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Mais il faut d'abord rappeler un principe fondamental, dont beaucoup de lois et de mesures d'administration ne doivent être que des applications pratiques.
L'homme , quoique essentiellement sociable , est cependant fait, avant tout, pour exister individuellen^ent. Son existence individuelle précède son existence civile et politique; elle doit lui servir de base, et même, en quelque sorte de modèle. Celle-ci doit, à son tour, tendre à perfectionner la première: tel est le véritable but de l'état social.
PUBLICS. i.S9
Il faut donc faire d'abord agfir l'homme individuel, en employant des mobiles qui lui soient propres: c'est sur le point d'appui du ?uoiy que doivent porter tous les leviers sociaux. Les mouvements imprimés aux nations résultent toujours de ceux dont les individus sont animés ; et l'intérêt particulier peut seul garantir avec certitude la prospérité publique. Ainsi, plus cet intérêt est immédiatement consulté , plus aussi les choses marchent avec l'ordre, l'aisance et la simplicité qui caractérisent tous les phénomènes résultants des véritables lois de la nature.
C'est un grand vice de la plupart des institutions publiques , d'avoir beaucoup trop besoin des qualités particulières de leurs agents. Il faut le dire et le répéter sans cesse, il n'est qu'un surveillant qui ne s'endorme point; un seul ressort dont l'action soit toujours également active , un seul aiguillon qui ne s'émousse jamais ; c'est V intérêt particulier, ce principe qu'une philosophie bornée et fausse regarde comme celui de tout mal. C'est au contraire par lui que tout va bien. Si quelquefois il s'égare , c'est par ignorance ; et , quand on a su le lier étroitement à l'intérêt public, il suffit de l'éclairer pour l'y ramener, et le forcer à s'y confondre.
Mais l'action de ce principe n'est complète et bien ordonnée , que lorsque chacun se trouve placé dans sa sphère propre ; lorsque chacun peut n'obéir qu'à des impulsions personnelles, s'isoler
^/io . SUR LES SECOURS
dans le but de ses travaux , et disposer à son gré de leurs fruits.
Quoique les forces de l'homme augmentent prodigieusement par leur réunion et par leur combinaison avec celles de ses semblables , cette réunion et cette combinaison doivent exister plutôt dans des rapports inaperçus, que dans un rapprochement matériel, ou dans une confusion chimérique d'intérêts. Toutes les fois qu'on peut diviser et individualiser ces forces dans leur em ploi, en se bornant à les diriger vers un terme commun, il en résulte de grands avantages économiques et moraux. Il s'agit donc d'unir les hommes entre eux , mais non de les enchaîner au même joug ; de les placer assez près les uns des autres pour s'assister mutuellement , mais non de les entasser pour se heurter et se corrompre. C'est du sein de la vie privée, ou d'ailleurs ils sont le plus heureux , qu'ils concourent encore le plus efficacement au bonheur public.