‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource]Chapitre 62 sur 65 · DE L'HÉRITIER PRÉSOMPTIF DE LA COURONNE · texte numérisé non relu

DE L'HÉRITIER PRÉSOMPTIF DE LA COURONNE

£t sur la nécessité d'organiser le pouvoir exécutif (i).

ÏVIessteurs,

Après vous avoir soiiinis nies vues sur l'éducation publique, et sur quelques objets que j'en regarde comme les principales dépendances, je

(i) Ce discours est écrit depuis plus de huit mois. On n'en a rien retriinché , pas même ce qui peut paraître le plus hors de propos, dans la circonstance aotuclle. {^Notc de ta première é<lUioh. )

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me croirais répréhensible de ne pas donner dans ce travail une place à l'éducation de l'héritier présomptif de la couronne : importante question sur laquelle je n'ai cependant qu'un petit nombre de considérations à vous offrir, et de mesures à vous proposer ; mais qui , nous ramenant à l'organisation constitutionnelle de l'autorité royale, restée encore imparfaite, ouvre un champ vaste aux discussions du philosophe législateur.

Je sollicite un instant votre attention : mais je réclame aussi votre indulgence. C'est une sorte de justice dont nous avons, peut-être, tous également besoin dans ce torrent des affaires, qui nous laisse à peine le temps de recueillir nos idées , et bien moins encore celui d'en perfectionner la rédaction. Pardonnez donc si tantôt je suis trop long, faute de temps pour me resserrer , et tantôt trop court ou trop incomplet , faute de certaines bases, qui ne sont pas encore dans vos lois, et que j'aurais besoin d'y trouver pour pouvoir embrasser mon sujet dans toute son étendue.

En consacrant le gouvernement monarchique, vous vous êtes imposé le devoir d'en contenir la force redoutable par des lois sévères et vigilantes , et d'en faire inspecter l'exercice par tous les pouvoirs populaires , dont vous avez décrété la formation. En plaçant sur la téte du prince une couronne héréditaire; en déclarant impHcilement par là son héritier présomptif l'enfant de

DES Kors, etc. 553 la nation; en prenant, pour ainsi dire, possession de lui au nom du peuple français , vous vous êtes imposé le devoir de diriger son éducation conformément aux fonctions importantes que la volonté souveraine du peuple lui destine. C'est vous qui avez organisé toutes les magistratures, prescrit les conditions qui permettent d'y prétendre, réglé les formes d'après lesquelles on y parvient : sans doute c'est encore à vous nonseulement de tracer les devoirs de la magistrature suprême, mais encore, de suppléer, autant qu'il est possible, à l'égard de celui qui doit la remplir un jour, à la censure efficace d'une élection que le vœu national ne réclamait pas , et dont les avantages réels seraient d'ailleurs balancés par de graves inconvénients.

Ce devoir, si sacré pour tous les membres de cette Assemblée constituante , qui pourrait mieux en reconnaître l'importance que celui dont la voix a toujours proclamé la suprématie d'un seul comme l'unique moyen de conserver à la force d'exécution le degré d'activité nécessaire dans un grand empire ; qui, fidèle défenseur des droits du peuple , a pourtant regardé l'autorité royale comme un sûr rempart de la liberté ; qui , prévoyant les écarts possibles d'un corps législatif sans régulateur et sans contrepoids, a pensé que le délégué perpétuel de la nation pour le pouvoir exécutif devait intervenir dans la loi, non pour influer sur les délibéralions qui la préparent, ou sur les

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décrets qui l'adoptent, mais pour en suspendre^ les effets dans les cas douteux, en attendant que là volonté générale s'énonçât d'une manière claire et formelle; en un mot, qui a pensé que le prince devait être partie intégrante, non du Corps législatif, mais de la représentation nationale , pour la promulgation des lois.

Quant à ceux qui le réduisent au rôle passif de simple exécuteur, peu leur importe peutêtre qu'il arrive sur le trône avec des talents et des vertus. Les lois se forment sans lui; elles n'ont besoin ni de sa censure , ni de son approbation; elles ont sans lui reçu tous leurs caractères : leur exécution ne doit pas éprouver plus de résistance de la part de celui qui les dirige , que de la part des citoyens sur qui elles s'exercent : il n'a point de pensée à lui, il n'a point de volonté; il n'agit pas même pour son compte, puisque le plus indifférent de ses ordres doit porter le nom de quelqu'un de ses agents, lequel en répond formellement en son propre et privé nom; et si dans cette constitution, comme dans la vôtre , on dispense le prince de toute responsabilité , c'est pour éviter les désordres tumultueux que la discussion de ses fautes pourrait occasioner , ou pour prévenir de funestes suspensions de mouvement dans la machine politique : mais il en résulte aussi que rie pouvant plus ni penser, ni vouloir, ni exécuter ce qu'il a pensé et voulu, il se trouve, poiir ainsi dire.

