‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource]Chapitre 34 sur 65 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

L'impossibilité de tirer véritablement un bon parti des grands ateliers publics paraît suffisamment démontrée par la connaissance réfléchie du cours naturel des choses , et surtout par les expériences faites dans différents pays. Mais lorsque l'isolement des travaux et l'excitation directe de l'intérêt personnel dans l'ouvrier lui-même ne peuvent avoir lieu, le devoir du gouvernement

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est de chercher un remède à des inconvénients inévitables : or, ce remède, on peut le trouver, jusqu'à un certain point, dans la mesure trèssimple de faire de chaque atelier une entreprise à forfait. Il y a , par exemple , un canal à creuser dans un département : les experts feraient l'estimation des travaux ; l'administration en conclurait le marché avec un entrepreneur ; et celuici s'engagerait à recevoir tous les ouvriers pauvres des différentes communes du département, sur le pied convenu pour chaque journée, sauf à régler d'avance, dans son marché même, l'augmentation de prix convenable pour couvrir ses pertes éventuelles. D'après ce plan , on n'enverrait aux ateliers que des hommes en état de faire un véritable travail. Les femmes , les vieillards, les enfants, les gens faibles, seraient réservés pour d'autres ourrages sédentaires et particuliers. Et si, malgré leur bonne volonté reconnue, certains individus valétudinaires ne pouvaient évi^ demment gagner leur vie, il faudrait bien les regarder, à peu de chose près , comme des malades, et les aider d'une charité gratuite : mais on ne leur accorderait jamais comme salaire , que le prix exact d'un travail actif

Et quant aux hôpitaux , où l'on reçoit des pauvres valides, hommes, femmes, ou enfants | ces asyles ne devraient jamais être considérés que comme de vrais ateliers de charité. Quiconque vient s'y réfugier et solliciter le pain de TaiiW

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moue , renonce par cela même à faire usage pour son compte de ses facultés; il donne à la puissance publique le droit de les employer comme elle le juge à propos. 11 ne s'agit donc plus que de trouver le moyen d'occuper tous ces nécessiteux sans ressources , chacun suivant son âge , ses forces et ses talents.

D'après les mêmes motifs , c'est-à-dire , dans la vue de substituer la vigilance active de l'intérêt particulier^ à la vigilance trop souvent refroidie du zèle, on pourra quelque jour, et moyennant les précautions convenables, donner également à forfait l'entretien des hôpitaux de pauvres valides, ainsi que le débit des objets manufacturés , ou le salaire des bras employés dans leur sein (i) ; mais toujours sous la surveillance des administrations centrales et municipales, à l'instar des autres ateliers publics.

On sent combien il serait facile, avec un peu d'intelligenqç, .et d'activité , ,(|e créer par là, dans chaque canton, de nouveaux genres d'industrie,

(i) En déterminant d'une manière précise la nature et la quantité de tous les objets reçus ou livrés; qn réglant comment chaque pauvre sera nourri, vêtu, couché, etc.; pn convenant de la nature et de la quantité du travail, ce système ne peut avoir aucun inconvénient. Cependant il ne doit être adopté qu'avec beaucoup de l'éserve dans les grandes communes : les hospices des malades sont ceux où son onêcution préscnlc le plus de difiicuUés, et peut éprpuvpr le plus de résistance.

appropriés aux circonstances locales, et même d'y seconder les travaux des manufactures actuellement existantes. En effet , pourquoi des manufacturiers ne deviendraient-ils pas les entrepreneurs de ces différents ateliers ? Pourquoi ne serviraient -ils pas encore à débiter les productions de tous les travaux isolés qui seraient exécutés çà et là par les indigents? La bienfaisance sociale , exercée de cette manière , ou dans cet esprit, n'est pas seulement un grand devoir, rempli généreusement et avec sagesse; elle devient encore une utile mesure politique, propre à compenser l'immoralité de l'ancienne aumône, et faite surtout pour hâter le moment où l'aiimône elle-même doit cesser d'être indispensable.

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