‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource]Chapitre 10 sur 65 · SUR LF.S AFFECTIONS CATARRHALES. Ç · texte numérisé non relu

SUR LF.S AFFECTIONS CATARRHALES. Ç

(jiii a duré près de deux ans, et à la suite duquel le rhumatisme paraît entièrement guéri.

Un homme de mes amis , d'un tempérament biheux > avait été souvent incommodé d'une disposition hémorrhoïdale sans caractère distinct, et surtout sans accès critiques : il avait presque habituellement, comme il arrive souvent alors, de petites dartres assez vives, mais cependant fugaces; et sa constitution, originairement vigoureuse, avait été affaiblie par une fièvre du genre des ataxiques ou des typhus. A la suite de longs travaux et de vives agitations morales, il fut attaqué presque subitement d'un rhumatisme aigu , accompagné des douleurs les plus cruelles , cpii ne laissaient libre aucune partie extérieure. Cette maladie ne se termina point par une résolution complète : il y eut une métastase qui se dirigea vers le système urinaire; et depuis cette époque il s'est établi un catarrhe chronique de la vessie , plus ou moins abondant, suivant le régime observé et l'état de l'atmosphère , mais cj[ui diminue d'une manière remarquable au retour d'un flux hémorrhoïdal muqueux qui reparaît de temps en temps.

Je pourrais citer beaucoup de faits analogues; mais ceux-là me semblent suffisants pour prouver que les catarrhes ne dépendent pas toujours de la même cause, et qu'outre celle qu'on regarde comme la seule , pUisieurs circonstances peuvent

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influer sur leur production, et même la déterminer immédiatement.

Peut-être les anciens étaient-ils moins loin de la vérité, quand ils faisaient dépendre les dispositions catarrhales d'une faiblesse particulière des facultés digestives et assimilatrices , ou d'un défaut de coction. La pituite, dit Galien, est humide et froide; c'est V aliment à moitié cuit. Il ajoute , qu'il ne faut point se hâter d'en débarrasser le corps par des évacuants, mais plutôt l'y tenir, pour achever de le cuire par l'usage des stimulants et des échauffants appropriés. Hippocrate regardait ce qu'il appelle la pituite blanche, comme la matière d'une espèce de cachexie , due à la seule débilité des fonctions : c'est pour cela qu'il la désignait par le nom de leucophlegmatie , qu'elle a conservé jusqu'à ces derniers temps. Elle commence , dit-il , par le gonflement pâteux de tout le corps ; et si on ne la guérit de bonne heure , elle dégénère promptement en hydropisie. Dans un autre endroit, il observe que les enrouements des vieillards , les pesanteurs de tête et les évacuations catarrhales auxquelles ils sont très-sujets, admettent rarement une complète et véritable coction ; car les remèdes convenables dans ces maladies n'agissent sur eux que très-imparfaitement; et la matière pituiteuse se régénère en plus grande quantité qu'elle ne peut être cuite et assimilée aux humeurs vivantes. Les passages où il

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revient sur le même sujet, et toujours dans le même esprit, sont très-nombreux, comme ne peuvent l'ignorer ceux qui se sont donné la peine de lire avec quelque attention les ouvrages de ce grand homme : ils le sont même trop pour qu'il fïit convenable de les rassembler dans ce moment.

Chez les modernes , Gédéon Harvée , qui a fait im ouvrage curieux sur les fraudes des médecins , et un autre plus instructif sur futilité de la méthode expectante en médecine, remarque avec raison, qu'un grand nombre de fièvres catarrhales, bien loin d'exiger un grand appareil de remèdes , ne demandent que le repos , la douce chaleur du lit, et un régime sévère ; et qu'elles se terminent d'elles-mêmes par une évacuation plus ou moins abondante, mais presque toujours vraiment critique, de la poitrine, du fond de la gorge, ou seulement du nez. Il nie surtout que l'impression du froid ou de l'humidité soit la seule cause de ces fièvres. Hoffmann a décrit une fièvre catarrhale bénigne , dont la solution se faisait par une diarrhée critique et par des urines laiteuses , qui déposaient un sédiment rougeâtre. Il observe aussi qu'il y a des personnes, d'ailleurs bien portantes, qui sont attaquées deux ou trois fois par an d'une fièvre catarrhale dépuratoire , par laquelle la nature renouvelle en quelque sorte leur santé.

