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Mais il est un inconvénient particulier qui peut résulter du défaut de prévoyance à cet égard , ou d'un système de secours mal raisonné ; j'en-
tends la nécessité prochaine il'nne taxe des pauvres. L'accroissement du nombre des mendiants n'est pas l'unique circonstance qui puisse nous y conduire : la mauvaise administration des fonds actuellement affectés aux hôpitaux et aux diverses institutions de charité , et les mesures fausses qu'on peut adopter pour subvenir aux nouveaux besoins , pourraient seules rendre cette taxe en quelque sorte inévitable. Il en est des gouvernements comme des particuliers : ils se laissent souvent entraîner à des impressions peu réfléchies , soit par une humanité vraie , soit par une dangereuse manie de popularité. En général, on n'a fondé que trop d'établissements prétendus charitables : cela ne suffit pas pour qu'on puisse se croire réellement bienfaisant. Ce sont les maux soulagés et les désordres prévenus qui distinguent la vraie bienfaisance de l'aveugle charité. Encore une fois , de grandes aumônes placées mal à propos sont un nouveau principe de misère et de dégradation des moeurs et de l'industrie. C'est un funeste encouragement donné à la vie mendiante et vagabonde.
Il faut que les secours se proportionnent aux besoins , et surtout qu'ils soient distribués avec discernement. Trop faibles , ils ne font , en quelque sorte , qu'irritér le besoin ; ils prolongent ses langueurs, plutôt qu'ils ne les soulagent; ils contristent et glacent la main qui les répand. Trop considérables, ou mal appliqués, ils créent
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bientôt de nouveaux besoins. II faut donc Us bien ordonnei-. Par une sage réjjartition , l^s moyens se multiplient et jDrospèrent : sans elle , les trésors s'évanouissent , et ne laissent aucune trace utile de leur emploi.
Si la masse croissante des mendiants vient à alarmer la sûreté générale ; si la subsistance des vrais pauvres n'est plus garantie par les ressources actuelles; si la classe indigente, dont les travaux devenus précaires rendent le sort incertain , commence à s'agiter dans une sombre inquiétude: alors , par enthousiasme , par précipitation , par ci-ainte peut-être, on veut le plus souvent donner un caractère stable aux secours publics. Il s'offre un parti qui paraît très-simple ; c'est d'astreindré chaque canton à pourvoir aux besoins de son arrondissement. On prend pour l'ordinaire ce parti : et quelque mesure qu'on adopte d'ailleurs pour tirer des citoyens qui vivent dans l'aisance les moyens de soulager l'indigent , voilà dès lors la taxe des pauvres. Quelquefois cette taxe est îtmenée par le temps, par une suite d'essais malheureux qui ont trompé les viies de la charité publique. Elle peut être aussi l'ouvrage d'une espèce de néceissité : elle a pairu long -temps parmi nous devoir être celui de la pénurie et des désordres du trésor public.
On a dit souvent, en faveur de cette forme de secours , qu'tui gouvernement célèbre semble l'avoir consacrée pâr l'expérience. Mais rien n'est
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plus inexact. Eti Aiiglelerre nièaie , elle est généralement regardée comme un fléau. Non -seulement les besoins toujours croissants ont forcé (le l'augmenter sans cesse; mais avec elle, et par Teffet immédiat de cette augmentation, on a vu croître dans le même rapport le nombre des pauvres. -Cette progression n'a point de bornes assignables : chaque jour elle continue à transformer la classe manouvrière en classe mendiante, à miner sourdement les bases de la morale et du bonhem' public ([). Perçue avec beaucoup de vexations , elle produit par là même et directement une grande quantité de nouveaux pauvres : distribuée avec beaucoup de négligence , elle dénature entièrement l'aumône , quelquefois même elle en fait une espèce de ressource de luxe. Il n'est pas rare de voir en Angleterre , dans le fond des comtés, des individus jouissant de vingt-cinq ou trente guinées de rente inscrits sur les registres des secours. On y donne , aux familles secourues , de quoi se procurer du thé , du sucre , etc.
Œàa taxe des pauvres , en Angleterre , est portée , dans le moment actuel , à plus de quatrevingts millions de francs ; elle a considérablement augmenté dans les dernières années : elle n'en restera pas là. En y joignant les aumônes distri-
(i) Voyiez l'ouvrage de Colqhoim sur la police de Londres (on Policy qf MctropolU ) , vous pourrez vous faire une idée des mœurs si vantées du peuple anglais.
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buées par les ministres du culte, les souscriptions annuelles , les ateliers, en un mot, toutes les fondations charitables, la mendicité coûte an-nuellement à l'Angleterre plus de cent cinquante millions de francs (i). Ainsi donc, en prenant pour base les rapports proportionnels du territoire et de la population , la France devrait finir par dépenser, pour le même objet , plus de quatre cents millions de francs.
Des secours publics très-étendus et très - complets n'exigeront pas assurément le tiers, ni même le quart de cette somme : et j'observe que cela seul répond victorieusement au parallèle injurieux que les mécontents établissent encore tous les jours entre la France et Tx^ngleterre. Non, malgré les désordres inséparables d'une grande révolution , le peuple n'est point en France dans cette situation violente ; situation qui ne peut , au reste, manquer de produire tôt ou tard, un embrasement général.
Je termine : toute taxe des pauvres est une véritable loi agraire. C'est, à la vérité, celle d'un peuple qui n'est plus dans la barbarie des anciennes républiques : mais elle a presque toute
(i) Voyez l'ouvrage de Morton Eden, intitulé : on thc State of the poor, etc. L'auteur va plus loin dans ses calculs : il porte la totalité de ces différents levenus, qui sont tous dépensés pour des objets de charité publique, à cent soixante millions de livres tournois.
l'immoralité , et elle entraîne presque tous les inconvénients de ce brigandage absurde , auquel certaines personnes pnt encore eu , dans ces derniers temps , la bonté de conserver le tiom de loi.
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