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CHAPITRE VI

Des secours à donner aux pauvres malades.

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Parmi les malades qui réclament les secours publics, il en est qui, sans être en état de se faire soigner chez eux, ont pourtant une demeure, ou même une famille; il en est qui n'ont qu'une demeure, et qui sont d'ailleurs tout-àfait isolés; enfin, les plus malheureux de tous sont privés à la fois de parents qui veillent à leurs besoins , et d'asyle où la bienfaisance puisse venir les consoler et les soulager.

Ces derniers doivent nécessairement être envoyés dans les hôpitaux dont il sera question ci-après : et c'est pour eux seuls que les infirmeries publiques deviennent nécessaires.

Quant aux deux autres classes de malades , l'esprit de la vraie bienfaisance , la conservation de la morale, la saine politique, paraissent exiger également qu'on les secoure chez eux par le ministère de leur famille elle-même, ou par celui des gardes-malades , prises parmi les ouvrières à la charité des communes. On remplirait de la sorte plusieurs objets qui méritent tous une grande attention.

PUBLICS. l6c)

D'abord, pins on fait soigner de malades en particulier, et moins on a besoin de grands hôpitaux : or, il est assez prouvé que les grands liôpitaux sont vicieux à tous égards.

En second lieu , c'est par les soins mutuels que l'esprit de famille se conserve, que la bonté se cultive, que les mœurs se perfectionnent. Ûn malade à garder, à servir, est un spectacle utile, une leçon vivante d'humanité : c'est le moyen de réveiller efficacement dans le cœur une foule de sentiments précieux. Quand ce malade est un père, une mère, un frère, une sœur, un fils, line fille, combien les soins qu'on lui rend ne resserrent-ils pas les liens naturels ! Presque toutes les vertus humaines sont fondées sur la bienveillance réciproque : et c'est par le malheur surtout que les hommes se rapprochent; c'est en recevant ou en donnant des secours , qu'ils apprennent à se chérir. Une créature aussi faible devait trouver dans sa faiblesse même , et dans les maux qui en découlent, la source de sa principale force et de ses plus douces affections.

En troisième lieu, la honte et le dégoût que l'indigent éprouve la première fois qu'on lui parle d'aller à l'hôpital, sont des impressions bonnes en elles-mêmes, salutaires dans leurs effets. Il faut éviter, le plus qu'on peut, de les affaiblir par l'exemple et par l'habitude. L'activité dans les travaux , et l'économie dans les dépenses , tiennent presque également l'une et l'autre au désir de se

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soustraire soi-même et les siens, pour le temps de la vieillesse et des infirmités, à l'humiliation de l'aumône publique. Sans ce désir, et sans les inclinations indépendantes et laborieuses qn'il fait naître , point de bonheur pour les individus , point de prospérité générale. Toutes les institutions devraient donc tendre à rendre ce mobile plus énergique : elles doivent, à plus forte raison, se bien garder d'en affaiblir le ressort, en offrant au peuple un moyen banal et facile de pourvoir à tous ses besoins.

Enfin, et sans parler de plusieurs autres considérations moins importantes, quand on ne ferait que dérober un certain nombre de pauvres malades au mauvais air d'un hôpital, à la médecine trop souvent précipitée et négligente qui s'y pratique, à l'état d'isolement et de mélancolie qui les assiège, à la corruption morale qu'ils y respirent trop souvent dans leur convalescence, les sacrifices faits pour perfectionner les secours à domicile seraient loin d'être perdus.

Pour les individus qui auraient une famille, la famille servirait donc de garde, administrerait les remèdes, donnerait le bouillon, et profiterait de la viande que le malade ne consommerait pas. Pour les malheureux tout- à -fait isolés, mais qui pourtant auraient une demeure, on emploierait les femmes auxquelles la commune fournirait des travaux sédentaires et portatifs , tels que les filatures à la quenouille ou au rouet, les tricots, etc.

Pif CL tes. Q-yr D'autres femmes charitables, nommées par Taclmiiiistralion, s'informeraient partout des besoins, inspecteraient les gardes. Des chirurgiens feraient les saignées, panseraient les plaies, les vésicatoires , etc. , distribueraient les secours et les remèdes : le tout sous la double surveillance des administrations municipales, et des médecins remplissant dans chaque arrondissement les fonctions d'officiers publics de santé.

It ne serait peut-être pas impossible que les femmes charitables, établies dans chaque commune , pour le soin des malades , fussent en même temps chargées de l'instruction des jennes filles, à qui elles enseigneraient à lire, écrire, calculer, coudre, filer, tricoter, etc. Avec cette double destination, bien loin d'être à charge, leur établissement dans les campagnes ne serait pas moins économique que bienfaisan^.

