SUR LES AFFECTIONS CATARRHALES. I
le tact le plus exercé suffit à peine pour garantir le médecin des plus graves erreurs.
Dans toutes les maladies de poitrine, la nature et la marche des sueurs méritent la plus sérieuse attention : les sueurs coUiquatives intermittentes ont plus d'une fois, à leurs premiers accès, été prises pour une évacuation critique ; d'autres fois aussi l'on a regardé comme énervantes et dangereuses, celles qui terminent chez les personnes foibles les rhumes longs et mal traités. En général , les sueurs nocturnes doivent être suspectes; cependant, si le pouls conserve pendant leur durée une plénitude suffisante , avec la mollesse et l'ondulation soutenue qui caractérisent ces mêmes sueurs, quand elles sont favorables; et, ce qui est bien plus décisif encore , si les forces se trouvent relevées par l'effet même de cette évacuation , on peut hardiment les déclarer critiques et salutaires. Le bien-être que le malade en éprouve ne suffirait pas pour cela : dans les maladies consomptives, il les abuse d'une manière si étrange, qu'on a vu des médecins , habitués à calculer sur d'autres les résultats certains des phénomènes funestes, se laisser séduire poiu* eux-mêmes par ce bien-être trompeur dont les sueurs des fièvres lentes sont assez fréquemment accompagnées. Il est de la dernière importance d'apprendre à bien reconnaître les cas où l'on doit les seconder, et ceux où l'on doit les réprimer par l'emploi des moyens connus, en s' occupant essentiellement
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des forces du malade, qu'il s'agit alors de relevei^ mais en évitant avec soin toute nouvelle excitation.
La nature des crachats est p^eut- être plus importante encore à bien déterminer; et leurs apparences sensibles exigent , pour être appréciées avec justesse , l'examen le plus attentif et le plus réfléchi. Ce n'est pas seulement dans le passage du caractère purement catarrhal au caractère consomptif que leur signification , comme symptôme et base de diagnostic, est difficilement évaluée avec un degré suffisant de certitude ; dans beaucoup de cas il se présente des difficultés qu'un tact sûr et l'habitude apprennent à résoudre, mais qui ne permettent jamais d'y regarder superficiellement. Les praticiens savent combien l'apparence des crachats est trompeuse; leur consistance et leur couleur ne signifient dans le fait presque rien : Bennet a donné leur fétidité , surtout quand on les fait brûler sur une pelle chaude ou sur des charbons ardents, comme un signe infaillible; et cependant il n'est pas rare de voir des malades qui, pendant dix, quinze et vingt ans, rejettent des crachats d'une insupportable puanteur. La propriété de tomber, en tout ou en partie, au fond de l'eau, né les caractérise pas avec plus de sûreté ; je connais un homme qui, depuis dix ou douze ans, rejette en assez grande abondance des crachats qui vont au fond do l'eau.
SUR LES AFFECTIONS C ATARRH ALES. I Ot)
J'ai cru pendant quelques années que les espèces de grains jaunâtres dont ils sont fréquemment parsemés étaient un symptôme décisif; je l'ai trouvé encore, quoique plus rarement, en défaut. Il paraît que d'habiles praticiens ont confondu quelquefois ces granulations sans consistance, avec les petits tubercules ronds que, dans un genre particulier de phthisie, on remarque souvent au milieu des crachats.
Ici , je crois devoir exprimer sans détour mon sentiment sur une opinion généralement reçue dans le public , et qui paraît même ne laisser presque aucun doute parmi les praticiens : je veux parler du caractère purulent qu'on attribue à l'expectoration dans toute phthisie confirmée. Je suis loin de partager cette opinion : on dit tous les jours, je le sais, qu'il n'y a pas encore ou qu'il y a du pus dans les crachats de tel ou tel malade; et le pronostic est déterminé par le jugement qu'on adopte sur cette circonstance particulière. Pour moi, je l'avoue, il m'a presque toujours été bien difficile de reconnaître un véritable pus dans les crachats des phthisiques; j'oserais même à peine affirmer que j'y en aie vu quelquefois ; quoique assurément j'aie traité un grand nombre de ces malades , et à toutes les époques de la maladie, et que j'aie été consulté par un plus grand nombre encore, qu'on en croyait ou qui en étaient réellement attaqués , ou enfin qui menaçaient fie l'être dans un temps plus
IJO COURTES OBSERVATIONS
OU moins éloigné. Les vomiques renferment du pus véritable : celui qui prépare les cicatrices des blessures pénétrantes de la poitrine , et celui des empyèmes précédés d'inflammation, offrent des caractères q.ui ne sont pas équivoques; mais il n'en est pas de même du pus qu'on s'imagine, depuis Hippocrate , voir dans les crachats de tous les phthisiques, et qu'on suppose toujours formé par la suppuration inflammatoire des bronches et du poumon.
Bennet avait déjà observé, que dans les cadavres des phthisiques, on ne trouvait souvent aucune trace d'ulcération , ni même d'érosion ; que la substance du poumon était détruite, et tous les rameaux des bronches affaissés et repliés les uns sur les autres, sans que leur membrane parût entamée. Dehaèn, qui, depuis, a plusieurs fois eu l'occasion de faire la même remarque , en a conclu que dans certains cas la suppuration peut avoir lieu dans la substance du poumon , sans communication avec les voies aériennes, et le pus être résorbé par les vaisseaux sanguins , dans lesquels, suivant son opinion, il roule avec les autres humeurs, dont il altère la masse comme un ferment putride. Les évacuations put-iformes que la nature opère quelquefois d'elle - même dans les suppurations dorsales ou sciatiques, et la bouffisure, en apparence puridente, qu'on observe chez beaucoup de phthisiques, lui faisaient juger que la chose devait en effet se passer