‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 4)Chapitre 6 sur 40 · SECONDE SECTION · texte numérisé non relu

SECONDE SECTION

Des premières déterminations de la sensibilité.

Les médecins les plus éclairés ont, avec raison, banni de la science des êtres vivants toutes ces applications précipitées qu'on a tenté d'y faire plus d'une fois, des théories purement mécaniques, physiques ou chimiques; ils n'ont pas eu de peine à prouver combien les résultats en sont vagues, incertains, insuffisants, opposés les uns aux autres, et même le plus souvent contraires aux faits les mieux reconnus; et leurs recherches, dirigées par une méthode philosophique sûre, les ont mis en état de faire voir avec le dernier degré d'évidence, que l'économie animale n'est soumise aux lois des autres corps que sous quelques points de vue de peu d'importance; qu'elle se régit par des lois qui lui sont propres, et qu'elle ne peut être étudiée avec fruit que dans les phénomènes offerts directement par elle-même à l'observation.

Mais, quoique cette conclusion soit incontestable, quoique la sensibilité développe dans les

corps des propriétés qui ne ressemblent en aucune manière à celles qui caractérisaient leurs éléments avant qu'elle leur eût fait éprouver son influence vivifiante, il faut cependant se garder de croire que la tendance à l'organisation, la sensibilité que l'organisation détermine, la vie, qui n'est que l'exercice ou l'emploi régulier de l'une et de l'autre, ne dérivent pas elles-mêmes des lois générales qui gouvernent la matière. On se jetterait dans un abîme de chimères et d'erreurs si l'on s'imaginait avoir besoin de chercher la cause de ces phénomènes ailleurs que dans le caractère de certaines circonstances, au milieu desquelles les principes élémentaires, en vertu de leurs affinités respectives, se pénètrent, s'organisent, et, par cette nouvelle combinaison , acquièrent des qualités qu'ils n'avaient point antérieurement.

Nous ignorons pourquoi les parties de la matière tendent sans cesse à se rapprocher les unes des autres ; mais le fait est constant. Les lois de la pesanteur, celles de l'équilibre, celles qui déterminent la route des projectiles, en un mot, presque toutes les lois mécaniques, dépendent directement de ce premier fait : l'observation et le calcul y ramènent tous les mouvements des grandes masses de l'univers; et l'immobilité des corps engourdis dans le repos le plus absolu n'atteste pas moins cette tendance, que ne peut le faire la rapidité des globes célestes lancés dans des orbites que l'imagination s'effraie à mesurer.

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