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honorable que les peuples grecs ont occupée parmi toutes les nations de l’univers. Nous avons dit aussi que la médecine gymnastique dHérodicus était alors dans toute sa vogue. Ce médecin, profitant de la passion des Grecs pour les exer- . cices du corps, s’efforcait d’y faire voir un moyen général de traiter les maladies. On savait, par expérience, que rien n’est plus utile pour conserver la santé : il ne fut pas difficile de persuader que ce même moyen est également propre rk la rétablir. Dans des temps où l’ignorance était beaucoup plus profonde, les prêtres avaient combiné la médecine avec la religion : Hérodicus la combinait avec l’institution publique le plus généralement adoptée dans les divers états de la Grèce; avec le genre d’amusement pour lequel le peuple témoignait partout le plus de passion.
Hippocrate devint son disciple. Il profita de ce que sa pratique pouvait offrir d’utile et de vrai. Mais il fut un des premiers à sentir combien les dogmes de son maître avaient besoin d’être limités dans leur application : et bientôt des observations et des expériences plus attentives lui prouvèrent que dans un grand nombre de maladies , non-seulement l’exercice ne guérit pas, mais qu’il en rend tous les accidents plus graves et plus dangereux.
‘ Dans Fe même temps, l’orateur Gorgias donnait à Athènes des leçons publiques d’éloquence. Hippocrate regarda cette, étude comme une es-
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pèce de complément à son éducation. Il savait combien Le talent de parler et d’écrire contribue au succès de la vérité : il paraît aussi n’avoir pas méconnu combien l’art du raisonnement luimême tient à celui du langage. C’est dans cette excellente école, qu’il reçut les principes de ce style mâle et simple qui lui est particulier : style parfait dans son genre, et spécialement propre aux sciences, par la clarté des tours et le naturel de l’expression ; et non moins remarquable encore, par la vivacité des images, et par cette rapidité qui semble ne faire que parcourir les objets, mais qui cependant les approfondit tous en saisissant et rapprochant leurs traits véritablement distinctifs. Si l’histoire nous donne une idée juste de cet orateur célèbre, Hippocrate put effectivement lui devoir en partie le talent précieux d’embellir toujours sa pensée sans y joindre aucun ornement étranger, et de retenir- son langage dans ce degré moyen d’éclat et d’élégance, qui peut-être çst le seul permis au médecin, sans cesse détourné de ses études solitaires par les travaux journaliers de son art.
Celse et Soranus veulent aussi qu’Hippocrate . ait eu Déraocrite pour maître. Mais le médecin était déjà célèbre dans la pratique , quand il vit* le philosophe pour la première fois. Appelé près de lui par les Abdéritains, il vit un sage dans celui que ce peuple lui donnait à traiter comme un fou : mais il n’était plus d’âge à rentrer dans
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une école; et s'il tira véritablement des lumières de son prétendu malade, ce fut uniquement dans quelques courtes conversations. An reste , les doctrines d’Héraclite sont celles' qu’Hippocrate paraît avôir adoptées de préférence : elles forment la
'•base de sa physique générale, qui n’est, à vrai
* dire, qu’un tissu de pures hypothèses; il les a
fait entrer dans sa physiologie; eL même il ne les a pas toujours entièrement bannies de ses observations pratiques et de ses plans de traitements. v •
A son début dans le monde , Hippocrate se fit connaître par un trait infiniment remarquable: Tel est , du moins, le récit de Soranus. Hippocrate, dit-il, traitait conjointement avec Euryphon de Cnide, médecin plus âgé que lui, le jeune Perdiccas, fils d’Ajexandre, roi de Macédoine. Ce prince était attaqué d’une fièvre lente, dont on ne pouvait découvrir la cause, mais qui minait
* en lui les forces de la vie, et le conduisait rapidement au tombeau. La sagacité du jeune médecin lui fit présumer que la maladie dépendait de quelque affection morale. Comme il observait
4* attentivement les démarches, les paroles, les gestes, et jusqu’aux plus légères impressions de son malade, il s’aperçut que la présence de Phila,
* ancienne maîtresse de son père, le faisait changer de- couleur. Il jugea .que l’amour seul pouvait guérir le mal qu’il avait causé : et la belle Phila ije s’étant point montrée insensible à l’état «lu
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jeune prince, l’application d’un très-doux remède eut le succès le plus heureux.