DES iiois, etc. 555

hors (le la nature humaine, réduit à la nullité morale la plus complète , et presque dispensé d'avoir des qualités dont il ne saurait faire aucun usage.

Ce n'est pas là, messieurs, l'idée que se sont faite du chef de la nation plusieurs de ceux qui sentaient le plus fortement la nécessité de resserrer son pouvoir dans des Hmites étroites. Ce n'est pas le caractère que vous avez voulu lui donner, vous qui regardez son approbation comme le complément nécessaire des lois, et qui, par cela seul, attachez à son existence politique la moralité la plus étendue , puisque vous l'investissez du droit d'interpréter et de prévoir le vœu de tout un peuple, contre les déterminations de ses organes temporaires.

Mais lorsqu'en rnême temps vous statuez que sa personne sera de tout point inviolable , vous le sortez par une fiction hardie de l'état social ; vous détruisez presque tout rapport véritable entre lui et les membres de l'association ; et s'il en résulte, comme dans l'autre hypothèse, plusieurs avantages pratiques en faveur desquels le philosophe doit à mon avis pardonner à l'oubli des principes, il'en résulte bien plus encore la nécessité d'entourer dès le berceau cet être singulier qui ne peut devenir un dieu , et qui ne sera point un honime , d'images et de leçons qui le préparent à ses difficiles travaux, mais qui surtout le prémunissent contre les circonstances

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essentiellement dépravantes auxquelles il est condamné dans l'avenir.

Indépendamment de l'exécution des lois où la sagesse et les bonnes intentions du prince ne seront pas inutiles, la constitution le destine à balancer lui seul, par moments, toute l'autorité du Corps législatif. Ses vertus et ses talents auront une influence non moins illimitée que celle des Jois. Il faut donc que son éducation soit analogue à sa destinée. C'est à la nation tout entière qu'elle importe. A qui pourrait -il appartenir d'en diriger l'esprit et d'en tracer les moyens généraux , si ce n'est aux premiers législateurs de cette même nation, chargés par elle d'organiser toutes les forces qu'elle veut établir dans son sein pour le gouvernement?

Mais en considérant cet objet sous ses différents points de vue , en jetant un coup d'œil sur toutes les discussions que son examen me paraît exiger, je m'arrête dès le premier pas. En effet , ne voyez -vous point, messieurs, que toutes les grandes questions de la monarchie viennent s'y confondre ; qu'avant de les avoir discutées, éclaircies , résolues ; avant d'avoir établi sur. des bases solides et d'une manière invariable la correspondance mutuelle du pouvoir exécutif et des autres pouvoirs sociaux , ou du monarque en tant qu'individu, et de l'État en masse ou considéré comme l'agrégation de tous les citoyens, il est impossible de prévoir à quels événements

i) s K o I s , etc. 567 le monarque est appelé , quels dangers sa position lui prépare , quel genre d'idées , quelle trempe d'ame , quelles habitudes lui seront spécialement nécessaires ? et ne serait-il pas absurde , par conséquent, de vouloir régler d'avance l'espèce de culture qui lui convient , c'est-à-dire , de vouloir déterminer comment la sagesse publique doit l'armer pour des combats si mal déterminés eux-mêmes?

Un philosophe célèbre , dont les écrits ont rendu les plus importants services à la raison, et dont les vertus ont donné les plus grands exemples à son siècle, Helvétius, disait qu'il n'y a que deux sortes de gouvernements : les bons, et les mauvais. Les autres différences par lesquelles on les distingue dans les ouvrages et dans les écoles d'économie publique lui paraissaient entièrement frivoles. En effet, elles n'ont guère de réalité que dans des accessoires insignifiants , ou dans des formes superficielles qui ne changent rien à l'essence des choses. Partout où la loi résulte de la volonté générale bien recueillie , partout où cette loi s'exécute sans résistance , partout où son action se fait sentir indistinctement à tous les membres de la société , là sans doute, quelles (jue soient d'ailleurs les formes législatives, administratives, judiciaires, la souveraineté part de sa véritable source , le droit des individus est respecté, la liberté publique repose sur des bases solides.

