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Hippocrate.
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Enfin, parut Hippocrate. Il était de la famille des Asclépiades, Ses ancêtres, de père en fils, durant dix -sept .générations avaient exercé la
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profession de médecin dans l’île de Cos, dont l’école leùr était confiée. Hippocrate suça donc les principes de l’art avec le lait maternel. Entouré dès l’enfauce de tous les objets de ses études, cultivé par les. maîtres les plus célèbres dans l’éloquence et la philosophie, enrichi du plus vaste recueil d’observations qui pût exister alors; enfin doué, par la nature, d’un génie à la fois observateur et étendu ,' hardi et sage, il entra dans la carrière sous les jÿus heureux auspices, et la parcourut, pendant plus de quatre-vingts ans, avec une gloire également due à ses talents et à l’élévation de son caractère vertueux.
Euryphon venait , comme nous l’avons déjà vu, de publier les Sentences Cnidiennes. Ilérodicus, en faisant renaître la médecine gymnastique, dont la première invention était attribuée à Esculape, lui donnait un caractère plus scientifique et plus régulier. On savait étudier les maladies : on connaissait la plupart des remèdes généraux, tels que "la saignée, les vomitifs, les purgatifs, les bains, l’emploi des instruments tranchants et du cautère actuel , ou du feu : et quoique la routine, les fausses théories, et la superstition défigurassent encore la plupart des traitements, un meilleur esprit commençait à luire, par intervalles, dans presque toutes les parties de l’art.
A cette époque, les doctrines de Pythagore et d’Héraclite se partageaient l’empire de la philo-
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sophie. Sans avoir perdu tout l’éclat de la nouveauté, elles jouissaient déjà du respect que la puissance de l’habitude attache aux opinions anciennes; respect d’autant plus profond, que les peuples sont plus ignorants et plus grossiers.
En même temps, florissait à Crotone, dans la Grande- Grèce, l’école italique, fondée par Pythagore, ou plutôt par ses disciples, qui, perfectionnant ses vues bienfaisantes, embrassaient toutes les sciences, et les faisaient concourir à leur vaste plan d’amélioration du genre humain.
Ce fut dans ces circonstances , qu’IIippocrate (i ) se montra, pour ainsi dire, tout à coup, et donna pour toujours à l’école de Cos, une prééminence qu’elle méritait sans doute, puisqu’elle avait su développer de si rares talents. Ce fut au milieu des jeux de l’enfance , qu’il reçut de la bouche de ses parents les notions élémentaires de la médecine; à l’aspect des maladies, qu’il apprit à les reconnaître; en voyant préparer et mettre en usage les remèdes, qu’il se rendit également familiers,' leur préparation et leur emploi. Les premiers tableaux qui frappent des sens avides d’impressions, les premières comparaisons qu’elles produisent dans une intelligence toute neuve, les premiers jugements d’une raison naissante, ont d’autant plus d’influence sur le reste de la vie, que leurs traces et les habitudes qu’ils produi-
(i) Il était né dans la quatre-vingtième olympiade.
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sent, sont ordinairement ineffaçables. C’est alors que sont déterminés, et la tournure du caractère, et le genre ou la direction des travaux de l’esprit. La funeste aptitude à se payer de mots, en n’attachant à ceux dont on se sert que des idées fausses ou vagues, tient peut-être en grande partie à l’habitude de se peindre sans cesse des objets qu’on n’a pas vus, et de remplacer l’ouvrage des sens par celui de l’imagination. Une manière de juger entièrement saine dépend de sensations complètes et justes ; et les organes destinés à les recevoir ont besoin de culture, c’està-dire «l’un exercice bien dirigé. Or, la nature ou les objets étant nos véritables maîtres, et leurs leçons, à la différence de celles des hommes ou des livres,, se proportionnant toujours à nos facultés, ce sont les seules qui ne soient presque jamais infructueuses , les seules qui ne nous égarent jamais. Il faut donc, en général-, se familiariser de bonne heure avec les images qui doivent fournir dans la suite les matériaux de tous les jugements: et par rapport à chaque art en particulier, l’homme qui s’y destine, ne saurait se placer trop tôt au milieu dès objets de ses études, et dans le point de vue convenable au genre, au caractère et au but de ses observations.
Hippocrate ne fut pas moins bien traité par les circonstances que par la nature. La nature l’avait doué de l’organisation la plus heureuse : les circonstance^ l’environnèrent, dès l'âge le plus tendre.
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(le tout ce qui pouvait concourir le plus utilement à sou éducation.
Le bon sens, joint à l’esprit d’invention (i), est ce qui distingue un très-petit nombre d’hommes privilégiés. (J’entends ici le bon sens qui plane au-dessus des opinions régnantes, et dont les jugements devancent ceux des siècles. ) Hippocrate fut de ce petit nombre. Il vit qu’on avait fait trop et pas assez pour la médecine. Il la sépara Jonc de la philosophie, à laquelle on n’avait pas su l’unir par leurs véritables et mutuelles relations.