On attribue une cure du même genre au médecin Erasistrate.
Hippocrate , à l’exemple des philosophes de Son temps, entreprit différents voyages. Il parcourut toute la Grèce d’Asie et d’Europe, et la plupart des îles de l’Archipel : il remonta même du côté du Nord, jusqu’aux cantons habités par les Scythes nomades. La Thessalie et la Thrace furent les deux parties de la Grèce où il résida le plus de temps. Les observations des maladies épidémiques ont été faites à Larissc, à Périnthe, à Thase, à Olynthe, à OEniade, à Phères et à Elis.
Dans la harangue de la députation qu’on attribue à Thessalus son fils, il est dit que l’Illyrie et la Pæonie se trouvant ravagées par la peste, leurs habitants firent offrir à Hippocrate des sommes considérables pour l’engager à venir les secourir; mais que, certains vents qui régnaient alors lui faisant prévoir que le mal allait bientôt pénétrer dans la Grèce , il ne voulut point quitter son pays , dans un danger si pressant.
Par son ordre , ses fils , son gendre et ses disciples se répandirent dans les différents États, avec les instructions et les remèdes nécessaires, soit pour prévenir la contagion , soit pour traiter les malades qui déjà en seraient atteints. Il se rendit lui-même en Thessalie; et de là, quelque temps après, à Athènes, où Ses avis furent d’une
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si grande utilité, que, par un décret solennel du peuple, il reçut une couronne d’or, et fut initié ; aux grands mystères de Gérés et de Proser-
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Ce récit ne peut que difficilement être mis d’accord, avec celui de Galien et celui de Thucydide. Galien dit que la peste d’Athènes, pendant laquelle Hippocrate donna beaucoup d’utiles conseils, était venue d Éthiopie.C’est donc la grande peste que Thucydide a peinte avec des couleurs si frappantes. Or, ce fléau déploya ses premières fureurs pendant , la guerre du Péloponèsè, la se-r coude année de la quatre- vingt-septième olympiade: et l’on s’accorde à placer la naissance d’Hippocrate vert la quatre-vingtième. D’après ces différentes données, il n’avait alors que trente ans. Il pouvait être déjà célèbre dans la médecine : mais il n’avait pas assurément deux fils et un gendre en état de la pratiquer. D’ailleurs, com- • ment Thucydide n’a-t-il pas même rappelé son nom dans une description si détaillée et si exactes1 Gomment dit-il positivement au contraire, que .. les médecins n’entendaient rien à la maladie, que l’on mourait également avec, ou sans médecin; et que même les médecins mouraient, proportion gardée, en beaucoup plus grand nombre, parce qUe leur devoir les rapprochait, sans cesse des personnes attaquées de la contagion?
. En attendant que ces difficultés s’éclaircissent, * l’apteur des Voyages dtt jeûné1 Anacharsis admet
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comme certains les faits rappelés clans la harangne de Thessalus. • -J? • ;
Parmi les lettres attribuées à Hippocrate, il en est plusieurs qui sont évidemment supposées, comme , par exemple , celles à Cratévas qui vivait du temps de Pompée; à Denys d’Halicarnasse , contemporain d’Auguste; à Mécène, favori de ce trop célèbre empereur; à Philopémen, général de la ligue Achéenne. Mais les* deux lettres de Démocrite à Hippocrate portent un grand caractère de vérité. Le philosophe lui rappelle leur première entrevue, et les objets de leur entretien.
