TITRE CINQUIÈME
Du Musée, du Jardin de botanique, et des Bibliothèques publiques.
ARTICLE PREMIER
Le musée projeté par quelques agents de l'ancien régime , et sollicité par tous les amateurs des arts, sera exécuté aux frais du public. L'on y placera , d'une manière convenable , les chefsd'œuvre rassemblés depuis plusieurs siècles dans
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(les magasins, où ils restent enfouis. Ce musée sera doté de revenus suffisants, pour pouvoir acquérir chaque année les meilleures productions nouvelles.
Toutes les bibliothèques publiques , le cabinet d'histoire naturelle et le jardin des plantes, res^ sortiront aux mêmes magistrats que le présent décret charge de surveiller l'éducation. Les places de ces divers établissements pourront être données aux membres les plus distingués de l'Académie nationale, et leur tenir lieu des pensions oii des récompenses dont la voix publique les jugera dignes.
Il sera formé dans chaque chef-lieu de département, et, s'il est possible, dans chaque chef-lieu de district, une bibliothèque et un cabinet de physique, indépendamment de celui d'histoire naturelle et du jardin de botanique , dont il est parlé dans le décret sur les écoles de médecine. Il y sera formé , en outre , une collection de tous les instruments des arts , en choisissant d'abord ceux qui sont de l'utilité la plus générale, ou de l'application locale la plus journalière et la plus étendue. Le tout étant destiné à l'instruction du public, sera sans cesse offert à sa curiosité. Les livres des maisons rehgieuses, réformées sur le territoire du département, serviront de fonds à chaque bibliothèque.
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Telles sont, messieurs, les idées que j'ai cru devoir offrir à votre examen , sur un sujet dont vous sentez l'importance. Je ne prétends pas avoir fait un plan complet dans toutes ses parties; mais j'indique des vues dont profiteront peut-être ceux qui sont plus dignes de l'organiser. Je remarque seulement que l'on ne doit pas m'objecter l'imperfection ou le défaut de complément des accessoires, et surtout des accessoires pratiques. Mon intention , ejicore une fois , n'a pas été , et celle de l'Asssemblée ne doit pas être, de tracer dans des décrets généraux un système ou des systèmes d'enseignement, ni d'énoncer toutes les idées subsidiaires que ces systèmes doivent embrasser : son but , quant à présent, doit se borner à l'organisation du corps enseignant; et je n'ai pu penser à lui présenter autre chose.
Si vous adoptez , messieurs , le projet d'un comité d'éducation , alors je vous demanderai la permission de lui faire part de mes vues sur plusieurs objets particuliers, ou sur les méthodes mêmes d'enseignement. Quelle que soit d'ailleurs leur justesse ou leiu^ importance, elles prouveront du moins que, si je me suis interdit de porter ici mes regards sur les détails, ce n'est pas faute d'en avoir fait le sujet de mes méditations, et d'y avoir mis l'intérêt qu'ils méritent.
Sans doute, ce n'est pas vainement que l'Assemblée nationale a posé les bases d'une constitution libre : ce n'est pas vainement que cette
constitution prépare dans le lointain tontes les lois réclamées par la raison des sages. Cependant, et je ne saurais trop le répéter, si l'éducation ne venait concourir à ses effets, et si les habitudes de l'enfance n'ouvraient les ames aux habitudes sociales qui doivent remplir la vie entière du citoyen, il manquerait un ressort puissant à la législation , et ses résultats politiques et moraux seraient plus tardifs ou moins miiversels.
Je regarde donc comme indispensable de surveiller avec attention , surtout dans ce premier moment, les écoles publiques, et d'augmenter l'énergie de leur influence par tous les moyens qui ne blessent pas la liberté naturelle.
Ces moyens sont près de nous : ils sortent,' comme d'eux-mêmes, d'un ensemble de bonnes lois, ou plutôt de l'application de quelques principes. D'ailleurs, encore une fois, il ne s'agit pas de façonner les hommes dans un certain esprit, mais de les inviter à se façonner à leur guise, de les placer dans toutes les circonstances les plus favorables pour cet effet, de ne laisser aucun prétexte à la paresse, ni aucun sujet de murmure au talent. Il s'agit de faire sentir, dans toutes les lois , la nécessité de l'instruction , de la mettre à la portée de tous les individus, de les engager à puiser dans cette source de tout bien, d'encourager leurs efforts, de récompenser leurs succès.
Il n'y a rien de si facile en législation, que de faire beaucoup de choses qui paraissent bonnes au
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premier coup d'oeil. Chacun n'a-t-il pas ses projets de bien public, ses règlements, ses statuts, qui feraient tout rentrer dans l'ordre ? Est-ce de bonnes intentions, de vues partielles très-spécieuses, de fertilité dans les mesures, qu'ont manqué les créateurs et les réformateurs des lois? Non sans doute. Les lois surabondent partout, et chacune d'elles, prise séparément, ou considérée sous les seuls rapports qui l'ont déterminée, présente toujours un but utile. Cependant, presque tous les maux du genre humain tiennent à cette multitude d'institutions, qui se sont nécessitées réciproquement , et dont la moins désastreuse substitue des milliers d'abus à quelque inconvénient léger qu'elle devait prévenir.
Le difficile, messieurs, est de ne promulguer que des lois nécessaires , de rester à jamais fidèle à ce principe vraiment constitutionnel de la société , de se mettre en garde contre la fureur de gouverner, la plus funeste maladie des gouvernements modernes. On vous présentera sans doute des plans d'éducation bien organisés, peut-être même philosophiques dans leur objet et dans leurs moyens. Mais demandez -vous d'abord s'il est vraiment indispensable de faire ce qu'on vous proposePJ'insiste là-dessus, parce qu'en attaquant l'éducation gratuite, et même une éducation nationale ordonnée suivant un système , et tendant vers un but que le cours de l'opinion ne pourrait dans la suite changer qu'avec beaucoup de temps
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et de peine, je sens que je choque des opinions consacrées par les autorités les pUis graves. Rien de plus imposant, je l'avoue, que ces sources de lumières où chacun peut venir puiser librement comme dans les réservoirs ou dans les fontaines publiques. Mais quand une nation fait quelque dépense , cette dépense n'en est pas moins payée par les individus ; elle l'est souvent par ceux qui ne peuvent en retirer aucun avantage , ou qui dédaignent d'en profiter , ou qui rie croient avoir aucun intérêt à surveiller son emploi, toujours moins économique par la nature même de la chose. L'éducation gratuite est payée par tout le monde; ses fruits ne sont recueillis immédiatement que par un petit nombre d'individus : elle sort beaucoup d'hommes de leur place naturelle, elle favorise la paresse des instituteurs, elle diminue le prix de l'instruction aux yeux des disciples, elle retarde les progrès des sciences. L'ignorance actuelle du peuple ne permet pas , à la vérité, d'attendre paisiblement que la nouvelle constitution l'élève toute seule, et lui fasse sentir la nécessité de s'instruire. Le pouvoir public ne peut rester froid spectateur du long combat des lumières et des ténèbres : il est sans contredit obligé d'y prendre part, pour en accélérer la catastrophe. Mais que peut-il , que doit-il faire pour cela? Peu de chose en apparence, messieurs: proléger, exciter, récompenser. C'est ici qu'on obtient par le moins ce que l'on chercherait