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Partout , au contraire , où la loi n'est que la volonté d'un seul ou d'un petit nombre; partout où son application est arbitraire , partiale , sans règle fixe : en vain l'association présenterait-elle des apparences républicaines; en vain se donnerait-elle le nom même de démocratie, ce npm si doux à des oreilles libres , son gouvernement n'en serait pas moins injuste , tyrannique, odieux ; c'est-à-dire qu'il rentrerait dans la classe des mauvais gouvernements , et qu'il ne différerait nullement des pires. En un mot , Texcès des formes populaires peut s'allier avec l'oppression la plus désolante; tandis que les formes monarchiques peuvent devenir un très-bon garant de la liberté sociale, et favoriser son exercice et son développement , par la plus surveillante protection. Je dis plus: le despotisme lui-même, s'il pouvait s'assujettir à ne porter jamais que des lois réclamées par le vœu public ; s'il n'en refusait aucune de celles que ce vœu lui demanderait; si, placé comme une autre Providence, loin des objets de sa sollicitude, il oubliait toujours les personnes pour ne songer qu'à la règle , et pour l'appliquer dans toute son impassible rigueur; le despotisme cesserait presque d'être un mauvais gouvernement. Il continuerait à limiter iîïjustement l'existence morale des individus ; "^mais dans son sein , les homrhes sans exercer les droits de la liberté en recueilleraient presque tous les avantages. Ce n'est pas qu'il soit possible

DES ROTS, etc. b5c)

de contenir un despote comme un monarque ; un monarque perpétuel, héréditaire, comme des magistrats électifs , et destinés à rentrer au bout d'un certain temps dans la classe commune des citoyens : ce n'est pas que pour quiconque a connu les hommes , le projet de faire servir à l'utilité publique les passions de celui qui peut tout ce qu'il veut ne soit une méprisable chimère ; que les passions de celui qui peut beaucoup ne doivent être resserrées en tous sens , si l'on veut prévenir de coupables attentats ; enfin , qu'une constitution , où les droits de chacun ne restent jamais oisifs, qui va recueillir la volonté publique là où elle réside , c'est-à-dire , dans le tout, ou dans les représentants les plus immédiats du tout; une constitution qui fait nommer le magistrat par le même légitime souverain , duquel dérive la loi ; qui place à côté de chaque fonctionnaire public un autre fonctionnaire intéressé , par toute sorte de motifs , à le censurer sévèrement, ne soit le véritable et sans doute le seul moyen de maintenir l'ordre et l'égalité dans le corps politique : mais il n'est peut-être pas hors de propos de rassurer ici les défenseurs ardents des droits de l'homme sur la vaine dénomination , ou sur les frivoles apparences d'un pouvoir dont la source et l'essence sont éminemment populaires, et qu'on ne rendrait pas facilement plus populaire encore, sans risquer d'affaiblir sa nécessaire activité. Il convient également ,

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d'autre part, de rappeler aux partisans plaintifs de l'autorité royale , qu'elle n'existe véritablement en France que depuis la constitution qui l'adopte ; que votre voix, en la légitimant au nom de la nation, lui donne une stabilité qu'elle n'eut jamais ; et que cette autorité , recevant de la loi des caractères augustes et touchants, promet à son digne possesseur des jouissances inconnues à tous les rois de l'univers.

Au milieu des orages précurseurs de la révolution , de ces orages redoutables , mais précieux, qui pouvaient , il est vrai , se terminer par la dissolution de l'empire, mais sans lesquels ne se fût jamais opérée la réforme complète et franche des abus ; quand la confiance publique vous chargea de lui donner tout à la fois une constitution libre et un gouvernement énergique , des magistratures empreintes , pour ainsi dire , de toute la souveraineté du peuple , et cependant une police vigilante , capable de réprimer avec célérité tous les désordres , assez forte pour n'être jamais troublée dans ses rigoureuses fonctions , quel spectacle s'offrit à vos yeux? Quel était -il donc ce vœu général dont vous étiez tous les porteurs , et qui se trouvait encore exprimé dans les proclamations journalières de l'opinion publique ?

D'une part , un vaste empire , une immense population , des ressorts multipliés à l'infini , compliqués en tout sens; une grande difficulté

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de faire mouvoir tous les membres de ce grand corps , et de les mettre en harmonie les uns avec les autres; des rapports extérieurs très-étendus , et dont l'influence ne pouvait être négligée dans le calcul des mesures intérieures possibles, ou des moyens convenables pour les rendre telles : d'autre part, un prince chéri, malgré les injustices et les tyrannies exercées en son nom , estimé malgré les déprédations commises sous ses yeux, malgré les coupables machinations adoptées par son conseil; un prince qualifié du titre glorieux à'honnéte homme , et dont tant de ministres odieux n'ont pu rendre les intentions équivoques; un peuple qui sentait, comme par instinct, les inappréciables avantages d'une autorité centrale , unique , indivisible ; qui reconnaissait avec les philosophes que rien n'est au fond plus démocratique que la royauté, contenue dans ses justes bornes, et rien de si monarchique que la véritable démocratie , qui semblait ne se réjouir d'avoir un trône à donner que polir y confirmer , par ses acclamations unanimes, le grand citoyen dont la conduite avait garanti le nom de roi de Texécration universelle; un peuple enfin, qui peutêtre, de tous les peuples de la terre , est celui dont le respect a le plus besoin de s'attacher aux personnes , et de confondre l'amour de la patrie avec celui du dépositaire suprême des lois.