D'après l'idée que tous les catarrhes sont dus à des répercussions subites de la sueur . ou de la transpiration , la plupart des médecins modernes

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les ont regardés comme des maladies inflammatoires , ainsi que les rhumatismes , qu'ils rangent dans la même classe, en se fondant- sur les mêmes motifs. Cette opinion me^ paraît devoir être également restreinte dans les deux cas. Assurément il y a des rhumatismes, surtout parmi les aigus, qui présentent des signes inflammatoires évidents, surtout au moment de leur invasion ; sans doute aussi quelques rhumes, surtout parmi ceux de poitrine, doivent être, à leur début, traités par la méthode qu'on appelle antiphlogistique ou rafraîchissante : mais il n'y a pas de temps et de pays où les hommes soient plus exposés aux rhumes , que les temps et les pays humides, et point encore où l'emploi de cette méthode soit ordinairement aussi pernicieux.

Ce que je dis ici des rhumatismes et des rhumes n'est pas moins vrai des catarrhes de la vessie et de ceux des intestins. C'est d'après les effets du traitement , et non d'après des théories anatomiques , si souvent illusoires, qu'il faut juger de leur caractère. La méthode inverse, qui consiste à calquer les traitements sur certaines apparences qu'offrent les organes après la mort ( apparences qui peuvent dépendre de causes si variées), a toujours été, depuis qu'on veut fonder exclusivement la pratique sur les dissections, la source de beaucoup de fautes et de malheurs. Bordeu s'était déjà plaint et même moqué de cette habitude où sont quelques hommes de l'art, de voir des inflamma-

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lions partout où se présentent sur le cadavre des injections sanguines et des rougeurs. Antoine Petit, l'un des plus grands praticiens de l'école de Paris, et qu'on ne peut pas soupçonner d'avoir méconnu la réelle et véritable importance de 'l'anatomie, s'en est expliqué non moins librement. Il est sûr que les injections sanguines qu'on trouve souvent après la mort, à la surface, ou •dans l'intérieur de différents organes, sont loin de prouver toujours une inflammation préalable; souvent elles sont plutôt un symptôme de faiblesse et d'inertie, que d'accroissement maladif de ton et d'action; et lors même qu'elles sont la suite d'une irritation notable de la partie , il ne s'ensuit pas toujours, à beaucoup près, que cette irritation ait été vraiment inflammatoire , et que le système dit antiphlogistique ait dû faire la basé du traitement.

Je ne me propose point d'entrer ici dans le détail des considérations , beaucoup plus étendues qu'on ne le pense d'ordinaire , auxquelles donne lieu l'étude attentive des différents catarrhes dont la vessie peut être affectée , et de ceux bien plus variés encore qui vicient les fonctions des intestins. Je crois pourtant devoir observer en passant , que dans le catarrhe de la vessie , sur lequel nous n'avons encore que des vues incomplètes* de curation, on doit presque toujours, même lorsque les adoucissants sont clairement indiqués, leur associer les toniques doux; et que le seul

moyen qui , dans ce cas , ait produit des 'effets réellement efficaces, est l'emploi d'un dérivatif, qui passe avec fondement pour imprimer à cet organe un mouvement particulier et très-vif d'irritation , surtout lorsqu'il agit sur lui d'aussi près : car c'est par l'application d'un large vésicatoire à l'intérieur des cuisses, que mon célèbre ami, M. Boyer, dont l'exactitude et la scrupuleuse véracité sont si connues , a guéri chez un homme avancé en âge cette maladie caractérisée par tous ses phénomènes et confirmée par le temps. J'observe aussi que la dyssenterie , qui comprend sous sa dénomination générique les principales variétés des catarrhes intestinaux, cède souvent, tout à coup et comme par enchantement, à des remèdes tirés de la classe des vomitifs ou des purgatifs héroïques, et de celle des toniques, et même des stimulants le plus généralement reconnus pour tels, quoique d'ailleurs je n'ignore point qu'elle peut, dans certaines circonstances, exiger un traitement tout contraire , même lorsque la douleur est peu vive , et que la nature de l'irritation semble chercher à se rendre méconnaissable aux regards du praticien.

Quant aux fièvres catarrhales , j'ai déjà dit que leur plus ou moins de danger dépend de la nature de la fièvre. C'est principalement vers elle que l'attention doit se diriger; et, dans le traitement, il s'agit bien moins de combattre le catarrhe, que d'aller au-devant de tous les phéno-

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