VII
De ce qui précède, on peut donc tirer ces deux conséquences générales: i** que la meilleure manière d'occuper les pauvres, est de les laisser isoléà, en leur fournissant du travail à la tâche, dont ils rendent compte et reçoivent le salaire , à mesure que le travail se trouve fait; i^ que lorsqu'on ne peut éviter de forrper de grands ateliers.
il faut, autant qu'il est possible, en charger, par entreprise, des hommes industrieux qui en fassent leur affaire propre, et qui, soumis seulement à la surveillance continuelle des magistrats, puissent se considérer comme des entrepreneurs spéculant sur les produits d'une manufacture.
Tant qu'il est possible de donner du travail au pauvre, sans le tirer de chez lui, sans le sortir de cette espèce de solitude qui conserve les mœurs , et du sein d'une famille où tous les rapports le perfectionnent , c'est un bien véritable qu'on opère, un bien sans mélange. On doit donc chercher à rendre générale, autant qu'il est possible , cette forme de bienfaisance , en diverisifiant les travaux à l'infini, suivant les lieux, les saisons , le sexe , l'âge , ou les forces des personnes qui les réclament. Il est évident qu'on pourrait créer partout des travaux dont les produits seraient d'un débit facile. D'ailleurs , comme les établissements de bienfaisance devront souvent eux-mêmes faire des achats de matières fabriquées, pourquoi cette fabrication ne servirait-elle point directement à occuper, et son prix, évalué raisonnablement , à nourrir les ouvriers sans travail ? Enfin , des administrateurs actifs et zélés pourraient quelquefois acheter les ouvrages des artisans dans la détresse ; par exemple, les souliers du cordonnier, les chapeaux du chapelier, la toile ou l'étoffe du tisse- 2 *i6
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rand, etc. Du moins faut -il tâcher d'employer chacun dans le métier qu'il sait le mieux : ca vouloir réduire tous les pauvres à des occupalions uniformes, c'est perdre à la fois le temps de l'ouvrier, et le travail dont on le charge; c'est se priver d'une production qui s'obtiendrait promptement et bien, pour en avoir une qui s'obtient lentement et mal.
Tel est le but auquel devrait tendre l'administration : procurer au fabricant dans le besoin le débit des objets déjà manufacturés ; faire manufacturer de préférence ceux dont l'administration peut elle-même faire usage , soit pour les hôpitaux , soit pour tout autre établissement public ; fournir à chaque individu , le genre de travail auquel il est propre; payer le travail réel qui se fait, et non les journées qui s'y emploient ; enfin, ne jamais réunir un grand nombre d'hommes, lorsqu'on peut les laisser isolés.