V.Q^ SUR LKS SECOliRS
lepsie. Il n'est pas jusqu'à la folie qu'ils n'aient jouée quelquefois pour exciter la commisération et tâcher d'obtenir de plus abondants secours. Quoique ce soit une bien déplorable ressource , et d'autant plus déplorable que la perte de la liberté , et la réclusion dans les asyles les plus hideux , est toujours le résultat inévitable de ce manège , des faits constants apprennent qu'il a plus d'une fois été mis en pratique. Plusieurs femmes enfermées à la Salpétrièrè nous parurent en offrir des exemples évidents (i). Après un séjour peu long elles s'étaient trouvé guéries ; elles jouissaient , en effet , de toute leur raison : mais , disaient-elles, quel moyen de subsistance leur resterait-il si elles étaient renvoyées ? Elles avaient perdu leurs familles de vue ; elles étaient devenues étrangères à tout : à qui pouvaient-elles recourir? Par quel genre de travail pouvaient -elles gagner leur pain? En conséquence, elles demandaient à rester dans la maison en qualité de ce qu'on appelle bons pauvres, et avec la liberté dont y jouit cette dernière classe d'infortunés. On ne peut guère douter que l'espoir d'obtenir une si triste faveur, n'eût été la véritable cause de cette folie passagère.
Sans doute la fraude est alors difficile à reconnaître , et toute erreur encore plus difficile à éviter ; il faut bien s'en rapporter là-dessus à la
(i) En 1791.
sagacité des surveillants , des gens de service , et beaucoup à celle des officiers de santé.
§ IV
Mais ce qui remédie à presque tous ces inconvénients ou prévient toutes ces erreurs , c'est le travail. Un travail (i) convenable bien dirigé, bien approprié aux forces et aux dispositions présumées de chaque individu , non- seulement diminuera sur-le-champ et d'une manière directe la dépense des hôpitaux, mais, de plus, les délivrera par degrés , d'une manière paisible , de ce surcroît de faux pauvres qui les surcharge. A l'égard des fous , le travail offre même des avantages particuliers : il fera partie de leur traitement. Pour les guérir de leur maladie, il faut souvent commencer par les guérir de leur oisiveté; c'està-dire ceux qui sont capables d'une occupation quelconque (2).
(i) L'observation faite ci-dessus, relativement aux prisonniers, s'applique également aux fous: on ne doit mettre, entre les mains des uns et des autres, que des instruments dont ils ne puissent abuser en aucune manière.
(1) En France, il n'existe point encore de véritables maisons de traitement pour la folie chronique. Dans plusieurs hôpitaux, tels que l'Hôtel-Dieu de Paris, on traite les fous parles moyens généraux, par les bains tièdes ou froids, par les saignées, les purgatifs drastiques: mais au bout de quelque temps, si ces moyens n'ont produit aucun effet utile, les
SUR LES SECOURS
En effet , tant que des fous peuvent travailler, il faut leur fournir du travail. Toutes les bizarreries de l'imagination prennent une force singulière dans l'oisiveté; et même, par cette seule circonstance, elles peuvent se transformer en véritable folie. Une occupation soutenue , en fournissant une pâture à l'activité de tous les organes, de ceux de l'esprit, autant que de tous les autres , maintient les facultés dans un état d'équi-
inalades sont abandonnés à leui' destinée malheureuse ; on les enferme dans des hôpitaux de fous ; ou , quand les parents consentent à les garder chez eux, on les remet entre leurs mains.
La commission des hôpitaux de Paris, voulant réparer la négligence de l'ancien gouvernement sur cet important objet, avait formé le plan d'une grande infirmerie d'insensés des deux sexes. Mais il fallait des essais pour juger de ce qui était possible; il fallait, surtout, faire sur-le-champ ce que les circonstances permettaient, et ne pas remettre à des époques éloignées les petites améliorations dont cette branche de la charité nationale était susceptible. Les premiers essais ont été commencés à la Salpétrièi-e , sur les femmes qu'elle renferme : les désordres révolutionnaires empêchèrent d'y mettre la suite convenable.
C'est une belle partie de la médecine que l'histoire et le ti'aitement de la folie : des faits bien choisis sur cette matière éclaireraient singulièrement l'étude de l'homme *.
* Depuis le temps où l'auteur écrivait ceci , Pinel a publié ses belles observations, et celles dn respectable Pussin, son digne collaborateur. Voyez le Traité de la Manie , et les Mémoires de la Société médicale d'Émulation.
libre : or , cet état constitue la santé du cerveau , comme celle des autres parties du système vivant. Ainsi donc, on occupera les fous dans tous les lieux publics destinés à les traiter ou à les garder; on employera même , s'il est nécessaire , un certain degré de terreur pour forcer au travail ceux qui s'y refuseraient , et qu'on en jugerait capables.
Parmi les personnes tombées en démence , I toutes ne le sont pas au même -degré. Il en est qui sont très-paisibles et qu'on peut, sans inconvénient, laisser libres au sein de la société, ou du moins dans l'intérieur de leurs familles : plusieurs même sont en état de remplir certains offices de la vie. L'humanité , la justice et les vues de la bonne médecine, ordonnent de ne renfermer que les fous qui peuvent nuire véritablement à autrui ; de ne resserrer dans des liens que ceux qui, sans cela, se nuiraient à euxmêmes. Les violences inutiles aggravent singulièrement la folie : la difficulté de la guérison augmente singulièrement quand les malades sont enfermés à part et garrottés.
En Angleterre , toutes les fois qu'on est forcé i I d'employer la force pour les contenir , on le fait , non par le moyen des cordes qui meurtrissent toujours les parties qu'elles pressent , encore moins par celui des chaînes avec lesquelles ces j I malheureux se frappent d'une manière effrayante, se blessent, se disloquent, et souvent se cassent