Voiià , messieurs , ce qui frappait vos yeux et vos oreilles; voilà les pensées que l'intérêt ou le

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vœu public vous imposait, et les sentiments que n'ébranlèrent jamais ni le cours changeant cks circonstances , ni les incertitudes d'un conseil étrangement inepte, ou profondément pervers.

Plus le territoire d'un empire est considérable et sa population nombreuse , plus son gouvernement exige de promptitude et d'activité. Dans les petits états , quelques lenteurs entraînent peu d'inconvéniens; dans les grands états, elles mettent tout en danger. Mais plus les magistratures sont multipliées , plus aussi les mouvements se compliquent, s'embarrassent , se ralentissent. L'acùvité des gouvernements est donc en raison inverse du nombre des magistrats. Vous n'ignoriez pas , messieurs , cette vérité démontrée par l'expérience de tous les siècles; elle fournissait la solution d'un problème important : et, tout autre motif à part , elle prescrivait à la France de rester une monarchie.

Mais d'ailleurs, comme on vient de le voir, en laissant l'exécution des lois dans les mains d'un seul , vous vous conformiez aux volontés toutepuissantes de la nation , dont vos décrets ne doivent être que l'expression fidèle. Vous aviez vu (le près combien sa tendre vénération pour l-,ouis XVI était fondée ; et ce sentiment transforma pour chacun de nous, en jour de féte , le jour où l'Assemblée constituante proclama un roi des Français, et lui donna le titre de Restaurateur de la liberté.

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Le peuple , dont la finesse peut étonner quelquefois les politiques les plus sagaces, a senti combien il était utile, combien il était convenable que la révolution se fît avec la participation libre et franche du roi. Le roi l'avait provoquée noblement : il lui restait à donner un spectacle plus noble encore ; celui d'un pouvoir qui se resserre lui-même , et qui fait concourir ses propres forces aux opérations par lesquelles la volonté publique en affaiblit l'excès.

Le peuple avait raison , mais ce qu'il n'apercevait pas, et même ce que les passions de tous les partis ne permettaient qu'à peu de gens de bien voir , c'est que les moyens qui paraissaient le plus contrarier l'établissement de la liberté , étaient ceux-là mêmes qui la servaient le mieux, et que les circonstances quj lui paraissaient les plus favorables au premier coup d'oeil , l'attaquaient sourdement dans ses racines , ou du moins arrêtaient ses élans fructueux. Ses plus grandes victoires sont dues à la résistance opiniâtre de ses ennemis ; ses désastres , si toutefois il est vrai qu'elle en ait éprouvé de réels , ont été le produit de ce calme , de cette langueur où la certitude du succès fait retomber tous les hommes , et de cette faiblesse compatissante que des vaincus inspirent aux cœurs les moins généreux.

Le monarque n'a point individuellement trompé les espérances du peuple ; mais qu'elles aient tou-

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jours été secondées par les ministres et les autres agents subalternes , voilà ce que l'adulation la plus abjecte 'n'entreprendra jamais d'établir. Or il est arrivé relativement au trône précisément ce qui tant de fois avait eu lieu relativement au parti réfractaire. Quand le trône s'est montré ce qu'il devait être, sa grande influence s'est ranimée , les provocations audacieuses se sont ralenties ; le sentiment profond des utiles services qu'il pouvait rendre pour le rétablissement de l'ordre et l'organisation du nouveau régime, se mêlant à l'amour dont on était pénétré pour le monarque , a réveillé par moment ce vieil enthousiasme de la monarchie , qui , nous ne devons pas éviter d'en convenir, a souvent eu parmi nous tous les caractères de la superstition.

Quand le conseil, au contraire, vacillant dans ses vues, équivoque dans ses mesures, coupable, soit dans ses menées, soit dans ses omissions, ne s'est offert aux yeux du peuple que sous les traits d'un ennemi plus ou moins entreprenant ; quand il a paru vouloir servir de centre aux conspirateurs publics , tantôt se liant sourdement à leurs complots , tantôt leur donnant la main plus ouvertement , répandant sur eux les grâces dont il était le dispensateur , et n'aspirant à rien moins qu'à faire regarder le roi comme leur chef : alors le génie de la révolution s'est agité de nouveau d'une manière terrible , la turbulence et le vrai courage se sont ralliés pour opposer une conte-

DJîs KOls, etc. 565

nance menaçante à ces odieux attentats ; les nœuds étroits qui unissaient le trône à la nation se sont relâchés ; et s'il a jamais existé des projets qui tendissent à les relâcher encore , c'est dès lors seulement qu'ils ont pu cesser d'être lé comble du délire.

Je le dis avec douleur , messieurs , parce que je suis fortement convaincu que la monarchie peut seule , surtout dans le moment présent , réunir au même degré le maintien de la liberté politique avec une administration ferme, et celui de la liberté personnelle avec une police active : je le dis avec douleur, de perfides conseillers ont dé jour en jour avili l'autorité royale : depuis long - temps ils la rendaient suspecte ; bientôt peut-être ils en eussent fait oublier, ils en eussent fait méconnaître les inestimables avantages , en continuant à lui donner ainsi l'attitude de la révolte contre les volontés souveraines du corps social.

