‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 4)Chapitre 21 sur 40 · S- II · texte numérisé non relu

S- II

Vivre, c'est sentir.

Se mouvoir, est le signe de la vitalité.

Mais beaucoup de nos mouvements sont volontaires; d'autres s'exercent sans notre participation. Des effets si divers peuvent-ils être imputés i\ la même cause, la sensibilité?

Expérience. Quand on -lie, ou coupe tous les troncs des nerk d une partie, au même instant elle devient entièrement insensible, et la faculté de tout mouvement volontaire sV trouve abolie : celle de recevoir quelques impressions et de produu-e de vagues mouvements de contraction subsiste en core quelque temps; et bientôt arrivent la cessation totale de la vie, et la décomposition.

Conséquence. Les nerfs sont le siège particulier de la sensibilité. Ce sont eux qui la distribuent dans tous les organes dont Ils forment le lien général et alimentent la vie ' Les impressions isolées, les mouvements irréguliers qui subsistent encore quelques instants après la section, tiennent

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L'irritabilité n'est qu'une conséquence de la sensibilité, et

le mouvement un effet de la vie : car les nerfs sentent, nii ne se meuvent pas. Ils sont l'ame du mouvement des muscles, mais ne sont point irritables directement.

§ III

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sibilité, . que de la sensibilité seule dépendent les percep-

ùons 3, reproduisent en nous; 3" que les mouvements volontaires ne s exécutent qu'en vertu de ces perceptions; et que les organes moteurs sont soumis aux organes sensitifs et ne sont animés et dirigés que par eux; 4° que les mouvements mvolontaires et inaperçus dépendent d'impressions reçues dans les organes, lesquelles sont dues à leur sensibilité Observez pourtant que, quoique nous soyons fondés à ^1-tinguer la faculté de sentir de celle de se mouvoir, ni ne i^ouvons concevoir l'action de sentir, pas plus qu'a'ucune auie action, sans un mouvement quelconque opéré- et

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ANALYTIQUE. 4^5 Quoi qu'il en soit, il est certain que nous recevons des impressions qui nous viennent de l'extérieur, et d'autres qui viennent de l'intérieur. Nous avons ordinairement la conscience des unes : le plus souvent nous ignorons les autres, et par conséquent la cause des mouvements qu'elles déter-

minent. . ^ ' r '

Les philosophes analystes paraissent avoir souvent néglige ces dernières, et donné exclusivement aux autres le nom de sensations.

§ IV

Dans ce sens restreint du mot sensation, il est hors de doute que toutes nos idées et nos déterminations ne viennent, pas des sensations ; car beaucoup sont dues à des impressions internes , résultantes du jeu des différents organes. ^

Il resterait, i° à déterminer quelles sont les idées et les déterminations qui dépendent particulièrement de ces impressions internes , à les classer de manière qu'on pût assigner, à chaque organe celles qui lui sont propres.

Cette deuxième opération est évidemment impossible ; puisque l'individu n'a point la conscience de ces impressions, ou du moins ne l'a que confusément, et que les rapports du sentiment au mouvement y demeurent inaperçus pour lui. La première est possible à un certain pomt.

On doit rapporter aux impressions internes, i° les déterminations qui se manifestent dans l'enfant et dans les jeunes animaux au moment de la naissance, et les passions qui se manifestent aussitôt sur leurs physionomies; 2" celles qui • tiennent au développement des organes de la génération; 3» celles relatives, dans certaines espèces, à des organes qui n'existent pas encore; 4° l'instinct maternel; 5" les effets de la mutilation : en>un mot, tout ce que l'on appelle insunct, par opposition à ce qu'on appelle détermination raisonnee.

Le mot instinct, dans cette acception, a une signification très-conforme ;\ son étymologie (impulsion intérieure); et l'on voit pourquoi il est supérieur dans les espèces où il est moins troublé par le raisonnement.

C'est un pas de fait. Mais il reste uue grande lacune entre les impressions, soit internes, soit externes, d'une part, et les idées et les déterminations morales, de l'autre. La philosophie rationnelle a désespéré de la remplir ; la physiologie ne l'a pas encoi'e tenté : voyons ce qu'il est possible de faire pour la diminuer.

§ VL

1° On ne peut concevoir la sensibilité sans douleur, ou. sans plaisir.

2° Dans le premier cas , il y a constriction des extrémités sentantes; dans le second, il y a épanouissement.

3° Pour produire le sentiment, l'organe sensitif réagit sur lui-même; comme, pour produire le mouvement, il réagit sur l'organe moteur.

4° La sensibilité agit à la manière d'un fluide dont la quantité est déterminée : si elle se porte avec abondance dans un de ses canaux, elle diminue proportionnellement dans les autres.

5° La réaction part toujours d'un des centres nerveux; et l'importance de ce centre est proportionnée à celle des fonctions vitales que cette réaction détermine, et à l'étendue des organes qu'elle met en jeu.

§ VIL

Mille faits particuliers, mille exemples de divers centres sensitifs manquant en tout, ou ea partie, pi'ouvent ces vérités, et nous montrent le cerveau, ou centre cérébral, comme le digesteur spécial, ou l'organe sécréteur de la pensée; et les centres inférieurs, comme les causes suffisantes des fonctions vitales et des facultés instinctives.

§ VIII

CONCLUSION

Les conclusions particulières de ce Mémoire sont celles que nous avons recueillies paragraphe par paragraphe. La conclusion générale est que la devise de la cause première est celle-ci : Je suis ce qui ' est, ce qui a été, ce qui sera ; et nul n'a connu ma nature : et que, pour pénétrer dans ImtelUgence des causes secondes, le grand intérêt de l homme est de se connaître lui-même.

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