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SOUS une partie des points de vue nombreux qu'elles présentent à l'observateur. Mais , quoique je ne veuille entamer dans ce moment aucune discussion à leur sujet , l'idée que toute consomption pulmonaire est caractérisée par une suppuration, produit d'un véritable état inflammatoire, n'a pas seulement empêché de remonter aux différentes causes dont cette maladie peut être le résultat, et de la distinguer en ses différentes espèces, dont chacune exige un traitement particulier; elle a de plus en même temps influé sur la manière de considérer presque toutes les affections de la poitrine, notamment celles dont la phthisie est souvent la suite et le dernier terme; et elle les a ramenées à un système de traitement insignifiant et sans effet dans le plus grand nombre de cas, et décidément pernicieux dans quelques-uns.
Les vues de théorie et de pratique le plus généralement adoptées sur les affections catarrhales s'en sont particulièrement ressenties ; c'est pour cela que , sans vouloir appuyer ici mon opinion de toutes les raisons qui la motivent, j'ai cru devoir l'énoncer librement, ne dût -elle avoir d'autre utilité que de déterminer les praticiens à faire des recherches plus approfondies sur ce sujet. J'ajoute seulement que de véritables états inflammatoires, distingués par leurs causes, le caractère de leur marche , le degré de leur intefisité, peuvent occasioner et occasionent en
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effet assez souvent un genre particulier de phlhisie , et que , dans les derniers temps de toute consomption pulmonaire , quels qu'aient été d'ailleurs sa cause et son caractère primitif, presque toute excitation y devenant nuisible , les remèdes les mieux appropriés d'abord peuvent , à cette époque, en précipiter la fatale terminaison; car malheureusement, pour traiter cette maladie avec un succès complet, il faut s'y prendre de bonne heure : à mesure qu'elle fait des progrès, les symptômes se compliquent, les contre-indications se multiplient; et, quoiqu'il ne faille jamais employer des remèdes contraires à son génie primitif, la manière d'appliquer les seuls efficaces devient de plus en plus difficile , et la chance du succès de plus en plus incertaine. En un mot (et cela paraît presque également vrai dans toutes les variétés de cette maladie redoutable), il vaut mieux s'occuper du soin de la prévenir, que se repaître de l'espérance, trop souvent vaine, de la guérir.
Qu'on me permette cependant encore quelques observations sur la nature des crachats, ou plutôt sur l'apparence qu'ils offrent dans plusieurs maladies qui tendent plus ou moins rapidement à la consomption pulmonaire, et notamment dans les affections catarrhales, dont tout le monde convient qu'elle est fréquemment le résultat définitif.
Hippocrate range parmi les crachats suspects
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ceux qu'il appelle graiidijieux , ou semblables à des grains de grêle. Suivant ce grand observateur, ils annoncent la phtliisie, et ils ont une tendance très-marquée à devenir purulents. Ces crachats, formés d'une humeur transparente qui se coagule , indiquent du moins un état d'irritation ou d'action augmentée dans les glandes de la trachée et des bronches, où leurs conduits excréteurs la versent alors en plus grande abondance. J'ai retrouvé ces crachats dans les dispositions catarrhales chroniques, ét dans le commencement d'une phthisie particulière, qu'on appelle laryngée, et qu'Hippocrate paraît avoir lui-même connue de son temps; mais je me suis assuré qu'ils n'annoncent pas toujours la consomption pulmonaire , ou que du moins ils n'en sont qu'une menace éloignée, quoiqu'ils méritent toujours de l'attention, et que, joints à d'autres symptômes équivoques, ils en éclairent l'obscurité. J'avais cru d'abord qu'ils venaient exclusivement des glandes trachéales, et qu'ils n'étaient autre chose que l'humeur bleuâtre dont leurs canaux paraissent habituellement remplis ; mais j'ai reconnu qu'ils viennent souvent des dernières ramifications des bronches, d'où la toux les arrache avec effort. Ils ne sont ordinairement que de la grosseur d'un pois, mais quelquefois ils ont le volume d'une noisette. Les plus petits affectent différentes formes, et présentent des pointes anguleuses: les plus gros sont globuleux; ils ont quelquefois mie
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queue resseniblaulc à celle d'une balle de pistolet qui soit de son moule ; ils ont la consistance de l'humeur vitrée (le l'œil, et sont transparents comme le cristal.
Le même Hippocrate parle de crachats douceâtres, amers, salés; et il regarde ceux qui donnent l'une de ces impressions au malade, comme les avant- coureurs du crachement de pus et de la consomption. Toutes ces variétés se présentent, journellement dans la pratique de la médecine ; et l'on doit les noter avec d'autant plus de soin , que chacune nous met sur la voie de mieux reconnaître la cause de la maladie, et fournit des indications particulières pour le traitement.
Il est difficile de ne pas croire que les crachats sucrés sont la matière nutritive elle-même, que les poumons affaiblis , incapables d'agir d'une manière convenable sur le sang, laissent transuder dans les voies aériennes. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'ils sont accompagnés d'un amaigrissement rapide, bientôt suivis d'autres crachats, symptômes de la consomption pulmonaire ; et que les remèdes indiqués alors sont ceux qui relèvent doucement le ton des organes, et surtout celui du poumon.