.11 la ramena dans sa route naturelle, l’expérience raisonnée. Cependant, comme il le dit lui-même, il transporta ces deux sciences l’une dans l’autre; car il les regardait comme inséparables : mais il leur assigna des rapports absolument nouveaux. En un mot* il délivra la médecine des faux systèmes, et il lui créa des méthodes sûres; c’est ce qu’il appelait avec raison , rendre la médecine philosophique*: d’un autre côté, il fit rejaillir sur la philosophie morale et physique les lumières de la médecine; c’est en effet ce qu’on peut appeler avec lui, transporter celle-ci dans la première. Tel fut son but général.
Le véritable esprit philosophique d’Hippocrate se retrouve tout entier dans ses Épidémies, et ' dans ses livres aphoristiques. Ses Épidémies ne sont pas seulement de magnifiques tableaux des
(i } C’est le véritable génie.
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maladies les plus graves : elles montrent encore sous quels points de vue les observations doivent être faites; comment on peut en saisir les traits frappants, sans se perdre soi-même, et sans égarer et fatiguer le lecteur, ou l’auditeur, dans des détails inutiles. Ses livres aphoristiques ont passé, dans tous les temps , pour des modèles de grandeur dans les vues et de précision dans le style. On*y retrouve partout cette méthode vraiment générale, la seule qui soit appropriée à la manière , dont s’exercent nos facultés intellectuelles, et qui, dans chaque art ou dans chaque science, faisant, naître les axiomes des observations, transforme les résultats des faits en règles ; méthode qui n’est elle-même réduite en principes que depuis peu de temps, et qui, dans les siècles passés, ne pouvait être devinée que par quelques génies heureux.
Ce nouvel esprit , porté dans l’ajt de guérir , ' fut comme une lumière soudaine tpii dissipe les fantômes de la nuit, et rend aux objets leur véritable forme et leur couleur naturelle. En repoussant les erreurs dfes siècles passés, Hippocrate apprit à mieux s’emparer de leurs utiles travaux. On vit , avec un degré d’évidence inconnu jusqu’alors , l’enchaînement et la dépendance ou des faits observés, ou des conséquences qui se déduisaient légitimement de leur comparaison. Toutes les découvertes n’étaient pas. sans,. doute, faites encore : mais dès ce moment , on était dans
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la route qui peut seule y conduire ; dès lors , on aurait eu, si l’on avait su ne pas s’en écarter, un moyen sur d’apprécier avec exactitude les idées nouvelles que le temps devait faire éclore : et si les disciples d’Hippocrate eussent bien compris ses leçons, ils auraient pu jeter tous les fondements de cette philosophie analytique, par le secours de laquelle désormais l’esprit humain se créera, pour ainsi dire, chaque jour, des instruments nouveaux et plus parfaits.
Ainsi, ce grand homme, bien loin dé bannir de la médecine la vraie philosophie, dont elle ne peut se passer, étendit au contraire Ifcs avantages qu elles peuvent tirer l’une de l’autre , en fixant les limites qui les séparent; et.il réunit leurs principes et leurs doctrines , par les seuls points de vue qui leur soient réellement communs.
Hippocrate n’a point exposé sa méthode d’une manière assez détaillée, pour qu’on en puisse examiner tous les procédés avec une exactitude minutieuse : mais il indique, dans plusieurs traités particuliers , l’esprit général qui lui paraît le seul propre à diriger sûrement les recherches de la médëcine, et à perfectionner, ou à faciliter son enseignement. Tels sont les deux morceaux intitulés: Hepi ctpjràujç i/iTpixvi?, et n«pl Tfywfc.
Mais cette excellente méthode se montre bien mieux encore dans ses ouvrages de pratique, par ■ exemple , dans ses Épidémies , dans ses livres aphoristiques , dans ses différents traités sur le régime ;
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j'ajoute, et dans celui îles Airs, des Eaux et des Lieux: c’est là, que sa philosophie médicale est véritablement en action, et que l’auteur, en nous initiant à tous les secrets d’une observation finp et sûre, nous dévoile l’art, plus savant et plus difficile encore, d’en circonscrire les résultats, avec une précision de raisonnement qui ne laisse au- ‘*.cun doute sur la légitimité de ces derniers. Les pures observations sont, en quelque sorte , la raa,tière de toutes ses vues générales : il faut, comme le remarque Bordeu, que ces dernières n’eu soient que la conclusion. C’est pour cela * que ces différents écrits sont encore une des lectures les plus instructives qu'on puisse faire : non que les faits qui s’y trouvent recueillis, n’aient été fondus par les modernes dans des collections infiniment plus riches et plus complètes; mais parce que nul autre écrivain, sans exception, ne nous introduit si avant dans le sanctuaire de la nature, et ne nous apprend à l’interroger avec cette sage retenue et cette scrupuleuse attention , qui seules nous mettent en état de tracer, d’après ses réponses , des principes et des règles qu'elle ne puisse jamais désavouer.
Nous avons dit qu’IIippocrate avait trouvé dans sa famille, et pour ainsi dire autour de son berceau , tous les moyens de développer son génie. Mais il ne s’en était point tenu à cette première culture. Des maîtres célèbres, dans presque tous les genres , commençaient à marquer la placç
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