‹ Œuvres complètes de Cabanis, membre du senat, de l'institut, de l'école et société de médecine de Paris, ... Tome premier cinquieme Révolutions et réforme de la médecineChapitre 15 sur 67 · DE EA · texte numérisé non relu

DE EA

M KDECINE.

^ M. „ jT

iii s’y trouvent rappelées, nous font connaître

ce fait dans un assez grand détail (1).

La Perse était ravagée par la peste. Les satrapes' * de l’Asie -Mineure écrivent à Artaxerxès, pour lui faire part de la grande réputation du médecin de Cos. Artaxerxès leur répond, et il les charge de lui faire de sa part les offres les plus libérales , pour l’attirer dans ses états. Les satrapes font parvenir à Hippocrate la lettre du gtand-roi: ils promettent, en spn nom, toutes les récompenses, tous les honneurs qu’il pourra désirer. Le médecin répond par ces beaux mots , gravés dans le souvenir de tous ceux de ses' successeurs qui pensent et qui sentent: . .

« J’ai dans mon pays la nourriture , le vert tement et le couvert : je n’ai besoin de rien.

« Comme Grec , il serait indigne de moi d’aspirer , .

« aux richesses et aux grandeurs des Barbares : et * « je n’irai point servir les ennemis de ma patrie « et de la liberté. »

Là-dessus, le grand-roi, à qui l’ivresse du pouvoir avait facilement persuadé que ses moindres

fantaisies devaient être des lois pour le reste des * '41

hommes, et qu’il n’eti était aucun qui 11e dût se tenir honoré de leur obéir; le grand-roi ne put

• Je l’ai déjà cité dans le Traité du degré de certitude de la Médecine : mais on peut se perntCttre de le citer encore ,

dans un moment où certains écrivains semblent avoir pris a tâche d'étoulW tous les sentiments libres éf généreux.

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contenir sa fureur. Il écrivit aux habitants de Pile

- de Cos, qu’ils eussent à lui livrer sur-le-champ * Hippocrate, dont il voulait châtier l’insolence; les menaçant, en cas de refus, de toute sa colère. Mais les divers états de la Grèce étaient alors unis par des liens solides, qui garantissaient leur commune indépendance. La petite île de Cos os^ braver le roi de Perse. Ses habitants répondirent qu’ils regarderaient comme une lâche ingratitude » de livrer leur concitoyen, auquel ils avaient d’importantes obligations; qu’en choisissant leur île \ *■' » pour y résider et pour y cultiver son art , il avait ’ mérité la protection spéciale des lois qui la gou- . . * vernaient; et ils. finissaient par déclarer qu’ils étaient résolus de défendre à tout prix sa vie et

* sa liberté.

ë Après une longue carrière, employée à pra-»

; * tiquer . son art avec beaucoup d’éclat ; à fondre

* en corps de doctrine les 'jjrîncipeè sur lesquels reposent sa théorie et sa pratique; à perfectionner

• *. son enseignement, et à former des disciples dignes

. de le remplacer : après une vie qui par coqsé-

\ * quent fui* heu reuse , quoi que lui-même en ait pu dire dans des moments de dégoût, Hippocrate , • * mourut à Larisse en Thessalievà l’âge de quatrevingt -cinq’ ou quatre -^ingt- dix, ou de cent 0 ^ * quatre, ou même de cent neuf, si l’on en croit Soranus son historien. Il fut inhumé entre cette . \ #Ue et Gyrtone : ei suivant la traditiofi, son » tombeau fut lông-tçmps couvert d’un essaim cTa-

beilles,dont le miel était employé avec beaucoup ^ de confiance, pour la guérison des aphtes des enfants.

