‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource]Chapitre 18 sur 65 · SUR LES AFFECTIONS C ATARRHALES. I /| I · texte numérisé non relu

SUR LES AFFECTIONS C ATARRHALES. I /| I

vins acides y prorhiiseiit surtout dé mauvais effets. Il est vraisemblable que c'est en augmentant la disposition à ce qu'on appelle les aigreurs, qui se manifestent alors dans l'estomac après les repas les moins copieux. Quand l'habitude a rendu le vin nécessaire à la digestion , il faut , dans les rhumes, préférer les vins amers ou sucrés, ou ceux qui contiennent beaucoup de parties extractives et d'esprit , sauf à les étendre les uns et les autres dans la quantité d'eau qu'ils peuvent exiger pour ne pas agir trop vivement sur le système nerveux.

Les rhumes violents mentent toujours de l'attention, particulièrement chez les personnes dont la poitrine est faible , qui digèrent imparfaitement , ou qui sont sujettes à des répercussions subites <le la transpiration , à des engorgements des glandes, à des douleurs rhumatismales et goutteuses. Chez les vieillards ils sont presque toujours graves , ou du moins menaçants : la moitié peut-être des personnes qui parviennent à un grand âge périssent de catarrhes opiniâtres ou négligés.

Le rhume a une odeur particulière , très-facile à reconnaître quand on l'a remarquée une fois, mais qu'il n'est pas plus possible de décrire que toute autre sensation directe. Dans les rhumes légers elle est faible ; elle est forte dans ceux qui sont violents. Les rhumes violents sont presque toujours contagieux; ils paraissent l'être d'autant

COURTliS OBSERVATIONS

plus que leur odeur est plus vive et plus marquée. Je n'ignore pas qu'on refuse, en général, d'admettre le caractère contagieux des rhumes; mais une multitude d'observations ne me laissent aucun doute à ce sujet (i).

Au reste, la dyssenterie, qui n'est elle-même qu'une affection catarrhale des intestins, se propage bien certainement par la contagion ; quand l'irritation se trouve portée à un certain degré, il suffit pour la contracter immédiatement, de sentir de près l'odeur des déjections du nlalade ; et j'observe que, dans cette odeur, lorsque le faible degré du mal permet qu'on la puisse étudier assez attentivement , on retrouve , au milieu de plusieurs autres odeurs qui la compliquent, celle du rhume, ou de l'affection catarrhale de la membrane muqueuse du nez , de la gorge, etc. : et j'ajoute que j'ai fait la même remarque sur les urines des personnes attaquées de catarrhes de la vessie ; j'ai cru y reconnaître distinctement , à travers leur impression ammoniacale, cette même odeur particulière, dont l'examen soigneux des rhumes m'avait donné la première notion. Tout me porte même à penser que les maladies contagieuses développent cette propriété, par le moyen de particules odorantes exhalées du foyer,

(i) M. Chavassieu d'Audebert , qui a public l'année dernière un bon écrit sur les effets de l'humidité , paraît être dans la même persuasion.

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et qui remplissent autour de lui l'atmosphère, mais à des distances beaucoup plus petites qu'on ne le croit communément; et ce qu'il y a de singulier, c'est que ces odeurs ne sont pas toujours très-désagréables, ou que, du moins, leur puanteur n'est aucunement proportionnelle à leur danger.

Ce n'est pas seulement l'haleine des malades, ce sont aussi les humeurs évacuées par les crachats, ou celles du nez qu'entraînent les éternuements , qui font sur l'odorat une impression particulière ; mais cette dernière impression n'est pas la même que celle de l'haleine. Plus le rhume est violent, plus les humeurs sécrétées sont abondantes, acres et ténues; leur odeur est alors si remarquable, qu'elle frappe le malade lui-même. Si l'on présente au feu les linges qu'elles ont imbibés, il s'en exale une vapeur comme sulfureuse , dont ils conservent encore la trace , même lorsqu'ils sont entièrement secs. J'ai connu des individus très-sujets aux rhumes, qui avaient appris, à leurs dépens, à distinguer ces odeurs, et qui fuyaient, par instinct, ceux qui leur en faisaient éprouver la plus fugitive impression. J'ai connu, entre autres, une femme d'une sensibilité très-vive, à qui le voisinage d'une personne enrhumée communiquait aussitôt un léger sentiment de froid.

