‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource]Chapitre 59 sur 65 · SUR l'ÉI) II C A T · texte numérisé non relu

SUR l'ÉI) II C A T

vainement à obtenir par le plus : et je crois avoir indiqué les mesures convenables.

Ainsi donc, pour être admis aux places, qu'il soit nécessaire de donner des preuves de savoir; que tout homme qui veut enseigner un art quelconque le puisse librement et fructueusement; que celui qui veut l'apprendre n'en soit empêché ni par le trop grand éloignement, ni par la trop grande cherté des maîtres, ou par celle des grades qui doivent constater le fruit de leurs leçons ; mais en payant une rétribution médiocre , qu'il soit averti chaque jour du prix du temps et de celui des connaissances auxquelles il aspire , tandis que ses maîtres , aiguillonnés comme lui par l'émulation et l'intérêt, donneront à leur enseignement plus de méthode et plus de perfection; que la police se borne à surveiller les professions dont les erreurs ou les fraudes, funestes dans leurs effets , ne peuvent être facilement reconnues du public ; que d'ailleurs l'exercice de tous les talents soit absolument libre; que les arts d'une utilité première, et ceux qui, procurant de nouveaux plaisirs, forment une branche importante des créations sociales, obtiennent d'une nation généreuse , sensible , éclairée , des récompenses et des honneurs publics : enfin, que le but de l'éducation nationale se rapporte à celui des autres institutions; que, par conséquent, elle ne dépende d'aucun pouvoir, dont les intérêts particuliers puissent la faire tourner à

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son profit, et qu'elle ne soit jamais confiée à des mains qui, loin du regard des magistrats, puissent en dénaturer le caractère.

Mais il est encore un autre moyen d'agir puissamment sur les hommes en masse, lequel peut être regardé comme faisant partie de l'éducation publique ; et sans doute l'Assemblée nationale ne le négligera pas : ce sont les fêtes publiques , civiles et militaires. Chez les peuples anciens, elles ont enfanté des prodiges : dirigées vers un but plus conforme à la nature de l'homme, leur influence n'en sera que plus étendue. Après les grandes lois générales qui sont les fondements de la société , rien peut-être ne mérite plus l'attention du législateur.

Il ne suffit pas en effet de considérer l'homme comme l'instrument de l'agriculture, du commerce, ou des arts, instrument dont toutes les lois doivent protéger et favoriser les travaux; il faut aussi le considérer comme un être sensible , dont on peut étendre l'existence par de vives affections pour le pays qui l'a vu naître , pour les institutions qui le gouvernent , pour ses semblables qui vivent sous les mêmes institutions : il faut songer qu'en le sortant presque sans cesse de lui-même, pour le mettre sous les yeux de la patrie, et l'attacher à elle par ses plaisirs, autant que par la douce liberté dont il doit jouir dans son sein, l'on augmenterait son bonheur de tout le bonheur public, et l'on nourrirait en lui

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toutes les vertus par les sentiments patriotiques et fraternels, dont les fêtes de la liberté remplissent les ames.

Ces fêtes ne pourraient - elles pas êtfe à la fois le théâtre des récompenses publiques, celui des talents, le lien commun d'un grand peuple, et l'école du citoyen?

Quel effet tiy produiraient pas des couronnes de chêne, de laurier, d'olivier, distribuées aux hommes vertueux, aux guerriers patriotes, aux écrivains utiles ^ aux grands maîtres dans tous les arts ; des hymnes composés par les poètes les plus célèbres, chantés par des chœurs de jeunes citoyens et de jeunes vierges, accompagnés de cette musique simple, mais majestueuse et touchante j qui porte l'ivresse dans les grandes assemblées; des discours appropriés aux circonstances, prononcés par des orateurs dignes des hommes libres qui viendraient les entendre? Voyez comme l'enthousiasme gagne les cœurs les plus froids ; comme les larmes roulent dans tous les yeux; comme l'amour de la patrie et celui des vertus utiles au genre humain, c'est-à-dire, des seules vertus, s'empare de cette jeunesse sensible, qui du moins ne deviendra pas meilleure sans devenir plus heureuse ! Des récits fidèles font partager cette émotion à ceux mêmes qui ti'en sont pas les témoins : chacun bénit les lois qui lui procurent tant de jouissances inconnues; et

les étrangers arrivent en foule pour voir ces jeux d'une nation qui mérite son bonheur, comme' autrefois ils accouraient de toutes parts aux jeux olympiques de la Grèce.

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