<>! Les crachats amers caractérisent le commence- .raent des affections de poitrine dépendantes de celles du foie. Aucun médecin ne peut ignorer que les maladies de plusiejirs viscères du has-
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ventre simulent souvent celles de la poitrine, ou portent leurs effets sur le poumon, avant même que l'organe primitivement affecté présente aucun signe manifeste de dérangement dans ses fonctions. Le foie est un de ceux qui font le plus souvent ressentir et partager leur état par les organes thoraehiques : mais, quoiqu'il les altère eux-mêmes , ' et la longue, par l'action contre nature que cette affection sympathique leur imprime , il faut d'abord tourner toutes ses vues vers la source et la véritable cause du mal ; et , lors même que le poumon est déjà dans un état de consomption véritable , il est encore indispensable de prendre en grande considération celui du foie, dont elle n'est qu'un résultat secondaire.
Quant aux crachats salés, on les observe dans des circonstances très-différentes, et qui même n'ont point de rapport entre elles; voilà pourquoi les anciens médecins en parlent si souvent. Leurs premiers disciples, chez les modernes, paraissent s'en être également occupés avec scrupule ; mais peu à peu on a cessé de tenir compte de cette particularité , qui n'a plus été , pour beaucoup d'observateurs, que le fruit de l'attention minutieuse des malades sur eux-mêmes , ou de leur excessive sensibilité ; car les mucosités du nez et de l'arrière-bouche ont toujours en effet , surtout les premières, un degré de salure remarquable; et, dit-on, il est ridicule de compter parmi
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les signes de maladie une qualité des humeurs qu'elles ont aussi dans l'état de la plus parfaite santé. Mais ce n'est pas de cette salure naturelle qu'IIippocrate a voulu parler ; il entend celle dont les crachats, tirés de la poitrine par les efforts de la toux, donnent l'impression au malade, ou celle qu'on observe dans les humeurs qui distillent du voile du palais ou de la voù-tè du fond de la gorge , et qui est assez vive pour y causer des excoriations douloureuses: celle-là peut bien, sans doute , être mise au nombre des dispositions pathologiques , ou des symptômes qui méritent toute l'attention du médecin. Ces crachats salés entraînent quelquefois de petits lambeaux de la membrane interne des bronches ; et les humeurs de l'arrière-bouche , qui présentent la même qualité corrosive, causent souvent à l'embouchure du larynx, ou à l'épiglote, de légères ulcérations qui déterminent, à leur tour, lorsqu'elles ne guérissent pas promptement, la phthisie laryngée. Cette circonstance , et les éruptions psoriques et dartreuses répercutées , me paraissent être les causes les plus ordinaires de cette maladie ; je crois même avoir observé que la salure extraordinaire des crachats et des humeurs qui distillent dans l'arrière-bouche se rencontre communément avec diverses éruptions mordantes de la peau, et que les excoriations qu'elles causent diffèrent sensiblement des aphtes , et présentent plutôt un aspect dartreux.
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Nous avons déjà vu que certains malades , me- • nacés de plitliisie, rejetaient dans leurs crachats des granulations blanchâtres ou jaunâtres. Ces granulations ont assez peu de consistance ; et quand on les écrase, elles répandent une mauvaise odeur. Quelquefois les grains sont entièrement noirs, et ressemblent à de la graine de moutarde. Plus l'odeur qu'ils exhalent est mauvaise, plus le danger est imminent. Je fus, il y a nombre d'années, consulté pour un malade qui crachait journellement une quantité de ces grains noirs (i) : heureusement ils étaient sans odeur. Il s'est parfaitement rétabli, et il sert maintenant avec distinction dans nos brillantes armées , où l'on sait que les fatigues des officiers , et même des chefs, sont peu différentes de celles des soldats.
Outre ces lambeaux membraneux qu'on trouve quelquefois répandus dans la matière de l'expectoration, on y remarque aussi, quoique plus rarement, de petites masses, tantôt charnues, tantôt sébacées, tantôt semblables à des grumeaux de bouillie, qui indiquent des altérations graves, à différents degrés , dans la substance même du
(i) II ne faut pas confondre ces gi'ains avec les stries d'un bleu foncé qui sont assez souvent , surtout chez les femmes, répandues dans les crachats : ces stries ne sont que des filets de l'humeur (jue versent les glandes bronchiales. Morgagni a trouvé la même couleur à l'immeur de la prostate.
poumon. Elles m'ont paru toujours accompagnées d'une couleur peu naturelle du visage; cependant elles n'annoncent pas toujours un pressant danger, à moins qu'elles ne soient parsemées de filets d'un sang vif et vermeil. Il n'en est pas de même des concrétions topliacées qui se forment dans l'intérieur des bronches , ou dans le parenchyme pulmonaire lui-même (i), et dont la salive (2), dans certains cas, dépose immédiatement la matière. Leur présence est toujours dangereuse, et leur sortie est presque toujours suivie de crachements de sang, qui bientôt amènent un genre particulier de consomption. Elles sont le plus souvent de vrais dépôts goutteux, ou le produit d'une disposition des humeurs que les accès de , goutte ont pour but de dissiper. Au reste , il ne faut pas confondre ces concrétions avec celles que rejettent fréquemment les ouvriers qui battent ou manient le plâtre ; ni surtout avec ces masses pâteuses dont le centre est formé d'une poussière blanchâtre, et qu'on observe dans les crachats des meuniers, des fariniers et des boulangers : cette dernière poussière est uniquement de la farine que la salive n'a pas suffisamment
(1) Qn a vu a>;ssi des fragments osseux dans les crachats de quelques phthisiques ; mais ce cas est rare.
(2) Ce phénomène a lieu par l'augmentation relative et proportionnelle de la quantité des phosphates contenus dans l'albuHiine de la salive, et surtout de celui de chaux.