‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource]Chapitre 16 sur 65 · SUR LES AFFECTIONS C ATARRPIA.LES · texte numérisé non relu

SUR LES AFFECTIONS C ATARRPIA.LES

(les éruptions dartreuses, psoriques, etc., ils y produisent souvent une espèce de vésicatoire dont les effets sont incommodes, et peuvent être fort dangereux, en s'étendant de proche en proche jusqu'à l'épiglote et à l'embouchure du larynx. Enfin, quand il y a dans les sujets quelque disposition apoplectique , les rhumes de cerveau , qui souvent embarrassent la téte entière , augmentent la tendance vicieuse de tous les mouvements, qui caractérise cette disposition.

On ne doit jamais négliger les gros rhumes ; ils peuvent produire immédiatement , même chez les personnes les plus saines, de très -funestes effets. L'extrême sensibilité aux impressions du froid, qui souvent les annonce d'avance, et qui toujours les accompagne à leur début, indique la concentration des mouvements à l'intérieur, et la suppression , ou du moins le dérangement de la transpiration sensible. La nature semble tracer elle-même le traitement qui convient alors : dans cette première époque, on doit se vêtir et se tenir plus chaudement, et par une petite qutmtité de boissons tièdes , on tâchera d'assouplir la peau et d'y ramener les mouvements intervertis ; mais il ne faut pas insister sur les moyens qui provoquent la sueur, ni surtout garder long-temps le lit ou la chambre, loin d'un air libre, ou dans une atmosphère échauffée artificiellement. Rien n'est plus énervant et ne dispose d'une manière plus infaillible à des rechutes réitérées, que ces exci-

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talions factices à la sueur; rien n'est plus capable (le prolonger le rhume lui-méine que la privation d'exercice et d'air frais. La pratique commune paraît fondée sur des vues toutes contraires ; mais je ne crains pas d'affirmer que la prolongation et le renouvellement des maladies catharrales sont très-souvent le résultat de cette pratique , et que ces vues sont autant d'erreurs, quant aux indications qu'on croit devoir en tirer.

Il est rare que les rhumes de poitrine ou de cerveau soient véritablement inflammatoires; ils le sont pourtant quelquefois : alors il faut faire promptement une saignée, et ne la réitérer qu'avec beaucoup de réserve. Mais dans le cas où la violence du catarrhe aurait déterminé une métastase rhumastimale , il faut être moins timide sur les évacuations de sang , pourvu toutefois que l'état du pouls et celui des forces le permettent. Le rhumatisme ne se déplace pas facilement de la poitrine; et pour peu qu'il y conserve du caractère inflammatoire, les irritants révulsifs ou dérivatifs n'agissent sur lui, pour cet objet, d'une manière utile, qu'autant qu'on a, par la saignée, débarrassé suffisamment tout l'appareil sanguin pulmonaire avant leur application.

Cette métastase du rhumatisme sur la poitrine est un accident très-ordinaire et très-grave. Si l'on ti'y remédie pas sur-le-champ, tous les moyens deviennent bientôt impuissants et superflus, et la maladie se transforme en phthisie, en œdème du

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poumon, en hydropisie de poitrine, dont on ne peut guère alors attendre la guérison, ni des efforts de la nature, ni des secours de l'art.

Les jeunes gens d'une constitution délicate et mobile, qui ont la peau fine et transparente, le blanc des yeux d'un éclat de perle , les joues colorées , particulièrement autour de la pommette , sont sujets à des rhumes qui demandent une grande vigilance de la part du médecin. Quand ces rhumes reviennent fréquemment , surtout quand ils sont accompagnés d'un petit crachement de sang et d'une douleur sourde, soit dans tout le poumon , soit dans quelqu'un de ses points particuliers, ils demandent de petites saignées faites avec prudence, de loin en loin. Cette précaution , jointe à l'usage d'une eau gommée, suffit ordinairement pour les guérir, dissiper peu à peu la disposition inflammatoire, lente et cachée qui les ramène, et prévenir la phthisie, dont ils sont l'annonce éloignée, mais malheureusement trop infaillible. Tant que cette disposition dure , les eaux sulfureuses, l'exercice du cheval et les autres toniques du poumon, qu'on ordonne si souvent au hasard, sont presque toujours nuisibles, et toujours suspects. C'est uniquement lorsqu'on a lieu de la regarder comme entièrement détruite, que ces poyens peuvent être employés d'une manière utile : et dans ce cas on gagne tout eu gagnant du temps; car le progrès seul de l'Age, en donnant plus de consistance à toul l'orgaue

