‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 10 sur 67 · II · texte numérisé non relu

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Différents points de vue sous lesquels doit être considéré l’art de guérir. ,,

Mais , pour se faire une juste idée, de l’art de

guérir, .il ne suffit pas de le considérer sous Je

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sitnple rapport des individus qu’il peut conserver , ou des maux qu’il peut soulager. Ce double résultat de ses efforts en est sans doute l’objet principal : telle est son utilité directe. Et n’exercet-il pas en effet le pouvoir de la nature bienfai- ^ r santé, celui qui peut ramener à la vie l’être défaillant , dont tous les pas descendent rapidement vers la tombe? ]\T’est-il pas la vive image de, ces êtres supérieurs, que l’imagination se représente portant sur la terre lés messages propices de 'la Divinité ? Une famille éplorée , des amis frappés souvent d’une consternation plus profonde encore, vous redemandent l’objet de leurs affections; vous le rendez à“ tant de vœux réunis: n’êtes-vous pas à leurs yeux un dieu favorable?

• , . Quand vous renouez- la trame du bonheur pour

• ceux 'êtres nécessaires J’un à l’autre, et prêts à - « se séparer pour toujours , ce n’est pas seulement la vie de celui qui ressuscite par vos soins, dont t‘ vous rallumez le «flambeau : ce sont (Jeux couronnes civiques, que vous méritez à la fois. Et que dis-je? ne faites-vouç pas, en quelque sorte, 4 - plus que la main qui nous appela du néant S la

* * vie? Conserver à la gatrie ses utiles serviteurs , prolonger les bienfaits du génie et l’exemple des vertus , 'n’est-ce pas' l’acte le plus noble et le plus . méritoire aux yeyx des notions et du genre *hu-

«main?

x, Cependant , je le répète , il est d’autres rapports sous lesquels la médecine intéresse et* peut ser-

i^téresse et* peut ser-

-• — K3tejifee

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\ir éminemment la société, soit par son influence immédiate sur plusieurs objets d’utilité journalière , soit par les lumières et les secours qu’empruntent d’elle les autres parties de la science.

i° L’étude de l’économie animale est une branche essentielle de celle de l’histoire naturelle , ou de la physique : et l’économie animale elle-même ne peut être complètement connue, que par l’observation détaillée de l’état sain et de l’état malade; par l’examen le plus exact, et des phénomènes qui s’y manifestent spontanément , d’après les lois des forces vivantes , et de ceux que produit l’action des agents extérieurs, ou l’application de certaines substances prises intérieurement.

Dans l’étude de la nature , on ne peut ni séparer les objets qui se tiennent par des rapports constants, ni scinder ceux qui forment un tout.

,Or , les sciences naturelles embrassent dans leur ensemble le système animal, qui même, par la raison qu’il nous touche de plus près, y tient la première place : et la nue description de ce système, quand on se bornerait à le peindre • dans l’état sain, exigerait encore la connaissance des maladies ; parce que ces dernières , faisant ressortir beaucoup de phénomènes très-difficiles • *

à bien apprécier sans cela, dévoilent plusieurs t ' ressorts , ou propriétés , qui s’effacent et dispa- * *

raissent dans l’uniformité d’un état plus régulier

r et plus constant. % , .

. rt-

20 Le tableau général de la nature humaine se divise en deux parties principales : son histoire physique, et son histoire morale. De leur réunion méthodique, et de l’indication des points nombreux par lesquels elles se touchent et se confondent , résulte ce qu’on- peut appeler la science de l'homme , ou l’ anthropologie , suivant l’expression des Allemands. Soit en effet que la médecine veuille établir des axiomes de régime, et tirer de l’observation des maladies une suite de principes applicables à leur traitement ; soit que par des règles individuelles de conduite , le moraliste cherche à perfectionner la vie privée , ou que , par les lois et les forces du gouvernement , le législateur essaie de perfectionner les nations et leur bonheur; soit enfin que l’artiste et le savant veuillent appeler nos regards vers de nouveaux objets d’intérêt, et nous préparer des jouissances inconnues : c’est toujours, si l’on peut s’exprimer ainsi, le tableau de l’homme à la main, qu’ils doivent procéder : et comme la partie physique en forme l’esquisse fondamentale, l’art de guérir qui l’éclaire et la complète , se rapporte plus ou moins à tous les autres; et surtout il jette un jour nécessaire sur la base de toutes les sciences morales.

