‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 4)Chapitre 27 sur 40 · SIXIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

SIXIÈME MÉMOIRE

De L'influence des tempéraments sur la formation des idées et des affections morales.

INTRODUCTION

Il est naturel et raisonnable de chercher des rapports entre tous les effets concomitants.

Il l'est, surtout, d'étudier et de déterminer les relations existantes entre certaines dispositions organiques et certaines tournures d'idées, puisque le physique et le moral ne sont également que les phénomènes de la vie considérés sous deux points de vue différents.

Nous avons déjà vu, dans le premier Mémoire, § IV, que les anciens ont tâché de le faire.

Les plus simples obsei-vations font d'abord apercevoir une correspondance entre les formes extérieures du corps, le caractère de SOS mouvements , la nature et la marche de ses

maladies, la direction des penchants et la formation des habitudes. ,

Il faut ensuite déterminer les conséquences constantes de certaines variations dans la conformation intérieure.

Sa nature consiste principalement dans l'état du système nerveux, du tissu cellulaire, et de la fibre charnue (i) , qm paraît être un composé des deux.

Et le système nerveux doit être considéré comme agissant sur tous les organes qu'il vivifie , et réagissant particulièrement sur les organes moteurs, en conséquence des impressions qu'il reçoit. ^

§ II

Le système nerveux partage , à beaucoup d'égards , la condition des autres parties vivantes.

Dans cet organe , comme dans les autres , un surcroît d action produit un surcroît d'énergie dans les sucs; et celui-ei augmente la sensibilité de l'organe.

Le système nerveux paraît être le réservoir spécial, peut- ^tre même l'organe producteur du phosphore.

§ III

L'organe nerveux a la propriété de condenser le fluide électrique : mais il n'est pas seulement xdio-electrique , il est aussi un excellent conducteur. ^^^^

Et lorsque son activité est plus gianae, ii plus grande quantité d'électricité, comme il produit un, plus grande quantité de phosphore.

^ les phénomènes galvaniques paraissent tenir à ces condensations d'électricité, qui ne se détruisent pas tout a coup au moment de la mort.

(,) Les éléments contractiles de la fibre charnue existent déjà d.ns le sang ; mais Os flottent aussi dans le tissu cellulaire , qux paraU en être le réservoir. „

§ IV

La chimie animale aurait besoin d'être encore éclairée par (le nouvelles expériences; et il est vraisemblable que l'on trouverait qu'aux différences dans les dispositions natives, ou accidentelles des corps vivants, correspondent des variétés dans la combinaison intime de leurs fluides et de leurs solides.

Quant à la manière de sentir de l'organe nerveux, elle varie, suivant le plus ou le moins grand épanouissement de ses extrémités sentantes, et l'état des organes dans lesquels elles se développent.

Elle est modifiée par les variétés de volume de ces organes, relativement les uns aux autres.

Et l'accroissement de volume d'un même organe peut la modifier très -diversement, parce que cet accroissement peut être l'effet de causes très -opposées.

§ VI

Prenons pour exemple le poumon. La vaste cavité de la poitrine, le grand volume du poumon, et celui du cœur, qui l'accompagne ordinairement, produisent une plus grande chaleur vitale et une sanguification plus active.

Joignez à ces circonstances des fibres médiocrement souples et un tissu cellulaire médiocrement abi'euvé, vous aurez les dispositions intellectuelles douces, aimables, heureuses et légères du tempérament sanguin des anciens.

§ vn.

Maintenant, joignez à cette vaste capacité de la poitrine, , et à ce grand volume du poumon et du cœiu' , xxn foie volumi- ' ncux aussi ; fournissant une grande quantité de bile; joignez I encore, à tout ce qui précède, une grande énergie des or-

ANALYTIQUE. 4^5 ganes de la génération , qui en est la conséquence ordinaire : il' s'ensuivra des membranes sèches et tendues , une plus .'randc chaleur, une plus grande vivacité de circulation , des .vaisseaux d'un plus grand calibre, et ime masse de sang plus grande encore que dans le tempérament sanguin proprement

dit. .

De là résulteront encore ces dispositions violentes et ar-

•dentes , et ce sentiment habituel de mal-être et d'inquiétude , ■qui constituent le tempérament bilieux des anciens.

§VIII

Au contraire, si vous supposez une grande mollesse dans les fibres, peu d'énergie dans le foie et dans les organes de la génération, ou une faible activité originaire du système nerveux, toujours avec une grande capacité de la poitrine, le poumon, malgré son grand volume, demeurant inerte, ou empcâté, produira peu de chaleur et de circulation; et vous verrez paraître le tempérament ou pituite ux ,

avec sa douceur, sa lenteur, sa paresse, son inactivité dans toutes les fonctions physiques et intellectuelles , et les caractères ternes qui les manifestent à l'extérieur.

§ IX

Tandis que si, dans le tempérament bilieux si fortement prononcé, vous substituez seulement à la vaste capacité de la poitrine une constriction habituelle du poumon et de la région épigastrique, les résistances deviendront supérieures, la circulation sera pénible et embarrassée ; et la liqueur sémmale devenant le principe presque unique de l'activité du cerveau, vous verrez naître le tempérament mélancolique, avec son caractère chagrin, ses extases, ses chimères.

Tels sont exactement les quatre tempéraments que les anciens avaient observés, quoique en leur assignant des causes mal démêlées.

A ces considérations, il faut en ajouter deux très-importantes : c'est celle de l'énergie sensitive du système nerveux, et celle de son action sur les organes du mouvement.

La prédominance de la sensibilité du système nerveux,, quelle qu'en soit la cause première, a des effets très- différents, suivant qu'elle agit sur des fibres fortes ou sur des fibres . faibles ; mais elle n'en constitue pas moins une manière d'être • distincte, et qui est propre aux hommes dont le moral est très -développé.

Celle des organes moteurs, au contraire, produit le tempérament musculaire, ou athlétique, remarquable par son peu de sensibilité, de capacité intellectuelle, et même de véritable énergie vitale.

Les changements accidentels d'équilibre entre ces deux forces, musculaire et sensitive, appartiennent à l'histoire des maladies.

On doit donc distinguer six tempéraments primitifs, dont on peut aisément remarquer les effets dans les indindus.

§ XL

Le meilleur serait composé d'un mélange parfait de tous les autres, et d'une exacte proportion entre toutes les fonctions; il ne se rencontre jamais dans la nature.

On verra, dans le douzième Mémoire, combien les habitudes peuvent modifier ces tempéraments natifs ; et parmi ces habitudes , comprenez les profondes empreintes imprimées aux races elles-mêmes, et transmises par la génération.

CONCLUSION

Il serait donc possible, par un système d'hygiène réellement digne de ce nom et vraiment philosophique, d'améliorer le sort de la race humaine. L'étendue et la délicatesse singulière

ANALYTIQUE. 4^7 de la sensibilité de l'homme en fournissent tous les moyens, Is ne saurions travailler trop assiduement à y reuss.r.

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