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dinaire, également altérées. Assez souvent, c'est la transpiration répercutée qui affaiblit la digestion stomachique ; mais bien plus souvent encore l'affaiblissement de cette dernière avait déjà, d'avance et peu à peu, dérangé la transpiration. Si donc il est nécessaire, dans les rhumes, de se vêtir un peu plus, de se tenir un peu plus chaudement, il est bien plus nécessaire encore d'observer à table un régime sévère, et d'éviter soigneusement tout ce qui peut augmenter l'énervation des forces de l'estomac. J'ai connu des personnes qui, d'après cette seule vue, guérissaient leurs rhumes en ne mangeant presque pas dans les premiers jours ; cela suffit en effet pour ceux qui sont légers , et chez les sujets jeunes , sains , et qui n'ont point de disposition catarrhale invétérée. Chez tous , la sobriété est d'une grande importance; et sans elle, la durée des rhumes les plus simples peut se prolonger indéfiniment.

Je dois pourtant observer ici que certains individus ont un appétit plus vif lorsqu'ils sont enrhumés que dans l'état de santé parfaite; il paraît même qu'en mangeant plus qu'à l'ordinaire , ils digèrent pourtant bien , et que l'action de l'estomac est utile à la coction de leurs rhumes. Ces cas sont rares : ils sont analogues à ceux où l'on voit l'action forte du cerveau provoquer et redoubler celle de l'estomac. J'ai connu un jeune médecin plein de talent, et surtout d'érudition, qui ne pouvait travailler qu'après un repas co-

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pieiix. J'ai plusieurs fois entendu dire à M. Turgot, l'une des plus fortes tètes qui aient jamais existé, que le moment de la digestion était celui où il se sentait le plus capable d'une méditation profonde et de tous les travaux d'esprit. Or , il mangeait ordinairement beaucoup. Mais cette distraction des forces , qu'elle ait lieu dans l'état de maladie ou de santé (car il faut regarder l'action qui s'exerce dans un organe malade, comme l'emploi le plus complet de toute son énergie vitale) , cette distraction débilite d'autant plus la constitution, qu'elle est plus fréquente et plus prolongée; et rien surtout n'use plus vite et plus radicalement le système nerveux. Le jeune médecin dont je viens de parler est mort, à peine âgé de trente ans , le poumon farci de tubercules squirrlieux ; et M. Turgot, dans toute la vigueur de l'âge, le foie et le poumon remplis de calculs tophacés. Je crois devoir observer encore que les personnes chez lesquelles plusieurs organes internes essentiels s'excitent ainsi mutuellement, et entrent simultanément en action, ont besoin d'un plus grand exercice musculaire , pour diminuer l'effet de ces vicieuses sympathies, et pour ramener immédiatement à l'extérieur une partie des forces qui se concentrent dans l'organe le moins excité : car c'est d'abord sur lui qu'agit la révulsion. Or, l'action de cet organe étant directement affaiblie par là, il s'ensuit bientôt que ceux qui sont plus fortement excités perdent indirectement toute la

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partie de leur action qui n'est que sympathique; et l'ordre naturel ou l'équilibre des fonctions se rétablit alors de lui-même par degrés.