11 faut trancher le mot : l'existence de l'autorité royale est intimement liée à celle de la constitution. La constitution ne peut être ébranlée sans entraîner dans une ruine inévitable et la dynastie régnante, et peut-être la monarchie elle-même. Les véritables amis, les véritables ennemis du roi sont donc ceux de la révolution , ceux du Code immortel où vous avez consacré l'existence du prince , en réhabilitant celle du peuple : et si la séditieuse impéritie des dépa-

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sitaires du pouvoir , si les fureurs prétendues royalistes de cette minorité rebelle qui ne peut renoncer au droit de dévorer la majorité comme autrefois , si son affectation hypocrite et ridicule à couvrir ses révoltes d'un nom sacré qu'elle abhorre au fond du cœur, avaient fini par associer d'une manière inséparable dans l'opinion publique l'idée de la monarchie avec celle d'une conspiration perpétuelle contre la liberté : législateurs, c'eût été sans doute à vous seuls , à vous que ces messieurs accusent si lâchement de vouloir renverser le trône , à rassembler religieusement ses débris , à les réorganiser , vos propres Ibis à la main , à faire refleurir d'une vie nouvelle cet arbre desséché dans ses racines les plus déliées et les plus précieuses.

Mais, toujours prêts à faire tête à l'orage, il vous convient surtout de le prévenir. En vous chargeant de détruire ou de contenir toutes les autorités oppressives et dangereuses, la nation vous a chargés également d'en ériger d'autres plus régulières, et de maintenir dans leur juste degré d'énergie celles dont votre sagesse vous montrerait l'utilité. Il ne vous appartient pas moins de consolider les magistratures rendues légitimes par le vœu national , que d'anéantir les magistratures usurpées, que ce vœu flétrit de la proscription souveraine; et, s'il était nécessaire d'abattre le bras dévastateur du despotisme, il ne

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l'est pas moins de douer d'une force suffisante le bras conservateur de la constitution.

Ce bras, je le sais, peut être organisé de plusieurs manières différentes. Les circonstances locales ne sont pas, à beaucoup près, les mêmes partout : les hommes et les affaires varient encore davantage. Les lieux , les temps , les dispositions politiques tracent son devoir, indiquent ses moyens au, législateur; et son habileté, sa vertu même, consistent à recueillir et consacrer les résultats de toutes ces considérations réunies.

Mais je répète, messieurs, que l'autorité royale peut , dans une constitution sage , être avantageusement employée à la conservation de la liberté sociale.

Je dis que, de long-temps encore, elle ne pourrait être remplacée dans cet empire par aucun mode d'exécution capable de la suppléer : j'ajoute qu'elle est d'autant plus nécessaire à l'établissement du nouvel ordre de choses , qu'on n'a pu briser les chaînes de la tyrannie , sans relâcher les liens du pouvoir , et que l'installation des formes de la liberté exige , à cause de leur nouveauté même, à cause des résistances ouvertes ou cachées de leurs ennemis , une vigueur , une activité, une vigilance extraordinaires dans le moteur central du gouvernement.

Mais comment consolider un pouvoir qui ne peut plus se maintenir que par la confiance pu-

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blique, et dont toutes les expériences de l'histoire ont tant appris à se défier, si ce n'est en le constituant de manière à ne laisser aucune place aux défiances ; en le rendant tout-puissant pour l'exécution de la loi, nul pour sa violation : en ne lui laissant que le degré de mouvement spontané, sans lequel il cesserait d'être utile, et le faisant encore suFA^eiller, sous ce point de vue, par des regards intéressés à dévoiler ses fautes et ses délits? Vous devez, en un mot. identifier sa prospérité particulière avec la prospérité publique, lui rendre les routes vertueuses si douces, si faciles, et les routes criminelles si pénibles, si périlleuses, qu'il ne soit jamais tenté de balancer entre les unes et les autres.

Je vous propose donc , messieurs , de constituer au plus tôt le pouvoir exécutif ; de le constituer , non-seulement en lui-même, mais dans tous ses rapports et avec tous ses accessoires. Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer l'ordre et les chefs principaux de ce travail; mais je crois pouvoir dire, en passant , que nulle partie de la constitution n'a besoin d'être mise dans une harmonie aussi pai'faite avec son ensemble et avec l'esprit que la révolution fait éclore. Vous ne devez pas vous contenter d'établir dans vos principes un accord apparent ou d'approximation ; il faut en former un tout homogène, un système indivisible: il ne suffirait pas même d'y suivre les progrès actuels de l'opinion; il faut encore y préparer d'avance tous

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les changements que ses progrès ultérieurs doivent commander un jour.