La mort est le juge suprême des renommées : sa main fatale arrache le masque au charlatan; mais elle rend le grand homme plus grand éfr- % core, et pour ainsi dire plus sacré. La mort fait ordinairement taire l’envie ; du moins elle la dé- -j** courage: ou, dans la certitude de n’être plus importunée par leur présence, l’envie permet souvent alors qu’on sente tout le prix des talents et des vertus, et qu’on leur paye un tribut d’hommages, dont l’excès même la choque d’autant .'V* moins, qu’il peut servir à rabaisser les vivants. t«' Les amertumes dont on a cherché presque tou- ' jours à abreuver ces bienfaiteurs, et ces modèles du genre humain , s’offrent alors, dans toute leur ' ingratitude, aux yeux des hommes doués de quelque générosité : on prodigue à des cendres insensibles les éloges et les honneurs; et celui qui fut persécuté constamment avec fureur, pendant qu’il -eût pu jouir de la bienveillance de ses^ concitoyens, devient l’objet de leur culte, quand aucun de leurs sentiments ne saurait plus Le toucher.

Hippocrate reçut, après sa mort, des témoignages universels dè reconnaissance et d’admiration. Son génie et ses vertus furent appréciés; les services qu’il avajt rendus à sa patrie et au genre humain furent reconnus.- Dans ces. premiers temps de

^8 révolutions

leur civilisation , les Grecs plaçaient encore leurs hommes célèbres au rang des dieux : ces imaginations vives et sensibles renvoyaient dans le ciel tous leurs bienfaiteurs, qu’ils en supposaient descendus; elles se plaisaient à croire que celui qtii, pendant son passage sur la terre. , avait pu faire du bien , devait le pouvoir toujours: ces ffc peuples réclamaient avec plus de confiance la main qui les avait déjà servis. On bâtit des temples ^ à Hippocrate : ses autels furent couverts d’encens et d’offrandes, comme ceux d’Esculape lui-même;

' et puisqu’il fallait un dieu pour les malades, qui, mieux que le médecin de Cos, méritait de rece- ^ voir leurs prières, ou ïes vœux de leurs parents ‘

. et de leurs amis.

Les médecins de toutes les écoles, les philo- ' sophes de toutes les sectes s’empressèrent de lire, dé citer, de commenter ses écrits. Chaque , école voulut le faire passer pour son chef; chaque -, secte voulut qu’il lui appartînt. Dans tous les pays où les sciences et les arts ont été en hon- DlÇneur, son nom a volé de boijche en bouche, * V avec celui de ce petit nombre de génies originaux, regardés avec raison comme les créateurs l de l’esprit humain. Parmi les médecins des siècles suivants , ceux qui méritent le plus de gloire ont été les plus empressés à proclamer celle d'Ijippoepate. Les moralistes et les politiques ont puisé ' chez lui des idées générales, des aperçus vastes, îles principes féconds. Les philosophes,- qui s’oc-

ogte

DE LA- AIEDECIKE:'

cupent des opérations de l’entendement, ont admiré cette sûreté de méthode, ces procédés d’un esprit qui connaît et ses propres bornes , et toute l’étendue de ses moyens; cet art de se placer sous le véritable point de vue pour observer les différents objets de ses recherches , de classer les observations dans leur ordre naturel , de les lier à des principes généraux, c’est-à-dire, d’en tirer des résultats qui ne font qu’exprimer leurs rapports et leur enchaînement. Les jurisconsultes ont donné force de loi à ses opinions'* dans toutes les questions où le physiologiste doit diriger la décision du magistrat. Les littérateurs ont trouvé chez lui, comme nous l’avons déjà fait observer, le modèle d’un genre particulier de style, et même, on peut le dire, d’éloquence, qui réunit la majesté à la simplicité naïve ; une marche rapide à l’exactitude des détails; les couleurs d’une brillante imagination à la sévérité d’un esprit juste et ferme, dont le premier besoin est la vérité; enfin, la clarté la plus facile à la plus étonnante précision. Et de nos jours encore, médité par les médecins, consulté par les ‘philosophes , lu par les hommes de goût , il est , et sera toujours pour chacun d’eux , l’un des plus beaux génies de l’antiquité; et le recueil de scs ouvrages sera toujours considéré comme l’un dés plus précieux monuments de la science.

Nous nous sommes* appesantis sur ces*preinières époques, leé plus importantes sans doute

KEVOLUTfOMS

de la médecine : nous passerons plus rapidement sur les siècles qui vont suivre.

§ IV-

Autres écoles de la Grèce.