« J’écrivais alors, dit-il, sur l’ordre de l’univers,
« sur la direction des pôles, sur la marche des « astres. Vous eûtes occasion de juger’que la folie « était du côté de ceux qui m’accusaient d’être « fou. » La réponse d’Hippocrate est digne de tous les deux ; elle respire une profonde mélancolie. Il s’y plaint des peines de sa profession, des faux jugements auxquels on y est exposé, de l’in justice»* du public envers ceux qui l’exercent avec le plus de zèle et de talent. Quoique avancé en âge, il ne fait pas difficulté d’avouer qu’il est encore loin d’avoir porté la théorie et la pratique de son art au degré de perfection dont elles sont susceptibles : et il déclare que dans le cours d’une longue vie, consacrée, à servir ses semblables, et qui n’avait pas été sans éclat , il a recueilli bien plus de blâme qu’obtenu de succès.
Cependant, qui mérita mieux que lui d’être
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heureux? qui jamais a marqué son passage sur cette terre, par plus de bienfaits, par l’exemple journalier de plus de vertus? qui s’est fait des idées plus sublimes des devoirs de sa profession? On les trouve retracés et résumés, pour ainsi dire; dans le serment de son école : il les a rappelés dans plusieurs endroits de ses écrits, ayec cet accent de vertu et de vérité qui touche; et surtout, il les a pratiqués avec un sentiment d’humanité, qui doit faire chérir sa mémoire, autant qu’on admire son génie et ses. travaux.
En faisant l’énumération des qualités nécessaires au médeçin, et des moyens les plus propres à les développer et à les cultiver, il semble se peindre lui-même; il fait sa propre histoire. « Le médecin, dit-il, doit être décent dans son « extérieur; ses manières doivent être graves, sa « conduite modérée. Dans les rapports intimes « où sa profession le met avec les femmes, il est « de son devoir de conserver beaucoup de retenue « et de respect: qu’il ait. sans cesse devant les yeux « la sainteté de ses fonctions! 11 ne doit être ni « envieux ni injuste envers les autres médecins, k ni -dévoré de la soif de l’or. Il évitera de se « montrer grand parleur : mais cependant il sera « toujours prêt à répondre aux questions , avec « douceur et simplicité. Il doit être modeste, << sobre, patient, adroit et prompt à faire , sans « se troubler', tout ce qui- tient à-son ministère;
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« pieux sans superstition; honnête dans toutes « les actions communes de la vie , comme" dans
<t l’exercice de sa profession. En un mot, qu’il « soit un parfait homme de bien; et qu’il joigne
« aux habitudes d’un cœur droit, la sagesse; l’es- « prit, les talents, le savoir et la dextérité, qui *
« peuvent seuls rendre véritablement utile l’ap-
« plication pratique des règles de l’art. » *
Son éducation avait été conduite d’après le plan qu’il trace : le modèle qu’il s’était fait d’un médecin vertueux , est le tableau de sa propre vie ; , * .
il en avait pris tous les traits dans son cœur. Ce
11e sont pas seulement des malades guéris par ses soins, des pauvres secourus par sa bienfai-
sauce, des malheureux consolés par ses avis com- 1 pâtissants, qui déposeront à jamais en l’honneur de cet excellent et grand homme : il lut un digne t
citoyen; il défendit, il honora la cause sacrée de *
la liberté, que les armes des Perses mettaient
bien moins encore peut-être en danger, que leur
or corrupteur. Ses opinions fortes et généreuses 11e furent pas le seul hommage qu’il rendit à cette
divinité de toutes les grandes âmes, à cette source *♦
unique des véritables vertus et du bonheur. Car il 1 n’est pas possible de passer ici sous silence les tentatives que fit le grand -roi pour l’attirer à sa • 1 cour, le refus d’Hippocrate, et la manière noble
dont il en explique les vrais motifs. Un sénatus- 1 consulte de la ville d’Athènes , et plusieurs lettres