Or , messieurs , vous voyez avec quelle étonnante rapidité cette opinion , protectrice de la morale et des lois, se développe! comme ses plus faibles germes croissent et fructifient! comme, pour elle, toutes les idées deviennent bientôt tri^ viales, et par elle toutes les mesures faciles! Ce que les philosophes rêvaient encore , il y a quelques mois , est déjà classique et familier parmi le peuple. Après avoir adopté des dogmes généraux, qui, rappelés dans toutes les discussions , et présentés sous mille formes diverses, lui sont devenus évidents et palpables, il tire de lui-même, ou du moins il admet leurs conséquences nécessaires ; il marche rapidement à leurs conséquences éloignées; et cette progression des lumières publiques ne peut avoir d'autre terme que celui du possible, du vrai, de l'utile.

Tel est aussi le terme que vous vous efforcez d'atteindre dans toutes vos lois, ou vers lequel vous les dirigez , en attendant leur amélioration progressive de celle de l'esprit national : mais surtout telles sont les considérations majeures qui s'offriront d'abord à vos regards , relativement à l'organisation du pouvoir exécutif; pouvoir qui, de sa nature, devant agir sans cesse avec une égale activité, a besoin d'être stable et fixe; cjui, par conséquent, exclut toute réticence dans les fornmles de sa consécration, et, pour être soustrait

SUR l'éducation aux variations continuelles que le temps peut amener dans les idées, exige plus que tout autre, de votre part, l'application la plus sévère, la plus étendue des principes, et le calcul de toutes les chances de l'avenir.

Bien loin que votre respect pour le caractère de Louis XVI , et votre reconnaissance pour sa conduite personnelle , doivent vous arrêter dans l'accomplissement d'un semblable devoir, j'invoque ici ces mêmes sentiments dont vous êtes pénétrés, à l'appui de votre civisme, de votre dévouement * aux intérêts de la patrie, et de votre soumission profonde aux lois éternelles de la raison, de la vérité , de la justice , c'est-à-dire de l'utilité publique. En établissant le trône sur ces fondements respectables, vous rallierez autour de lui tous les intérêts; vous en écarterez tous les orages : en le rendant vertueux et pur, vous le rendrez enfin digne du citoyen qui l'occupe. Vous devez aux sentiments que son cœur vous a manifestés tant de fois, de rapprocher son existence des principes fondamentaux qui maintiennent les rapports mutuels des hommes dans toute leur intégrité , en maintenant celle de leurs droits respectifs, et qui deviennent la base de leur bonheur en devenant celle de leur morale : je veux dire des principes de l'égalité naturelle, que la société doit faire sentir, même dans ses créations qui s'en éloignent le plus ; principes dont la violation sera toujours bien moins funeste encore à l'hoiinne

DES ROIS, etc. SyT contre qui elle s'exerce, qu'à celui pour qui elle paraît faite. Sans cela, messieurs, à mesure que la félicité publique prendrait un nouvel accroissement, le sort du chef de l'empire serait de jour en jour plus déplorable ; et cela dans la proportion même que ses lumières et son ame se rapprocheraient davantage de la hauteur de son ministère. Pour une dignité factice, vous l'auriez privé de sa dignité véritable, de sa dignité d'homme : pour une vaine fumée d'orgueil, vous l'auriez rendu tout-à-fait étranger aux biens les plus doux de la vie , les communications fraternelles et les tendres relations de l'amitié : vous l'auriez comme transporté hors de la sphère de la morale ; ce serait lui faire payer trop cher, même le droit de se dévouer au bien public.

Me demandera-t-on pourquoi, devant parler sur l'éducation de l'héritier présomptif de la couronne, je semble ne vouloir vous entretenir que de l'autorité royale, des services qu'elle peut rendre, des dangers qu'elle court? pourquoi je vous arrête si long-temps sur la nécessité de coordonner cette force' redoutable , mais tutélaire , avec l'ensemble du nouvel ordre des choses et l'esprit de la révolution? Messieurs, c'est que prér tendre élever des citovens sans de bonnes lois, est une absurdité manifeste , et que les lois particulières aux fonctions , aux places , peuvent seules assurer l'éducation de ceux que ces places ou ces fonctions atteiident : c'est que les enfants

S']'2 SUR l'Éducation

des rois, ainsi que les enfants des autres hommes, sont principalement les disciples de leurs circonstances les plus invariables : c'est que l'on ne peut apporter de remèdes efficaces à la position la plus corruptrice de sa nature, qu'en la modifiant sur un plan nouveau, non dans quelques accessoires, mais dans ses intimes éléments.

Une bonne organisation du pouvoir exécutif est donc l'indispensable préliminaire du système d'éducation des rois; elle en fera la base; elle agira puissamment, sans l'intervention d'aucun autre instituteur : et d'autre part , indiquant le mode pratique le plus convenable , elle en dirigera jusqu'aux moindres mesures.

