‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 11 sur 67 · H É V O L II T I O K S · texte numérisé non relu

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la conservation de la santé. La sensibilité singulière des organes de l’homme ; les dispositions morbifiques que leur développement produit à certaines époques; l’action des causes extérieures que nous sommes si’ rarement les maîtres de régler; les inévitables accidents qu’entraîne le cours

• ordinaire de la vie; enfin, les imprudences dont les personnes les plus sages ne se garantissent pas toujours : toutes ces circonstances réunies font que l’homme est faible, valétudinaire, malade, tout aussi naturellement qu’il est sain, alégre, vigoureux.

Mais quand l’homme souffre, une voix impérieuse, plus forte que toutes les subtilités, le porte à chercher du soulagement. 11 attribue son mal à certaines causes : il en cherche le remède dans l’application de certaines substances, ou de certaines impressions , considérées comme des causes capables d’agir dans un autre sens, et de produire des effets différents, ou contraires. Le voilà déjà saisissant le premier anneau d’une chaîne d’observations ; et c’est ainsi qu’il devient , bientôt médecin et chirurgien.

L’état de faiblesse résultant de la maladie, se fait sentir aux organes de la pensée, comme à ceux des autres fonctions animales : la maladie énerve les forets de l’intelligence, comme celles du mouvement musculaire ; elle peut altérer le jugement comme la digestion. Un malade devient

surtout crédule touchant l’objet de ses craintes

et de ses espérances. Quiconque lui promet la santé peut facilement obtenir sa confiance. Il tombe bientôt dans les mains des charlatans et des bonnes femmes. Ne vaudrait - il pas mieux qu’il fût dans celles d’un médecin éclairé?

Pour tous les objets dont chaque homme peut en général être juge compétent, et relativement auxquels le genre même de l’erreur la rend excusable, ou peu dangereuse pour les dupes, le gouvernement doit livrer le cours des choses à la plus entière liberté. Il est même de son devoir de respecter toutes les industries, et de laisser s’exécuter en paix toutes les transactions amiables. Le besoin réciproque, réel ou imaginaire, en doit être le seul, comme il en est le véritable régulateur.

Mais, quand les objets des transactions sont de nature à ne pouvoir être convenablement appréciés par les individus, et qu'en même temps les erreurs y peuvent avoir des suites dangereuses pour eux; quand le besoin pressant et journalier les force de faire un choix, souvent même de le faire à la hâte, et que l’astuce ou l’imposture sont également encouragées à leur tendre des pièges , par les avantages et par la facilité du succès, le gouvernement ne peut plus rester indifférent spectateur : il est de son devoir de surveiller celui des deux contractants qui peut vouloir abuser de la bonne foi de l’autre ; il doit à celui-ci des précautions générales, qui le ga-

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rantissent de la Réception, autant du moins qu’il est possible; il lui doit même, dans certaines circonstances, des soins et des avis particuliers. Mais, pour continuer la comparaison, il n’est point de commerce dans lequel un champ plus vaste soit ouvert à la charlatanerie , que la pratique des différentes parties de la médecine; il n est aucun besoin qui dispose aussi puissamment l’esprit à la crédulité la plus facile et la plus ridicule, que celui de conserver, et surtout celui de recouvrer la santé. Le gouvernement laissera-t-il ici les citoyens sans aucune sauvegarde, en proie à leur propre faiblesse et à l’audace des charlatans?

Cette seule considération rendrait des écoles d’art de guérir indispensables. Puisque l’homme malade invoquera toujours le secours des remèdes, il vaut rfieux sans doute que ces remèdes soient administrés par des mains habiles ; et puisqu’il y aura toujours des médecins, ceux qu’ont formés de savants maîtres sont préférables sans doute à ceux que produit le hasard. Enfin, quel est le gouvernement sage et humain qui ne doive vouloir réprimer et détruire cette foule de misérables jongleurs qui dévastent nos grandes villes, aussi-bien que nos campagnes, et qui dévorent la substance du pauvre cultivateur et de. l’artisan ?. '■':*< rÿ: ■' » . rn

5° Il y a plusieurs denrées et plusieurs matières commerciales dont la qualité doit être vérifiée

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légalement , et le débit surveillé par la police.

L’art approprie à différents besoins des substau- . ces dangereuses. Les médicaments les plus utiles peuvent être aisément falsifiés et dénaturés; et dans leur état même le plus pur, on ne doit pas toujours permettre qu’ils soient débites au hasard et sans précaution. Il est évident que dans tous ces cas, les lumières de la médecine peuvent seules diriger les mesures du gouvernement.

De grandes maladies épidémiques ont été souvent occasionées par l’altération des aliments , journaliers cfc peuple. Les chairs des animaux, corrompues par diverses causes accidentelles, ou , tirées d’individus morts eux-mêmes de certaines maladies; les poissons, ou pris à des époques particulières, qui les rendent mal sains, ou gâtés, soit par une putréfaction commençante, soit par l’effet des préparations elles- mêmes qui on pour but de les conserver plus long-temps ; enfin , les graines céréales et les farines altérées par les maladies de la plante, par le défaut de soins, par des mélanges indiscrets, ont souvent répandu le germe des plus funestes contagions.

