‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 4)Chapitre 7 sur 40 · DES PREMIÈRES DÉTERMINATIONS · texte numérisé non relu

DES PREMIÈRES DÉTERMINATIONS

Mais, entre les substances qui jouissent d'une action chimique réciproque , l'attraction ne s'exerce plus au hasard ; les molécules de la matière se recherchent, se rapprochent, se mêlent avec une avidité très - inégale ; les combinaisons déjà faites peuvent subir une désunion de leurs principes par la présence de différentes substances nouvelles vers qui l'un d'eux se trouve plus fortement entraîné ; il peut même s'opérer alors entre deux ou plusieurs combinaisons, mises dans les rapports et dans la situation convenables , un tel échange de principes, que d'autres combinaisons entièrement étrangères à celles qui se détruisent, soient à l'instant même formées de leurs débris. Ici , l'attraction ne paraît plus une force aveugle , indifférente dans les tendances qu elle affecte; elle commence à manifester une sorte de volonté; elle fait des choix; et voilà pourquoi, considérée dans cet ordre d'effets particuliers, elle a reçu d'un habile chimiste le nom ô^attraction élective.

Si, nous élevant par degrés d'un ordre de phénomènes à l'autre, nous suivons l'attraction dans les affinités végétales , nous la trouvons jouissant d'une propriété d'élection bien pins étendue, et, si je puis m'exprimer ainsi, d'une sagacité d'instinct bien plus éclairée. Dans les affinités animales, la sphère de sa puissance s'agrandit

encore : ses choix deviennent plus fins , plus variables, plus sages, ou quelquefois plus capricieux. De ces deux genres d'organisation, déterminés par le caractère des circonstances dans lesquelles l'attraction réciproque des principes élémentaires s'est exercée , résultent certaines propriétés et certains phénomènes qui restent toujours soumis à son empire : et, vraisemblablement, cette affinité devient capable de les produire seule, en vertu des lois nouvelles auxquelles son action est elle-même assujettie par la nature de chaque combinaison particulière.

En effet, qu'arrive-t-il dans la formation d'un végétal ou d'un animal? ou du moins que doiton raisonnablement conclure des circonstances de ce phénomène qui ont pu être soumises à l'observation? Ne voit-on pas avec évidence dans tous les cas , soit que les matériaux épars de l'embryon aient besoin de se chercher et de se réunir , soit qu'ils existent déjà combinés, ou simplement mis en contact, dans les substances qui lui servent de matrice ou de berceau , et qu'd ne s'agisse plus que de leur imprimer le mouvement pour y faire naître l'organisation et la vie ; dans tous ces cas divers , ne voit-on pas se former un centre de gravité, vers lequel les principes analogues se portent avec choix, autour duquel ils s'arrangent et se disposent dans un ordre déterminé par leur nature et par leurs rapports mutuels ?

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La tendance des principes est une suite des lots générales de la matière : leur attraction élective, ou leur disposition à se combiner avec préférence réciproque, est une suite des caractères qu elle a contractés dans ses transformations antérieures, et des circonstances dans lesquelles ses molécules ont été entraînées les unes vers les autres : enfin, les propriétés nouvelles que la combinaison développe résultent de l'ordre et de la disposition dans lesquels les principes se réunissent et s'arrangent; en d'autres termes, elles résultent de l'organisation.

§ ni-

Nous disôns qu'il se forme alors un centre de gravité, que l'attraction qui s'y exerce choisit parmi les principes environnants ceux qui sont analogues à ce noyau, qu'elle détermine immédiatement les lois de cette première réunion , et devient la cause médiate d'une suite de phénomènes ultérieurs , propres à chaque circonstance; car ces phénomènes naissent et se développent en conformité du phénomène primitif. Il n'est guère plus, en effet, possible maintenant d'admettre cette hypothèse purement métaphysique, de germes éternels emboîtés les uns dans les autres, contenant chacun des nombres infinis d'embryons; ni cette autre hypothèse subséquente, plus physique, et, par cela même, plus susceptible d'examen, qui suppose des parties déjà toutes

lormées dans les germes, et qui veut que l'impulsion de la vie et ses développements successifs ;.e fassent qu'en changer le volume et les propor-

tions.

)ns. , ^ . .

La ti-e et les fleurs d'un végétal ne sont pomt dans sa'racine; sa racine n'est poiiU dans son écorce. C'est en isolant les portions de 1 une et de l'autre capables de reproduire le corps organisé dont elles sont parties intégrantes, et qui, par une force centrale, les retient liées et subordonnées à lui ; c'est en leur donnant une existence à part, qu'on les met en état de devenir, à leur tour, centres de mouvement, de donner naissance à toutes les parties qui leur manquent alors, et de se transformer en un végétal de la même espèce, à l'intégrité duquel il ne manque absolument rien.

Quand on coupe un polype en morceaux, la téte peut reproduire l'estomac et ses extrémités, les extrémités reproduire l'estomac et la tête, et ainsi de toutes les autres parties: il n'en est aucune qui, du moment qu'elle se trouve séparée de l'animal, ne soit capable de le reproduire tout entier, avec la somme de vie et l'ensemble des propriétés qui le caractérisent.