Mais il est ici , comme dans les autres grandes questions analogues , quelques points principaux indépendants des localités , et tenant à la nature même de la chose. Ces points, vraiment constitutionnels , sont les seuls qu'il vous appartienne de régler maintenant : le reste doit en résulter , comme une série de conséquences, soit dans le cours même de cette session, soit dans celui des législatures ordinaires.

Messieiu*s, pour vous fixer sur la loi que je provoque, il suffit, je crois, d'un petit nombre de réflexions; elles vous en retraceront les motifs; elles me paraissent aussi devoir servir de guides dans le choix des vues à remplir et des moyens à mettre en usage.

Les rois ont cru long-tenips que les naliony

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étaient faites pour eux, que les royaumes leur appartenaient comme des métairies, et que les peuples en étaient les troupeaux. Cette croyance est au fond un peu singulière ; mais tant qu'elle a le bonheur de n'être pas contrariée par ceux qui en sont les objets , elle semble très-naturelle à leurs maîtres dont elle flatte l'orgueil , et aux valets qui la cultivent pour en recueillir les fruits. Ce qui est moins naturel , et beaucoup plus remarquable , c'est que les peuples l'aient euxmêmes, ,pour ainsi dire, sanctionnée par leur servilité coupable ; qu'ils aient employé leur propre force à resserrer leurs chaînes ; que leur délire superstitieux ait fait une divinité de l'ouvrage de leurs mains, et laissé violenter leurs respects, par une force qui était leur ouvrage , et que leur tolérance seule rendait respectable.

Ces temps sont passés pour nous. Les véritables sources de la souveraineté sont reconnues; les droits des hommes sont consacrés ; et la déclaration de ces' droits n'est plus une vaine théorie.

Quand on dit que les rois appartiennent aux nations, et non les nations aux rois; que les couronnes sont des créations sociales, dont le but est l'utilité publique ; que la société reste toujours en droit de faire, de révoquer, de renouveler, de changer, à son gré, toutes les lois relatives à l'accomplissement de ce but : on dit une vérité, qui pouvait passer pour hardie, même dans la bouche des sages, avant notre heureuse.

su?} l'éducation révolution , mais qui n'est plus maintenant qu'une simple trivialité. Il est donc inutile d'insister làdessus. Il est donc inutile aussi, de vouloir prouver , que la même constitution qui place un magistrat suprême à la tête du gouvernement , peut régler les conditions auxquelles il est agréé; qu'en permettant que sa magistrature passe à son héritier naturel, par voie de succession, ne pas statuer quel genre de culture doit le préparer à ses fonctions importantes , ce serait négliger un des plus grands intérêts publics.

Or, le devoir que cet intérêt impose aux représentants du peuple se divise comme en deux parties, dont l'une comprend tout ce qu'il y a de fixe et d'invariable dans l'éducation des rois ; celle-là vous regarde exclusivement : à l'autre se rapporte tout ce que le cours des événements , où les circonstances accessoires des hommes et des choses peuvent faire varier de prince à prince, d'époque à époque; cette dernière pourra bien également être remplie par vous, pendant la durée de votre suprême ministère; mais, dans la suite, elle sera confiée au Corps législatif, toutefois suivant les règles, et dans l'esprit déterminé par la constitution. Ainsi, je le répète, c'est toujours dans la constitution que doivent se trouver des règles sur cet objet, comme sur tous les autres de la même importance; c'est là que la volonté nationale doit placer les moyens généraux d'en assurer l'exécution.

«ES ROIS, etc.

Descendant maintenant à des considérations particulières ; je demande qu'est-ce qu'un roi parmi nous? Un roi des Français n'est-il pas d'abord le premier organe ou le premier agent de la loi? Sous un autre point de vue, n'est-il pas le juge de cette même loi, qui ne peut devenir telle sans son aveu? Mais quel est le principe sur lequel est fondée la Constitution française , et dont toutes les lois, sans exception, ne doivent être que le commentaire pratique? N'est-ce pas l'égalité des hommes? égalité dans le droit de concourir à former la volonté publique , d'après les formes qui rendent cette volonté plus pure ; égalité dans le partage des bienfaits que la société promet à tous ; égalité dans les sacrifices qu'elle commande à tous, et dans la soumission aux règles par lesquelles le droit de chacun se trouvant protégé sans cesse , cette soumission devient le complément le plus parfait de la liberté naturelle.

Mais poursuivons. La royauté n'a-t-elle pas en général des écueils particuliers presque inévitables? Les infortunés quel e sort y dévoue n'ont-ils pas besoin d'être soigneusement prémunis contre des séductions , que leurs fatales circonstances les empêchent de pouvoir ou de vouloir combattre? Dans la Constitution française elle-même (qui cependant les préserve d'une grande partie des maux attachés à la toute-puissance , et qui corrige le malheur de leur destinée , autant peutêtre que l'imperfection des choses le permet), le

57^5 SUn L'ÉDUCATrON

trône n'est -il pas encore enviroinié de graves dangers? Les qualités qu'il exige ne sont-elles pas infiniment difficiles à conserver, au milieu d'un genre de conjonctures et d'une classe d'hommes également conjurés pour leur ruine?