I.’ école de Cnide, rivale de celle de Cos, ne nous est connue que par ce qu’Hippocrate nous e*n apprend lui- même. Si l’on doit l’en croire en «tout, elle réunissait dans son enseignement les inconvénients de l’empirisme aveugle à ceux de l’esprit d’hypothèse : car il affirme que d’un côté, l’on n’y considérait les maladies qu’individuelkment , et sans les ramener , par leurs ressemblances, à certains chefs de classes, de genres, ou de familles ; et que de l’autre, on ne faisait pas difficulté d’établir, sur ces observations isolées, des règles qui, ne pouvant se rapporter a rien de général et de constant, ne, f laissaient aucune trace dans l’esprif . ' ; - . v

L’école de Pythagore, ou l’école italique, forma des esprits distingués dans différents genres : elle .produisit aussi plusieurs grands médecins. Cet* homme , vraiment extraordinaire , après avoir ern-' brassé toutes les parties des sciences naturelles et morales, avait formé le plus vaste établissement d’éducation, qu’un simple particulier aitjamais pu concevoir. Il vint à bout deTl’exéçuter :

a • . Vt .

il lui donna meme des;bases si solides, que son

nr. i.a MKiiF.cnfï.

école subsista long-temps après sa mort, avec le même éclat, et que les tyrans et les fanatiques se crurent obligés de la détruire, la flamme et le fer à la main.

Nous n’avons, pour apprécier ce philosophe, que quelques débris échappés aux ravages du temps : mais, si l’on se transporte à l’époque qui le vit naître, ces faibles restes ont droit de nous étonner;

Il est vraisemblable que ce fut Pvthagore, où quelqu’un de ses disciples, qui transporta la doctrine des nombres dans la médecine; c’est-à-dire, qui rapprocha de l’ensemble des observations faites sur l’économie animale les principes de leur doctrine favorite. On s’est beaucoup moqué, dans les temps postérieurs, de la puissance des nombres , et de l’utilité' que les ancien^ attribuaient à la connaissance de leurs propriétés, pour l’étude des autres sciences. On ne s’est pas moins moqué de la prédilection qu’ils imputaient à la nature pour certains nombres , ou pour certaines formes périodiques, qui , suivant leur opinion , ramènent fidèlement ces nombres dans les phénomènes de l’univérs. Enfin, l’on n’a pas épargné plusieurs parties de la physiologie hippocratique, pas même Ces crises qui, dans leurs marches régulières, reproduisent les nombres sacrés des Pythagoriciens. Il reste à savoir si l’on a eu, sur tous ces points, également raison.

Au degré d’avancement où les anciens avaiënt

poussé la géométrie, et plus: encore sans doute à cp coup d’œil observateur et pénétrant, cju’ils portèrent dans la science des nombres , il est difficile de ne pas juger qu’ils avaient fait d’importantes découvertes relativement à leurs propriétés. L'application de ces découvertes à la géométrie, dont une arithmétique quelconque est nécessairement inséparable , dut se présenter d’elle-mème à leur esprit. De la géométrie , ils purent en étendre l'application à diverses parties des sciences physiques : et nous savons qu’ils le firent en effet; témoin les magnifiques essais dp statique et de mécanique d’Archimède : et long - temps auparavant, par le secours de l’analyse expérimentale* Pythagore avait ramené les vibrations du corps sonore aux lois du calcul. Enfin, l’activité de ces génies entreprenants, qui se plaisaient tant à gériéraliser, pouvait-elle ne pas chercher à transporter dans les sciences morales, dçs vues, ou des moyens de recherches qui les avaient si puissamment aidés dans les autres branches de leurs études? En supposant Cette conjecture aussi fondée quelle paraît l’être, leur système des nombres aurait été. pour eux ce que l’algèbre, qui n’est elle -même qu’une arithmétique plus abstraite et plus générale, est devenue, à plusieurs égards, pour les modernes.: la méthode et presque la langue universelle des sciences'. Comme elfe , le système numérique des anciens^ tout imparfait qu’il paraît avoir été, aurait éclairé plu-

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sieurs parties d’une lumière directe : comme elle, il aurait servi de point de comparaison et de régulateur aux méthodes des autres; il leur aurait fourni des moyens de se rectifier, ou des procédés utiles pour suppléer à leur imperfec- '*■ tiôn.

