‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource]Chapitre 24 sur 65 · PUBLICS. I C^Ç · texte numérisé non relu

PUBLICS. I C^Ç

tats parfaitement semblables. Lorsqu'il y a des secours pour deux pauvres , quatre viennent bientôt les réclamer; si la charité double ses secours, Je nombre des demandeurs double encore très- •promptement : de sorte que partout les mendiants et les moyens de les faire subsister sont à peu près dans le rapport de deux à un.

Les individus inconsidérés dans leur bienfaisance font du mal; mais ils le font en petit. Les gouvernements égarés par les maximes d'une charité fausse , ou par une vaine soif de popularité , font le mal très en grand. Ce qu'il en coûte en finances n'est rien : ce sont les pertes en esprit de famille, en amour du travail, en sentiments libres et fiers ; ce sont , en un mot , l'abrutissement et la corruption où la mendicité plonge ses malheureuses victimes, qu'on doit véritablement compter pour beaucoup.

§ IV

Les gouvernements n'ont guère que deux manières de secourir le pauvre : les hôpitaux de valides, ou de malades, et les ateliers de travail, autre espèce d'hôpitaux de valides.

Les infirmeries publiques, quelque bien tenues qu'on les suppose, soulagent l'indigence et la maladie d'une manière nécessairement imparfaite; elles tendent à briser ou à relâcher presque tous les liens domestiques; elles détruisent la j)ré-

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voyance (iaiis ia classe inanouvrière ; elles l'ont une consommation considérable d'hommes : souvent même elles renvoient dans la société, avec les malades guéris, des vices qui semblent ne pouvoir naître que dans leur sein.

Les hôpitaux de valides, quand ils ne sont pas des ateliers de travail , ne peuvent être regardés que comme des moyens lâches et coupables d'avilir le peuple : ces établissements ne conviennent qu'aux gouvernements qui veulent l'endormir et l'enchaîner. Chaque homme, dans l'intérêt même de son bonheur, doit faire tout le travail dont il est capable. Celui qui ne peut lui-même pourvoir à sa subsistance , et qui vient réclamer la charité particulière ou publique, aliène, par cet acte même , l'usage de ses forces ; il s'engage à les employer au gré de son bienfaiteur : et c'est ainsi qu'il peut conserver encore sa dignité d'homme, jusque dans l'abaissement de la mendicité.

Il faut donc toujours occuper le pauvre suivant la mesure de ses forces ; il faut que les hôpitaux de valides soient de vrais ateliers de travail ; que l'enfance , la vieillesse , les infirmités même, ne dispensent de toute tâche quelconque, que lorsqu'elles mettent absolument Aans l'impuissance de la remplir.

Mais cet entassement d'invidus qu'aucun lien naturel n'unit les uns aux autres; dont aucune espérance n'éveille l'activité; qu'une sécurité stupide endort mv l'avenir; qui n'onl, avec les objets

pur.Lics. aoi environnants, et avec les personnes dont ils dépendent, que des rapports faux et corrupteurs : cet entassement, dis -je, n'est -il pas capable de dégrader jusqu'au dernier point l'intelligence et les mœurs?

Les ateliers de secours ont le grand inconvénient de tous les établissements publics ; celui d'être nécessairement mal surveillés par des chefs dont ils ne sont pas l'affaire propre. Mais ils ont encore d'autres inconvénients plus graves : ils engourdissent l'industrie, ils favorisent la paresse; ils font souvent hausser le prix de la main-d'œuvre dans des progressions qui s'écartent beaucoup du cours naturel des choses , effet passager de sa nature , et qui ne saurait être véritablement utile au pauvre industrieux et diligent : enfin ils développent et répandent une corruption meurtrière , qui , semblable aux contagions physiques , se forme particulièrement dans les grandes réunions.

On n'a pas encore mis en exécution sur un plan assez étendu , les secours à domicile , pour qu'on puisse déterminer avec quelque exactitude quels sont leurs avantages et leurs inconvénients (i). Je suis porté cependant à croire que

(i) Le citoyen Dupont (de Nemours), membre de l'Institut national, a publié un excellent traité sur cette matière.

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ce genre d'aumône, surveillé soigneusement, est préférable à presque tous ceux qu'on a tentés jusqu à ce jour. Mais je conviens qu'il offre de grandes difficultés , et qu'il peut entraîner beaucoup d'abus dans la pratique. Le choix des hommes auxquels doivent être confiées sa surveillance et sa direction ; la manière d'employer ces hommes et de les surveiller eux-mêmes ; l'organisation des autorités auxquelles ils doivent ressortir; enfin les rapports de ces autorités avec l'administration générale , offrent autant de questions importantes qui ne peuvent être résolues qu'après mûre réflexion.

Ce n'est pas tout. Dans un état social trèscompliqué , et particulièrement au sein des grandes capitales de nos sociétés modernes, tous les pouvoirs publics ont sans doute besoin d'être organisés avec beaucoup de précaution. Or, s'il en est qui soient dangereux de leur nature , ce sont assurément ceux qui agissent sur une grande quantité d'individus , rabaissés par leur situation à des habitudes de dépendance. Combien ne le seraient pas davantage des magistratures qui s'exerceraient partout et à chaque instant , dans les asyles secrets et délaissés , où sous prétexte de porter des consolations et des secours, elles pourraient porter aussi très -souvent le despotisme , la corruption , et quelquefois l'esprit de révolte !

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