpe cérébrale se distribue avec uniformité dans les troncs principaux : elle y est entièrement homogène , et la manière dont les filets intérieurs sont rangés et distribués par paquets établit une ressemblance particulière entre un nerf et un nerf. En les examinant à leurs extrémités, il est impossible d'y saisir de différences; et si les recherches se portent sur cette substance caséiforme^ qu'ils laissent échapper lorsqu'on les coupe trans-" versalement, on voit qu'elle est la même dans tous ; qu'elle est identique avec celle que le cerveau , la moelle allongée et la moelle épinière fournissent aux troncs principaux dont ils sont l'origine commune. Ce n'est pas seulement au scalpel , à l'œil , au microscope que cette substance se montre toujours la même : examinée par la chimie, on n'y remarque aucune différence , ni par rapport à ses produits , ni par rapport aux phénomènes de sa décomposition.

l".t quant à l'enveloppe extérieure des nerfs, on iTignore pas que c'est un simple tissu cellulaire épaissi, dont les fonctions semblent se borner à loger en sûreté leur pulpe , et à lui donner la consistance et la ténacité nécessaires pour résister ;iu froissement des parties environnantes. Tout nous porte donc à croire que la différence des impressions tient à la structure différente, non (les nerfs , mais des organes dans lesquels ils sentent; à la manière dont leurs extrémités y sont épanouies, à celle dont les causes des impressions agissent sur leurs épanouissements. Voyons

Tanatomie et la physiologie peuvent nous fournir quelques lumières à cet égard. Je n'entrerai point dans de grands détails; ils sont presque toujours inutiles pour l'intelligence des lois de la nature ; ils pourraient ici jeter de l'embarras sur (les idées qui n'auront de prix que par leur évidence et leur simplicité.

Toutes les impressions peuvent , et doivent même , se rapporter au tact. C'est , en quelque sorte , le sens général : les autres n'en sont que (les modifications ou des variétés. Mais le tact de l'œil, qui distingue les impressions de la lumière, <'t celui de l'oreille , qui remarque et note les vibrations sonores , ne se ressemblent point entre «'ux : ils ne ressemblent pas davantage l'un et l'autre au tact de la langue ou de la membrane pituitaire , dont la fonction est de reconnaître les -^iiveurs ou les odeurs, ni même à celui de l'or-

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gane externe , dont les opérations sont^ relatives à des qualités, en quelque sorte, plus matérielles des corps, telles que leur forme extérieure, leur volume, leur température, leur consistance, etc.

Ce dernier , ou le toucher proprement dit , s'exerce par toute la peau, qu'on peut en considérer comme l'organe spécial. La peau est for-' mée de feuillets cellullaires plus ou moins épaissis, de vaisseaux infiniment déliés , et de filets nerveux. Ce sont les filets nerveux qui l'animent et lui prêtent le sentiment. En se terminant à sa surface externe, ils se dépouillent de leur première enveloppe, laquelle se divise en lambeaux frangés, et va se perdre dans le corps qu'on nomme réticulaire. Dépouillée de son enveloppe la plus grossière , l'extrémité du nerf s'épanouit , et s'é- ' lève entre les mailles de ce réseau muqueux ; elle prend la forme d'un petit fungus ou d'un mamelon. Dans cet état, il s'en faut grandement que la pulpe nerveuse soit à nu ; des couches d'un tissu i cellulaire condensé l'environnent encore , sous ! forme de membrane; et ce n'est qu'à travers ces intermédiaires, devenus plus ou moins épais, suivant l'action plus ou moins forte et continue des corps extérieurs, ce n'est qu'à travers ces espèces de langes que le nerf reçoit les impressions. Les mamelons sont même logés dans des sillons ou rainures tracées sur la peau, ce qui les dérobe encore à l'action trop vive ou trop immédiate des j corps; et ces sillons, plus profonds à l'extrémité

(les doigts , où les mamelons sont aussi plus nombreux, s'y trouvent d'ailleurs rangées en spirales, de sorte que les fonctions tactiles peuvent et doivent s'y exercer de tous les côtés et sur tous les points.