Nous avons déjà dit que la saignée est moins souvent qu'on ne le pense nécessaire dans les

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affections catarrhales ; or, elle y est toujours nuisible lorsqu'elle n'y est pas nécessaire. Quand on croit devoir en faire usage , il faut l'employer au début , et sans délai ; mais , soit qu'on l'ait jugée convenable, sôit qu'on ait rejeté ses indications, si fréquemment équivoques alors , les vues du médecin , passé les premiers temps , doivent se tourner d'un autre côté.

On est, en général, très-occupé de diminuer l'âcreté de la pituite, l'irritation de la toux (i), les picotements de la gorge; et, pour cet objet, on prodigue les locks huileux et mucilagineux , les sucs de fruits doux épaissis , et les pâtes amylacées ; mais tous ces moyens ont l'inconvénient grave d'engluer et de fatiguer l'estomac, d'augmenter les aigreurs auxquelles il est alors si disposé; en un mot , leur usage , ainsi que celui des boissons adoucissantes, dont on abuse avec tant d'indiscrétion , ne m'a guère paru avoir d'autre effet que celui de retarder la coction des rhumes , et quelquefois de les renouveler : car jè ne crains point d'assurer, contre l'opinion commune, que

(i) La violence de la toux est, à la vérilé, quelquefois si grande , que la rupture des vaisseaux de la tète paraît inévitable ; et l'âcreté de la pituite excite de si vives convulsions dans le larynx et dans tout le poumon , que les malades semblent près de périr suffoqués. J'en ai vu qui se levaient tout à coup sur leur séant, et qui même s'élançaient de leur lit, pour chercher h retrouver debout la respiration qui leur échappait.

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les boissons abondantes et tièdes sont toujours nuisibles dans les affectiens catarrhales, à moins qu'elles ne soient impérieusemrnt exigées comme stimulant ou véhicule d'une sueur halitueuse et critique, que l'on croit devoir soutenir pendant quelque temps.

Mais un remède presque toujours utile, et sur lequel on est souvent obligé d'insister, ce sont les vomitifs. Dans les affections catarrhales opiniâtres , on y revient plusieurs fois avec succès. La coqueluche qui est un catarrhe stomacal et convulsif , exige ordinairement leur répétition , I à dose convenable pour produire le vomissei ment, et leur continuation pendant les interi valles, à la faible dose qui suffit pour exciter la t nausée. Les vomitifs, les opiatiques, les toniques, composent le traitement de la coqueluche ; les incisifs les plus puissants, employés en Angleterre et en Allemagne, ne m'ont jamais paru nécessaires dans notre climat de Paris et de ses environs. Quoique des hommes dignes de confiance aient préconisé les grands effets des cantharides pour le traitement des coqueluches rebelles , je n'ai jamais osé, je l'avoue, en faire usage dans une maladie où prédomine le caractère convulsif. Les vésicatoires y conviennent quelquefois , mais c'est moins comme évacuants , que par la propriété dont ils jouissent , quand ils sont employés avec sagacité, de déplacer les spasmes, ':n établissant, dans le système, de nouveaux

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points d'irritation et de nouvelles directions de mouvements (i).

Mais l'affection catarrhale dans laquelle les vésicatoires produisent les effets les plus prompts et les plus sûrs, est celle qui porte sur la gorge, soit que le larynx, ou le pharynx, ou tous les deux à la fois , y soient intéressés ; c'est , en un mot, dans l'angine catarrhale. Dans l'angine inflammatoire, l'application des rubéfiants externes n'est utile que lorsqu'on l'a fait précéder par les saignées convenables; mais cette espèce est bien moins commune que ne le pensent beaucoup de personnes , qui prennent l'irritation et la rougeur du fond de la gorge pour des signes toujours certains d'inflammation. Le fait est qu'on guérit bien plus d'angines par les vomitifs que par les saignées , dont l'imprudente répétition a fait plus d'une fois dégénérer les aphtes en ulcères gangréneux. Dans les angines catarrhales, si les vomitifs n'emportent pas ou ne diminuent pas notablement l'embarras et la douleur, il faut, sans tarder, appliquer un ample vésicatoire sur le devant de la gorge. J'ai souvent employé ce moyen, et je puis en garantir l'efficacité. Quand la disposition catarrhale est profonde, on trouve quelquefois , dans la cloche élevée par l'action

(i) Dans le catarrhe stomacal, des médecins distini;iiés disent avoir employé avec beaucoujî de succès l'eau de chaux; je n'en ai jamais fait usage dans ce cas.

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