D’ailleurs, l’état social entraîne et nécessite - plusieurs travaux qui ne peuvent être avantagea # sement exécutés que sous l’inspection d hommes instruits dans l’économie animale. L'assainissement des grandes villes et des ports; les istri butions et la police des maisons publiques , ou « beaucoup d’hommes se trouvent entassés; le des-

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sèchemept des lacs et des terrains abreuvés d’eaux croupissantes;- la direction des canaux et l’établissement des aquéducs et des égouts, ne demandent pas moins peut-être les lumières de médecins éclairés, que celles d’habiles architectes et ingénieurs. Il est possible quelquefois d’arrêter les progrès d’une maladie contagieuse, soit en prescrivant certaines précautions aux citoyens , soit eu coupant les communications par une force aémée, soit en opposant des digues naturelles aux éléments eux -mêmes, chargés de principes malfaisants. •

Qn sait qu’une police éclairée est le plus puissant et le plus indispensable secours dans les temps de peste. Acron en Sicile, et Hippocrate dans le Péloponnèse, arrêtèrent, dit -on, celle dopt Agrigente et Athènes étaient menacées (i), en faisant boucher, dans les montagnes, certains passages par où les vents soufflaient sur ces deux villes les germes de la contagion.

G° Enfin, parmi les éléments dont se compose

( i ) La peste , telle qu’elle existe aujourd’hui dans le Levant, telle qu’on l’a vue à Marseille, à Toulon, à Londres, à Moscow, etc., ne sc communique que par le contact immé- ' diat, ou du moins par le voisinage très-prochain du foyer de l’infection. Mais les anciens comprenaient sous le nom de peste , toutes les épidémies où la fièvre est accompagnée de dépôts aux glandes et de charbons. Plusieurs de ces épidémies t sont en effet causées par l'état de l'air, ou par les miasmes qu’il transporte au loin. ,

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la prospérité publique, la conservation des animaux utiles et le perfectionnement de leurs races seront toujours de la plus haute importance aux yeux d’une sage administration. Le bœuf, l’âne, le cheval , le mulet partagent nos travaux ; ils suppléent les bras , ou les économisent. Leurs forces , d’autant plus considérables et d’autant mieux employées que ces animaux sont plus vigoureux et plus sains , accroissent , dans une progression relative , les produits de l’industrie, et diminuent ses dépenses. De la dépouille de plusieurs espèces , l’homme compose ses plus utiles et ses plus commodes vêtements : transformée en cent manières diverses, elle orne ses meubles et sa demeure. La chair de quelquesuns lui fournit une partie importante de ses aliments.

Sans doute, malgré l’opinion de quelques philosophes , la nourriture animale est trèsconvenable à l’organisation de l’homme: mais elle l’est beaucoup moins quand les animaux sont faibles et chétifs; elle devient malsaine, ou dangerense, quand ils sont malsains, ou malades.

Enfin , plusieurs espèces nous rendent certains services particuliers : celles - là ne méritent pas moins qu’on s’occupe des moyens de les perfectionner; de conserver les individus dans l’état de fqrce et de santé; de diriger leur éducation d’après des vues et des méthodes qui les approprient de plus en plus à nos besoins. .

3o • * RÉVOLUTIONS

Cette partie de l’économie rurale est entièrement subordonnée à l’art vétérinaire. Or, l’art vétérinaire n’est lui -même qu’une branche de l’art de guérir; et les points nombreux par lesquels il tient et se rapporte à la médecine humaine, deviendront , plus distincts et plus frappants, à mesure qu’on fera de nouveaux progrès dans tous les deux.

Tel est le tableau qui s’offre à l’observateur, quand il envisage ce sujet avec un peu d’attention *: tels sont les différents aspects qu’il me paraît indispensable d’y considérer, si l’on veut porter sur le fond du sujet lui-même de solides jugements, et surtout tirer de cet examen des résultats utiles et véritablement généraux.

Il est aisé de voir en effet, que la science n’est pas 'un arbre dont on puisse rejeter au hasard les branches présumées superflues. Il n’y a pour elle de superflu que le nuisible et l’absurde. Tout ce qui ne lui est pas contraire, c’est-à-dire, tout ce qui ne peut ni l’embarrasser ni l’obscurcir; 4ui appartient et la sert. Dans la nature des choses, toutes les vérités forment sans doute une chaîne, dont les anneaux sont invinciblement unis entre eux. Dans l’état actuel de nos Connaissances, nous ne pouvons saisir et suivre que des parties isolées de cette chaîne; mais à mesure qu’on avance , les lacunes se remplissent * les points de contact, ou lés relations des diverses partiës entre eHes, et de chacune avec le

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tout, se multiplient de jour en jour: tout porte à croire que , si l’on parvient à mettre en ordre et à resserrer toutes les connaissances humaines dans de véritables éléments , on ne découvrira plus entre elles d’intervalles ni de séparations; ce ne sera plus, pour ainsi dire, quJun corps organisé, dont les divers membres sont faits l’un pour l’autre , et dont tous les mouvements se prêtent un appui mutuel. Enfin , dans cet arrangement méthodique et complet , toutes les vérités venant aboutir à un petit nombre de principes , qui leur serviront comme de base, ou de point d’attache commun, l’esprit en suivra sans peine les différents chaînons et les ramifications nombreuses ; et le droit de les embrasser dans leur ensemble, ne sera plus l’attribut exclusif du génie.

L’importance de la médecine , les services que la société peut attendre d’elle , les avantages que les autres sciences peuvent retirer de son commerce , enfin la nécessité de perfectionner ses principes et son enseignement , résultent avec trop d’évidence de tout ce qui précède, pour qu’il soit nécessaire de peser ici sur ces conclusions. Entrons donc plus avant en matière, et ^ commençons par jeter un coup d’œil sur l’état de l’art de guérir, et sur celui de son enseignement , aux différentes époques dont l’histoire . r nous a transmis le souvenir.

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