Nul raisonnement antérieur à l’expérience ne porte sans doute à croire que la nature affecte tel nombre, plutôt que tel autre. Mais c’est ici pourtant une question de fait, que l’observation seule peut résoudre. Quand le qui ne serait revenu vingt fois de suite, dans une partie de trictac, • * les probabilités purement rationnelles de son retour au vingt-unième coup, resteraient toujours les mêmes. Cependant quel joueur, dans ce cas, ne parierait point avec assez d’assurance contre ce retour? . •

L’expérience seule a pu nous apprendre que la nature affectant la variété dans les chances fortuites, il y a toujours à parier contre celles qui se sont déjà présentées plusieurs fois, et pour celles qui n’ont pas encore eu lieu.

N’est-ce donc pas également sur les faits et sur les faits seuls, qu’il faut juger la doctrine des v

nombres? Dans les opérations qui nous semblent le plus irrégulières, et le moins susceptibles de ne l’être pas, l’observation nous découvre toujours un certain ordre quelconque : pourquoi les anciens n’auraient-ils pas découvert , dans différentes opérations de la nature, celui que les nombres

84 Rï’VOLUTI.ONS

suivent pour leur retour? Je suis loin d'affirmer que cet ordre soit réel : mais il peut l’être; et les anciens peuvent l’avoir connu. Il me semble «pie nous ne serons en droit de les contredire en cela, formellement et en tout point, que lorsque nous aurons fait toutes les expériences qu’exige la solution complète des diverses questions relatives à cette doctrine; et que nous les aurons faites assez en grand, pendant un espace de temps assez long, et avec assez de soin, pour lever à cet égard toutes les difficultés.

Quant à la périodicité des mouvements vitaux , soit dans la formation et le développement des organes, soit dans la marche de leurs fonctions, et dans les crises des maladies, la collection des faits existe : elle est assez nombreuse , et l’on peut juger. Hippocrate, Galien, Arétée, et quelques autres parmi les anciens; leurs abréviateurs Lomniuset Scnnert; leurs commentateurs Duret, Jacot, Hoidlier, Prosper Martian; leurs sectateurs, Bâillon Fernel, Rondelet, Prosper Alpin, Piquer, et plusieurs autres parmi les modernes; enfin , beaucoup d’observateurs de maladies particulières qui, se bornant à leur simple description historique, sont d’un plus grand poids encore pour l’exactitude des faits, puisqu’ils n’avaient point de système à établir: tous ces écrivains, dis-je, semblent avoir travaillé de concert, quoique sous différents points de vue, à constater

dans cette partie l’exactitude de la doctrine des nombres adoptée par les anciens.

D'après de nouvelles recherches, Staalh n’a pas seulement embrassé leurs idées; il lésa étendues et agrandies encore : il les a même appliquées avec plus de détail et de précision à l’histoire des phénomènes de la vie. Dans quelques Traités particuliers, il les fait concorder avec plusieurs aperçus ingénieux et nouveaux sur les époques, la marche et les transformations de différentes maladies, tant aigues que chroniques. Hoffman , esprit plus timide , s’en est rapproché dans plusieurs excellentes dissertations. Boèrhaave a fini lui-même par rendre hommage à l’exactitude dçs anciens; et tous les bons praticiens de son école proclament à l’envi cette doctrine des crises, rejetée d’aboril comme absurde et presque cabalistique.

Mais en voilà beaucoup trop sur ce sujet.

Depuis long-temps, Acron d’Agrigente avait, comme nous l’avons dit ci-dessus, ébauché la doctrine de la secte emp’rique : mais les principes n’en étaient pas réduits en système; ils ne faisaient point un corps d’enseignement, (jette doctrine, *' ou son complément , fut l’ouvrage de Sérapion , fondateur de la fameuse école d’Alexandrie, qui jouit du plus grand éclat , pendant une longue suite d’années.