Dans l'organe spécial du goût, la nature ne paraît pas s'être beaucoup écartée de cette forme, qu'on peut regarder comme la plus générale. Les nerfs de la langue se terminent également par des mamelons , mais qui sont plus saillants , plus spongieux, plus épanouis. Le tissu cellulaire qui les entoure est plus lâche , leurs gaines plus inégales ; ils sont inondés de sucs muqueux et lymphatiques. Au reste , la langue n'est pas l'organe exclusif du goût : on a cité plusieurs exemples de personnes qui l'avaient perdue tout entière par l'effet de différentes maladies, et qui goûtaient fort bien les aliments. L'anatomie en peut même assigner la raison; car elle a découvert des mamelons semblables à ceux de la langue dans l'intérieur des joues , au palais , et dans le fond de la bouche.

La membrane pituitaire qui revêt les cavités des narines , ainsi que les sinus maxillaires et frontaux , n'est pas uniquement composée de tissu muqueux, de vaisseaux et de nerfs; elle est en outre parsemée d'une quantité considérable de glandes. Mais les nerfs, ou plutôt les filets nerveux , y sont innombrables. Ils viennent des olfactifs qui forment la première paire , et qui sor- 3. i4

tent du crâne par les porosités de l'os ethmoïde. L'ophthalmique leur fournit aussi une branche, et c'est vraisemblablement par là que s'établissent les rapports sympathiques entre les yeux et le nez, entre la vue et l'odorat. On peut remarquer, à l'œil nu, que la membrane pituitaire forme une espèce de velouté très-court et très-uni. Les pinceaux en paraissent entièrement muqueux , et les filets nerveux, qui sont ici plus mous que dans l'organe externe et dans l'intérieur de la bouche , se terminent par de petits mamelons , qui sont aussi beaucoup plus fins et plus dépourvus de consistance. Leur enveloppe n'est qu'une gaze légère et transparente , à travers laquelle la pulpe cérébrale, rougie par une foule innombrable de. petits vaisseaux artériels et veineux, dont elle est entourée, bourgeonne en grains délicats.

Quoique les fonctions de l'odorat paraissent plus éloignées du tact simple que celles de l'ouïe , qui semble se borner à reconnaître les vibrations sonores, cependant, comme l'organe interne de l'ouïe est sans cesse baigné par un fluide lymphatique , et que l'air pénètre, au contraire, sans cesse dans les cavités du nez, les extrémités sentantes du nerf auditif, c'est-à-dire, celles de sa partie molle qui vont tapisser l'intérieur de la rampe du limaçon et des canaux demi-circulaires, sont plus délicates et plus muqueuses. Ici la pulpe cérébrale semble s'être dépouillée de presque tout ce qui pouvait offusquer pour elle les impressions. Mais, au reste,

il ne serait pas difficile de faire voir que le nombre et le rapport des vibrations du corps sonore ne forment que le matériel inanimé du son ; sans doute, il s'en faut beaucoup que ce soit là le son lui-même. Les chefs-d'œuvre de Pergoleze, de Paesiello, de Sacchini, ne sont pas une simple suite de frémissements réguliers ; et quand on considère les fonctions admirables de l'ouïe , même en faisant abstraction de l'influence que ce sens exerce par la parole sur les opérations intellectuelles, on voit qu'il est autant au-dessus de l'odorat par l'importance et l'étendue de ces mêmes fonctions , que les épanouissements du nerf auditif sont, par leur mollesse, au-dessus de ceux du nerf olfactif. La gradation de la nature n'est donc troublée ici par aucune anomalie organique.

Enfin, dans la rétine ou dans l'expansion du nerf optique, qui est le véritable organe de la vue, la nature est allée encore plus loin : car les extrémités du nerf auditif forment un tout solide avec la membrane sur la surface de laquelle elles sont épanouies. Mais l'expansion du nerf optique n'est , en quelque sorte , qu'une mucosité flottante; le réseau membraneux qui la recouvre par ses deux faces, celle qui regarde le corps vitré, et celle qui s'applique à la choroïde , est d'une telle ténuité , que l'eau pure n'est pas plus transparente; et, quoique la rétine elle-même admette un assez grand nombre de vaisseaux dans sa struc-

ture , la pulpe nerveuse y peut être regardée comme à peu près entièrement à nu.

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