§ II-

J'expose dans mes Observations sur les Hôpitaux une partie des raisons qui doivent faire préiérer les femmes aux hommes pour le service et !e soin des malades : j'y rends justice au zèle et aux vertus hospitalières des ci -devant sœurs de la Charité : je dis combien il peut être encore utile de les employer d^ns toutes les infirmeries |)ubhques. Mais, je le répète, il faut absolument • |Me ces filles, d'ailleurs si respectables, en quit-

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tant leur costume, rlépouillent aussi leur esprit (le confrérie, et qu'elles apprennent à voir dans le règne de l'égalité celui des maximes les plus pures de cette même religion , qu'osent invoquer dans leur révolte les chefs hypocrites des mécontents.

Quant à l'organisation intérieures des infirmeries nationales, je n'entrerai point maintenant dans de grands détails à ce sujet. Ces détails sont étrangers aux vues qui doivent diriger le législateur, et aux règles générales que la loi doit tracer. Je m'en tiens donc à ce que j'ai dit sur ce sujet dans l'écrit déjà cité.

Réduire à de petits hospices tous les grands hospices de malades; séparer leur régime économique de ce qui tient au traitement médical; donner les fournitures en adjudication, sous l'inspection des magistrats , et sauf expertise ; confier l'administration de leurs revenus (i) à des hommes

(i) On a proposé plusieurs fois la vente des biens des hôpitaux. Leur administration , si mauvaise sous tous les rapports , et si peu susceptible de devenir meilleure ; l'intérêt public, qui sollicite puissamment et la division des propriétés, et leur transmission de main en main ; enfin les avantages qui résulteraient pour les surveillants supérieurs , d'une comptabilité simple et non morcelée : tant de considérations, dis-jc, ont fait désirer à beaucoup de bons esprits cette vente, qui leur paraissait d'ailleurs devoir doubler sur-le-champ les fonds de l'aumône nationale. Mais (des craintes non moins fondées et des ménagements non moins nécessaires n'ont pas

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d'affaires salariés et responsables; donner l'aulorité la plus absolue aux officiers de santé dans tout ce qui concerne le régime des malades; exiger d'eux les histoires exactes, tant des maiadies individuelles que des constitutions géné-

tardé à faire sentir qu'il fallait encore en reculer l'exécution. D'abord la dépréciation des différents papiers - monnaie a réduit à rien le produit des ventes effectuées en vertu des lois relatives aux différents domaines nationaux. En second , lieu, le désordre du trésor public, qui, sans doute, est loin d'être entièrement réparé , n'a plus permis ni d'y faire des placements , ni de compter sur ceux qui s'y trouvaient faits- Et même, en général, quelle espèce de placements substituer à des fonds de terre, à des bois, à des»maisons? Comment leur donner la même solidité réelle? D'ailleurs, quand cela ne serait pas impossible , comment le persuader au pauvi'e , que son ignorance rend si susceptible de prévention et de terreur, et qui regarde, avec raison, les propriétés hospitalières comme son patrimoine? N'a -t -il pas toujours vu les L^ouvernements engloutir toutes les richesses sur lesquelles ils mettaient la main ?

Il reste donc à chercher si l'on ne pourrait pas combiner les mesures que l'économie impose, avec les précautions que les craintes, malheureusement trop fondées, du peuple commandent. Voici peut-être une manière de résoudre ce problème : 1° Vendre ces biens par petites portions , et moyennant une redevance en nature; 1.^' en étendre l'hypothèque sur une partie plus ou moins considérable des autres biens de l'acquéreur, dans le cas où l'on pourrait le juger nécessaire; 3" déclarer que cette redevance ne serait rachetabie que sur un acte particulier du Corps législatif, qui déterminerait en même temps l'emploi des fonds.

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raies el: de leurs traitements; créer, autant qu'il sera possible, clans tous les hôpitaux des écoles cliniques (i), les seules que rien ne supplée, et les seules qui puissent former des médecins capables de guérir; enfin, par l'influence de l'intérêt particulier et de l'opinion publique , par des formes habiles de gestion et de comptabilité , forcer tous les employés quelconques à se surveiller mutuellement , et à remplir leur devoir avec ferveur.

Tels sont les objets principaux que les réformateurs devront avoir particulièrement en vue: tel est le but vers lequel devront se diriger tous leurs efforts.

' Mon intention n'a pu être d'exposer ici les vues médicales, ni les méthodes d'enseignement, au moyen desquelles on pourrait voir sortir tout à la fois du sein des écoles cliniques le système complet de la science, et beaucoup d'élèves dignes d'en rendre la pratique véritablement utile à l'humanité. Mais avant de finir, je crois devoir entrer dans quelques détails particuliers, relatifs aux maisons publiques de fous.

(i) Ce n'est pas ici le lieu de parler des hôpitaux militaires ambulants ou fixes, ni de ceux de la marine. Malgré leur nom d'hôpitaux, ils ne l'entrent point dans les secours publics; ils font partie de la dépense ou de la dette, et non de la bienfaisance nationale. Cependant un bon système d'infirmeries publiques leur serait également applicable.

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