J’ai déjà dit que la querelle des dogmatiques

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et (les empiriques n’était qu’une pure dispute de mots. Les uns, il est vrai , se conduisaient d’après des règles et des axiomes ; ils fouillaient dans les causes prochaines, ou éloignées: les autres s’en rapportaient uniquement à l’expérience, et rejé-1 taient toute hypothèse, comme corruptrice de l’observation. Mais les empiriques raisonnaient l’expérience, et les dogmatiques expérimentaient (si l’on peut s’exprimer ainsi) le raisonnement: ceux-ci regardaient comme causes, ce que ceux-là faisaient entrer dans l’histoire même de la maladie. L'analogie et l’induction étaient pour les empiriques, ce qu’étaient pour les dogmatiques l’enchaînement des dogmes et leur application méthodique aux plans de traitement. Les premiers avaient cependant l’avantage de prendre plus immédiatement la chose par le commencement. Le nom même qu’ils portaient, les termes dont ils faisaient usage, ainsi que les règles fondamentales qu’ils s’étaient imposées, les ramenaient sans cesse dans la véritable route de l’analyse, qui doit commencer par l’observation.

Si la secte pneumatique n’avait pas produit Arétée, elle mériterait à peine qu’on en fît mention. Quelques visionnaires ont voulu la ressusciter à diverses reprises : on n’a pas eu besoin de les combattre; leurs rêveries n’ont pu laisser de. traces, et l’on n’y pense plus.

Arétée passe encore aujourd’hui pour un des meilleurs observateurs , et pour un de ces excel-

lonts peintres «le maladies, dont les tableaux seront toujours instructifs', quoiqu’ils datent des premières époques de l’art.

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Depuis l'établissement de la Médecine à- Rome, jusqu’à l’époque des Arabes.

Romfe régnait sur le monde. Son tyrannique «■inpire achevait par les vexations la ruine des peuplés,' commencée par l’invincible fureur de ses armes. Elle transportait violemment dans son sein les arts et les sciences, ou plutôt leurs chefs-d’œuvre qu’elle enlevait aux autres . sans savoir les apprécier et en jouir elle-même. Les richesses de l’univers venaient assouvir son insatiable avarice. Le luxe marcha bientôt à leur suite : et les merveilles «les beaux siècles de la Grèce finirent par attirer de toutes parts à Rome, les philosophes, les savants, les gens de lettres, les artistes les plus célèbres de ce malheureux pays, qui ne pouvaient plus retrouver que dans la capitale du monde les objets nécessaires à la culture de leur esprit, et chers encore à leur imagination.

Les médecins furent long-temps réponses de Rome par les magistrats. Il nous reste à ce sujet , une lettre de Caton l’ancien , vraiment curieuse par la stupide fér«jcité qu’elle respire. Cet esprit

violent et borné voulait gouverner lés .possesseurs des trésors du inondé, comme un couvent de moines, ou comme il gouvernait sa propre maison. Avare, cruel, capricieux, on sait qu’il* y faisait tout ployer soiis le joug le plus tyranyique. Pour réunir tons les genres de despotisme, c’était lui-piëme qui traitait sa famille- et ses esclaves malades : les moyens dont il faisait usage supposaient la plus dégoûtante ignorance et la p lys. risible superstition.

Cependant les mœurs s’àdoucirënt par l’effet immédiat des nouvelles jouissances que Ja richesse avait amenées. Le besoin d’acquérir des liofmues instruits dans tous les genres se fit sentir^ généralement, et les médecins pufent se mon**

Bientôt ils arrivèrent 'en foule. L’époque de leur établissement à Rome n’est pas glorieuse pour la science (i). Mais Asclépiade lui «donna, peu de temps après, beaucoup dé considération.

Les praticiens ne fixent guère (Attention publique par une conduite simple et mesurée. L’esprit humain contracte presque partout des habitudes, et peut-être a-t-il reçu de la nature des

(1) Cassijis Hémina , ciré par Pline , prétend qu’Archagatus introduisit le premier la médecine à Rome : qu’on liti donna d’abord une boutique; avec le titre de guérisseur rie plaies;mais qu’on remplaça bientôt ce titre par celui de bourreau , à ct}yjip,des,4otdeurs que faisaient éprouver ses opérations.