Mais ce qu'on doit regarder comme plus direct encore, c'est que les observations de Harvée, de Malpighi, de Haller, et de ciuelques autres, ont prouvé que , dans la formation de certains animaux beaucoup plus parfaits, comme les oiseaux,

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les organes se forment successivement; qu'ils n'ont po.nt entre eux, dès l'origine, les mêmes rapports de volume et de situation; que certains organes très -essentiels se forment à diverses reprises et par portions séparées; que celles-ci se réunissent en vertu d'une attraction particulière très-puissante , et se confondent dans une organisation qui devient alors commune. Ainsi, par exemple, les deux ventricules du cœur restent d'abord isolés, avec leurs oreillettes respectives. Ils flottent de la' sorte pendant quelque temps dans le fluide dont ils sont formés, ou duquel se sont dégagés leurs principes constitutifs : mais, entraînés bientôt l'un vers l'autre, ils avancent, semblent se pressentir et s'appeler par de vives oscillations; enfin, dans une dernière secousse, la plus vive de toutes, ils s'approchent et se collent pour ne plus se séparer tant que dure la vie de Tindividu.

Les observations ci-dessus sembleraient nous conduire à soupçonner quelque analogie entre la sensibilité animale, l'instinct des plantes, les affinités électives, et la simple attraction gravitante qui s'exerce en tout temps entre toutes les parties de la matière. Il est certain que, malgré les différences essentielles que l'observation nous v fait découvrir, ces trois ordres de phénomènes présentent également une tendance directe des corps les uns vers les autres; que seulement cette tendance agit d'après des lois plus ou moins variées et compliquées, à raison de l'état où se

trouvent les éléments isolés, et des circonstances dans lesquelles ils se rencontrent; qu enfin de a résultent toutes les propriétés nouvelles qui se manifestent dans les différentes combinaisons.

Mais est-Il permis de pousser plus lom les conséquences? Les affinités végétales , les attractions chimiques, cette tendance elle-même, en apparence si aveugle, de toute matière vers le centre d'attraction dans le domaine duquel elle se trouve placée; ces diverses propriétés, ou ces actes divers, ont-ils lieu par une espèce d'instmct universel, inhérent à toutes les parties de la matière? Cet instinct, plus vague dans le dernier degré, ' développe-t-il, en remontant vers celui qui le suit un commencement de volonté par des choix constants? et l'observateur peut-il se permettre d'oser entrevoir déjà dans un degré plus élevé une suite d'affections véritables? En effet, certaines impressions ne produisent-elles pas des déterminations analogues dans quelques végétaux, ainsi que dans les corps animés eux-mêmes? Enfin, cet instinct, en se développant de plus en plus, dans ces derniers corps, et parcourant tous les différents degrés d'organisation , ne peut-il pas s'élever jusqu'aux merveilles les plus admirées de l'intelligence et du sentiment? Est-ce par la sensibilité qu'on expliquera les autres attractions, ou par la gravitation qu'on expliquera la sensibilité et les tendances intermédiaires entre ces deux termes ? Voilà ce que , dans l'état présent

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(le nos connaissances, il nous est impossible de prévoir. Mais , si des recherches et des expériences ultérieures nous mettent un jour en état de ramener le système entier des phénomènes physiques à une seule cause commune déterminée, il est vraisemblable qu'on y sera conduit plutôt par Fétude des résultats les plus complets, les plus parfaits, les plus frappants, que par celle des plus bornés et des plus obscurs. Car, ce n'est pas ICI le heu de commencer par le simple, pour al- '1er au composé, puisque le composé devient nécessairement un sujet journalier d'observation, et qu'il offre dans ses variétés beaucoup de termes de comparaison avec les autres faits analogues ou contraires : tandis que le simple nous laisse indifférents , échappe même à nos regards, en se coufondant avec l'existence des choses; et que, par cette raison même, il paraît ne pouvoir être comparé à rien. N'est-il pas, d'ailleurs, naturel de penser que les opérations dont nous pouvons observer en no us-même^ le caractère et l'enchaînement sont plus propres à jeter du jour sur celles qui s'exécutent loin de nous, que ces dernières à nous faire mieux analyser ce que nous faisons et sentons à chaque instant? Quoi qu'il en soit, je n'entreprendrai point de traiter ici cette question; nos moyens de connaître, ou plutôt nos connaissances actuelles, ne nous laissant espérer aucun résultat satisfaisant de son examen. J'observerai seulement que plus les phéno-

mènes quelconques d'attraction sont simples et bornés, plus aussi la combinaison clans laquelle ils ont lieu demeure fixe; que plus, au contraire, les phénomènes et la combinaison elle-même sont compliqués et variés, plus cette dernière est fugitive ou facile à être détruite. Il est aisé de voir que cette règle s'applique très - directement aux grandes masses de la matière, dont l'état ne peut changer que par le bouleversement de notre univers. Quant aux cristallisations, elles reparaissent toujours sous les mêmes formes et avec les mêmes propriétés, après avoir été décomposées cent et cent fois, pourvu seulement que leurs principes soient remis dans un contact convenable. Enfin , les combinaisons végétales, du moment qu'elles sont dissoutes, ne peuvent plus être réorganisées par art-, mais elles résistent beaucoup plus puissamment aux causes de destruction que les êtres vivants et sensibles. Cette règle semble prendre surtout un haut degré de force et d'évidence quand on l'applique aux divers produits des attractions animales. La vie des polypes paraît capable de braver presque tous les chocs extérieurs : elle résiste au morcellement de l'individu par le scalpel. Différents insectes infusoires , dépourvus de système cérébral aussi-bien que les polypes, supportent facilement des froids très -rigoureux, qui paraissent n'avoir sur eux d'autre effet que de les engourdir passagèrement dans les hquides gla- . cés qui les contiennent. Quelques-uns peuvent

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