‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 4)Chapitre 30 sur 40 · NEUVIÈME MÉMOIRE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME MÉMOIRE

De Vinfluence des Climats sur les Habitudes morales.

INTRODUCTION

Après toutes les observations que nous avons recueillies jusqu'à présent, et surtout au sujet du régime , il doit paraître singulier que l'on ait pu mettre en question si le climat mflue sur nos habitudes morales. La réputation de ceux qui ont soutenu la négative exige qu'elle soit discutée.

§ II

Il ne faut pas réduire le mot climat à ne signifier que la latitude d'un lieu et le degré de chaleur qui y règne.

Il fout entendre, par ce terme, l'ensemble de toutes les circonstances naturelles et physiques au milieu desquelles nous vivons dans chaque lieu.

C'est ainsi que l'entendait Hippocrate. L'ouvrage où il traite ' ce sujet est intitulé, Des Airs, des Eaux et des Lieux.

Or, il n'est pas douteux que, par l'effet des différences introduites dans ces circonstances, nous ne recevions des séries d'impressions différentes elles-mêmes.

Pieste donc uniquement à savoir si vme suite d'impressions quelconque ne produit pas en nous une suite de dispositions et de déterminations qui y correspondent.

§ III

Mais il a été prouvé que le tempérament, le régime, le genre des travaux, la nature et le caractèi e des maladies, influaient puissamment sur les opérations de la pensée : il ne s'agit donc que de faire voir que tout cela est extrêmement dépendant des circonstances physiques propres à chaque local.

1° Il "est constant que la fréquente répétition des mêmes actes donne plus de disposition et de facilité à les exécuter, et que cette disposition se transmet et s'accroît dans les races par la généi-ation. Des impressions constantes et continuellement répétées modifient donc les dispositions organiques d'une manière profonde, et qui se perpétue.

2° Il n'est pas moins certain que les différences des saisons ont sur l'économie animale et sur la nature des maladies une influence analogue à la différence des âges et même des tempéraments.

§ IV

Or, comme la succession des saisons n'est pas la même dans les différents climats, il est hors de doute que le climat a des effets dépendants de ceux-là : aussi voit-on les différentes races d'animaux modifiées invinciblement, suivant les lieux.

A N A LYTIQU K.

L'homme est, de tous, le plus modifiable et le plus souple : aussi ses formes varient-elles suivant les climats, et d'une manière analogue à ces derniers.

Mais l'action des climats sur les tempéraments est encore bien plus indubitable, que leur influence sur les formes apparentes de l'organisation.

§ VL

En parlant du régime, nous avons dit qu'il y avait dans l'individu un fond d'organisation primitive qui ne paraissait pas pouvoir être changé : mais nous avons montré aussi, que le régime y portait des modifications , et contribuait à fixer le caractère du tempérament. C'est ce que fait aussi le climat, dont le régime dépend presque entièrement.

En décrivant le climat des bords du Phase, Hippocrate a peint celui qui est le plus propre à produire le tempérament ;?iV«/teux.

§ VII

Il nous montre de même, dans les pays froids, le climat propre à multiplier les tempéraments dans lesquels les forces musculaires prédominent; et dans les pays chauds, celm qui multiplie ces tempéraments où l'excès des forces sensitives se manifeste.

S VIII

Les climats tempérés et agréables rendent plus commun le tempérament heureux, remarquable par la liberté de toutes les fonctions; et des circonstances moins favorables et tres-diverses produisent celui désigné spécialement par les noms de mélancolique et A' atrabilaire.

§ IX

Mais l'influence du climat sur les maladies ne tient pas seulement à son influence sur le tempérament. Il est notoire qu'il

JOO TABLE

les produit directement; que plusieurs maladies sont endc'miques, et que presque toutes sont liées, plus ou moins, changement des saisons.

Parmi les maladies, celles qui ont les effets les plus constants sur les opérations intellectuelles, telles que les inflammations lentes du cerveau, ou des organes de la génération, et même celles du poumon , sont particulièrement propres à certains pays et à certains climats.

§ XI

D'autres, qui ont des effets différents, appartiennent à d'autres circonstances locales. Celles des pays marécageux et humides sont les catarrhes, les pituites, les épanchements lymphatiques; celles des pays brûlants et secs intéressent particulièrement le système nerveux.

§ XIL

Il y a plus: nombre d'exemples prouvent que, dans les divers climats , les mêmes maladies n'ont pas le même cours , et ne doivent pas être attaquées par le même traitement.

§ XIIL

D'ailleurs, malgré la surabondance des productions d'un pays, et la facilité de ses communications avec tous les autres, on ne peut nier que la plus grande partie dû régime de ses habitants ne soit déterminée par le climat; et nous avons vu les conséquences du régime.

§ XIV

Le climat ne décide pas moins de la nature de beaucoup de travaux, et de la nécessité de s'y livrer avec plus ou

ANALYTIQUE. 5oi moins d'efforts ; et par conséquent aussi des habitudes qui eu résultent.

§ XV

De tous les effets du climat, celui qu'ont les pays chauds, de hâter le moment de la puberté des deux sexes, et de conduire à une impuissance précoce, est le plus influant sur leurs habitudes, et sur leur existence tout entière.

§ XVI

Enfin, le climat agit même sur les organes de la voix; et, par eux, il paraît devoir agir également sur le caractère des

langues. ,

Il est donc prouvé, et même surabondamment, que le climat a la plus grande influence sur nos habitudes morales. Il est vrai que son action n'est pas si puissante sur le riche que sur le pauvre, qui a moins de moyens de s'y soustraire. Mais ce n'est pas ici le lieu d'examiner en détail un sujet si étendu. Il sera plus à sa place dans un ouvrage sur le perfectionnement de l'homme physique.

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