01 LA MOttliVt. H y

dispositions qui lui font rechercher l'extraordinaire , embrasser avec empressement le merveilleux. Pour le captiver, la vérité toute nue est souvent un faible moyen : il faut l’étonuer poulie convaincre, et le transporter hors du monde réel pour obtenir sop assentiment (x). Asclépiade,

élevé dans les écoles des rhéteurs, et rhéteur lui-

même, porta dans la médecine l’art d’entraîner le jugement par l’imagination. Les succès de cet art sont peu difficiles avec les malades, que leur faiblesse rend si souvent crédules et superstitieux. Des nouveautés singulières, des remèdes bizarres, desj systèmes philosophiques hardis, éloignés des idées communes , une éloquence riche et facile-, enfin un fond inépuisable de complaisance pour toutes les fantaisies de ceux qui se mettaient entre ses mains : tels furent les moyens de cet homme qui, sans être un véritable médecin , ne fut cependant pas un homme sans vues et sans talent.

La philosophie corpusculaire de Démocrite, développée et rendue plus complète par Épicure, n’avait pris et germé que dans un petit nombre de tètes : elle était regardée avec une sorte d’ef- IVoi par les esprits timides. C’est peut-être pour cela même qu’ Asclépiade en fit avec le plus grand

(ij Cela est d’autant plus vrai, que les peuples sont plus ignorants ; et le devient,, de jour en jour, d’autant moins,» qu’ils deviennent plus éclairés v

succès le fondement de sa médecine. Par le moyen des petits corps et des petits pores, il expliquait tout, étonnait les esprits, et il guérissait quelquefois. Il se moquait des idées d’Nippocrate sur les crises : la patience de l’art qui épie la nature, pour la suivre, l’aider, ou suppléer à son impuissance, lui paraissait absolument ridicule; il l’appelait une méditation sur la mort.

Les opinions et la pratique d’Asclépiade 11e durèrent guère plus long-temps que lui-même. De leurs débris, naquit cependant la médecine méthodique, dont le fondateur fut Thétnison, moins connu maintenant par ses doctrines que par le vers de Juvénal :

Quot Themison œgros autumno occidérit uno.

Les méthodistes divisaient les maladies en trois classes: celle des fibres resserrées , celle Aei fibres lâches , et celle, qu’ils appelaient mixte. Dans les premières, ils employaient les relâchants; dans' les secondes , les resserrants ; dans les troisièmes , les uns et les autres. Mais c’est pour le traitement des maladies longues qu’ils déployaient leur grand moyen, ce qu’ils appelaient /!? cercle résomptif ou mètasyncritique , lequel n’était qu’une suite bizarre de remèdes, appliqués à des époques et dans un ordre déterminés. .

On conçoit à peu près ce qu’ils* voulaient dire par maladies de resserrement, quoique cela ne SQit pas aussi clair pour les hommes instruits que

DE LA MEDECINE. yi

pour les ignorants; on conçoit aussi l’état qu’ils désignaient par fibres relâchées : mais il est difficile de deviner ce qu’on pouvait entendre par leur genre mixte ; e t quelle application on pouvait faire à la pratique de cette idée spéculative, si subtile, dont les sens ne sauraient saisir1 le sujet. N’est -il pas d’ailleurs évident que presque toutes les maladies tiennent au genre mixte, ou qu’elles pourraient y être rapportées? Car ce mot signifie (si toutefois il signifie quelque chose) inégalité de ton dans les parties, ou distribution irrégulière de l’action tonique vitale (i). Or, la plupart des maladies offrent pour phénomène général le défaut d’équilibre et le mauvais emploi des forces. Dans les cas où ces aberrations sont1 moins sensibles, un œil attentif peut les découvrir encore; et peut-être n’est-il aucune maladie où le défaut d’équilibre ne se manifeste à un certain degré, soit dans le ton des organes, soit dans l’exercice de la vie et dans la direction de la sensibilité. Ainsi donc, le genre mixte des méthodistes, embrassant tout, ne désigne rien.;

Quant aux deux autres genres, quoiqu’on ne doive peut-être pas rejeter entièrement les deux dénominations qui les désignent , la doctrine quelles établissent est assurément d’une applica-

(j) De manière que certaines parties sont clans un état do resserrement, tandis que' d’autres sont dans un état de relâchement, (feggujjBHKfi - *•. ■

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