‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 4)Chapitre 29 sur 40 · HUITIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

HUITIÈME MÉMOIRE

De Vinjtuence du régime mr les dispositions e, les hMudes

morales.

INTRODUCTION

TOUT nous prouve de plus eu plus, que les phénomèues ae 1-m.emgeuee e. de la velouté pvenuent leur source daus l'état Drimitif , ou accidentel , de l'organisation.

Examinons donc maintenant VinBuence du régime sur le moral de l'homme.

Il ne faut donner à ce mot de régime ni trop, ni trop peu d' faut entendre par là l'ensemble de nos habitudes physiques, soit nécessaires, soit volontaires.

§ II

Les corps organisés sont susceptibles de modifications beaucoup plus'variles que tous les antres. Ils sont surtout ou du mis'ils paraissent, en général , exclusivement capables de contracter des kaUtuUes (x); et ce caractère est encore plus marqué dans les animaux que dans les végétaux.

(0 Observe, qu'on en Uouve des trace, dans les mach.nes electnciu^s, aal les aimants artillctels , et même dans les corps sonores coi^me r est observé dans le dixième Mémoire, «ectlon , art^lo de

Sympathie , % 'VI.

§ III

L'homme, en particulier, est éminemment modifiable : c/< lui, comme )'a dit Hippocrate, tout concourt, tout conspire, tout consent.

§ IV

Il est donc saisissable par tous les points; et tout ce qui agit sur un des phénomènes de son existence, influe sur tous.

L'air, qui est nécessaire à notre existence, et qui nous environne de toutes parts et dans tous les temps, agit sur nous par toutes ses qualités.

La seule différence de sa pesanteur produit en nous ou ranxiété et la débilité, ou le sentiment de la force et de l'activité.

§ VL

Son degré de température agit encore bien plus puissamment sur notre être. La chaleur est nécessaire au développement de tous les animaux : mais , quand elle est trop forte, elle hâte et exalte notre sensibiUté, au détriment de la force musculaire. De ce défaut d'équilibre dérivent un grand nombre des inclinations des peuples des pays chauds.

§ VIL

Au contraire, le froid, quoique sédatif direct, donne, quand il est modéré et passager, du ton aux organes et de l'activité à la vie, parce qu'il s'établit une réaction; tandis que, s'il est violent et prolongé, il produit la suffocation de la circulation des humeurs, et bientôt la gangrène et la mort, parce que la vie ne peut pas réagir suffisamment contre l'engourdissement qu'il cause.

Slais, si elle parvient à le surmonter, il s'établit une série

ANALYTIQUE. 49^ de mouvements qui finissent par nécessiter beaucoup d'action et de consommation d'aliments, peu de réflexion, une sensibilité émoussée, et une grande force musculaire.

Les hommes des pays chauds s'accoutument par degrés aux climats froids; et une fois parvenus aux zones polaires, s'ils redescendent vers l'équateur, ils tombent dans la langueur et le dépérissement.

§ VIII

La plupart des effets de l'air sec, ou humide, dépendent de l'accroissement ou de la diminution de son ressort.

Mais, outre cela, sa sécheresse favorise d'abord la transpiration; ensuite, si elle est extrême, elle la dérange, la supprime, et produit un malaise et une inquiétude insupportables en durcissant la peau et bouchant les pores exhalants.

L'humidité , au contraire , a des effets débilitants. Unie avec le froid, elle produit les affections scorbutiques, rhuniatismales , etc. ; mais jointe à la chaleur , elle est encore plus pernicieuse, surtout pour l'homme : elle l'altère et le v.cie, particulièrement dans les organes de la génération. Voyez les conséquences de tous ces effets, dans le Mémoire sur les tempéraments.

§ IX

Mais l'air atmosphérique est un mélange de différents gaz. L'oxygène et l'azote en sont les vrais principes constitutifs ; et leurs différentes proportions changent ses propriétés.

Le gaz acide carbonique , et tous les autres , qui s'y mêlent plus ou moins, lui en communiquent de nouvelles; mais leurs différents effets doivent être rangés dans la classe des maladies.

N'oublions pas, au reste, dans toutes ces considérations, la puissance des habitudes, qui peut rendre nuls les effets les plus ordinaires et les plus constants : et cette observation est

applicable à tout ce que nous allons dire de l'influence des aliments.

§ XL

L'effet des aliments n'est pas seulement de remplacer les parties qu'enlèvent journellement les différentes excrétions ; ils sont importants, surtout, par le mouvement général que l'action de l'estomac et du système épigastrique imprime et renouvelle dans l'être animé.

L'homme s'habitue à tous les aliments, comme à tous les climats et à toutes les températures; mais tous ces aliments divers n'entretiennent pas en lui les mêmes facultés aux mêmes deerés. '

Les substances animales ont une action plus stimulante; elles donnent lieu à la reproduction d'une plus grande quantité de chaleur.

La diète atténuante, que les législateurs de beaucoup d'ordres religieux ont prescrite , n'a pas l'effet de diminuer les désirs vénériens (au contraire), mais d'enflammer, ou de dérégler l'imagination, en diminuant les forces, et de rendre par là les hommes plus faibles, plus malheureux, et plus aisés à dominer.

