PREMIER MÉMOIRE
Considéraizons générales sur l'étude de l'homme, et sur les rapports de son organisation physique avec ses facultés.
INTRODUCTION
C'EST une belle et grande idée que celle de considérer toutes les sciences comme les rameaux d'une même tige
Aucunes de ces branches ne sont unies plus étroitement, que 1 étude physique de l'homme et celle des procédés de son intelligence.
C'est pour cela que l'Institut avait placé des physiologistes dans la section de l'analyse des idées.
Nous sentons : et des impressions que nous recevons dépendent à la fois nos besoins et l'action des instruments destines a les satisfaire.
Nous sommes déterminés à agir, avant de nous être rendu compte des moyens , et même de nous être fait une idée précise du but que nous devons atteindre.
C'est la marche constante de l'homme : elle se retrouve dans tous ses travaux.
La philosophie rationnelle et la physiologie ont toujours marche de front. .
§ II
Les premiers sages de la Grèce cultivèrent la médecine, la
lodnue et la morale, , .
Pythagore, Démocrite , Hippocrate, Arxstote et Epicure, fondèrent aussi leurs systèmes rationnels et leurs pnncxpes moraux sur la connaissance physique de l'homme
On n'a point les écrits de Pythagore : ma.s la doctnne de la métempsycose et celle des nombres prouvent quxl avax bien observé les éternelles transmutations de la matière, et la périodicité constante de toutes les opérations de la nature.
On ne connaît pas davantage les écrits de Démocnte : mais, puisqu'il faisait des dissections, il sentait le prix de 1 observation et de l'expérienee.
Nous connaissons mieux Hippocrate. Ses écrits nous prouvent qu'il avait, comme il le dit lui-même, porte a philosophie dans la médecine, et la médecine dans la philosophie.
Aristote est également recommandable par ses observations et par ses théories.
Épicure suivit les traces de Démocrite. Mais il Bt un emnloi vicieux du mot volupté.
Bacon, le restaurateur de l'art du raisonnement et le renovateur de l'esprit humain , s'était occupé d'une manière particulière de la physique animale.
On en peut dire autant de Descartes.
Hobbes, l'élève de Bacon, n'avait pas cet avantage. Mais il est éminemment remarquable par la perfection de son lan-
^Tocke, au contraire, qui a fait faire tant de progrès à la philosophie rationnelle , avait étudié l'homme physique. ^ Charles Bonnet était encore meilleur naturaliste que métaphysicien. - ^ TT„1
Il est à regretter que ce genre de mérite ait manque a Helvétius et à Condillac.
§ III
La sensibilité est le dernier terme des phénomènes qui composent ce que nous appelons la vie; et elle est le premier de ceux dans lesquels consistent nos facultés intellectuellesainsi, le moral n'est que le physique considéré sous un autre point de vue.
Du moment que nous sentons, nous sommes; nous connaissons notre existence.
Et dès que nous avons pu nous assurer que la cause de nos impressions réside hors de nous, nous avons une idée de ce qui n'est pas nous.
La différence de nos impressions nous apprend la différence qui existe entre leurs causes, du moins relativement à nous
Il n existe pour nous de causes, que celles qui peuvent agir sur nos moyens de sentir; et de vérités, que des vérités relatives à la manièi^ de sentir générale de la nature humaine.
Mais cette manière de sentir n'est pas toujours exactement la même.
Elle est différente entre les individus, suivant le sexe et suivant l'organisation primitive ou le tempérament.
Elle varie dans le même individu, suivant Vâge, et suivant 1 état de santé ou de maladie.
Elle est modifiée dans tous par le climat et par l'ensemble des habitudes physiques, ou le régime.
C'est là ce que doivent méditer le philosophe, le moraliste et le législateur; c'est ce qu'avaient déjà observé les anciens.
§ IV
Ils avaient distingué quatre tempéraments, ou constitutions physiques différentes, auxquelles correspondaient des dispositions morales analogues.
ANALYTIQUE. 4^1 Ils appelaient tempérament tempéré, par excellence, celui qui elt formé par le mélange le plus heureux des quatre autres.
C'est une espèce de beau idéal, dont se rapprochent plus ou moins tous les tempéraments tempérés réellement existants.
Les modernes ont perfectionné et rectifié cette doctrine; ils n'ont pas tout attribué à certaines humeurs.
Ils ont pris en considération la prédominance ou des forces sensitives, ou des forces motrices;
La proportion des solides et des fluides;
Le développement , et la force ou la faiblesse relatives de
certains organes;
Leurs communications sympathiques ;
Enfin, l'action des maladies sur le moral, même avant que cette action vicieuse devienne ou délire, ou manie.
§ VI
Pour pousser plus loin' ces recherches, il faut surtout étudier les organes particuliers du sentiment.
Des expériences directes ont montré que ce sont bien véritablement les nerfs qui sentent ;
Que c'est dans le cerveau, dans la moelle allongée, et vraisemblablement aussi dans la moelle épinière, que l'individu perçoit les sensations ;
Et que l'état des viscères abdominaux influe fortement sur
la formation de la pensée.
Beaucoup d'observations éparses jettent du jour sur plusieurs conséquences de ces vérités générales.
Ainsi il est prouvé que la connaissance de l'organisation répand déjà beaucoup de lumières sur celle de la formation des idées.
Il faut encore qu'elle fournisse les bases de la morale.
La saine raison ne i^eut les chercher ailleurs : car les rapports des hommes dérivent de leurs besoins; et leurs besoins moraux ne naissent pas moins de leur organisation , que leurs besoms physiques, quoique moins directement.
L'usage des signes de nos idées nous est nécessaire pour penser : et leur emploi fait naître en nous cette disposition appelée sympathie, par laquelle l'homme jouit et souffre avec i ses semblables et, par suite, avec beaucoup d'autres êtres.
§ VIL
La connaissance de ces objets nous donne beaucoup de moyens d'mfluer sur le perfectionnement même de nos organes et de nos facultés.
On va donc les traiter dans l'ordre qui suit :
Histoire physiologique des sensations; Influence,
1° Des âges,
2° Des sexes,
3° Des tempéraments,
4° Des maladies,
5° Du régime,
6° Du climat.
Sur la formation des idées et des affections morales , Considérations sur la vie animale, l'instinct, la sympathie, le sommeil et le délire. • Influence, ou réaction du moral sur le physique. Tempéraments acquis.