Enfin les lumières d'un roi des Français ne sont-elles pas aussi nécessaires au maintien de leur liberté , que ses vertus mêmes ? Et n'est-il pas indispensable que les unes et les autres soient appropriées à ses fonctions particulières?

Toutes ces questions portent avec elles leur réponse.

Un roi, comme exécuteur de la loi, doit être rempli de respect pour elle. C'est d'elle seule qu'il tient son pouvoir; il ne peut légitimement employer ce pouvoir qu'à la faire régner sans obstacle.

Toutes les impressions de son enfance, toutes les habitudes de sa jeunesse , toutes les réflexions que l'âge amène à sa suite, doivent graver dans son ame la soumission la plus profonde à cette autorité suprême , qui devient , à la fois, son juge et sa sauvegard'e. S'il pouvait un moment croire sa violation possible, il ne serait plus digne d'en être l'organe.

En qualité de coopérateur, ou d'appréciateur des lois, un roi doit être pénétré des maximes générales qui leur servent de base. Il ne suffit pas que sa raison les admette comme des oracles; il faut que son cœur les chérisse comme l'aliment

DES ROIS, etc. 577

de ses pins douces émotions; il faut que tous les objets les lui retracent, et que sa vie entière en soit l'application vivante.

Mais si rien n'est plus propre à lui faire perdre de vue l'égalité |morale des hommes que ce pouvoir où sa naissance l'appelle, et ces flatteries dont les choses mêmes l'assiègent dès le berceau, combien n'est-il pas nécessaire d'effacer , par tous les moyens que l'éducation peut mettre en usage, les préjugés funestes auxquels tant de circonstances l'exposent! Ces moyens sont tous négatifs : ils consistent à l'empêcher d'être élevé différemment que les autres citoyens. La difficulté de former des rois gît uniquement dans celle d'en faire des hommes. Qu'ils vivent donc avec leurs semblables; que non-seulement ils les croient, mais qu'ils les trouvent tels; qu'ils deviennent dignes de leur commander au nom des lois, en s'habituant à traiter avec eux en frères , au nom de la nature, et à ne voir dans leur propre destinée que des devoirs de plus à remplir;

Pour apprécier les personnes dont ils s'entourent , les rois ont besoin de se connaître en hommes : c'est leur premier talent; c'est peut-être le seul dont aucun secours étranger ne puisse leur tenir lieu.

Mais pour apprécier les lois, ils ont besoin de grandes lumières sur les choses. S'ils ne sont au niveau , s'ils ne sont du moins au fait de toutes les lumières de leur siècle , comment seront-ils

58o SUR l'éducation

soin d'être confirmé par un décret du corps législatif. *

L'éducation du prince futur doit avoir surtout pour objet de nourrir en lui tous les sentiments et toutes les idées de Tégalité , de lui en donner toutes les habitudes, et de n'offrir à ses regards que des images qui lui retracent cette égalité précieuse , l'attribut le plus respectable de la nature humaine. Elle doit aussi le pénétrer d'un respect religieux pour les lois, et lui rendre si familiers les principes qui leur servent de base , que non-seulement il devienne leur plus zélé défenseur, mais leur juge le plus éclairé.

Aussitôt que le prince futur sera sorti de la première enfance , il suivra régulièrement les cours d'une école publique désignée par le corps législatif. Là , traité sans aucune distinction , Comme les enfants des autres citovens, c'est d'eux-mêmes qu'il recevra les leçons les plus importantes, celles de la morale et de l'art de vivre avec les hommes.

■Quand ses premières études seront terminées , et que des progrès véritabies le rendront digne de figurer parmi l'élite de la jeunesse française , il prendra place au milieu d'elle, dans le Lycée national, où «on éducation s'achèvera dans le

«ES ROIS, etc. 58 1

mémo espace de temps, suivant les mêmes formalités , e^ aux frais du public , comme celle des autres élèves.

Le chef du pouvoir exécutif ne pouvant plus abandonner son poste, ni même quitter le centre d'où la force que la constitution met dans ses mains imprime le mouvement à toutes les parties de la machine politique, on profitera du temps où l'héritier présomptif de la couronne^ ne sera pas encore sorti de la classe des simples citoyens, pour le faire voyager avec fruit, soit dans le pays qu'il doit gouverner, soit dans les États voisins, sur lesquels il lui sera, sans doute, avantageux d'avoir des connaissances précises , et dont la vue peut lui fournir d'utiles objets de comparaison.

FIN

NOTE

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