Les habitudes des peuples ichtyophages dépendent autant et plus du caractère de leurs travaux que de la nature de leurs aliments. Cependant la graisse et l'huile des poissons produisent directement l'engorgement du système glandulaire et des maladies lépreuses, avec toutes leurs conséquences.

La diète lactée a des effets sédatifs ; elle devient pernicieuse aux sujets disposés aux affections hypocondriaques.

§ XII (i).

Les substances narcotiques, ou stupéfiantes, ne peuvent

(i) Il est encore numéroté XI, par erreur, dans le texte. En lisant cet extrait raisonné, il faut que le lecteui- la rectifie, an moins dans son esprit , ainsi que pour les paragraphes suivants.

pas être classées parmi les aliments; elles demandent un article à part.

Leur action est complexe. Elles dimmuent la sensibilité; elles augmentent la force de la circulation; elles lui donnent, de plus , une direction marquée vers la tête.

De la combinaison de ces trois propriétés résultent leurs divers effets; et leurs effets, différents encore à différentes doses, ont toujours du rapport avec ceux de tous les stimulants quelconques; car toutes les excitations réitérées et exagérées tendent à dégrader et à altérer le système nerveux. Tous les animaux aiment les stimulants.

§ XIII

Les boissons se rapportent à quatre classes: l'eau, les liqueurs fermentées , les esprits ardents, et certaines infusions particulières.

Les effets de l'eau dépendent surtout des matières qu'elle tient en dissolution. Prises intérieurement, les unes affectent le système glandulaire; d'autres font vomir, ou purgent; d'autres déploient une propriété tonique. L'effet des bains paraît tenir, en grande partie , à la décomposition de l'eau elle-même , qui s'opère à la surface du corps.

La fermentation dite vineuse est le produit de la matière sucrée que contiennent les substances végétales ou animales. Les fluides qui l'ont subie ont des propriétés différentes , suivant les diverses parties extractives ou aromatiques qu'ils tiennent en dissolution : mais tous en ont d'analogues à celles des substances narcotiques, quoique moins énergiques et moins persistantes.

Quant aux liqueurs spiritueuses , utiles dans les pays trèsfroids , et même quelquefois dans les pays très-chauds, elles sont, en général, malfaisantes dans les climats tempérés, excepté dans certains cas rares de débilité, ou de grande fatigue. Leur abus porté à l'extrême conduit à la férocité et à la stupidité.

• Les bons effets du sucre, des épiceries, du thé, et surtout du café , sont maintenant assez reconnus. Le principe sucré est particulièrement réparateur; et le café agit spécialement sur les fonctions intellectuelles. Il n'est pas douteux que l'introduction de ces substances dans notre régime n'ait apporté des changements notables dans notre manière d'être.

§ XIV

L'influence des mouvements corporels est d'un autre genre. Elle s'exerce surtout par trois causes , savoir : les effets immédiats qu'ils produisent, lesquels consistent principalement à diminuer la mobilité nerveuse, et à augmenter la force musculaire ; les modifications qu'ils déterminent dans les organes , dont les unes sont utiles et les autres nuisibles ; et les impressions habituelles auxquelles ils donnent lieu, et qui ne peuvent manquer, à la longue, d'influer sur les déterminations ultérieures.

§ XV

L'état de repos a nécessairement des résultats contraires; mais ils ne sont pas les mêmes dans tous les cas, ni chez tous les individus.

Quoiqu'il diminue dans tous la puissance digestive, il augmente souvent le besoin de manger chez ceux qui sont habitués à de rudes travaux. La nourriture leur devient plus nécessaire, comme excitant.

Le sommeil , que l'on peut regarder comme le dernier terme du repos, n'est point un état passif du cerveau : c'est une véritable fonction qu'il remplit.

Un certain degré de lassitude porte au sommeil ; un degi'é considérable de faiblesse l'empêche.

Il accumule et transmet du centre cérébral aux autres parties im nouveau degré d'excitabilité.

Il fait affluer le sang vers la tête.

Aussi , l'excès abusif du sommeil use et débilite le cerveau.

ANALYTIQUE. 497 Enfin les organes ne s'endorment pas tous à la fois, et leurs rapports avec le centre cérébral sont altérés et varient.

§ XVI

Le travail est aussi un article important du régime. Il n'est pas seulement la source de toute richesse; il est celle du bon sens et du bon ordre.

Mais les diverses espèces de travaux diffèrent par les instruments qu'ils exigent, par les matériaux qu'ils façonnent, par les objets qu'ils présentent , par les situations où ils mettent ceux qui s'y livrent.

Il n'est pas nécessaire d'entrer dans beaucoup de détails pour prouver que, par toutes ces circonstances, ils doivent produire des impressions et des résultats différents.

CONCLUSION

Il suit naturellement de tout ce qui précède, qu'une bonne hygiène peut contribuer puissamment à l'amélioration de l'homme et à l'accroissement de son bonheur.

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