Quand le dérangement de l'estomac, qui accompagne le rhume de poitrine ou de cerveau, n'est caractérisé que par le dégoût des aliments, et qu'il n'y a point lieu de penser que des restes de mauvaises digestions, des glaires tenaces ou des matières biheuses importunent et fatiguent ce viscère, quelques grains d'ipécacuanha , ou quelques tasses d'eau légèrement émétisée, données à distances convenables, suffisent, en provoquant deux ou trois efforts de vomissement, pour ranimer la transpiration , ou même , en excitant une douce sueur, pour emporter le rhume comme d'emblée ; et quelques doses de thériaque , prises le soir en se couchant , en préviennent le retour.

Mais si des matières étrangères surchargent l'estomac, s'il est surtout englué de glaires catarrhales, on est obligé de recourir à des vomitifs plus forts , et souvent même de les réitérer. En général, les vomitifs sont plus utiles que les purgatifs dans les affections des membranes muqueuses ; ils le sont particulièrement, malgré les théories boërhaaviennes , dans les catarrhes du nez, de la gorge et du poumon (i) : les purga-

(i) C'est Bordeu le père, et non Stoll, comme on le croit généralement , qui a le premier donné les vomitifs dans les esqiiinancies et dans les maladies aiguës du poumon.

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tifs, au contraire, y sont presque toujours plus ou moins nuisibles , ainsi que les lavements ; car les uns et les autres ont l'inconvénient grave de rappeler les mouvements vers l'intérieur, et, par conséquent, de déranger l'action de l'organe cutané , dont les sympathies étendues avec l'estomac et les intestins altèrent dé plus en plus alors toutes les fonctions digestives. On remarque aussi qu'ils arrêtent ou troublent les coctions critiques. C'est peut-être par leur action révulsive vers les organes internes , qu'ils sont si rarement utiles dans le traitement des maladies hypocondriaques et vaporeuses. En effet, ces maladies dépendent ou du moins sont presque toujours accompagnées de concentrations sur différents viscères du basventre ; or , les purgatifs , outre l'énervation qu'ils laissent après eux , augmentent cette direction non naturelle des mouvements , et aggravent le sentiment d'angoisse et le désespoir dont les malheureux malades sont dans ce cas habituellement accablés.

Au reste , quand on est obligé de purger dans les affections catarrhales, il vaut mieux le faire avec l'eau émétisée , le kermès ou l'ipécacuanha donnés à petites doses : car , de tous les remèdes qui peuvent évacuer par bas, les vomitifs et surtout les antimoniaux , employés de manière à produire cet effet, sont ceux qui débilitent le moins tout ce système ; ils sont aussi en même temps ceux qui dérangent le moins la transpira-

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lion , par la faculté qu'ils conservent encore alors, quoiqn'à un degré plus faible , de reporter les mouvements à l'extérieur.

Aussitôt qu'on est assuré que l'estomac et les intestins sont libres de toute matière corrompue, il faut donner des toniques. Ce temps vient ordinairement beaucoup plus tôt qu'on ne pourrait le penser ; il arrive même assez souvent que les signes d'embarras dans l'estomac et dans tout le tube alimentaire disparaissent sans évacuation sensible , et que le régime nettoie la langue plus utilement que ne l'eussent fait les purgatifs.

Quant aux toniques généraux , les mieux appropriés sont le quinquina , la thériaque et les baumes. I^e soufre et ses préparations naturelles ou artificielles , toniques directs du poumon , conviennent mieux ordinairement dans les maladies chroniques de cet organe; et l'on n'a guère besoin de les employer à la suite des rhumes , que lorsqu'il est resté dans un état d'affaiblissement et d'excessive sensibilité.

Le premier de tous ces remèdes dans le traitement des affections catarrhales , est sans doute le quinquina ; mais quand on ne l'a pas donné tout de suite , il faut attendre , pour le mettre en usage , que les crachats présentent quelques signes de coction. J'ai connu pourtant un homme qui l'administrait indistinctement dans tous les rhumes et à toutes leurs époques. Ce n'était point un médecin en titre; mais ses grandes lu-

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