‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource]Chapitre 25 sur 65 · VI · texte numérisé non relu

VI

Quand on a dit que pour extirper la mendicité il faut détruire les hôpitaux et faire cesser V aumône , on a sans doute plutôt montré le but vers lequel il faut tendre, qu'indiqué le moyeu d'y parvenir. Le jour où les hôpitaux et l'aumône ne seront plus des maux nécessaires , la mendicité pourra être en effet entièrement détruite ; rien n'est plus certain. Mais la destruction subite des maisons de secours, et le refroidissement raisonné de la bienfaisance individuelle, bien loin d'anéantir les causes nombreuses de lu misère , en aggraveraient assurément plusieurs. Aussi, ne faut-il pas prendre à la lettre ce mot profond d'un homme qui, doué de ce genre d'esprit dont le propre est de marcher toujours aux grands résultats , s'est pourtant attaché d'une manière particulière à la recherche et à l'examen des faits.

Il est hors de doute que les hôpitaux et les autres secours publics sont , par leur mauvaise organisation, plutôt de nouvelles causes de misère , que des bienfaits véritables ; plutôt un principe de démoralisation , que le modèle ou l'aliment des vertus bienfaisantes. Il est également incontestable que l'aumône particulière , [)our quelques maux réels qu'elle peut soulager, eti produit presque toujours bien davantage par

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les habitudes d'incurie et de fainéantise qu'elle répand.

Mais assurément , quand des malheureux manquent du plus indispensable nécessaire, il faut le leur fournir ; quand des malades sont privés chez eux de tout secours , il faut leur en donner : toutes les théories et tous les calculs cèdent au cri de la nature , au devoir de l'humanité. La nécessité de l'aumône publique est donc trop évidente.

Aussi les formes les plus avantageuses pour sa distribution sont -elles uniquement aujourd'hui ce qu'il s'agit de rechercher : il s'agit de bien voir quel doit être l'esprit des lois relatives à la mendicité , quelles vues générales doivent diriger les magistrats chargés de leur exécution. ^

Cette tâche est encore difficile à remplir. Malgré beaucoup de travaux et de tentatives , Les expériences faites jusqu'à ce jour ne résolvent pas toutes les questions; on ne connaît pas bien encore les effets éloignés des différents moyens mis en usage. Au reste , il parait que ce n'est pas aux gouvernements à diriger ces expériences: elles se font presque toujours mal en son nom. On trouve rarement des Rumfort dont le courage ne se rebute point, dont l'unique passion soit l'enthousiasme de l'humanité.

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