3° En vertu de son organisation , l’homme est doué d’une perfectibilité (i) dont il est impossi-

(i) Cette perfectibilité a sans doute des bornes, comme

ble d’assigner le terme. A partir de l'état de dénuement et d’imbécillité, où la nature le laisse en le jetant sur le globe, jusqu’à la première, à la plus imparfaite association , quel intervalle immense ! Que d’essais infructueux, que d’efforts réitérés pour le franchir !

De cette enfance sociale, ou, pour prendre des termes plus fixes et moins arbitraires, de ces polices sauvages que nous peignent les premières annales du monde, et plusieurs voyages modernes, jusqu’au point où les nations civilisées de l’Europe sont parvenues, les progrès ne sont pas moins étonnants. Certaines catastrophes, physiques ou politiques, ont, il est vrai, paru faire rétrograder le genre humain. Les Grecs et les Romains , qui avaient fait de si grandes choses sous le régime de la liberté, sont tombés dans l’avilissement sous le joug du despotisme et de la superstition. Mais une vérité consolante résulte de la lecture judicieuse de l’histoire : ’c’est que les choses tendent toujours vers l’amélioration; que ce mouvement n’est jamais interverti, ni même suspendu, sans l’intervention de causes accidentelles, assez puissantes pour troubler cette marche naturelle; et qu’aussitôt que ces mêmes

toutes les forces ac la nature : mais ces bornes ne peuvent étrê assignées; et tout nous porte h croire qu’il nous restera toujours de grands espaces à parcourir pour y atteindre. "• . - *

causes çesseiit d’agir, le mouvement recommence avec plus d’énergie et d’intensité.

Tout ce que les travaux des siècles ont fait jusqu’à ce jour, n’est rien sans doute en comparaison de ce qui nous reste, et de ce que nous laisserons encore à faire aux races futures. Mais

une belle carrière est ouverte devant nous : et nous leur devons un compte fidèle des circonstances présentes , les plus heureuses, peut-être, où le genre humain ait jamais été placé.

L’homme est perfectible sous deux rapports généraux. L’éducation physique et le régime, en prenant l’un et l’autre mot dans leur acception la plus étendue, développent les forces de ses organes, lui créent des facultés, et même, en quelque sorte , des sens nouveaux : et lorsque ces moyens ont agi sur plusieurs générations successives, ce ne sont plus les mêmes hommes, ce n’est plus la même race , tout restant égal d’ailleurs.

L’éducation morale développe l’intelligence , cultive les affections, dirige tous les penchants de la nature vers le but le plus utile au bonheur de chacun et de tous. La distance qu’elle peut mettre, à dispositions primitives égales, entre un .homme et un homme, est très-grande; personne ne l’ignore. Fortifiée de toute l’influence du gouvernement et des lois, elle enfante ces grands phénomènes sociaux que l’histoire offre à notre admiration , dans quelques intervalles trop

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isolés et trop fugitifs des siècles passés. Dévelop-, pée elle-même par la durée de ses effets, et perpétuée avec tous ses accroissements successifs , par une espèce de transmission des pères aux enfants, le terme où elle peut être portée, se dérobe à toute estimation précise : ce terme est • sans doute bien au - delà de ce qu’on imagine communément. .

C’est par le concours de ces deux puissants ressorts, que la nature humaine est susceptible' d’acquérir un haut degré de perfection : ils se secondent mutuellement dans leur action simultanée. L’ensemble des causes qui perfectionnent le physique, prépare en quelque sorte la matière, ou fournit les instruments : l’ensemble des causes qui perfectionnent le moral, met ces instruments en activité, leur donne la vie; il dirige dans des routes favorables les facultés les plus susceptibles d’écarts.

Les premières de ces causes sont uniquement du domaine de l’art de guérir. Nous avons vu ses rapports indirects, mais nombreux, avec les. secondes.

L’art de guérir peut donc avoir une grande influence sur le perfectionnement du genre humain/ ‘

4° L’état naturel de l’homme est sans doute l’état de santé. Mais la maladie est aussi dans la nature, puisqu’elle résulte de ses lois, et même, en grande partie, de celles qui sont établies pour

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